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Publié le 23 Janvier 2017

C'est encore une surprise de la Nouvelle Année. Non seulement l'ami est inattendu, mais encore il vous offre ses aventures en pas moins de six langues: italien, allemand, anglais, bulgare, espagnol, français. Chaque fois dans une version bilingue....

Mais procédons par ordre!

 

 

 

 

 

L'ami inattendu, c'est Léo, l'araignée ( en italien, "Leo, il ragno") qui joue dans l'arbre au- dessus de la fourmillière de Véra, la jeune fourmi très curieuse. La sympathie est immédiate, et ils se mettent à jouer ensemble.

 

 

Mais les grands ne l'entendent pas de cette oreille. Fourmis soldats ou maman-araignée, tous défendent aux deux amis de se retrouver, car " Les fourmis et les araignées sont différentes" ou encore: "Elles ne sont pas comme nous".  Des deux côtés, on casse sévèrement l'élan de leur entente.

 

 

Il faudra une inondation et le risque de mort pour le peuple des fourmis pour que les grands se laissent convaincre d'aider et de se laisser aider.

 

 

 

Et les préjugés seront dépassés; les jeux et les activités communes de Véra et Léo pourront reprendre sous le regard bienveillant de leurs aînés.

L'histoire est simple, immédiatement accessible, et répond très directement au but de son auteur, Stefano MONTANARI : " Un conte sur la différence, qui entend aider les enfants à concevoir le respect de l'autre".

Stefano MONTANARI, nous dit la notice du livre, travaille depuis plus de vingt ans dans le domaine des droits de l'homme, et notamment ceux des enfants. A travers l'éditeur florentin  MULTIMAGE, UN AMI INATTENDU - UN AMICO INATTESO  inaugure une collection qu'il a intitulée L'Isola che c'è  (L'île qui existe, en contrepoint à celle de Peter Pan,  L'isola che non c'è, chanson célèbre du napolitain Edoardo Bennato).

 

Le style des versions italienne et française manque peut-être encore un peu de souplesse, mais ce péché véniel est largement compensé par la verve des illustrations de Mauro CICARÈ,  vous le constatez sur les reproductions que vous avez sous les yeux. Merci pour la possibilité de les reproduire ici.

Le soin de l'édition est à signaler, tant pour la  qualité des images que pour la lisibilité du texte, dans un format facile à partager à l'occasion d'une lecture à haute voix (20,50 x 32,50 cm).

Mais la vraie originalité de cette lecture est que chaque livre est bilingue, dans toutes les combinaisons possibles (ou presque...)  des six langues que je vous signalais au début. Contrôlez sur le site de l'éditeur.  Une aubaine pour les bibliothèques.

Et, une fois n'est pas coutume, voici les librairies où vous pourrez retrouver Un ami inattendu, dans la combinaison de langues que vous souhaiterez, en Italie, en Allemagne et en France:

En Italie:

- Macerata : Bottega del libro

- Rome: Explora - Il Museo dei Bambini di Roma.

En Allemagne:

-  Freiburg: Jos Fritz  Buchhandlung

- Kehl: Buchhandlung Baumgärtner

En France:

- Strasbourg:   -  La Bouquinette

                        -  Librairie du Monde Entier

- Schiltigheim:   Librairie Totem.

Alors, faites jouer vos enfants avec Véra et Léo !

UN AMICO INATTESO, texte de Stefano MONTANARI, illustré par Mauro CICARÈ,

Multimage 2016                36 pages                12 €

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Rédigé par lecturesitaliennes

Publié dans #A VOIX HAUTE, #TEMPS PRESENT

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Publié le 13 Juillet 2016

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016

Chose promise, chose due. Le 29 mai dernier, je vous donnais le nom de Simona MULAZZANI, qui recevait le prix de "meilleur illustrateur/trice 2016" grâce à son album Storia di Goccia.

Il est grand temps que vous ayez les noms des autres vainqueurs. Comme d'habitude, je renvoie ceux qui maîtrisent la langue italienne directement au site du Premio Andersen.

Une fois encore, le jury a aidé par ses distinctions tous ceux qui, professionnels ou amoureux, s'intéressent à la littérature de jeunesse, pour qu'ils s'y retrouvent dans la grande forêt des oeuvres publiées. Vous remarquerez que les destinataires de ces prix ne sont de loin pas qu'italiens.

Merci à Andersen pour les images qui illustrent ce post. Vous reconnaissez dans la bannière de cette 35ième session la "patte" de Gek Tessaro.

Vous ne trouverez ici "que" les prix pour les livres, mais il y a aussi ceux pour "le meilleur projet éditorial", "la meilleure création numérique", celui pour " les protagonistes de la culture pour l'enfance" ( avec, entre autres, cette récompense remarquable aux "bibliothécaires tenaces" qui résistent contre vents et marées aux diffficultés administratives de tous ordres ), et le prix "Gianna e Roberto Denti" à la librairie de jeunesse de l'année.

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016
  • Meilleur écrivain:

Patrizia RINALDI,

" pour le raffinement et l'intensité de son écriture, convaincante et précise. Pour la route qu'elle suit, où la prudence n'exclut ni la ferveur ni le travail, qui tisse l'écriture pour l'enfance et la production narrative pour adultes. Pour sa façon délicate et sensible d'aborder des thèmes en rien faciles, tout en nous offrant une ligne qui reste souriante et une représentation pleine de vie du monde des jeunes".

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016
  • Meilleur illustrateur/trice :

Simona MULAZZANI

Se reporter à l'article précédent.

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016
  • MEILLEUR LIVRE 0/6 ANS :

Sulla collina de Linda SARAH, illustrations de Benji DAVIES, éditions EDT - Giralangolo.

" Pour la simplicité d'un récit centré cependant sur les grands thèmes de la croissance d'un enfant: de l'amitié à l'importance du jeu, de la jalousie au partage. Pour une représentation de la nature délicate et lumineuse. Pour la beauté et la vivacité des dessins de Davies".

