Publié le 20 Juin 2014

"UNE AUTRE  COUPE DU MONDE, C'EST POSSIBLE"

"Une autre COUPE DU MONDE, c'est possible: un tour du monde dans les littératures et les livres de jeunesse, à l'occasion de la Coupe du Monde de Football 2014".

En ces temps où le ballon rond semble être le nombril du monde, je me dois de relayer pour vous l'initiative de la revue ANDERSEN qui "propose aux bibliothèques, aux librairies, aux parents, aux éducateurs des centres aérés, un parcours qui, en partant des différentes équipes, amène à lire et regarder les littératures du monde, de l'Algérie à l'Uruguay, en passant par les trente autres pays qui joueront pour la Coupe du Monde : quelques bons livres à proposer aux jeunes, ou même à lire à haute voix, avant ou après les match, pourquoi pas?. Quelques piste pour approfondir, à l'attention des adultes médiateurs de la lecture, des références bibliographiques. Un projet Andersen, réalisé par Anselmo ROVEDA, Caterina RAMONDA et Martina RUSSO, avec des illustrations de Andrea VALENTE".
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Pour suivre la Coupe au jour le jour : la page Facebook de Andersen

L'ensemble du dossier sur http://www.andersen.it/un-altro-mondiale/

"UNE AUTRE  COUPE DU MONDE, C'EST POSSIBLE"

" Brésil 2014. Coupe du Monde de Football. Les garçons et les filles du monde entier, sans compter les jeunes et les adultes, sont en train de vivre, une fois encore, l'un des évènements qui pèsent le plus sur l'imaginaire contemporain. Terrains de terre battue, ruelles étroites, terre-pleins asphaltés, prés à la pente improbable, plages de cailloux... tout se transformera pour un été en stades étincellants où se joueront des matchs épiques. Jeu et représentation, c'est ça, le Mondial; ça aussi. Car c'est aussi un exemple évident des contradictions de notre temps. Millions engagés, sponsors globalisés, installations sportives futuristes, énormes retombées économiques dans les secteurs les plus variés, mais aussi, mais surtout hélas, exclusion et négation des droits, y compris au détriment de l'enfance. La misère et le chômage, ça ne passe pas à la télé, ça ne fait pas d'audience. Les contradictions de la société brésilienne ( mais c'est le cas pour une grande partie du monde) doivent être exclues, à tout le moins sur les écrans des network de télé éparpillés sur la planète, et aussi aux yeux des touristes sur place. Et pourtant cela reste un évènement ludique, à raconter. Au moins sur ces terrains improvisés dont nous parlions tout à l'heure. Et c'est bien comme ça.

"UNE AUTRE  COUPE DU MONDE, C'EST POSSIBLE"

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Une autre Coupe du Monde est donc possible, dans le domaine du jeu et du récit. Et ce récit va bien au-delà du ballon, il est déjà dans les maillots des équipes nationales, dans les drapeaux, les couleurs, les hymnes, et nous voilà sur le terrain de l'histoire et de la culture des différents Pays. Une autre Coupe du Monde est possible: un tour du monde dans les récits -littérature et illustration- produits par les diverses cultures nationales, souvent composites.

Et c'est à cette occasion, quand tous les enfants sont sensibles à l'idée Mondiale, que nous faisons une proposition aux bibliothèques, aux librairies, aux parents, aux éducateurs des centres aérés. Construire ensemble un parcours qui, en partant des différentes équipes, arrive à lire et à regarder les littératures du monde: de l'Algérie à l'Uruguay, en passant par les trente autres pays qui joueront pour la Coupe du Monde. Nous prenons le départ, en vous offrant une série de suggestions qui ne sont et ne peuvent prétendre être exhaustives; ce ne sont que des points de départ, des suggestions; de bons livres à proposer aux jeunes (ou même à lire à haute voix, avant ou après les matchs, pourquoi pas...). Quelques pistes pour approfondir, à l'attention des adultes médiateurs de la lecture, des références bibliographiques. Et à partir de là, chacun pourra aller et revenir, ajouter, effacer, compléter ou enrichir, avec ses propres auteurs et ses livres préférés".

Rendez-vous sur la page d'Andersen, pour découvrir la riche bibliographie en cliquant sur chaque pays.

Bonnes lectures, bons jeux.

"UNE AUTRE  COUPE DU MONDE, C'EST POSSIBLE"

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Publié le 28 Mai 2014

SONNO GIGANTE, SONNO PICCINO, de Giusi QUARENGHI et Giulia SAGRAMOLA, pour Topipittori.

Ou : Giusi et Giulia vont en voyage.

En voyant la couverture de cet album hors-normes, et le nom des deux auteures, m'est revenu le titre de ce film farfelu et génial que Jacques Rivette fit en 1974 (avant-hier) – Céline et Julie vont en bateau.

Comme la Foire de Bologne nous avait offert, en 2012, la surprise de Raccontare gli alberi, souvenez-vous, ainsi, en cette année 2014, elle nous régale d'un album, intrigant tant qu'on ne l'a pas ouvert, magnifiquement dépaysant à la lecture, dont le titre déjà est tout un programme.

La musicalité, d'abord, de ces deux expressions, au rythme familier: 1-2, 1-2-3;1-2,1-2-3, qui s'appuie sur les des "n" de "sonno". SONNO, le sommeil, mais pas très loin de "sogno", le rêve.

Puis ces deux adjectifs insolites, qui se passent de traduction, "gigante" et "piccino". Est-ce bien le sommeil qui serait "géant" ou "pitchounet", ou bien l'enfant qui devrait dormir?

SONNO GIGANTE, SONNO PICCINO, de Giusi QUARENGHI et Giulia SAGRAMOLA, pour Topipittori.

