L'ISOLA DI FUOCO de E.SALGARI et L.CAIMMI

Publié le 2 Février 2012

 

UNE ÎLE DE FEU

 

 

 

     images-copie-3.jpg L'ISOLA DI FUOCO  di Emilio SALGÀRI, illustrazioni di Luca CAIMMI, postfazione di Paola Pallottino
Editore : ORECCHIO ACERBO, collezione Lampi. 

                                               Avril 2011. 48 pages 18€

  

   Vous avez entre les mains un grand livre. Grand, oui, 32cmx24cm, ce qui est peu commode pour le rangement, mais tellement pratique pour les lectures collectives, et tellement beau pour les illustrations !  La couverture cartonnée, selon l'habitude des éditions Orecchio Acerbo, est très robuste, les pages solides, on pourra le feuilleter encore et encore.
Emilio SALGÀRI : l'accent tonique n'est pas de moi, mais bien de l'éditeur qui sait les hésitations, même chez les italiens. Salgari, souvent appelé  en France,  de façon trop approximative, "le Jules Verne italien".  En avril 2011, on fêtait  le centième anniversaire de sa mort, et cet album le célèbre de façon superbe.


   La couverture interpelle, avec cette aquarelle nocturne et ses allusions : pas d'île, mais deux silhouettes sur le pont d'un bateau. Tout en haut de l'image, une lune, pleine et inquiétante dans son halo de bleus dégradés.  Et, entre les deux, pure couleur, la menace d'un feu incompréhensible et une épaisse couche de fumée. Le suspens est lancé.


   Pourtant la première double page (toutes les illustrations seront en double page) est tout ce qu'il y a de plus paisible, le petit vapeur a l'air d'un joujou entre ciel et mer modulant les bleus turquoise. Mais dès la page suivante, une inquiétude s'installe avec l'apparition de deux voiles et d'une fumée  très noire crachée par la cheminée. On cherche donc une explication dans le texte, et ainsi s'installe un va-et-vient fécond entre texte et image.


   Le narrateur est un voyageur, témoin du phénomène étrange, illustré sur la troisième page, au milieu d'un noir d'encre, d'un feu qui sort de la mer et que nous allons retrouver reflété dans un œil (l'œil du capitaine),occupant toute la double page un peu plus loin. Nous suivrons le narrateur dans le bateau et sur le pont tout au long de cette nuit d'angoisse, ses discussions avec le capitaine, les hypothèses faites, les peurs car le bateau est en avarie et ne doit pas se rapprocher trop du feu.

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   Tout cela magnifiquement servi par les planches de Luca Caimmi et ses jeux sur les tons de noir, d'orange puis de jaune, de bleus dramatiques. Intéressants aussi ses cadrages, quelques très gros plans, puis des "zooms arrières" ,  ou de larges vues panoramiques, selon les moments du récit.


   Cependant, dès la cinquième page, nous sommes pris de perplexité : n'étions-nous pas au large de la Nouvelle Zélande?  Pourquoi la carte que le capitaine abandonne sur sa table est-elle une carte du Golfe du Mexique?


    Et ainsi, petit à petit, les images de L'Isola di Fuoco vont raconter une  histoire autre  que le récit du voyageur et de Salgàri. Une histoire très contemporaine qui va donner une "explication" et un sens au phénomène géologique raconté par le romancier turinois.  Il l'avait inventée en s'inspirant de l'apparition d'une île volcanique, au large des côtes sud de la Sicile, en 1831. Ce volcan, émergé en éruption,  disparut définitivement six mois plus tard. Souvent, Salgàri s'est ainsi inspiré de faits réels pour ses romans.
    Seulement, dans le cas de cette version 2011 de L'Isola di fuoco, l'illustrateur "prend le pouvoir" et nous emmène dans des mers très contemporaines, ne craignant pas l'anachronisme, et finissant par un contraste strident entre la fin de l'histoire "officielle" et les dernières images, que je vous laisse découvrir.


    C'est un pari très audacieux qu'a fait, comme toujours, la maison Orecchio Acerbo, et ça fonctionne  tout à fait.


    Un mot de la réussite dans la réécriture de l'histoire : Salgàri a un style très foisonnant, qu'il fallait ici "réduire et adapter". Mais on retrouve cependant la solennité du passé simple et des imparfaits du subjonctif, les  dialogues rapides des moments de tension, les termes "techniques" qui nous font entrer dans l'époque ("le rande", voiles appelées en français, je viens de l'apprendre, "brigantines"; tous les termes pour indiquer les différents types de bruits qui accompagnent l'éruption, la description du feu…).
    Très réussie aussi la mise en page du récit, qui suit (ici deux lignes, là une dizaine, ici en grands caractères , là en plus petits) le suspense de l'histoire.


Encore un livre  qui se prêterait à une lecture -  à plusieurs voix ?


Pour ne pas fatiguer votre attention, je renvoie la présentation de la maison d'édition Orecchio Acerbo au prochain  numéro.


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   A signaler, dans les jours qui viennent, la parution d'une deuxième édition de L'Isola del Fuoco ,  dans la collection Lampi light. Le format est le même, mais le livre est broché, et son prix est de 12,50 €, avec, en prime, un poster grand format d'une des aquarelles du livre. (Sa couverture me plaît moins, cependant).
Pour plus d'informations sur Luca Caimmi , voici son site et la présentation d'un autre livre de lui que je n'ai pas lu, mais qui semble aussi fort beau, une histoire de navire.

 

www.lucacaimmi.net

 

www.topipittori.it/it/catalogo/la-nave

 

NOTA BENE : Magie ou incapacité totale? Une fois encore, les liens n'apparaissent pas, mais ils sont là, si si, placez le pointeur dans "le vide" et vous les verrez apparaître en gris. Cliquez, il sont actifs.


                               
  librini02

Rédigé par lecturesitaliennes

Publié dans #TEMPS PRESENT

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