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016
  • Meilleur livre 6/9 ans:

Lotta combinaguai de Astrid LINDGREN, illustrations de Beatrice ALEMAGNA, éditions Mondadori.

"Pour une petite série de récits frais et amusants, qui nous offrent un portrait de l'enfance plein de vie.Pour le rythme parfait et persuasif de la narration. Pour les illustrations chaudes et joyeuses de Beatrice Alemagna qui réussit à rendre à la perfection le monde de l'auteure de Fifi Brindacier".

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016
  • Meilleur livre 9/12 ans :

Le avventure di Jacques Papier, de Michelle CUEVAS, éditions De Agostini

" Pour une histoire qui trace, avec rythme et vivacité, un parcours de formation insolite et convaincant. Pour la voix du protagoniste, capable de raconter, de façon ironique et fort bien argumentée, la dimension émotive profonde de son chemin vers l'autodétermination. Pour une narration fluide et divertissante, qui côtoie avec bonheur la frontière entre réalité et imagination".

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016
  • Meilleur livre pour les plus de 12 ans :

Melody de Sharon M.DRAPER, éditions Feltrinelli.

" Pour la capacité de briser la barrière qui sépare le lecteur de l'héroïne, enfermée dans un corps immobile , en en restituant, avec délicatesse et une précision mesurée, les sentiments et les émotions. Pour la volonté d'éviter tout pédagogisme, mais avec la ferme intention de raconter une histoire de victoires et de défaites, en un témoignage linéaire et apaisé".

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016
  • Meilleur livre pour les plus de 15 ans:

Reato di fuga, de Cristoph LEON, éditions Sinnos.

" Pour une histoire capable d'ébranler, d'indigner et de représenter, sur un ton aussi délicat que laconique, une situation émotivement limite. Pour l'écriture, de grande tenue, prenante, qui fait réfléchir, loin des solutions évidentes et des déviations angéliques, qui met au centre la réflexion sur l'esprit de responsabilité".

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016
  • Meilleur album illustré:

Il cavaliere Panciaterra de Gilles BACHELET, éditions Il Castoro.

"Pour le comique irrésistible d'une histoire inattendue et pleine de vivacité. Pour la beauté secrète et délibérée des images pleines d'échos et de citations qui en font un "livre pour tous". Pour la leçon implicite autour des thèmes de la stupidité et l'inutilité de la guerre."

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016
  • Meilleur livre jamais récompensé :

Una strana creatura nel mio armadio, de Mercer MAYER, éditions Kalandraka

" Pour le retour important et attendu d'un petit classique des albums illustrés. Pour les illustrations raffinées qui, par leur trait riche et évocateur, créent un rapport admirable avec le texte. Pour une histoire légère et finalement souriante, capable de charmer et d'inviter à la réflexion."

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016
  • Meilleur livre de vulgarisation :

Mini. Il mondo invisibile dei microbi, de Nicola DAVIES, illustrations de Emily Sutton,Editoriale Scienza.

" Pour l'approche très inhabituelle qui, une fois encore, caractérise le parcours de vulgarisation de cette auteure. Pour le bonheur plein de brio et de conviction des illustrations. Pour la variété des solutions graphiques qui caractérisent les pages, où elles s'entrelacent avec la partie écrite."

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016
  • Meilleur livre réalisé dans les règles de l'art :

Lei. Vivian Maier, de Cinzia GHIGLIANO, éditions Orecchio Acerbo.

" Pour la beauté intense et raffinée des illustrations. Pour leur capacité d'évocation qui fait parler le travail singulier de cette photographe méconnue. Pour l'originalité indiscutable d'une solution narrative qui nous restitue pleinement le talent d'une grande illustratrice et dessinatrice de BD."

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016
  • Meilleur livre en bande dessinée :

I diari di Cerise. 1. Lo zoo di pietra, de Joris CHAMBLAIN et Aurélie NEYRET, éditions Panini Comics.

" Pour la capacité d'utiliser de façon originale diverses formes narratives qui s'intègrent bien et contribuent à impliquer le lecteur dans un récit très soigné. Pour avoir créé un personnage à la fois désinvolte et profond, qui reflète de façon cohérente tous les aspects de la croissance et de l'adolescence. Pour l'honnêteté envers le lecteur dans la façon de décrire le quotidien, ce qui arrive dans la vie et les façons de l'affronter."

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016
  • Prix spécial du jury :

Un chilo di piume, un chilo di piombo, de Donatella ZILIOTTO, illustrations de Grazia NIDASIO, préface de Bianca PITZORNO, éditions Lapis.

" Pour l'importance du retour d'une oeuvre à bien des égards fondamentale dans l'histoire récente de notre littérature de jeunesse. Pour le soin passionné et attentif réservé à l'édition, qui rend au mieux les dessins magnifiques et mordants de Grazia Nidasio. Pour un regard inhabituel et vrai sur la guerre et sur comment on peut et on doit grandir et affronter le monde."

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016

N'est-ce pas une belle palette? Il n'y a plus qu'à choisir.

Merci,Andersen !

Bonne lecture à vous!

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Publié le 29 Mai 2016

Parmi les vainqueurs du Premio Andersen 2016: Simona MULAZZANI
Parmi les vainqueurs du Premio Andersen 2016: Simona MULAZZANI

Ce samedi 28 mai 2016 s'est déroulée à Gênes la 35ième édition duPREMIO ANDERSEN, le prix italien du livre de jeunesse dont je vous ai parlé les années précédentes.

Vous en aurez un panorama complet un peu plus tard, mais aujourd'hui, honneur à Simona MULAZZANI et aux éditions IL CASTORO.