Et puis cette photo de famille, en noir et gris, pas très récente, où une "piccina" est à l'abri du papa "gigante" et, à la fois, du frère et de la maman, qui tous sont reliés par leurs bras, mais aussi, ("sonno" ou "sogno"?) par les bras de ce calamar géant, si rose qu'il en devient débonnaire, avec ses yeux rigolos. Voilà, c'est cette couverture qui fait que, au milieu de l'océan de livres de la Foire de Bologne, c'est lui l'élu, c'est lui qu'on ouvre avec une vraie curiosité.

Après, il faut bien reconnaître que le nom deGiusi QUARENGHI pousse aussi à y aller voir. Vous la connaissez, Giusi Quarenghi, qui nous a raconté son enfance dans ce si beau "Io sono il cielo che nevica azzurro". Et ici, alors, de quoi s'agit-il?

A cause de la technique si particulière d'illustration qu'utilise Giulia SAGRAMOLA, on ne peut s'empêcher de commencer par feuilleter tout l'album, en jetant à peine un œil distrait sur le texte.

Sur les pages de garde du début, un ensemble de photos de famille, sépia, grands et petits, dedans ou dehors, années? Cinquante? Sans aucun commentaire. Et voilà qu'on les retrouve, agrandies et retravaillées, à l'aide de couleurs et/ou de collages, et transformées en… comment les qualifier? Scènes surréalistes et poétiques, qui nous emmènent loin du monde photographié, en partant pourtant de lui. Grâce aux moteurs de recherche, vous pouvez voir directement ce que je tente maladroitement de vous décrire. Et sur les pages de garde de la fin, les mêmes photos, mais avec des indications de prénoms et de généalogie. Il y a là les témoignages de trois générations

SONNO GIGANTE, SONNO PICCINO, de Giusi QUARENGHI et Giulia SAGRAMOLA, pour Topipittori.

On peut maintenant repartir du début, et lire le texte, qui est tout léger, deux vers à chaque page, écrits "à la main", comme dans un cahier.

"Questa sera, sul cuscino" (prononcer "couchino") / non trova sonno il mio bambino"

"Ce soir, sur son oreiller, mon petit enfant ne trouve pas le sommeil "(que cette traduction est lourde!) Il s'agit donc d'une sorte de berceuse pour ce petit enfant qui n'est pas au rendez-vous du sommeil. La poésie, et celui ou celle qui la lit, imaginent des endroits où l'enfant aurait pu partir pour échapper à ce rendez-vous. Et nous voilà partis nous aussi dans un monde de délicieux "nonsense". Entre" partir faire un tour (giro – prononcer dji, vous commencez à le savoir)" ou "rencontrer un loir (ghiro – prononcer gui). Entre "regarder une camomille et boire quelque chose qui brille". Chaque page est une découverte. Mais aussi, chaque page est une chansonnette. Et on fait alors le lien entre les images retravaillées et la poésie. Toutes ces hypothèses introduites par un "forse, peut-être" qui ne met pas de limites à l'imagination.

Mais à un certain moment la fantaisie faiblit, les forces de qui veille sur l'enfant aussi, et vient cette prière, illustrée par une photo superbe que je vous laisse découvrir: " sonno gigante, sonno piccino/scivola accanto al mio bambino / prendilo inn braccio, convincilo piano/ dormire di notte non è così strano" : "Sommeil géant, sommeil pitchounet / glisse auprès de mon enfant / prends-le dans tes bras, convainc-le doucement / dormir la nuit, ce n'est pas si bizarre que ça".

Quiconque a tenté d'endormir un petit enfant réticent saura bien de quoi Giusi Quarenghi parle.

Un album sur lequel passer de longs moments, à le lire, à en raconter les images, à le prolonger … A prendre et à reprendre, sans se lasser.

Si vous lisez l'italien, allez voir ces deux textes des deux auteures, intitulés "Cet arc-en-ciel entre la veille et le sommeil –Quest'arcobaleno tra la veglia (prononcer vélia") e il sonno", sur le blog de l'éditeur TOPIPITTORI. Non seulement Giusi y parle magnifiquement du sommeil de l'enfant , mais surtout elles expliquent chacune la genèse de ce travail. Comment, une fois la berceuse (ninna nanna) écrite, Giulia s'en est emparée, l'a intégrée, jusqu'à penser à utiliser ces photos de sa famille qu’elle a détournées. Et qui ont à leur tour enrichi les paroles de la poésie.

Faisant aussi un pont entre les générations, puisque Giulia dédie cet ouvrage à ses quatre grands-parents, et Giusi à son petit-fils tout neuf.

GRAZIE GIUSI, et GIULIA, sans oublier les "Souris qui peignent", iTOPIPITTORI éditeurs!

SONNO GIGANTE, SONNO PICCINO, de Giusi QUARENGHI et Giulia SAGRAMOLA, pour Topipittori.

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Publié le 20 Mars 2014

Cet album tout neuf, qui sent encore l'encre, vous l'avez ici presque en avant-première, avant sa présentation à la foire de Bologne.

C'est "le tracteur de grand-mère". Ce doit être le petit tracteur de plastique qu'elle a offert à son petit-fils ? Ou alors elle est veuve, et c'est elle qui doit travailler dans les champs pour faire tourner l'exploitation? Vous n'y êtes pas du tout.

Dans cette ferme, la grand-mère prend "le tracteur rouge, le gros avec ses grandes roues" pour aller à la cueillette des fruits sur le domaine, tandis que le grand-père lave la vaisselle et le linge, envoie quelques mails à ses amis, et cherche de nouvelles recettes sur Internet. Ils se sont levés ensemble à l'aube, et ils se retrouveront quand la grand-mère, ayant fini la récolte, rentrera à la maison, et qu'elle trouvera la superbe tarte aux cerises réalisée par le grand-père pour le goûter. Tarte qui sera dévorée de bon appétit (malgré un précédent casse-croûte de raisin et mortadelle), comme a été dévorée cette journée de travail; le mot de la fin le dit clairement: "MIAM!", un grand " GNAM!"" dans le texte.

