Publié le 24 Juin 2015

        Si je vous dis " FEDERICO"?

J'entends une voix qui s'écrie "De Montefeltro!": vous revenez de Florence et vous avez vu aux Offices son incroyable portrait par Piero della Francesca. Une autre voix :"Frédéric II - de Souabe!": vous êtes fascinée / fasciné par l'étonnant château de Castel del Monte, dans les Pouilles. Mais une protestation domine:- Mais non, enfin, voyons, Federico! Fe-de--co! Quel autre Federico que Fellini? Federico Fellini de Rimini, de La Strada, de Amarcord... et pas seulement!".

Eh bien oui, si je vous avais dit d'emblée que   EVA MONTANARI est née et vit à Rimini; si je vous avais d'emblée montré la couverture de l'album que nous lisons aujourd'hui, à peine entrés en juillet, vous n'auriez eu aucune hésitation, c'est bien de  FELLINI qu'il s'agit.

- Mais - objecterez-vous -, nous sommes bien dans des lectures "de jeunesse"? C'est bien un album "pour les enfants"?

- Mais oui, c'est un album "de jeunesse"; l'éditeur;  KITE EDIZIONI indique "à partir de six ans", mais toute lectrice, tout lecteur qui aime le cinéma de Fellini le lira avec délices.

 

FEDERICO  et Eva MONTANARI

        C'est l'histoire de ... PINOCCHIO, oui, vous avez bien lu, Pinocchio qui, sur le chemin de l'école, avec son abécédaire sous le bras, se perd dans le brouillard, entend une musique de cirque, des fifres et des tambours,  trouve une maison où se donne un spectacle de marionnettes, entre en laissant son abécédaire dans le panier où l'on met son obole. La pièce est pleine d'enfants, le rideau du théâtre de marionnettes s'ouvre, et voici Arlequin et Polichinelle qui font rire le public aux éclats. A la fin du spectacle le narrateur se prépare à sortir lui aussi quand les marionnettes réapparaissent et l'interpellent :"- Pinocchio, tu es enfin arrivé à Rimini"! Pinocchio est abasourdi, et le lecteur aussi.

Car jusqu'à présent, il ne savait pas le nom du narrateur (qui, lui-même, l'ignorait).Il avait bien reconnu, sur les illustrations, la marionnette au long nez de bois, mais cette longue écharpe rouge autour du cou? Et ce petit chapeau mou sur la tête?  Et Rimini?

Et voilà (on a tourné la page) qu'apparaît le marionnettiste, un jeune garçon avec... une écharpe rouge autour du cou et un petit chapeau mou sur la tête, qui connait Pinocchio lui aussi, et s'appelle - FEDERICOOOOOOOO - dit une voix qui vient d'une autre pièce.

Entre la promesse de lui apprendre à lire que lui fait Federico, et les grandes assiettées de "profumàta pàsta al pomodòro", ces pâtes à la tomate de la maman (qui a de légers reflets bleus dans les cheveux) Pinocchio s'installe. Il a pris Federico au mot, il veut lui aussi devenir un petit garçon en chair et en os, et grandir comme ce Federico, insaisissable menteur (mais son nez à lui ne s'allonge pas quand il ment) qui abandonne bientôt sa mère et son nouvel ami pour s'en aller à Rome.

FEDERICO  et Eva MONTANARI

        Cette rencontre si improbable secoue Pinocchio, et à sa suite les lecteurs. La marionnette désemparée finit par reprendre son errance qui va la mener dans un monde mystérieux de musique et de spectacles, un cirque hors du temps, aux échos de "cirque du Pays des Jouets" où il est transformé derechef en âne. Puis dans le ventre du Requin qui l'a avalé, un autre spectacle de couleurs et de lumières, "l'endroit le plus merveilleux, le plus stupéfiant, le plus effrayant" qu'il ait jamais vu. Et il va se retrouver assis dans un profond silence, à appeler des prénoms qui ne nous sont pas inconnus - Marcello, Anita... Giulietta!

      Il a découvert le monde magique du cinéma. Et le lecteur retrouve avec lui l'émotion de la projection, du cône lumineux dans l'obscurité de la salle, que le monde de la vidéo et du home cinéma nous ont un peu fait oublier.

FEDERICO  et Eva MONTANARI

        EVA MONTANARI, qui a entièrement conçu cet album, texte et images, raconte très bien sa naissance ( c'était en octobre 2014) sur son blog. Comment l'omniprésence du réalisateur dans la mémoire riminaise, ce que l'on sait sur sa lecture de Pinocchio, le théâtre de marionnettes que lui avaient offert ses parents, son escapade (imaginée?) avec un cirque  se sont imposés à elle pour faire un album.

Publié, certes, par un éditeur de jeunesse. Mais, je le répète, destiné à être lu et regardé à toute sorte de niveaux différents. Pour les enfants, une promenade onirique à la suite d'un Pinocchio qu'ils reconnaissent mais qui les étonne, les émeut, les effraie puis les rassure.

Pour les adultes amoureux de FELLINI, chaque double-page est un régal. Nous y retrouvons, personnalisés par la main de Eva Montanari, les personnages, les silhouettes, les ambiances brumeuses ou la plage au petit matin de Huit et demi. Elle a réussi à transmettre fidélement dans ses dessins le monde de Fellini (qui lui-même dessinait beaucoup avant de réaliser ses films), tout en en donnant une interprétation personnelle qui renouvelle le plaisir de la lecture.

Et puis ils sont tous là: Gelsomina-Giulietta, la Gradisca, les pensionnaires et leurs pélerines, le Cheik Blanc sur sa balançoire, même Casanova, et puis, magistral, le bateau Rex qui passe au loin sut la mer, salué par les petites barques, (tandis que Pinocchio essaie de se noyer, mais heureusement, un pantin flotte tout seul).

Et puis, et puis... le reste, comme d'habitude, je vous le laisse découvrir par vous-mêmes.

FEDERICO  et Eva MONTANARI

Il faut saluer ici le travail des éditions Kite, qui ont d'ailleurs une filiale française, PassePartout éditions. Federico est un album courageux d'un point de vue éditorial, nul doute qu'en un an déjà il n'ait fait beaucoup de chemin. Bonne route encore!

UN GRAND MERCI A L'EDITEUR POUR LES ILLUSTRATIONS REPRODUITES ICI. 

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Rédigé par lecturesitaliennes

Publié dans #TEMPS PRESENT

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