L'illustratrice a en effet reçu le prix Meilleur Illustrateur/trice 2016, avec la motivation suivante:

" Elle est depuis longtemps l'une des voix les plus remarquables et les plus représentatives de notre illustration.Pour l'originalité peu commune de son trait à la fois doux et élégant, clair et d'une grande puissance évocatrice. Pour sa rigueur professionnelle et le soin qu'elle réserve à chaque commande éditoriale, pour son attention constante à se glisser dans les plis du texte".

Et si je vous en parle, c'est que vous la connaissez: allez donc revoir L'Histoire de Goutte et de Flocon, ce janvier 2016.

Brava, Simona!

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Publié le 27 Janvier 2016

Photo de Mara Pace pour l'exposition réalisée par la revue Andersen "Leggevo che ero".

Photo de Mara Pace pour l'exposition réalisée par la revue Andersen "Leggevo che ero".

Dans la longue liste des personnes remarquables qui nous ont quittés en ce janvier 2016, Lectures Italiennes se devait de citer Gianna VITALI. 

J'emprunterai ces quelques mots à Donatella Trotta sur le quotidien Il Mattino du 14 janvier.

Gianna Vitali a été, avec son compagnon de vie et de travail Roberto Denti, la fondatrice de la LIBRERIA DEI RAGAZZI à Milan.  On était en 1972. C'était la première librairie spécialisée de jeunesse de toute l'Europe Continentale (L'Angleterre avait déjà commencé). Un pari dont le récit est devenu célèbre, comme le racontait volontiers Roberto:" Ce fut une histoire d'amour et une idée bizarre : - Et si on ouvrait ensemble une librairie rien que pour les enfants? Tu en penses quoi, Gianna ? - Jamais entendu une idée aussi farfelue...on commence quand?". 

Il est difficile pour nous aujourd'hui, qui avons tous (presque tous) une librairie de jeunesse à portée, d'imaginer l'aventure que ce fut. La Libreria dei ragazzi grandit, prospera, essaima, point de référence et de formation pour les nombreuses nouvelles librairies de jeunesse de toute l'Italie.

Et après le décès de Roberto Denti le 21 mai 2013, Gianna Vitali continua le travail avec son incomparable vigueur et son intelligence précise. Quiconque l'a ne serait-ce que croisée dans les allées de la Fiera del Libro per Ragazzi de Bologne garde à l'esprit son regard pétillant et ses interventions pénétrantes et ironiques.

Les témoignages sont nombreux, vous les trouverez aisément sur le web. Je garderai, parmi toutes, cette affirmation que "c'est grâce à eux (Gianna et Roberto) que la littérature de jeunesse, en Italie, est sortie des salons et des sacristies".

 Et l'aventure continue ! Addio Gianna.

Un adieu à Gianna Vitali

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Publié le 24 Juin 2015

        Si je vous dis " FEDERICO"?

J'entends une voix qui s'écrie "De Montefeltro!": vous revenez de Florence et vous avez vu aux Offices son incroyable portrait par Piero della Francesca. Une autre voix :"Frédéric II - de Souabe!": vous êtes fascinée / fasciné par l'étonnant château de Castel del Monte, dans les Pouilles. Mais une protestation domine:- Mais non, enfin, voyons, Federico! Fe-de--co! Quel autre Federico que Fellini? Federico Fellini de Rimini, de La Strada, de Amarcord... et pas seulement!".

Eh bien oui, si je vous avais dit d'emblée que   EVA MONTANARI est née et vit à Rimini; si je vous avais d'emblée montré la couverture de l'album que nous lisons aujourd'hui, à peine entrés en juillet, vous n'auriez eu aucune hésitation, c'est bien de  FELLINI qu'il s'agit.

- Mais - objecterez-vous -, nous sommes bien dans des lectures "de jeunesse"? C'est bien un album "pour les enfants"?

- Mais oui, c'est un album "de jeunesse"; l'éditeur;  KITE EDIZIONI indique "à partir de six ans", mais toute lectrice, tout lecteur qui aime le cinéma de Fellini le lira avec délices.

 

FEDERICO  et Eva MONTANARI

        C'est l'histoire de ... PINOCCHIO, oui, vous avez bien lu, Pinocchio qui, sur le chemin de l'école, avec son abécédaire sous le bras, se perd dans le brouillard, entend une musique de cirque, des fifres et des tambours,  trouve une maison où se donne un spectacle de marionnettes, entre en laissant son abécédaire dans le panier où l'on met son obole. La pièce est pleine d'enfants, le rideau du théâtre de marionnettes s'ouvre, et voici Arlequin et Polichinelle qui font rire le public aux éclats. A la fin du spectacle le narrateur se prépare à sortir lui aussi quand les marionnettes réapparaissent et l'interpellent :"- Pinocchio, tu es enfin arrivé à Rimini"! Pinocchio est abasourdi, et le lecteur aussi.

Car jusqu'à présent, il ne savait pas le nom du narrateur (qui, lui-même, l'ignorait).Il avait bien reconnu, sur les illustrations, la marionnette au long nez de bois, mais cette longue écharpe rouge autour du cou? Et ce petit chapeau mou sur la tête?  Et Rimini?

Et voilà (on a tourné la page) qu'apparaît le marionnettiste, un jeune garçon avec... une écharpe rouge autour du cou et un petit chapeau mou sur la tête, qui connait Pinocchio lui aussi, et s'appelle - FEDERICOOOOOOOO - dit une voix qui vient d'une autre pièce.

Entre la promesse de lui apprendre à lire que lui fait Federico, et les grandes assiettées de "profumàta pàsta al pomodòro", ces pâtes à la tomate de la maman (qui a de légers reflets bleus dans les cheveux) Pinocchio s'installe. Il a pris Federico au mot, il veut lui aussi devenir un petit garçon en chair et en os, et grandir comme ce Federico, insaisissable menteur (mais son nez à lui ne s'allonge pas quand il ment) qui abandonne bientôt sa mère et son nouvel ami pour s'en aller à Rome.