Anselmo Roveda nous raconte cette histoire simple, et pourtant "différente", de façon très naturelle, et avec élan, en jouant sur les situations – un coq anarchiste qui chante à l'heure qu'il lui plaît, des cochons qui aiment la pluie et la boue, tout comme la grand-mère et ses "grandes bottes" pour "faire splatch dans les flaques", qui se passe un peu de baume pour les lèvres, à la framboise, avant de sortir. Il rythme volontiers le récit de bruits, "driiin, bzzz". Sans négliger pour autant des termes plus recherchés : après la pluie, le toit "sgocciola", il ruisselle, et les lapins "sgranocchiano", ils grignotent. Et puis il y a un mot bizarre (sauf pour les habitants des campagnes piémontaises): la remorque a été baptisée pendant l'été, quand les petits-enfants étaient là, "Amico Tamagnun": c'est peut-être un nom magique?

Les illustrations de Paolo Domeniconi concrétisent à la perfection tant le couple des grands-parents et leur maison que la campagne environnante. Grand-mère et grand-père ont les cheveux blancs, certes, mais on voit dans leur regard l'ouverture à la vie, et ils sont toujours en mouvement, dans une maison aux cadrages originaux, pleine d'ombre et de lumière, et de témoignages de leur longue vie commune. Les couleurs chaudes et claires de cette journée d'automne juste après la pluie, les courbes de la "grande colline", puis les différents plans qui descendent harmonieusement, sans mièvrerie aucune, la présence joyeuse des animaux, dont un chat qui accompagne fidèlement la grand-mère au travail, s'accompagnent d'une constante note d'humour.

Ajoutez à cela une typographie variée, un texte en petites unités qui ne décourageront pas le très jeune lecteur.. A travers sa collection "Sottosopra" (Sens dessus-dessous) pour l'éditeur turinois EDT Giralangolo – collection destinée à " aider à changer l'imaginaire face aux stéréotypes du genre", avec des albums dont les héros sont "des enfants, des femmes et des hommes libres d'agir, de penser, de se comporter sans être prisonniers du sexe biologique auquel ils appartiennent" - Irene Biemmi a bien réussi son pari.

Anselmo Roveda – ill. di Paolo Domeniconi. Il trattore della nonna. Torino, EDT Giralangolo – Sottosopra, 2014, pp28, euro 12.

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Publié le 13 Février 2014

Giuseppe PITRÈ, Italo CALVINO, des contes et quelques livres

Autour des fêtes de fin d'année est sorti un grand nombre de livres beaux ou intéressants que je n'ai pas (pas encore?) eu l'occasion de feuilleter, mais il me semble important de vous les signaler dès à présent, quitte à y revenir en détail plus tard.

Giuseppe PITRÈ, d'abord. Il n'y avait pas d'édition moderne de tous les contes siciliens recueillis par ce chercheur infatigable de la fin du XIX, et aucune traduction en italien. Les éditions DONZELLI viennent de publier une extraordinaire somme, sous deux formes:

-l'Opera major, c'est à dire l'ensemble du recueil "Fiabe, novelle e racconti popolari siciliani" en quatre volumes,édition intégrale en dialecte sicilien avec le texte italien en face, l'appareil critique établi par l'auteur, et des illustrations de grands noms contemporains. Un ouvrage superbe pour les bibliothèques et les chercheurs.

Giuseppe PITRÈ, Italo CALVINO, des contes et quelques livres

Mais les particuliers ne sont pas oubliés, et voilà Il Pozzo delle Meraviglie (Le puits des Merveilles) qui ne contient "que" 300 de ces contes, nouvelles et récits siciliens, en version italienne moderne, avec 18 planches en couleurs de Fabian NEGRIN,qui n'est pas un inconnu pour nous.

Giuseppe PITRÈ, Italo CALVINO, des contes et quelques livres

"Contes populaires italiens" renvoie, bien sûr, à Italo CALVINO, qui s'était servi des recherches de Pitrè quand il fit sa grande moisson, au milieu des années 50. Beaucoup ont été traduits en français, vous le savez.

Giuseppe PITRÈ, Italo CALVINO, des contes et quelques livres

Aujourd'hui, c'est Mondadori qui a fait paraître dans sa collection jeunesse "contemporanea", six volumes d'un choix de ces contes, regroupés par thèmes ; Il y a les contes pour les plus petits ("Fiabe per i più piccini"), ceux avec des animaux magiques (Fiabe di animali magici), ceux qui font un peu pleurer ("Fiabe un po' da piangere"), ceux qui font bien rire ("Fiabe tutte da ridere"), ceux qui font peur - un tout petit peu, pas trop - ("Fiabe da far paura ( appena appena, non tanto)"), et ceux liés à la mer ("Fiabe di mare"). De cinq à huit contes chaque fois. Et, cerise sur le gâteau, chaque livre est illustré par un artiste italien différent parmi les plus connus.

Une réserve assurée pour toute sorte d'auditeurs et de lecteurs.

Giuseppe PITRÈ, Italo CALVINO, des contes et quelques livres

Et pour finir, un panier "en vrac":

- Un Camilleri pour les enfants? Mais oui, le père du commissaire Salvo Montalbano, Andrea CAMILLERI a écrit un conte "di incantesimo e magìa", peut-on lire sur la couverture, "enchantement et magie". C'est chez MONDADORI (aussi) et ça s'intitule MAGARÌA;

- Une nouvelle aventure de Piripù Bibi, vous vous rappelez, la langue piripù (dites"piripou"). Emmanuela BUSSOLATI signe RULBA RULBA! pour l'éditeur Carthusia.

