SONNO GIGANTE, SONNO PICCINO, de Giusi QUARENGHI et Giulia SAGRAMOLA, pour Topipittori.

Publié le 28 Mai 2014

SONNO GIGANTE, SONNO PICCINO, de Giusi QUARENGHI et Giulia SAGRAMOLA, pour Topipittori.

Ou : Giusi et Giulia vont en voyage.

En voyant la couverture de cet album hors-normes, et le nom des deux auteures, m'est revenu le titre de ce film farfelu et génial que Jacques Rivette fit en 1974 (avant-hier) – Céline et Julie vont en bateau.

Comme la Foire de Bologne nous avait offert, en 2012, la surprise de Raccontare gli alberi, souvenez-vous, ainsi, en cette année 2014, elle nous régale d'un album, intrigant tant qu'on ne l'a pas ouvert, magnifiquement dépaysant à la lecture, dont le titre déjà est tout un programme.

La musicalité, d'abord, de ces deux expressions, au rythme familier: 1-2, 1-2-3;1-2,1-2-3, qui s'appuie sur les des "n" de "sonno". SONNO, le sommeil, mais pas très loin de "sogno", le rêve.

Puis ces deux adjectifs insolites, qui se passent de traduction, "gigante" et "piccino". Est-ce bien le sommeil qui serait "géant" ou "pitchounet", ou bien l'enfant qui devrait dormir?

SONNO GIGANTE, SONNO PICCINO, de Giusi QUARENGHI et Giulia SAGRAMOLA, pour Topipittori.

Et puis cette photo de famille, en noir et gris, pas très récente, où une "piccina" est à l'abri du papa "gigante" et, à la fois, du frère et de la maman, qui tous sont reliés par leurs bras, mais aussi, ("sonno" ou "sogno"?) par les bras de ce calamar géant, si rose qu'il en devient débonnaire, avec ses yeux rigolos. Voilà, c'est cette couverture qui fait que, au milieu de l'océan de livres de la Foire de Bologne, c'est lui l'élu, c'est lui qu'on ouvre avec une vraie curiosité.

Après, il faut bien reconnaître que le nom deGiusi QUARENGHI pousse aussi à y aller voir. Vous la connaissez, Giusi Quarenghi, qui nous a raconté son enfance dans ce si beau "Io sono il cielo che nevica azzurro". Et ici, alors, de quoi s'agit-il?

A cause de la technique si particulière d'illustration qu'utilise Giulia SAGRAMOLA, on ne peut s'empêcher de commencer par feuilleter tout l'album, en jetant à peine un œil distrait sur le texte.

Sur les pages de garde du début, un ensemble de photos de famille, sépia, grands et petits, dedans ou dehors, années? Cinquante? Sans aucun commentaire. Et voilà qu'on les retrouve, agrandies et retravaillées, à l'aide de couleurs et/ou de collages, et transformées en… comment les qualifier? Scènes surréalistes et poétiques, qui nous emmènent loin du monde photographié, en partant pourtant de lui. Grâce aux moteurs de recherche, vous pouvez voir directement ce que je tente maladroitement de vous décrire. Et sur les pages de garde de la fin, les mêmes photos, mais avec des indications de prénoms et de généalogie. Il y a là les témoignages de trois générations

SONNO GIGANTE, SONNO PICCINO, de Giusi QUARENGHI et Giulia SAGRAMOLA, pour Topipittori.

On peut maintenant repartir du début, et lire le texte, qui est tout léger, deux vers à chaque page, écrits "à la main", comme dans un cahier.

"Questa sera, sul cuscino" (prononcer "couchino") / non trova sonno il mio bambino"

"Ce soir, sur son oreiller, mon petit enfant ne trouve pas le sommeil "(que cette traduction est lourde!) Il s'agit donc d'une sorte de berceuse pour ce petit enfant qui n'est pas au rendez-vous du sommeil. La poésie, et celui ou celle qui la lit, imaginent des endroits où l'enfant aurait pu partir pour échapper à ce rendez-vous. Et nous voilà partis nous aussi dans un monde de délicieux "nonsense". Entre" partir faire un tour (giro – prononcer dji, vous commencez à le savoir)" ou "rencontrer un loir (ghiro – prononcer gui). Entre "regarder une camomille et boire quelque chose qui brille". Chaque page est une découverte. Mais aussi, chaque page est une chansonnette. Et on fait alors le lien entre les images retravaillées et la poésie. Toutes ces hypothèses introduites par un "forse, peut-être" qui ne met pas de limites à l'imagination.

Mais à un certain moment la fantaisie faiblit, les forces de qui veille sur l'enfant aussi, et vient cette prière, illustrée par une photo superbe que je vous laisse découvrir: " sonno gigante, sonno piccino/scivola accanto al mio bambino / prendilo inn braccio, convincilo piano/ dormire di notte non è così strano" : "Sommeil géant, sommeil pitchounet / glisse auprès de mon enfant / prends-le dans tes bras, convainc-le doucement / dormir la nuit, ce n'est pas si bizarre que ça".

Quiconque a tenté d'endormir un petit enfant réticent saura bien de quoi Giusi Quarenghi parle.

Un album sur lequel passer de longs moments, à le lire, à en raconter les images, à le prolonger … A prendre et à reprendre, sans se lasser.

Si vous lisez l'italien, allez voir ces deux textes des deux auteures, intitulés "Cet arc-en-ciel entre la veille et le sommeil –Quest'arcobaleno tra la veglia (prononcer vélia") e il sonno", sur le blog de l'éditeur TOPIPITTORI. Non seulement Giusi y parle magnifiquement du sommeil de l'enfant , mais surtout elles expliquent chacune la genèse de ce travail. Comment, une fois la berceuse (ninna nanna) écrite, Giulia s'en est emparée, l'a intégrée, jusqu'à penser à utiliser ces photos de sa famille qu’elle a détournées. Et qui ont à leur tour enrichi les paroles de la poésie.

Faisant aussi un pont entre les générations, puisque Giulia dédie cet ouvrage à ses quatre grands-parents, et Giusi à son petit-fils tout neuf.

GRAZIE GIUSI, et GIULIA, sans oublier les "Souris qui peignent", iTOPIPITTORI éditeurs!

SONNO GIGANTE, SONNO PICCINO, de Giusi QUARENGHI et Giulia SAGRAMOLA, pour Topipittori.

Rédigé par lecturesitaliennes

Publié dans #A VOIX HAUTE

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