FEDERICO  et Eva MONTANARI

        Cette rencontre si improbable secoue Pinocchio, et à sa suite les lecteurs. La marionnette désemparée finit par reprendre son errance qui va la mener dans un monde mystérieux de musique et de spectacles, un cirque hors du temps, aux échos de "cirque du Pays des Jouets" où il est transformé derechef en âne. Puis dans le ventre du Requin qui l'a avalé, un autre spectacle de couleurs et de lumières, "l'endroit le plus merveilleux, le plus stupéfiant, le plus effrayant" qu'il ait jamais vu. Et il va se retrouver assis dans un profond silence, à appeler des prénoms qui ne nous sont pas inconnus - Marcello, Anita... Giulietta!

      Il a découvert le monde magique du cinéma. Et le lecteur retrouve avec lui l'émotion de la projection, du cône lumineux dans l'obscurité de la salle, que le monde de la vidéo et du home cinéma nous ont un peu fait oublier.

FEDERICO  et Eva MONTANARI

        EVA MONTANARI, qui a entièrement conçu cet album, texte et images, raconte très bien sa naissance ( c'était en octobre 2014) sur son blog. Comment l'omniprésence du réalisateur dans la mémoire riminaise, ce que l'on sait sur sa lecture de Pinocchio, le théâtre de marionnettes que lui avaient offert ses parents, son escapade (imaginée?) avec un cirque  se sont imposés à elle pour faire un album.

Publié, certes, par un éditeur de jeunesse. Mais, je le répète, destiné à être lu et regardé à toute sorte de niveaux différents. Pour les enfants, une promenade onirique à la suite d'un Pinocchio qu'ils reconnaissent mais qui les étonne, les émeut, les effraie puis les rassure.

Pour les adultes amoureux de FELLINI, chaque double-page est un régal. Nous y retrouvons, personnalisés par la main de Eva Montanari, les personnages, les silhouettes, les ambiances brumeuses ou la plage au petit matin de Huit et demi. Elle a réussi à transmettre fidélement dans ses dessins le monde de Fellini (qui lui-même dessinait beaucoup avant de réaliser ses films), tout en en donnant une interprétation personnelle qui renouvelle le plaisir de la lecture.

Et puis ils sont tous là: Gelsomina-Giulietta, la Gradisca, les pensionnaires et leurs pélerines, le Cheik Blanc sur sa balançoire, même Casanova, et puis, magistral, le bateau Rex qui passe au loin sut la mer, salué par les petites barques, (tandis que Pinocchio essaie de se noyer, mais heureusement, un pantin flotte tout seul).

Et puis, et puis... le reste, comme d'habitude, je vous le laisse découvrir par vous-mêmes.

FEDERICO  et Eva MONTANARI

Il faut saluer ici le travail des éditions Kite, qui ont d'ailleurs une filiale française, PassePartout éditions. Federico est un album courageux d'un point de vue éditorial, nul doute qu'en un an déjà il n'ait fait beaucoup de chemin. Bonne route encore!

UN GRAND MERCI A L'EDITEUR POUR LES ILLUSTRATIONS REPRODUITES ICI. 

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Publié le 4 Décembre 2014

Walter FOCHESATO et le récit de la guerre

Difficile, en cet automne 2014, d'échapper aux commémorations de la première guerre mondiale. "Commémorations", et pas "célébrations", comme le faisait très justement remarquer R.B. en présentant en avant-première le film remarquable de Ermanno Olmi (83 ans) "Torneranno i prati" (mot à mot: Les prairies reviendront); mais là je m'engage dans un autre chemin. Espérons que nous verrons bientôt en France ce travail remarquable .

On ne peut pas "célébrer" la guerre. Mais on peut, on doit la raconter, c'est ce que développe Walter Fochesato, l'un des meilleurs critiques et connaisseurs de la littérature de jeunesse en Italie, dans son ouvrage Raccontare la guerra – Libri per bambini e ragazzi ( pas besoin de traduction, n'est-ce pas?) Cet ouvrage est dans ma bibliothèque depuis deux ou trois ans, et il est grand temps que je vous en parle.

Mais d'abord un souvenir: 1950. La petite fille est dans le grand couloir sombre, un hebdomadaire à la main. Sur la couverture, des visages de soldats casqués en gros plan. Le souffle lui manque, elle reste là, pétrifiée. Quoi? Les grands ont toujours parlé de "la-dernière-guerre-mondiale", elle est finie, il n'y en aura plus d'autres puisque c'était "la-dernière"! Ils lui ont donc menti? Il y en a de nouveau une? Qui croire alors? Qui la protègera si les grands lui mentent?

Walter FOCHESATO et le récit de la guerre

Que dit la quatrième de couverture du livre de Walter Fochesato? Je cite:

" Comment peut-on raconter la guerre aux enfants et aux jeunes? Cet essai, bourré de citations, offre un vaste panorama; il restitue la façon dont ce thème est entré dans les livres, en partant de la fin de la période de l'unification de l'Italie pour arriver au jour d'aujourd'hui. Depuis le "Cuore" de De Amicis jusqu'à Capuana, de Vamba au "Piccolo Alpino" ( Le petit chasseur alpin) de Salvator Gotta, en passant par la première guerre mondiale et les guerres tragiques du fascisme, pour arriver aux romans de grands écrivains ou d'illustrateurs comme Robert Westall, Uri Orlev, Tomi Ungerer, Roberto Innocenti et Lia Levi. Pendant longtemps, la littérature italienne pour la jeunesse a été lourdement conditionnée par des présupposés pédagogico-moralistes et idéologiques. Ce n'est qu'au début des années soixante-dix que l'on a commencé à publier des histoires qui essaient de raconter la guerre et ses horreurs à travers les yeux des enfants et en s'appuyant avant tout sur la narration. Walter Fochesato écrit: "La prise de conscience du "non-sens" de la guerre passe, je le crois, par l'examen des guerres elles-mêmes, et non pas par un plaidoyer fragile et souvent ennuyeux sur le thème de la paix"."