- Des poésies "à l'envers" de Vivian LAMARQUE : STORIELLE AL CONTRARIO, chez Einaudi Ragazzi, avec des illustrations hilarantes de Anna Laura CANTONE.

- Pour mieux connaître Pinocchio :Anselmo ROVEDA a encore frappé, très juste, comme d'habitude: IL MERAVIGLIOSO VIAGGIO DI PINOCCHIO, chez EDT-Giralangolo, collection des mille et une cartes (géographiques) "Le Milleuna Mappa". Collection très originale de cartes aidant à lire et redécouvrir des textes célèbres. L'illustrateur est Antongionata FERRARI. Je sens que nous y reviendrons.

- Un roman loufoque sur un grand-père qui l'est tout autant: de Fabrizio SILEI : Mio nonno è una bestia, chez Il Castoro.

- Un petit dernier? Des historiettes d'avant le sommeil, de Pinto & Chinto, chez le florentin Kalandraka : Racconti per bambini che si addormentano subito (pour les enfants qui s'endorment vite).

Faites de beaux rêves!

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Publié dans #PAS LU - MAIS...

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Publié le 15 Janvier 2014

 

  POESIES DES GRANDS FROIDS

 

 

 

Vivian LAMARQUE  (prononcer Viviane) est certainement l'auteure italienne qui a le plus et le mieux parlé du froid (il freddo), de la glace (il ghiaccio - prononcer "guiatcho"), de la neige(la neve), en prose et en poésie.

 Dans sa bibliographie abondante et variée (il suffit d'un coup d'œil sur Amazon.fr ou  Amazon.it) on trouve dès 1981 La bambina di ghiaccio e altri racconti di Natale, chez EL, rééditée moult fois depuis.  En 2003 : Fiabe di neve. En 2004 : Poesie di ghiaccio. En 2006 : Tre storie di neve. En 2010 : Poesie di dicembre et  Nel bianco.  En 2011 : Neve neve dove sei. Et j'en ai certainement omis.

 Tous ces textes sont toujours illustrés, souvent par des illustrateurs  très différents.

 Pour les lecteurs qui nous ont rejoints récemment, je vous repropose une  lecture de février 2012 qui n'a rien perdu de son actualité, en attendant l'arrivée (?) de la neige et du froid.

 

imagesD'abord un grand album cartonné de 9,50 x 12 cm, publié par Emme Edizioni en 2004, avec des illustrations de Mara CERRI :

        La bambina di ghiaccio. (La petite fille de glace).

Dès la couverture, on est pris dans l'atmosphère de rêve des dessins de Mara Cerri, où le monde onirique de la petite fille de glace, tons pastels de bleus blancs, verts pâles, est regardé de loin par enfants et adultes de couleurs  vives, pris eux aussi dans un monde aux contours flous de neige et de glace.

 

          Nous sommes dans un conte dès les premiers mots :

"Aveva gli occhi bianchi e lucenti,    Elle avait des yeux blancs et   brillants,

aveva i capelli di cristallo.               elle avait des cheveux de cristal.

Aveva una sciarpa ricamata di brina,Elle avait une écharpe brodée de givre 

aveva un cappotto di càndida neve,  elle avait un manteau de neige candide

ai piedi aveva scintillanti affilatissimi pattini . aux pieds elle avait de scintillants patins  bien aiguisés.

 

Et le récit se déroule sur ce rythme un peu hypnotique, d'une prose à la fois simple dans sa structure et raffinée dans son vocabulaire, qui tient sous son charme le lecteur ou l'auditeur, de même que la petite fille de glace, la patineuse aérienne intrigue et capte l'attention des "gens" : une maman avec sa petite fille, deux enfants qui font un bonhomme de neige, un promeneur solitaire, un couple d'amoureux, un pêcheur un peu insolite, ainsi les a représentés Mara Cerri. La bambina vit isolée au milieu du lac gelé, dans une maison de glace et on ne peut que l'observer de loin.  

 

          Cette petite fille de glace a un côté très inquiétant, par la description de son corps transparent, et par la solitude dans laquelle elle vit. Peu à peu, le récit explicite  son secret : elle est marquée par une prédiction trouvée à côté de son berceau : elle vivra "un millénaire entier" si "jamais un rayon de soleil ne l'effleure".  Elle a déjà 999 ans, bien qu'elle n'en fasse que 9, et elle souffre de solitude, d'autant plus qu'elle sait que la mort est proche.  Alors elle met en forme son souhait de "danser au moins une fois avec un cavalier, se marier avec lui et laisser dans le monde des vivants une toute petite fille à elle".

         Et ce cavalier va arriver, de glace lui aussi, le Prince du Pôle, désireux lui aussi de danser avec elle, et trois  pages très poétiques évoquent les danses, les noces où sont invités "tous les papillons, tous les oiseaux, tous les petits enfants de la terre, si légers,  et le Roi et la Reine du Pôle", une joie légère et cristalline reprise par les couleurs plus marquées ( des turquoises, des violets) de l'illustratrice.

 

A vous de découvrir la fin.

 

        Ce conte parle, avec une grande délicatesse, de la maladie qui sépare des autres, de la mort, et de la vie cependant qui peut continuer et briser la malédiction; et en même temps de la magie ambiguë de la glace et du froid.

Il a été traduit en français en 1992 pour les éditions Ipomée, illustrations la petite fille de glacede Maria Battaglia. Peut-être en trouverez-vous un exemplaire dans votre bibliothèque.

 

Vivian LAMARQUE : La Bambina di Ghiaccio, illustrazioni  di Mara CERRI – Emme edizioni . 2004                         24 pages. 11€90.

