Publié le 28 Janvier 2016

Storia di Goccia e Fiocco, de Pierdomenico Baccalario et Alessandro Gatti, illustré par Simona Mulazzani

Ce devait être votre cadeau de Noël. Mais les caprices de la technologie en ont décidé autrement. Ce sera donc pour accompagner votre hiver et pallier le manque chronique de neige de cet étrange janvier 2016. L'histoire, justement, du flocon Fiocco et de la goutte Goccia (prononcer "tcha", comme "ciao", vous n'avez pas oublié?).

Ce qui vous fait prendre en main ce grand album de carton solide (34 x 26 cm), c'est la curiosité. S'il se présente à vous du côté noir, c'est tout noir, avec ces découpes en forme de taches et de goutte qui laissent deviner un dessin par dessous. Mais impossible d'y accéder. Du côté blanc c'est pareil, là ce sont des cristaux de neige découpés qui laissent entrevoir.....

Vite, ouvrir, pour voir. Nous sommes du côté Fiocco. Sur les deux premières doubles pages, Simona Mulazzani a déployé un ciel de neige sur une ville, dont on se rapproche peu à peu. Les couleurs sont subtiles et chaudes. Et puis revoilà les découpes de flocons. Mais cette fois, on peut tourner la page, et découvrir les détails qu'elles cachaient, toujours plus bas sur la ville: un fleuve et sa péniche, un cirque à peine installé, une place de jeux où les enfants saluent joyeusement l'arrivée de la neige.

Puis nous sommes presque à terre devant une boulangerie d'où sort un client. Puis - entre temps la neige a recouvert le sol - devant une maison, au numéro 38. Et cette goutte noire, en haut à gauche?

On tourne encore et là, surprise, revoici nos deux écrans découpés, le blanc et le noir, repliés sur la double page centrale. Et en ouvrant, on révèle une grande fresque, noire, dans laquelle s'inscrit tout un monde de dessins "à la craie",( vous aurez remarqué à la longue que je ne suis pas très douée pour caractériser la technique d'une illustration, pazienza! Merci.) et au centre une grande fleur de givre elle aussi remplie de dessins. Nous sommes au cœur du livre. Et nous ne nous sommes encore pas préoccupés du texte, tant l'image est prenante et le texte discret.

Storia di Goccia e Fiocco, de Pierdomenico Baccalario et Alessandro Gatti, illustré par Simona Mulazzani

Arrivés là, force est de retourner l'album pour prendre l'autre entrée, la noire, celle de Goccia. Nous flottons à la hauteur d'une fenêtre, il y a du vent, puis nous entrons dans le bureau d'un dessinateur. Grandes doubles planches de couleurs allègres, joyeux bazar de la table de travail. Et de nouveau le jeu des pages-masques à tourner, pour entrer dans un monde de dessins variés, une nature-morte, une forêt, un portrait, et toujours ces couleurs vives posées en grands à-plat. Jusqu'à ce que.. la fenêtre est ouverte, la bouteille d'encre de Chine fait la culbute, et s'en échappe... une goutte noire qui tombe, dans le rue enneigée, au-dessus du numéro 38. Et nous revoilà à la fresque centrale.

Simona Mulazzani n'est de loin pas une inconnue pour les lecteurs français. Un seul exemple, apporté en France grâce à la traduction de Bernard Friot : "Grand sommeil et petits lits" chez Albin Michel en 2013. Il y en a bien d'autres.

Storia di Goccia e Fiocco, de Pierdomenico Baccalario et Alessandro Gatti, illustré par Simona Mulazzani

Après ce plein d’images et de commentaires spontanés vient l'envie de connaître "vraiment" l'histoire. Il faut chercher le texte, sur les pages de gauche, mais il est bien là.

Pierdomenico Baccalario et Alessandro Gatti ont écrit une histoire de rencontre. La rencontre imprévue de deux itinéraires improbables et hésitants. Ni Fiocco ni Goccia ne savent exactement ce qu'ils souhaitent comme vie, ils font toute sorte d'hypothèses, Fiocco transporté au gré du nuage de neige, Goccia prisonnière de sa bouteille d'encre. Et ce sera "un vento dispettoso", un courant d'air taquin qui, mettant un peu de pagaille dans l'atelier du dessinateur, provoquera la rencontre de nos deux héros. Elle dure à jamais, cette rencontre,"car ils ont tant d'histoires à se raconter".

Histoires que l'album et ses images poussent à imaginer encore et encore.

Storia di Goccia e Fiocco, de Pierdomenico Baccalario et Alessandro Gatti, illustré par Simona Mulazzani

Cette fable charmante n'a rien perdu de sa magie depuis sa publication en 2013.

La maison d'édition IL CASTORO nous offre un moment de poésie à partager avec des lecteurs à partir de 4-5 ans, faisant rêver en même temps l'adulte qui les accompagne.

STORIA DI GOCCIA E FIOCCO,

de Pierdomenico BACCALARIO, Alessandro GATTI et Simona MULAZZANI.

Editions IL CASTORO, novembre 2013. 52 pages. 18€

ISBN : 9788880337324

Merci à PAOLA des éditions IL CASTORO pour les illustrations de cet article.

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Rédigé par lecturesitaliennes

Publié dans #A VOIX HAUTE

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Publié le 27 Janvier 2016

Photo de Mara Pace pour l'exposition réalisée par la revue Andersen "Leggevo che ero".

Photo de Mara Pace pour l'exposition réalisée par la revue Andersen "Leggevo che ero".

Dans la longue liste des personnes remarquables qui nous ont quittés en ce janvier 2016, Lectures Italiennes se devait de citer Gianna VITALI. 

J'emprunterai ces quelques mots à Donatella Trotta sur le quotidien Il Mattino du 14 janvier.

Gianna Vitali a été, avec son compagnon de vie et de travail Roberto Denti, la fondatrice de la LIBRERIA DEI RAGAZZI à Milan.  On était en 1972. C'était la première librairie spécialisée de jeunesse de toute l'Europe Continentale (L'Angleterre avait déjà commencé). Un pari dont le récit est devenu célèbre, comme le racontait volontiers Roberto:" Ce fut une histoire d'amour et une idée bizarre : - Et si on ouvrait ensemble une librairie rien que pour les enfants? Tu en penses quoi, Gianna ? - Jamais entendu une idée aussi farfelue...on commence quand?". 

Il est difficile pour nous aujourd'hui, qui avons tous (presque tous) une librairie de jeunesse à portée, d'imaginer l'aventure que ce fut. La Libreria dei ragazzi grandit, prospera, essaima, point de référence et de formation pour les nombreuses nouvelles librairies de jeunesse de toute l'Italie.

Et après le décès de Roberto Denti le 21 mai 2013, Gianna Vitali continua le travail avec son incomparable vigueur et son intelligence précise. Quiconque l'a ne serait-ce que croisée dans les allées de la Fiera del Libro per Ragazzi de Bologne garde à l'esprit son regard pétillant et ses interventions pénétrantes et ironiques.

Les témoignages sont nombreux, vous les trouverez aisément sur le web. Je garderai, parmi toutes, cette affirmation que "c'est grâce à eux (Gianna et Roberto) que la littérature de jeunesse, en Italie, est sortie des salons et des sacristies".

 Et l'aventure continue ! Addio Gianna.

Un adieu à Gianna Vitali

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Rédigé par lecturesitaliennes

Publié dans #Temps présent

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