Walter FOCHESATO et le récit de la guerre

Ce travail est le fruit d'une recherche de longue haleine. Fochesato reprend, en 2009, un travail publié en 1996 pour Mondadori, revu et corrigé en 2002, et complété pour cette édition qui date de 2011 chez Interlinea.

Dès le chapitre de présentation de cette nouvelle édition, et dans le premier chapitre qu'il intitule "La guerre et la mémoire", Fochesato nous livre ses réflexions sur le rôle du roman historique par rapport au travail de l'historien. Puis vient son questionnement sur ce que représente la guerre pour nos enfants qui ne l'ont pas vécue directement, et qui en voient le spectacle quotidien sur des écrans, sans éléments de réflexion ni d'explications, avec pour seule "consolation" que ça se passe "loin d'ici".

Je cite: "Il y a quelques années, je me demandais: que savent nos enfants et nos jeunes de la guerre? , quelle conception en ont-ils? Quels fantasmes s'en sont-ils construit?, comment justifient-ils la mise en scène quotidienne de la violence de guerre?, quelles sont leurs peurs, leurs angoisses, leurs attentes, eux qui n'ont pas vécu la guerre (la seconde guerre mondiale), ni ne l'ont entendue raconter comme un fait vécu, à transmettre et à ne pas oublier? Ces enfants et ces jeunes (grandis trop souvent sous le signe d'une amnésie historique affichée et revendiquée, d'une propension arrogante et obstinée à un révisionnisme de magazine), quelle image, quelle conception ont-ils de la vie et de sa valeur?"

Dès ce premier chapitre, également, nous trouvons une constante qui fait la richesse de la réflexion de Fochesato: l'abondance de citations : citations d'autres auteurs qui ont une recherche parallèle à la sienne, et pas seulement italiens, puis citations des livres qu'il va présenter à ses lecteurs – des adultes je ne l'ai pas précisé, mais vous avez compris que ce livre n'est pas "pour les enfants", mais pour tous ceux qui lisent avec les enfants. Ceux qui veulent approfondir trouveront un riche appareil de notes.

L'auteur a été enseignant ( et il est père), il connaît donc de près les jeunes. Puis il a une bibliothèque personnelle extrêmement bien fournie. Et non seulement il "a" , mais il "est " cette bibliothèque, elle fait partie de lui, et il peut dès lors mobiliser toute sorte de références en relation avec tel ou tel livre pris en compte.

Il va donc, en quatorze chapitres, nous tracer une histoire de la guerre, en Italie surtout, telle que la pensée dominante a voulu la présenter aux jeunes générations, dès les années 1860. Comme ces titres, jusqu'à ceux des années1970-80, ne sont plus disponibles, il appuie toujours ses résumés sur des citations de passages pertinents qui permettent au lecteur de se faire malgré tout une idée juste. Et il n'est pas prisonnier de la chronologie, n'hésitant pas à faire des allers et retours entre les époques.

Les titres mêmes choisis pour ses chapitres ne sont pas didactiques, il les prend souvent dans les ouvrages cités, "racontant" lui aussi, plus en narrateur qu'en historien. En voici quelques exemples:

  • 1) La guerre et la mémoire (la numérotation est de mon fait, pour plus de précision).
  • 2) Un "Cœur" entre école et caserne. Un long Risorgimento
  • 3) Le récit de sa grandeur. La première guerre mondiale.
  • 7) "Comme une formidable mâchoire, je mordrai celui qui voudra me reconquérir". La seconde guerre mondiale.
  • 8) Ce qui se passa vraiment…
  • 10) Le cri de Chas et le paradis de Harry: les livres de Robert Westall.
  • 14) "La guerre ne meurt jamais". Les albums illustrés.

Certains de ces titres sont difficiles à traduire, car ils synthétisent un titre d'ouvrage, ou de chanson, ou de poésie :

  • 4) "Arditismi di vite in fiore. Le letture del Ventennio", pour parler de la période de gouvernement de Mussolini.

Les huit premiers chapitres parcourent avec une grande clarté et une analyse fine l'histoire de l'Italie et de ses guerres (nationales, coloniales, civile) jusqu'aux années de l'immédiat après-guerre ( la seconde). Le lecteur pas spécialement historien apprend beaucoup. Tandis que celui qui est à l'aise dans ces années qui vont de 1860 à 1947 découvre une autre dimension : la présentation des évènements faite aux enfants, en particulier à travers les manuels scolaires, les journaux pour enfants comme "Il giornalino della domenica", créé en 1906, ou "Il corriere dei piccoli" (1908 à 1955) ainsi que les collections de romans dont la plus célèbre reste La Biblioteca dei miei Ragazzi

Walter FOCHESATO et le récit de la guerre

A partir du neuvième chapitre, on entre dans une bibliographie davantage connue du lecteur d'aujourd'hui, en témoigne le titre "Dai 'Nidi di ragno' agli occhi di Rosa Bianca. Tra deportazione e resistenza". Le célèbre roman d'Italo Calvino 'Le sentier des nids d'araignée' et le non moins célèbre album de Roberto Innocenti 'Rosa Bianca' déploient l'éventail d'une nouvelle littérature de guerre où le point de vue est celui de l'enfant - acteur, spectateur ou victime -

Deux chapitres importants analysent la production britannique, en la reliant étroitement au rôle de la Grande Bretagne pendant le second conflit mondial.

Walter FOCHESATO et le récit de la guerre

Des récits de vie quotidienne d'enfants pendant une guerre, celle, par exemple, qui a mené à l'éclatement de la Yougoslavie, ou des textes autobiographiques écrits récemment par des adultes qui racontent leur enfance dans l'Europe ou l'Italie de la seconde guerre mondiale sont analysés dans un chapitre qui porte le titre, tiré de l'un d'eux : " Une collection d'éclats de grenades".