 

Vivian Lamarque est une grande parmi les poètes italiens contemporains, souvent récompensée tant pour son œuvre "pour la jeunesse" que pour celle "pour adultes". Il semble que les français tardent un peu à découvrir cette facette de son talent. Je peux vous signaler le recueil "Poesie di ghiaccio" dans son édition de 2004, un beau volume relié chez Einaudi Ragazzi, collection Pesci d'argento. La poésie de Vivian Lamarque est très intense, très sobre à la fois, des vers courts, souvent "parlés", qui ont l'air enfantin mais posent les questions essentielles, celles qui, souvent, font mal. Les poésies, dans "Poesie di ghiaccio", se répondent pour former, à leur tour, une histoire. Les illustrations à l'aquarelle de Alessandro Sanna, très sobres elles aussi et tout aussi intenses, sont bien en syntonie avec les vers.

La quatrième de couverture dit "à partir de huit ans", mais il n'y a pas d'âge pour la poésie, vous le savez bien.

Vivian LAMARQUE : Poesie di ghiaccio, illustrazioni di Alessandro SANNA – edizioni EL. 2004             93 pages. 14€50

 

 

poesie di ghiaccio

 

 

fiaba di neve    nel bianco     neve neve     poesie di dicembre.        poesie di ghiaccio2

 

 

 

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Publié le 24 Décembre 2013

TOUS MES VOEUX

(avec l'image, cette fois...)

ET DE PLEINES HOTTES DE LIVRES

Un grand merci à ANTONIETTA MANCA pour cette image offerte.

Un grand merci à ANTONIETTA MANCA pour cette image offerte.

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Publié le 17 Décembre 2013

APPEL DE LA REVUE MENSUELLE ANDERSEN

C'est bien volontiers que je relaie l'appel de la revue ANDERSEN dont je vous ai maintes fois parlé. On pourra m'objecter que, puisque cette revue est en langue italienne, seuls sont concernés celles et ceux qui ont la chance/le privilège/le bonheur (au choix) de maîtriser l'italien. Pourquoi donc traduire l'appel en français?

Mais pour faire connaître l'esprit de la revue à ceux qui n'ont pas encore la chance/le privilège/le bonheur (au choix) de la lire et de la parler; il n'est jamais trop tard pour commencer, 2014 approche, et ses bonnes résolutions.

Les différents liens vous permettront d'approfondir.

" Ce 11 décembre 2013 Chers amis,
Depuis plus de trente ans, chaque mois, nous donnons la parole à "vos" livres et vos projets.
Les livres que vous, les éditeurs, publiez
Les livres que vous, les auteurs – écrivains, illustrateurs – projetez, écrivez, illustrez
Les livres que vous, les bibliothécaires et les libraires, aimez, conseillez, faites connaître
Les livres que vous, les professionnels du livre projetez, traduisez, corrigez, contribuez à réaliser.
Les livres que vous, les éducateurs et les enseignants – de la maternelle à l'université – racontez, expliquez et faites aimer
Les livres que vous, les animateurs et les promoteurs de la lecture aimez, utilisez et faites aimer
Les livres que vous, les papas, les mamans, oncles, tantes, grands-parents êtes enchantés de découvrir et faites découvrir à votre tour
Les livres que vous, les lecteurs aimez.
Pour continuer à alimenter et agrandir ce cercle vertueux de lecture, de culture de jeunesse et de construction du futur nous avons besoin de vous.
Cette fois, c'est nous qui vous demandons la parole.
Nous vous demandons de nous aider à faire connaître notre campagne d'abonnement ANDERSEN 2014, en conseillant notre revue et en partageant avec votre réseau et sur les réseaux sociaux la page qui lui est dédiée:
http://www.andersen.it/regala-immaginario/
Nous vous en sommes dès à présent reconnaissants. Ce sera pour nous le cadeau le plus agréable de toutes les fêtes prochaines, pour lesquelles je vous présente, ainsi que toute la rédaction, mes vœux les plus sincères
Barbara SCHIAFFINO

APPEL DE LA REVUE MENSUELLE ANDERSEN

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Publié le 4 Novembre 2013

Una vita da somaro, texte de Daniela VALENTE, illustrations de Flavia SORRENTINO

"Une vie de chien", on voit bien ce que ça peut être. "Une vie d'âne", c'est moins clair, surtout que "somaro", c'est une bête de somme, mulet ou âne. Celui qui nous regarde de la couverture de notre livre, est-ce un âne ou un mulet, avec son improbable petit col d'écolier? Plutôt un mulet, peut-être, d'après sa couleur?

L'âne appelle, comme associations basiques, "oreilles d'âne" et "bonnet d'âne" (est-ce que ça dit encore quelque chose aux écoliers d'aujourd'hui?). Et c'est par ce biais que notre récit commence, par une indignation orthographique du protagoniste, qui a été traité d'âne, justement, par la maîtresse pour avoir oublié l'accent sur le è du verbe être, le transformant par là en "e"=et. "Comme si exister comptait plus que unir", dit notre petit indigné. Et comme si "somaro" était une injure! Car lui, Bruno, le narrateur de cette histoire, sait ce qu'est un "somaro", car son grand père en a un, un mulet du nom de Giardino (prononcer Djardino), Jardin (car il laboure le sol de la forêt en travaillant, et permet à la végétation de renaître).

Una vita da somaro, texte de Daniela VALENTE, illustrations de Flavia SORRENTINO
Una vita da somaro, texte de Daniela VALENTE, illustrations de Flavia SORRENTINO

Voilà l'histoire lancée, le jeune lecteur pourra plus facilement s'identifier avec Bruno après être passé par la case "école". Bruno a un grand-père particulier, il est débardeur dans les montagnes et travaille avec un mulet dans les endroits que les véhicules ne peuvent atteindre. Et il explique en direct à son petit-fils, venu avec ses parents (en jeep, qui plus est) lui rendre visite sur un de ses chantiers par une journée d'automne déjà frisquette, les mérites écologiques de cette façon de descendre les troncs jusqu'aux routes praticables. Le petit garçon est enthousiaste et nous retrouvons chez Daniela Valente, l'auteure, la sensibilité à la nature, aux odeurs, aux couleurs, aux bruits, que nous avions déjà appréciée dans Mamma Farfalla.

