Publié le 14 Janvier 2012

Orma-ramo-roma-amor2 "Encore un livre sur Rome et la louve !" entendra-t-on. Certes, mais cet anagramme, insolite pour ses deux premiers termes, carré comme camp romain, voilà qui pousse à aller y voir de plus près.

"Orma", c'est la trace. "Ramo", c'est la branche. Les deux jumeaux et la louve de la couverture, et le fleuve qui traverse l'image, mettent immédiatement sur la voie. Il s'agit bien de la légende de la naissance de Rome.  Une légende "mise en voix" grâce à une succession de pages de vers et de pages de prose.


Le départ parle même à qui ne maîtrise pas la langue italienne :

"Roma, Roma, città grande

Posso farti le domande?                 Je peux te poser des questions? 

Roma, Roma, città amata

Ma quand'è che sei nata?"             Mais c'est quand que tu es née? 

Et ainsi de suite pour encore cinq questions.


     Suivront la poésie du Tibre, celle du méchant Amulius, celle du serviteur-qui-va-au-fleuve :

"Cosa porta il servitore          (que porte donc le serviteur 

In quel fondo cesto scuro?"  dans ce profond panier tout noir?)

Puis l'invocation à la louve,  et ainsi de suite, vous les découvrirez vous-même.


     Ces textes visiblement faits pour la lecture à voix haute sont le "chœur" qui commente, anticipe, participe à l'histoire bien connue de la fondation mythique de Rome par Romulus et Rémus. Le roi Numitor et sa fille, Rhéa Silvia, séduite par le dieu Mars, Amulius le méchant jaloux, qui prend le pouvoir, puis fait tuer les jumeaux nés de la Vestale, le serviteur apitoyé, la louve, le berger et sa femme qui recueillent les jumeaux, leur retour à Albe La Longue, et enfin le défi qu'ils se lancent au moment de fonder une nouvelle cité sur les bords du Tibre, aucun moment ne manque au récit.


      Et ce récit est mené, Roberto Piumini oblige, dans un style alerte, plein d'humour qui ne dédaigne pas les anachronismes et sait restituer toutes les étapes de la légende. 


Voyez la joute entre les deux frères encore enfants qui rêvent de fonder une nouvelle ville:

"Come la chiameremo?" si chiesero i due fratelli.   Comment l'appellerons-nous? Se demandèrent les               deux frères.
Si misero a pensare.                                                         Ils se mirent à réfléchir 

Washington, dici, Remo?

Ma non vuol dire niente…                                      Mais ça ne veut rien dire… 

Oslo? Mi mette un gelo!                                           J'en suis tout transi! 

Parigi? Sa di gallo!"                      ça fait un peu coq ( et en même temps: ça fait gaulois) 

……….


     Mais lorsque le projet se concrétise, la joute entre les deux frères se transforme en duel, raconté dans une grande tension, jusqu'à la phrase finale, lapidaire :

"…e il primo sangue cadde sul suolo di Roma " (et le premier sang tomba sur le sol de Rome).

Cependant, un dernier paragraphe esquisse la suite de l'histoire de Rome, un temps "avec deux zéros et même trois", et une dernière poésie donne la clé de l'anagramme du titre.


     Les illustrations au trait de Lucia Scuderi,  toutes simples, grandes taches de quelques couleurs, des rouges et des bruns, des verts et des bleus, traduisent parfaitement l'histoire. Elle a quelques clins d'œil, elle aussi; comme, au début, ce jeune et cet enfant sur une Vespa (qui m'évoque irrésistiblement Nanni Moretti et son casque, sur sa Vespa, sur l'affiche de Caro Diario – Journal intime), devant une colonne, sur la page de gauche, qui dialoguent avec un romain étonné sur la page de droite. Ou l'avant-dernière image des deux frères en joute, séparés par un olivier tout ébouriffé par le vent de la dispute,  sur une terre rouge où l'ombre des  protagonistes semble annoncer le sang répandu sur la page suivante.

Sans parler des deux jumeaux, scotchés pour l'éternité aux mamelles de la louve par l'iconographie classique, que Lucia Scuderi a, elle, installés à califourchon sur la bête qui les emmène vers la vie.

Un petit livre très dense, très riche, et dont on peut tirer, je crois, de belles lectures en v.o. Edité, cela va sans dire, par les Nuove Edizioni Romane !


   Roberto PIUMINI  n'est de loin pas un inconnu en France. Ses derniers titres traduits sont "L'ange de l'autoroute" en 2010, par exemple, ou "La verluisette" en 2007, mais il était déjà traduit en France en 1991. Et aussi en Espagne, en Serbie, en Corée, en Chine, en Norvège… la liste est plus longue encore.

  Allez sur son site, le lien est dans la colonne de droite, vous pourrez y constater la  grande variété de son écriture.


     De même pour la sicilienne (de Catane) Lucia SCUDERI , à la fois auteure (les italiens disent "autrice"),  et illustratrice. Ne vous laissez pas déconcerter par l'anglais des titres du site, les articles sont aussi en italien. Et vous retrouverez la Vespa dont je vous parlais plus haut. Vous pourrez aussi y feuilleter quelques pages de notre livre.

Bonnes "vacances romaines"! ...


Roberto Piumini, Orma ramo roma amor             
Illustrazioni di L. Scuderi
Collana Tante storie – Nuove Edizioni Romane 2011
64 pp., €
13,50
       

librini01                                                                           


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Rédigé par lecturesitaliennes

Publié dans #A VOIX HAUTE

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Publié le 13 Janvier 2012

INTERMEZZO

 

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Suite à plusieurs questions sur l'auteur des sujets en pâte à modeler, je vous rappelle que vous saurez TOUT SUR ANTONIETTA MANCA en lisant, dans la colonne de droite, la "PAGE" intitulée : Elle illustre ce blog.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et puis, à propos de DARWIN,encore,  une publication   fort différente de In riva al fiume, mais très intéressante aussi :

Les trois carnets de voyage (plus de 200 pages chacun) de Luca NOVELLI : In viaggio con Darwin.


Le premier date d'octobre 2006: in viaggio con Darwin, Patagonia e Terra del Fuoco, le second d'octobre 2007: In viaggio con Darwin, Cile, Perù, Galapagos, le troisième d'octobre 2008 :In viaggio con Darwin, Tahiti, Nuova Zelanda, Australia. Ils ont été publiés en Italie chez RIZZOLI/RCS Libri.

 


         Luca Novelli et son équipe ont refait le voyage accompli par Darwin à bord du Beagle. Darwin les accompagne, et inévitablement fait des comparaisons avec ce qu'il a vu lors de son premier voyage. L'émerveillement le dispute à l'ironie et l'esprit critique. Novelli a une plume alerte.

Je n'ai pu lire que le premier volume, mais ai été séduite par le récit, sa mise en page, la richesse de l'iconographie – documents de Darwin, photos prises par Novelli et son équipe, reproduction de tableaux réalisés in situ par Federico Canobbio Codelli, et les superbes couvertures de Gianni De Conno.

Ces livres sont plutôt pour adolescents et adultes.
Je vous reparlerai certainement de
Luca Novelli,
formidable auteur de vulgarisation. Son site vaut le détour.
 

 ranocchia

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Rédigé par lecturesitaliennes

Publié dans #VULGARISATION

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