L'avant-dernier chapitre présente des romans plus récents, pas seulement d'auteurs italiens, traduits et publiés en Italie dès les années 1990. Fochesato nous donne là aussi une riche bibliographie scrupuleusement analysée.

Walter FOCHESATO et le récit de la guerre

Et le dernier chapitre, tout autant précieux, examine la contribution récente apportée au thème de la guerre par les récits en images des albums illustrés. Où l'on trouvera, aussi bien une Elzbieta qu'un David McKee, Uri Shulevitz ou Eric Battut, Pef ou Arianna Papini, Tomi Ungerer ou Roberto Innocenti, pour ne citer que quelques-uns. Bibliothécaires, enseignant/e/s, parents trouveront des analyses qui leur permettront de choisir en connaissance de cause. Et si le titre de ce chapitre est - et c'est une citation - " La guerra non muore mai", le "mot de la fin" est repris par Walter Fochesato à Yvan Pommaux dans son album - que vous connaissez certainement - "Avant la télé", édité en Italie sous le titre "Quando non c'era la televisione" chez Babalibri en 2003.Je laisse la parole à Fochesato:

"J'ai choisi d'en parler car, sur la grande illustration en double page qui ouvre le volume, il écrit:

De septembre 1939 au printemps 1945, c'était la guerre.

Les chars, les tranchées, les bombardements, les civils en déroute, les camps d'extermination, les maquis ( en français dans le texte), la brutalité des nazis, le débarquement allié: Pommaux , avec son registre sombre et morcelé, nous montre sans concessions le visage du conflit. Puis on tourne la page, et tout change et se rassérène. Il ne reste, dans un ovale en gris et marron, qu'une scène nocturne. Par la fenêtre nous voyons une escadrille de bombardiers et, dans le lit, un couple enlacé. Ce pourrait être les parents de Pommaux, et c'est précisément avec ses paroles qu'il me plaît de terminer mon ouvrage:

Mais la guerre n'empêchait pas les gens de s'aimer, et beaucoup d'enfants naquirent en 1945, en 1946…."

Merci à Walter Fochesato de clore ce travail rigoureux et sans concessions sur cette note. C'est pour tous ces enfants qui continuent à naître, pour leurs parents, pour ceux qui les aident à grandir, que ce livre est un outil important.

Walter FOCHESATO et le récit de la guerre

Il n'empêche que ce livre, Fochesato le sait, n'est pas "terminé", le titre du dernier chapitre nous le rappelle obstinément , des millions d'enfants vivent toujours la guerre de toute sorte de façon, et lui ou un/e autre continueront le chemin de la recherche et d el'analyse.

Walter FOCHESATO : RACCONTARE LA GUERRA – Libri per bambini e ragazzi. Interlinea Edizioni 2011 – 20 €

Pour approfondir, lire aussi sur ce même livre:

http://principieprincipi.blogspot.fr/2011/11/guerra-e-pace-per-i-ragazzi.html

Walter FOCHESATO et le récit de la guerre

MERCI A L'AUTEUR POUR LES ILLUSTRATIONS REPRODUITES

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Publié le 10 Août 2014

C'est l'été!

Si, si, je vous assure,

ne vous fiez pas à la couleur du ciel !

 

Et si vous en profitiez pour rafraîchir votre mémoire,

en relisant les posts plus anciens,

par exemple?

BON FARNIENTE,

BONNES LECTURES!

VACANCES

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Rédigé par lecturesitaliennes

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Publié le 20 Juin 2014

"UNE AUTRE  COUPE DU MONDE, C'EST POSSIBLE"

"Une autre COUPE DU MONDE, c'est possible: un tour du monde dans les littératures et les livres de jeunesse, à l'occasion de la Coupe du Monde de Football 2014".

En ces temps où le ballon rond semble être le nombril du monde, je me dois de relayer pour vous l'initiative de la revue ANDERSEN qui "propose aux bibliothèques, aux librairies, aux parents, aux éducateurs des centres aérés, un parcours qui, en partant des différentes équipes, amène à lire et regarder les littératures du monde, de l'Algérie à l'Uruguay, en passant par les trente autres pays qui joueront pour la Coupe du Monde : quelques bons livres à proposer aux jeunes, ou même à lire à haute voix, avant ou après les match, pourquoi pas?. Quelques piste pour approfondir, à l'attention des adultes médiateurs de la lecture, des références bibliographiques. Un projet Andersen, réalisé par Anselmo ROVEDA, Caterina RAMONDA et Martina RUSSO, avec des illustrations de Andrea VALENTE".
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Pour suivre la Coupe au jour le jour : la page Facebook de Andersen

L'ensemble du dossier sur http://www.andersen.it/un-altro-mondiale/

"UNE AUTRE  COUPE DU MONDE, C'EST POSSIBLE"

" Brésil 2014. Coupe du Monde de Football. Les garçons et les filles du monde entier, sans compter les jeunes et les adultes, sont en train de vivre, une fois encore, l'un des évènements qui pèsent le plus sur l'imaginaire contemporain. Terrains de terre battue, ruelles étroites, terre-pleins asphaltés, prés à la pente improbable, plages de cailloux... tout se transformera pour un été en stades étincellants où se joueront des matchs épiques. Jeu et représentation, c'est ça, le Mondial; ça aussi. Car c'est aussi un exemple évident des contradictions de notre temps. Millions engagés, sponsors globalisés, installations sportives futuristes, énormes retombées économiques dans les secteurs les plus variés, mais aussi, mais surtout hélas, exclusion et négation des droits, y compris au détriment de l'enfance. La misère et le chômage, ça ne passe pas à la télé, ça ne fait pas d'audience. Les contradictions de la société brésilienne ( mais c'est le cas pour une grande partie du monde) doivent être exclues, à tout le moins sur les écrans des network de télé éparpillés sur la planète, et aussi aux yeux des touristes sur place. Et pourtant cela reste un évènement ludique, à raconter. Au moins sur ces terrains improvisés dont nous parlions tout à l'heure. Et c'est bien comme ça.