Le contact s'instaure facilement entre l'enfant et l'animal, grâce à la médiation du "nonno" débardeur. Pour le lecteur, voici qu'au récit s'ajoute une nouvelle voix, celle du mulet Giardino, qui est imprimée en rouge. On passe de l'un à l'autre par un "raccord sur image", et l'épisode à peine lu est repris du point de vue de l'animal. Là aussi, Daniela Valente tâche de ne pas prêter à l'animal un discours trop "humain", sa sensibilité passant essentiellement par les bruits et les odeurs. C'est un des aspects très réussis de ce petit livre.

Mais un accident (qu'on devine cardiaque) va mener le grand-père à l'hôpital, puis à la retraite. Bruno doit affronter cette nouvelle situation et l'angoisse qui l'accompagne. Et Giardino? Lui aussi va goûter à une retraite bien méritée, mais cependant active et solidaire: il vivra, avec d'autres chevaux et ânes divers, dans un centre associatif où des enfants viennent prendre soin de lui sous la conduite de moniteurs. Et l'encore robuste Giardino est promu au grade de "bibliomulet": il passe une fois par semaine dans les écoles des alentours, portant de grands paniers remplis de livres. Et quelle est l'une de ses premières destinations? L'école de Bruno, bien sûr. Grande joie de l'enfant qui retrouve son ami forestier. Joie largement partagée par tous les petits écoliers (et par la maîtresse, à qui Bruno fait la leçon sur l'utilité des "ânes").

Una vita da somaro, texte de Daniela VALENTE, illustrations de Flavia SORRENTINO

Un dernier personnage arrive dans la classe et dans l'histoire, un nouvel élève, Luca, étrangement taciturne. Bruno tente d'en faire son ami, passant aussi par l'intermédiaire de Giardino que Luca va voir et soigner une fois par semaine. Le chemin accompli par ce jeune Luca est décrit avec beaucoup de simplicité et de délicatesse par l'auteure, que ce soit par la voix de Bruno ou par celle de Giardino. Et le dessin offert, sans un mot, par Luca à Bruno, à la veille des vacances, laisse augurer un retour de l'enfant dans le monde de la communication.

Vous voyez que dans ses illustrations, Flavia Sorrentino a privilégié les enfants, en premier lieu Bruno, l'animal et la nature. Le grand-père est à peine évoqué comme une silhouette dans le bois, il vit à travers les récits de Bruno et de Giardino. Avec poésie et humour (et avec ses couleurs acryliques et ses crayons) elle souligne le dynamisme du récit, ou le silence de Luca, et son "réveil" progressif.

Una vita da somaro, texte de Daniela VALENTE, illustrations de Flavia SORRENTINO

La collection "Coccole Green" , de l'éditeur que nous connaissons bien désormais,"Coccole Books", est leur collection écologique, qui présente aux enfants à partir de huit ans des animaux "à protéger", dans le format commode de la plupart de leurs collections, 14 x 20,5 cm. D'abord une histoire, puis une douzaine de pages d'informations. En l'occurrence: deux pages sur l'espèce et les différents croisements entre ânes et chevaux. Puis une évocation de sa présence dans l'histoire de l'humanité, le vocabulaire de son travail, sa place pendant les deux guerres mondiales, son rôle actuellement, en Amérique du Sud comme en Italie, tant comme éboueur non motorisé que comme "bibliobus", ou encore comme support de cures de "pet therapy" (comme ils disent en italien), et enfin sa représentation philatélique.

Une façon intelligente et efficace de faire connaître aux jeunes lecteurs des aspects moins connus de l'écologie.

Una vita da somaro, écrit par Daniel Valente, illustré par Flavia Sorrentino,

Collection Coccole Green – Editions Coccole Books – à partir de 8 ans

Première édition mai 2013. 68 pages illustrées. 10 €, 90

UN GRAND MERCI A FLAVIA SORRENTINO POUR LES IMAGES QU'ELLE M'A AUTORISEE A REPRODUIRE

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Publié le 10 Octobre 2013

   GLI ANNI IN TASCA : Giusi  QUARENGHI, Bruno TOGNOLINI  et quelques autres…

A première vue, elle n'a l'air de rien, cette collection. Pour paraphraser le titre d'un de ses volumes (dans un tout autre contexte): "A vederla non si direbbe". Ce sont de petits volumes de poche d'une centaine de pages, couverture souple, 12 x 19 cm, au graphisme simple, en général sans images, hormis une photo de l'auteur enfant à l'intérieur. Tout juste, en bas à droite, la petite souris qui est le logo de la maison d'édition TOPIPITTORI, les célèbres "souris qui peignent", précédé du titre de la collection: (Gli anni in tasca). Que sont donc ces "(années dans la poche)"?

Sur la quatrième de couverture, une précision : "histoires vraies d'enfances et d'adolescences".

Il n'est pas indifférent qu'ait été choisi, pour nommer cette collection de témoignages d'adultes, le titre italien du film de François Truffaut "L'argent de poche"; François Truffaut qui disait, dans une interview, qu'il lui semblait, avec ce film, " réparer une sorte d'injustice, car il n'y a pas de rapport entre l'importance (de l'enfance) dans la vie et le peu de place que lui donne le cinéma". La collection (gli anni in tasca) donne la parole à des "personnes d'âge, de sexe, de nationalité, de profession, d'origine, de classe sociale différentes", pour qu'ils mettent en mots leur enfance. Pour un public de lecteurs, selon les titres, "à partir de sept ans", ou "à partir de douze ans", pour un public de lecteurs, un point c'est tout.

