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Publié le 12 Février 2012

 Ou : LA FEMME A L'OREILLE VERTE

 

 

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La littérature française du XIX siècle avait "L'Homme à l'oreille cassée", l'édition de jeunesse italienne du XXI siècle a "la femme à l'oreille verte", Fausta Orecchio. C'est elle en effet qui fonda,  en 2001 ("C'était le 6 décembre 2001 et il faisait grand froid. C'est ce jour-là que, prématurément, notre premier enfant vit le jour…") les éditions ORECCHIO ACERBO. "Orecchio", d'accord, mais "Acerbo"? C'est son mari? Son associé? Non pas, son associé (et compagnon) est Simone Tonucci. Alors ?


Alors, il faut lire cette poésie de Gianni RODARI  (elle est sur la page d'accueil du site de Orecchio Acerbo , publiée en 1979 chez Einaudi dans le recueil "Parole per giocare"; Je n'en ai pas trouvé de traduction française, mais peut-être l'un/e de vous m'en indiquera une). En attendant, traduction "maison" :

"Un jour sur le direct Capranica-Caserte (c'est pour la rime – dans le texte "Viterbo")

Je vis monter un homme avec une oreille verte".

 Nous y voilà.  Le poète va apprendre que ce vieil homme ("plus tellement jeune, et même bien mûri")  n'a plus de jeune que cette oreille, une "oreille verte"

"C'est une oreille enfant, elle me sert à comprendre

Toutes choses que les grands jamais ne veulent entendre"

Et il nous en donne toute sorte d'exemples.  Je vous laisse les lire.


C'est là le programme que Orecchio Acerbo développe depuis dix ans, écouter, comprendre, faire comprendre des choses qui, souvent, ne sont pas écoutées ou pas dites. Sans souci du marché et des best- sellers. Un pari audacieux, risqué, mais qui marche, car Orecchio Acerbo est désormais incontournable dans l'édition de jeunesse, italienne et pas seulement.


         Ma première rencontre avec un livre d'Orecchio Acerbo (peut-être bien "La Portinaia Apollonia ") m'avait marquée par ce feuillet qui était glissé dans la première page, je l'avais regardé à deux fois, et qui se présentait comme une notice pharmaceutique (laquelle porte en italien le délicieux nom de "bugiardino", "petit menteur") :

Categoria farmaceutica
Libri per ragazzi che non recano danno agli adulti / libri per adulti che non recano danno ai ragazzi.
 

(Livres de jeunesse qui ne font pas de mal aux adultes / et vice versa)

Indicazioni terapeutiche
Stati di grave bulimia televisiva. Sindrome acuta di insufficienza immaginatoria
. ecc

(Etat de boulimie télévisuelle grave. Syndrome aigu d'insuffisance imaginationnelle)  Etc

Humour et provocation.  J'ai regretté de ne pas trouver de notice dans mon exemplaire de L'Isola di Fuoco.


Un autre aspect fondamental du travail de Fausta Orecchio et de son équipe - elle le développe dans le texte "Quali sono i vantaggi dell'essere un piccolo editore" –" Des avantages d'être un petit éditeur"-  c'est la  possibilité de "faire des livres sur lesquels puissent travailler ensemble, dans l'affrontement ou dans la rencontre,  un écrivain, un dessinateur, un graphiste…". Elle-même venant du monde du graphisme où elle s'était déjà fait un nom bien avant les années 2000.

 

 

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En 2009, le catalogue d'Orecchio Acerbo contait 75 titres. Aujourd'hui environ 120. Les auteurs sont italiens, bien sûr, mais aussi bien français, coréens, vénézuéliens et j'en passe. Vous retrouverez plusieurs albums de Fabian Negrin  .  Mais aussi des textes de Dickens, H.C. Andersen ou des frères Grimm.  Et vice versa, de nombreux albums d'Orechio Acerbo sont traduits, en français, entre autre. Une liste intéressante est  celle intitulée "La nostra Top Ten", sur la page d'accueil du catalogue :  elle donne une bonne idée des relations  qu'entretient Orecchio Acerbo avec la littérature de jeunesse mondiale.

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 Je vous recommande vraiment une promenade dans le site de la maison, vous constaterez la variété des auteurs et illustrateurs, l'originalité des albums.  Vous pourrez en feuilleter virtuellement certains.  Si vous êtes "visuels", vous aurez grand plaisir à regarder les présentations vidéo  (en italien "booktrailers") servies souvent par les voix des auteurs.

Vous pourrez constater dans la rubrique "Premi" qu'aussi bien pour divers albums que pour elle-même la maison a reçu plus d'un prix prestigieux (a titre d'exemple, en 2004, le Prix Andersen pour "la meilleure production éditoriale "fatta ad arte"-" de grande qualité", ou encore, en 2009, le Prix Andersen pour les fameux booktrailers, et bien d'autres encore).


Plaisir, aussi, de la lecture de certains articles, présentés dans la rubrique "Interventi" de la présentation "Chi siamo" : mon choix personnel va vers ce texte de Fausta Orecchio, de juillet 2009 pour le quotidien "Il Manifesto", où elle donne une image de son travail et de ses choix à travers des souvenirs d'enfance : "Il maestro che mi insegnò a cadere" – "le maître qui m'apprit à tomber"-.  Ou ce texte du dessinateur Francesco Tonucci, qui approfondit la relation avec la poésie de Rodari : "Un orecchio che serve per sentire – une oreille qui sert à entendre (mais aussi sentir, le verbe italien a les deux sens)"-  Ou encore le texte humoristique de Matteo Corradini : "I libri di orecchio acerbo sono tutti sbagliati – les livres de orecchio acerbo ont tout faux"-  Il y en a pour tous les goûts et toutes les réflexions, dans un style souvent alerte.

 

 

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Je ne parle pas des notices sur les auteurs, ou d'une très riche collection de liens fort bien classés. Je vous le disais, c'est un site inépuisable. Et vous avez même une version anglaise….


Bonne lecture, donc. J'aurai encore l'occasion de vous présenter un ou deux de mes titres préférés publiés par la femme à l'oreille verte.

 

    

 

 

 

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Rédigé par lecturesitaliennes

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