"UNE AUTRE  COUPE DU MONDE, C'EST POSSIBLE"

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Une autre Coupe du Monde est donc possible, dans le domaine du jeu et du récit. Et ce récit va bien au-delà du ballon, il est déjà dans les maillots des équipes nationales, dans les drapeaux, les couleurs, les hymnes, et nous voilà sur le terrain de l'histoire et de la culture des différents Pays. Une autre Coupe du Monde est possible: un tour du monde dans les récits -littérature et illustration- produits par les diverses cultures nationales, souvent composites.

Et c'est à cette occasion, quand tous les enfants sont sensibles à l'idée Mondiale, que nous faisons une proposition aux bibliothèques, aux librairies, aux parents, aux éducateurs des centres aérés. Construire ensemble un parcours qui, en partant des différentes équipes, arrive à lire et à regarder les littératures du monde: de l'Algérie à l'Uruguay, en passant par les trente autres pays qui joueront pour la Coupe du Monde. Nous prenons le départ, en vous offrant une série de suggestions qui ne sont et ne peuvent prétendre être exhaustives; ce ne sont que des points de départ, des suggestions; de bons livres à proposer aux jeunes (ou même à lire à haute voix, avant ou après les matchs, pourquoi pas...). Quelques pistes pour approfondir, à l'attention des adultes médiateurs de la lecture, des références bibliographiques. Et à partir de là, chacun pourra aller et revenir, ajouter, effacer, compléter ou enrichir, avec ses propres auteurs et ses livres préférés".

Rendez-vous sur la page d'Andersen, pour découvrir la riche bibliographie en cliquant sur chaque pays.

Bonnes lectures, bons jeux.

"UNE AUTRE  COUPE DU MONDE, C'EST POSSIBLE"

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Publié le 20 Mars 2014

Cet album tout neuf, qui sent encore l'encre, vous l'avez ici presque en avant-première, avant sa présentation à la foire de Bologne.

C'est "le tracteur de grand-mère". Ce doit être le petit tracteur de plastique qu'elle a offert à son petit-fils ? Ou alors elle est veuve, et c'est elle qui doit travailler dans les champs pour faire tourner l'exploitation? Vous n'y êtes pas du tout.

Dans cette ferme, la grand-mère prend "le tracteur rouge, le gros avec ses grandes roues" pour aller à la cueillette des fruits sur le domaine, tandis que le grand-père lave la vaisselle et le linge, envoie quelques mails à ses amis, et cherche de nouvelles recettes sur Internet. Ils se sont levés ensemble à l'aube, et ils se retrouveront quand la grand-mère, ayant fini la récolte, rentrera à la maison, et qu'elle trouvera la superbe tarte aux cerises réalisée par le grand-père pour le goûter. Tarte qui sera dévorée de bon appétit (malgré un précédent casse-croûte de raisin et mortadelle), comme a été dévorée cette journée de travail; le mot de la fin le dit clairement: "MIAM!", un grand " GNAM!"" dans le texte.

Anselmo Roveda nous raconte cette histoire simple, et pourtant "différente", de façon très naturelle, et avec élan, en jouant sur les situations – un coq anarchiste qui chante à l'heure qu'il lui plaît, des cochons qui aiment la pluie et la boue, tout comme la grand-mère et ses "grandes bottes" pour "faire splatch dans les flaques", qui se passe un peu de baume pour les lèvres, à la framboise, avant de sortir. Il rythme volontiers le récit de bruits, "driiin, bzzz". Sans négliger pour autant des termes plus recherchés : après la pluie, le toit "sgocciola", il ruisselle, et les lapins "sgranocchiano", ils grignotent. Et puis il y a un mot bizarre (sauf pour les habitants des campagnes piémontaises): la remorque a été baptisée pendant l'été, quand les petits-enfants étaient là, "Amico Tamagnun": c'est peut-être un nom magique?

Les illustrations de Paolo Domeniconi concrétisent à la perfection tant le couple des grands-parents et leur maison que la campagne environnante. Grand-mère et grand-père ont les cheveux blancs, certes, mais on voit dans leur regard l'ouverture à la vie, et ils sont toujours en mouvement, dans une maison aux cadrages originaux, pleine d'ombre et de lumière, et de témoignages de leur longue vie commune. Les couleurs chaudes et claires de cette journée d'automne juste après la pluie, les courbes de la "grande colline", puis les différents plans qui descendent harmonieusement, sans mièvrerie aucune, la présence joyeuse des animaux, dont un chat qui accompagne fidèlement la grand-mère au travail, s'accompagnent d'une constante note d'humour.

Ajoutez à cela une typographie variée, un texte en petites unités qui ne décourageront pas le très jeune lecteur.. A travers sa collection "Sottosopra" (Sens dessus-dessous) pour l'éditeur turinois EDT Giralangolo – collection destinée à " aider à changer l'imaginaire face aux stéréotypes du genre", avec des albums dont les héros sont "des enfants, des femmes et des hommes libres d'agir, de penser, de se comporter sans être prisonniers du sexe biologique auquel ils appartiennent" - Irene Biemmi a bien réussi son pari.

Anselmo Roveda – ill. di Paolo Domeniconi. Il trattore della nonna. Torino, EDT Giralangolo – Sottosopra, 2014, pp28, euro 12.

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Publié le 4 Novembre 2013

Una vita da somaro, texte de Daniela VALENTE, illustrations de Flavia SORRENTINO

"Une vie de chien", on voit bien ce que ça peut être. "Une vie d'âne", c'est moins clair, surtout que "somaro", c'est une bête de somme, mulet ou âne. Celui qui nous regarde de la couverture de notre livre, est-ce un âne ou un mulet, avec son improbable petit col d'écolier? Plutôt un mulet, peut-être, d'après sa couleur?