Giusi QUARENGHI

Je ne savais rien de tout cela en achetant mon premier titre. Il était si insolite! "Io sono il cielo che nevica azzurro" - "Moi, je suis le ciel qui neige du bleu " de Giusi QUARENGHI. Qui était Giusi Quarenghi? J'étais bien ignorante, au vu de la bibliographie très fournie que j'ai découverte par la suite.

Giusi Quarenghi nous dit son enfance en neuf chapitres au titre bref et inattendu: - BousesGenoux – Quand je serai grande (plus synthétique en italien: Da grande) – Du dimanche (della festa) - ……… Mauvaisexemple (sic) – Cloches – Mots…

Elle nous transporte dans sa vie de fille d'aubergistes dans un village des alpes bergamasques, dans les années Cinquante. D'un côté, la vie de cette vallée de montagne – prodigieux, le chapitre d'ouverture avec le départ des vaches, venues en camion de la plaine, pour l'alpage, d'où les "bouses" du titre, "boasce" (prononcer "boàché") en dialecte. A la fois exaltation de ce début d'été correspondant à la fin des classes, vacarme des troupeaux et des humains, odeurs, violence aussi du "bâton qui donne la secousse" dont se servent les vachers pour convaincre les bêtes rétives, et cette capacité qu'ont les vaches de "imboasciare", de "embouser" toutes les rues du village, abondance qui fascine la fillette. En même temps, cet état d'exception lui donne des instants de liberté rares et précieux, et déjà apparaît la figure de sa mère, qui mène de main de maître à la fois l'auberge et la maison (le père est une sorte de poète), et éduque ses deux enfants (Giusi et son grand frère) avec rigueur et justice, en explicitant toujours les règles, sans hésiter devant quelques justes fessées. Le lecteur apprendra à la connaître de mieux en mieux, et Giusi sait nous faire saisir avec une grande tendresse, non sans humour, toutes les nuances, parfois contradictoires, du caractère de cette femme.

Aucune nostalgie, dans cette évocation. Mais une plongée dans le vécu d'une fillette déjà indépendante, lucide, qui "nous parle d'un temps que les moins d'soixante ans ne peuvent pas connaître". Et pourtant elle peut y emmener des enfants d'aujourd'hui, par la justesse et la richesse de ses mots, et la vivacité de son récit, et la liberté de son esprit.

J'ai repensé, en lisant "Io sono il cielo che nevica azzurro", à l'album d'Yvan Pommaux sorti en France en 2002 à l'Ecole des Loisirs : Avant la télé. Sauf que le monde d'Yvan Pommaux est citadin, celui de Giusi Quarenghi fondamentalement montagnard. Elle a, dans le chapitre 8 intitulé "Cloches", une très belle comparaison de sa vallée alpine avec une île: " Une vallée tient plus de l'île que du continent. Vous la voyez finir non dans la mer, mais dans le ciel. Et vous savez que l'espace continue, de même que le monde, mais il n'est pas là, il n'y a pas de place, l'assiette est trop petite, elle ne contient pas tout, la plus grande partie reste dehors, ailleurs."

Ici, pas besoin d'illustration, les mots dessinent cette neige bleue qui descend du ciel le jour où la fillette, profitant de l'absence de sa raisonnable de mère, a mis sa plus belle robe "du dimanche", au mépris des conventions familiales, pour fêter le printemps, même s'il neige ce jour-là.

Chaque page a ses trésors. Y compris, parfois, des citations d'auteurs qui sont venus confirmer à l'adulte les intuitions de la fillette. Et le lecteur, surtout jeune, a envie d'aller y voir de plus près.

C'est le livre que je relis quand j'ai besoin de me réconcilier avec le genre humain.

Giusi QUARENGHI, Io sono il cielo che nevica azzurro, (gli anni in tasca), Editions Topipittori , Milano, mars 2010 – 108 pages, 10 €

   GLI ANNI IN TASCA : Giusi  QUARENGHI, Bruno TOGNOLINI  et quelques autres…

Bruno TOGNOLINI

Dans la collection (gli anni in tasca), il y a bien d'autres découvertes à faire – et je suis loin de les avoir faites toutes. Par exemple le livre de Bruno TOGNOLINI que vous connaissez déjà par ailleurs. Ici, c'est Doppio Blu , un Double Bleu comme un double whisky, où l'auteur alterne des discussions hilarantes et philosophiques – ce n'est pas contradictoire – avec son chien, sur la plage, près de chez lui – Al mare col cane - , et des souvenirs d'enfance en très brefs chapitres, trois pages au plus, sous le chapeau d'un mot, là aussi, – les airs – les bêtes - … - les mots - … "le surre", mot de l'argot cagliaritain de son enfance qu'on pourrait traduire par "les roustes"…- les Belles Choses- …

C'est une enfance citadine, cette fois, et l'auteur parle de lui-même à la troisième personne : "Il bambino, quand'era bambino, …." – Le petit, quand il était petit, en se réveillant le matin, se demandait souvent : "C'était quoi, aujourd'hui, la Belle Chose?" – au chapitre huit, par exemple.

Dans le dialogue avec son chien – un chien impertinent et qui ne craint pas de mettre son maître devant ses contradictions – l'auteur essaie, grâce à une réflexion très efficace sur la couleur bleue de l'eau qui, en soi, n'a pas de couleur, de saisir et faire saisir à son lecteur les problèmes que peuvent soulever les souvenirs, leur consistance, leur "couleur". Un petit livre très stimulant.

