C'era,lassù, al castello de R.PIUMINI et G.DE CONNO

Publié le 9 Septembre 2013

C'era,lassù, al castello de R.PIUMINI et G.DE CONNO

C'era, lassù al castello -

Leggende di una terra di confine

De Roberto PIUMINI pour le texte et Gianni DE CONNO pour l'illustration.

Il y avait, là-haut au château - Légendes d'une terre de frontière.

C'est, d'abord, le format qui intrigue: étroit et haut (17 x 29 cm). Et l'étrangeté de la couverture : un mur aux motifs de carreaux géométriques , semés de lettres, barre l'image. Devant, de profil, une figure féminine, médiévale, sobrement vêtue, la main droite sur le cœur, silencieuse et pensive. Elle a quelque chose des figures sculpturales de Giotto dans la chapelle des Scrovegni à Padoue. Et au-dessus du mur, d'étonnants moutons ailés passent dans un ciel d'un bleu légèrement rosé par le couchant, silencieux eux aussi, comme des nuages. Le silence magique de cette scène rappelle au lecteur d'autres images, et il ne s'étonne pas de lire ( en tout petit) le nom de Gianni De Conno, accompagné de celui deRoberto Piumini.

Nous sommes en fort bonne compagnie, mais le mystère demeure entier, à part l'affirmation nette du "c'era", il y avait, et le "là-haut" à la fois "ciel" et "château", et montagne dans toutes les chansons populaires du répertoire alpin, suggéré aussi par la "terre de frontière", pour ce qui est du territoire italien. Et la promesse de "légendes" .

Ouvrons donc le livre: voilà que la page de garde complète l'image de couverture de façon encore plus énigmatique: un homme aux yeux bandés - un chevalier?- s'appuie au mur, cherchant à toucher les lettre? Et le troupeau volant est complété par un chien, lui aussi laineux comme un nuage.

Plus loin encore, on retrouve sur la double page de titre la structure de la couverture, mosaïque de quatre images : en haut, sur fond de ciel, deux fois deux personnages qui se regardent en silence, un groupe libre dans l'espace, l'autre où les protagonistes sont séparés par … un mur? Une porte? Et en bas, deux détails d'autres scènes, main de pèlerin tenant un bâton, jambes de seigneur (?) aux mains croisées dans le dos… le tout dans ce silence méditatif, baigné de toutes sortes de nuances de bleu, d'ombres et de luminosités, qui sont le propre de Gianni De Conno.

Nous voilà prêts à entrer dans la première histoire (il y en a six, plus une balade en onze quatrains – Balade du chevalier et du dragon-). Et immédiatement, la "terre de frontière" prend corps :" Dire que le Mont Baldo a été le Paradis Terrestre est un peu exagéré, mais le Baldo est vraiment une riche montagne d'une grande beauté, et dans les temps anciens il l'était encore davantage".

Qui est allé sur les rives du lac de Garde ne peut avoir oublié la montagne qui le surplombe sur sa rive est, dressant ses 2000 mètres et plus, du nord au sud, et séparant le lac de la vallée du grand fleuve Adige. C'est la montagne des pâturages en fleurs, des étendues de petits cyclamens odorants sous les arbres, mais aussi des orages imprévisibles du mois d'août. Et l'Adige est la route qui amène les voyageurs, et amena les envahisseurs, venus du nord, vers la Vénétie et la plaine du Po.

Nous ne serons donc pas étonnés de rencontrer dans ces légendes des ermites et des sorcières, des princesses et des guerriers, des seigneurs brutaux et avides jusqu'à la folie, des bergers, des sorciers, des magiciennes , des chevaliers venus du nord, des épouses défendant par leur silence leur honneur bafoué, des princesses instruites pas très pressées de prendre mari…

Roberto Piumini nous offre ici une somptueuse palette de légendes, qu'on les lise pour soi, ou qu'on les lise à voix haute. Il conte et donne la parole à ses personnages, avec le rythme des récits très anciens. Il crée en quelques lignes des atmosphères – je pense à l'orage estival qui trouble le campement festif de la princesse Teodolinda -. Il dessine des personnalités – le seigneur cruel et avide, dans son château d'Avio, qui devient esclave de sa statue de veau d'or; ou encore la jeune châtelaine injustement persécutée par la jalousie de son mari, qui s'enferme dans le silence et s'exprime en peignant des fresques avec des sucs de plantes sauvages sur les murs de sa prison .

Ce ne sont là que quelques exemples.

Et, dans une alternance de petite vignettes carrées (rappelez-vous les "carreaux" de la couverture), détails des illustrations en pleine page, avec ce format qui oblige le regard à monter, comme dans les paysages de montagne lorsqu'on est dans la vallée, Gianni De Conno donne corps à ce monde en en interprétant la magie silencieuse, qui arrive comme en écho du passé.

Texte et images sont parfaitement complémentaires.

Et la réalisation est d'autant plus intéressante quand le lecteur comprend que ce volume s'appuie sur une réalité géographique et historique, qu'il a été inspiré par les fresques existant dans le Château d'Avio, aux pieds du Mont Baldo, sur les rives de l'Adige, lesquelles sont liées à une tradition de récits oraux; et que le bibliothécaire de la ville d'Avio est au cœur de ce projet.

Il n'est pas étonnant non plus que ce soient les éditions Carthusia qui aient donné corps à ce projet dans leur belle collection "Racconti con le ali" ou "récits ailés", qui porte ici particulièrement bien son nom.

Une lecture rêvée pour prolonger l'évasion des vacances.

C'era lassù al castello –

Leggende di una terra di confine

Volume illustré et relié, 64 pages.

Textes: Roberto PIUMINI, Illustrations: Gianni DE CONNO

Editions Carthusia - 2012 15,90 € - Collection : Racconti con le ali

C'era,lassù, al castello de R.PIUMINI et G.DE CONNO

Rédigé par lecturesitaliennes

Publié dans #CONTES

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