L'âne appelle, comme associations basiques, "oreilles d'âne" et "bonnet d'âne" (est-ce que ça dit encore quelque chose aux écoliers d'aujourd'hui?). Et c'est par ce biais que notre récit commence, par une indignation orthographique du protagoniste, qui a été traité d'âne, justement, par la maîtresse pour avoir oublié l'accent sur le è du verbe être, le transformant par là en "e"=et. "Comme si exister comptait plus que unir", dit notre petit indigné. Et comme si "somaro" était une injure! Car lui, Bruno, le narrateur de cette histoire, sait ce qu'est un "somaro", car son grand père en a un, un mulet du nom de Giardino (prononcer Djardino), Jardin (car il laboure le sol de la forêt en travaillant, et permet à la végétation de renaître).

Una vita da somaro, texte de Daniela VALENTE, illustrations de Flavia SORRENTINO
Una vita da somaro, texte de Daniela VALENTE, illustrations de Flavia SORRENTINO

Voilà l'histoire lancée, le jeune lecteur pourra plus facilement s'identifier avec Bruno après être passé par la case "école". Bruno a un grand-père particulier, il est débardeur dans les montagnes et travaille avec un mulet dans les endroits que les véhicules ne peuvent atteindre. Et il explique en direct à son petit-fils, venu avec ses parents (en jeep, qui plus est) lui rendre visite sur un de ses chantiers par une journée d'automne déjà frisquette, les mérites écologiques de cette façon de descendre les troncs jusqu'aux routes praticables. Le petit garçon est enthousiaste et nous retrouvons chez Daniela Valente, l'auteure, la sensibilité à la nature, aux odeurs, aux couleurs, aux bruits, que nous avions déjà appréciée dans Mamma Farfalla.

Le contact s'instaure facilement entre l'enfant et l'animal, grâce à la médiation du "nonno" débardeur. Pour le lecteur, voici qu'au récit s'ajoute une nouvelle voix, celle du mulet Giardino, qui est imprimée en rouge. On passe de l'un à l'autre par un "raccord sur image", et l'épisode à peine lu est repris du point de vue de l'animal. Là aussi, Daniela Valente tâche de ne pas prêter à l'animal un discours trop "humain", sa sensibilité passant essentiellement par les bruits et les odeurs. C'est un des aspects très réussis de ce petit livre.

Mais un accident (qu'on devine cardiaque) va mener le grand-père à l'hôpital, puis à la retraite. Bruno doit affronter cette nouvelle situation et l'angoisse qui l'accompagne. Et Giardino? Lui aussi va goûter à une retraite bien méritée, mais cependant active et solidaire: il vivra, avec d'autres chevaux et ânes divers, dans un centre associatif où des enfants viennent prendre soin de lui sous la conduite de moniteurs. Et l'encore robuste Giardino est promu au grade de "bibliomulet": il passe une fois par semaine dans les écoles des alentours, portant de grands paniers remplis de livres. Et quelle est l'une de ses premières destinations? L'école de Bruno, bien sûr. Grande joie de l'enfant qui retrouve son ami forestier. Joie largement partagée par tous les petits écoliers (et par la maîtresse, à qui Bruno fait la leçon sur l'utilité des "ânes").

Una vita da somaro, texte de Daniela VALENTE, illustrations de Flavia SORRENTINO

Un dernier personnage arrive dans la classe et dans l'histoire, un nouvel élève, Luca, étrangement taciturne. Bruno tente d'en faire son ami, passant aussi par l'intermédiaire de Giardino que Luca va voir et soigner une fois par semaine. Le chemin accompli par ce jeune Luca est décrit avec beaucoup de simplicité et de délicatesse par l'auteure, que ce soit par la voix de Bruno ou par celle de Giardino. Et le dessin offert, sans un mot, par Luca à Bruno, à la veille des vacances, laisse augurer un retour de l'enfant dans le monde de la communication.

Vous voyez que dans ses illustrations, Flavia Sorrentino a privilégié les enfants, en premier lieu Bruno, l'animal et la nature. Le grand-père est à peine évoqué comme une silhouette dans le bois, il vit à travers les récits de Bruno et de Giardino. Avec poésie et humour (et avec ses couleurs acryliques et ses crayons) elle souligne le dynamisme du récit, ou le silence de Luca, et son "réveil" progressif.

Una vita da somaro, texte de Daniela VALENTE, illustrations de Flavia SORRENTINO

La collection "Coccole Green" , de l'éditeur que nous connaissons bien désormais,"Coccole Books", est leur collection écologique, qui présente aux enfants à partir de huit ans des animaux "à protéger", dans le format commode de la plupart de leurs collections, 14 x 20,5 cm. D'abord une histoire, puis une douzaine de pages d'informations. En l'occurrence: deux pages sur l'espèce et les différents croisements entre ânes et chevaux. Puis une évocation de sa présence dans l'histoire de l'humanité, le vocabulaire de son travail, sa place pendant les deux guerres mondiales, son rôle actuellement, en Amérique du Sud comme en Italie, tant comme éboueur non motorisé que comme "bibliobus", ou encore comme support de cures de "pet therapy" (comme ils disent en italien), et enfin sa représentation philatélique.

Une façon intelligente et efficace de faire connaître aux jeunes lecteurs des aspects moins connus de l'écologie.

Una vita da somaro, écrit par Daniel Valente, illustré par Flavia Sorrentino,

Collection Coccole Green – Editions Coccole Books – à partir de 8 ans

Première édition mai 2013. 68 pages illustrées. 10 €, 90

UN GRAND MERCI A FLAVIA SORRENTINO POUR LES IMAGES QU'ELLE M'A AUTORISEE A REPRODUIRE

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