Bruno TOGNOLINI, Doppio Blu, (gli anni in tasca), Editions Topipittori, Milano, mars 2011, 62 pages, 10 €

   GLI ANNI IN TASCA : Giusi  QUARENGHI, Bruno TOGNOLINI  et quelques autres…

Roberto DENTI

Il y a aussi "Il ragazzo è impegnato a crescere" ( prononcer "créchéré") – "le gamin s'emploie à grandir", de Roberto DENTI, l'inestimable Roberto DENTI, fondateur, avec sa femme, de la première librairie spécialisée jeunesse à Milan, en 1972 – Libreria dei ragazzi , justement. Il a quitté cette vie le 21 mai 2013 à 89 ans, laissant derrière lui toute une collection d'ouvrages pour la jeunesse et pour adultes, et quelques-uns en projet. Dans ce texte de 2009, Denti met en récit son enfance en suivant la chronologie, et en introduisant chaque chapitre par un titre qui rappelle les récits d'aventure du XIX° siècle (mais aussi les titres des nouvelles d'un Boccace, par exemple, dans son Décaméron). Et à chaque fois, il ya "il protagonista, notre héros", et "il lettore, le lecteur", qui participe également du récit. Du premier chapitre "où notre héros vient au monde coiffé, et le lecteur est accueilli chez lui", au dernier "où notre héros s'enfuit de chez lui et le lecteur prend congé de ses aventures", en passant par celui "où notre héros apprend que le pipi peut avoir des vertus magiques et le lecteur se lie d'amitié avec le chien Tito" ; ce n'est qu'un exemple, il y en a douze en tout.

Un vrai journal, où "notre héros" est aux prises avec un père directeur d'école et une mère institutrice, sans compter une grand'mère dictatoriale et de caractère épouvantable, plus une paire de lunettes de myope que ses petits camarades de classe ne se privent pas de commenter, et un frère premier de la classe et beau garçon de surcroît. De quoi lui donner envie de prendre la fuite pour de vrai.

Roberto DENTI, Il ragazzo è impegnato a crescere, (gli anni in tasca), Editions Topipittori, Milano, mars 2009, 103 pages, 10

(gli anni in tasca), ces "années dans la poche" – au format de poche qui plus est – n'ont cessé de s'enrichir, selon la promesse initiale. On peut encore y rencontrer les souvenirs de notre Bernard Friot : Un altro me, un autre moi ; ou d'une Alice Baladan uruguayenne: Piccolo grande Uruguay , et beaucoup d'autres…

Pas étonnant qu'en 2010, Gli anni in tasca se soient vu attribuer le Prix Andersen de la meilleure collection de récits.

   GLI ANNI IN TASCA : Giusi  QUARENGHI, Bruno TOGNOLINI  et quelques autres…
   GLI ANNI IN TASCA : Giusi  QUARENGHI, Bruno TOGNOLINI  et quelques autres…

P.S. Ce thème du récit d'enfance m'a fait reprendre, dans ma bibliothèque, une collection de sept cahiers d'écoliers à l'ancienne, couverture noire, étiquette blanche bordée de rouge. Je les avais un peu oubliés, ils datent, un par an, de 1998 à 2004, leurs titres semblent calligraphiés à la plume, et leur orthographe est parfois fantaisiste. Ce sont les "cahiers de Barbara", "I quaderni di Barbara", que la revue Andersen a offert à ses abonnés pendant sept ans. Coordonnés par Barbara SCHIAFFINO qui n'était pas encore directrice de la revue, ils présentent chacun une cinquantaine de textes (d'une page, rarement plus) où une cinquantaine d'auteurs, illustrateurs, éditeurs et critiques de livres de jeunesse (chacun brièvement présenté) racontent sous toute sorte de formes- texte, dessin, photo commentée, poésie… - un souvenir d'enfance, selon le thème du recueil. Et tous se sont prêtés très amicalement à l'exercice. La mise en page est variée et l'illustration aussi, toujours en noir et blanc, personnelle ou rétro.

D'où une mosaïque fort plaisante, et qui peut éclairer l'œuvre de tel ou tel auteur. Dans "Cera una volta (sic)– il était une fois", ce sont les "premières œuvres", rédaction, poésie, dessin; "La mia biblioteca di squola", les livres qui ont marqué; "Tamo, pio bove", ou "les premières poésies apprises par cœur", avec commentaire d'époque; "A me mi piace", "moi, j'aime", les meilleurs souvenirs de bonnes choses à manger; "Giocavo che ero", les jeux préférés (sans faute, cette fois); "I miei noni" où il s'agit, bien sûr, des "nonni" ou grands-parents; et enfin "Il mio primo battiquore", le premier amour .

C'était une belle initiative où il fait bon revenir picorer de temps en temps.

Dommage qu'ils soient hors-commerce.

Roberto DENTI

Roberto DENTI

En 2006, Giusi QUARENGHI a obtenu le PRIX ANDERSEN de meilleure auteure.

En 2006, Giusi QUARENGHI a obtenu le PRIX ANDERSEN de meilleure auteure.

La voilà pendant le festival de littérature de jeunesse de Albinea, près de Reggio-Emilia.

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Publié le 25 Septembre 2013

Roberto INNOCENTI : si sa vie nous était contée...

Roberto INNOCENTI est parmi les invités du Festival des Illustrateurs Festival des Illustrateurs qui se tient actuellement à Moulins.

C'est l'occasion de vous signaler le petit volume publié en 2012 par les éditions DELLAPORTA de Pise : des entretiens d'Innocenti avec Rossana DEDOLA, intitulés "La mia vita in una fiaba"

Vous en trouverez un excellent compte-rendu en français sur la dernière livraison de la revue

STRENAE - Recherches sur les livres et objets culturels de l'enfance.

Voici le lien: http://strenae.revues.org/1034

Roberto INNOCENTI : si sa vie nous était contée...

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