Publié le 4 Novembre 2013

Una vita da somaro, texte de Daniela VALENTE, illustrations de Flavia SORRENTINO

"Une vie de chien", on voit bien ce que ça peut être. "Une vie d'âne", c'est moins clair, surtout que "somaro", c'est une bête de somme, mulet ou âne. Celui qui nous regarde de la couverture de notre livre, est-ce un âne ou un mulet, avec son improbable petit col d'écolier? Plutôt un mulet, peut-être, d'après sa couleur?

L'âne appelle, comme associations basiques, "oreilles d'âne" et "bonnet d'âne" (est-ce que ça dit encore quelque chose aux écoliers d'aujourd'hui?). Et c'est par ce biais que notre récit commence, par une indignation orthographique du protagoniste, qui a été traité d'âne, justement, par la maîtresse pour avoir oublié l'accent sur le è du verbe être, le transformant par là en "e"=et. "Comme si exister comptait plus que unir", dit notre petit indigné. Et comme si "somaro" était une injure! Car lui, Bruno, le narrateur de cette histoire, sait ce qu'est un "somaro", car son grand père en a un, un mulet du nom de Giardino (prononcer Djardino), Jardin (car il laboure le sol de la forêt en travaillant, et permet à la végétation de renaître).

Una vita da somaro, texte de Daniela VALENTE, illustrations de Flavia SORRENTINO
Una vita da somaro, texte de Daniela VALENTE, illustrations de Flavia SORRENTINO

Voilà l'histoire lancée, le jeune lecteur pourra plus facilement s'identifier avec Bruno après être passé par la case "école". Bruno a un grand-père particulier, il est débardeur dans les montagnes et travaille avec un mulet dans les endroits que les véhicules ne peuvent atteindre. Et il explique en direct à son petit-fils, venu avec ses parents (en jeep, qui plus est) lui rendre visite sur un de ses chantiers par une journée d'automne déjà frisquette, les mérites écologiques de cette façon de descendre les troncs jusqu'aux routes praticables. Le petit garçon est enthousiaste et nous retrouvons chez Daniela Valente, l'auteure, la sensibilité à la nature, aux odeurs, aux couleurs, aux bruits, que nous avions déjà appréciée dans Mamma Farfalla.

Le contact s'instaure facilement entre l'enfant et l'animal, grâce à la médiation du "nonno" débardeur. Pour le lecteur, voici qu'au récit s'ajoute une nouvelle voix, celle du mulet Giardino, qui est imprimée en rouge. On passe de l'un à l'autre par un "raccord sur image", et l'épisode à peine lu est repris du point de vue de l'animal. Là aussi, Daniela Valente tâche de ne pas prêter à l'animal un discours trop "humain", sa sensibilité passant essentiellement par les bruits et les odeurs. C'est un des aspects très réussis de ce petit livre.

Mais un accident (qu'on devine cardiaque) va mener le grand-père à l'hôpital, puis à la retraite. Bruno doit affronter cette nouvelle situation et l'angoisse qui l'accompagne. Et Giardino? Lui aussi va goûter à une retraite bien méritée, mais cependant active et solidaire: il vivra, avec d'autres chevaux et ânes divers, dans un centre associatif où des enfants viennent prendre soin de lui sous la conduite de moniteurs. Et l'encore robuste Giardino est promu au grade de "bibliomulet": il passe une fois par semaine dans les écoles des alentours, portant de grands paniers remplis de livres. Et quelle est l'une de ses premières destinations? L'école de Bruno, bien sûr. Grande joie de l'enfant qui retrouve son ami forestier. Joie largement partagée par tous les petits écoliers (et par la maîtresse, à qui Bruno fait la leçon sur l'utilité des "ânes").

Una vita da somaro, texte de Daniela VALENTE, illustrations de Flavia SORRENTINO

Un dernier personnage arrive dans la classe et dans l'histoire, un nouvel élève, Luca, étrangement taciturne. Bruno tente d'en faire son ami, passant aussi par l'intermédiaire de Giardino que Luca va voir et soigner une fois par semaine. Le chemin accompli par ce jeune Luca est décrit avec beaucoup de simplicité et de délicatesse par l'auteure, que ce soit par la voix de Bruno ou par celle de Giardino. Et le dessin offert, sans un mot, par Luca à Bruno, à la veille des vacances, laisse augurer un retour de l'enfant dans le monde de la communication.

Vous voyez que dans ses illustrations, Flavia Sorrentino a privilégié les enfants, en premier lieu Bruno, l'animal et la nature. Le grand-père est à peine évoqué comme une silhouette dans le bois, il vit à travers les récits de Bruno et de Giardino. Avec poésie et humour (et avec ses couleurs acryliques et ses crayons) elle souligne le dynamisme du récit, ou le silence de Luca, et son "réveil" progressif.

Una vita da somaro, texte de Daniela VALENTE, illustrations de Flavia SORRENTINO

La collection "Coccole Green" , de l'éditeur que nous connaissons bien désormais,"Coccole Books", est leur collection écologique, qui présente aux enfants à partir de huit ans des animaux "à protéger", dans le format commode de la plupart de leurs collections, 14 x 20,5 cm. D'abord une histoire, puis une douzaine de pages d'informations. En l'occurrence: deux pages sur l'espèce et les différents croisements entre ânes et chevaux. Puis une évocation de sa présence dans l'histoire de l'humanité, le vocabulaire de son travail, sa place pendant les deux guerres mondiales, son rôle actuellement, en Amérique du Sud comme en Italie, tant comme éboueur non motorisé que comme "bibliobus", ou encore comme support de cures de "pet therapy" (comme ils disent en italien), et enfin sa représentation philatélique.

Une façon intelligente et efficace de faire connaître aux jeunes lecteurs des aspects moins connus de l'écologie.

Una vita da somaro, écrit par Daniel Valente, illustré par Flavia Sorrentino,

Collection Coccole Green – Editions Coccole Books – à partir de 8 ans

Première édition mai 2013. 68 pages illustrées. 10 €, 90

UN GRAND MERCI A FLAVIA SORRENTINO POUR LES IMAGES QU'ELLE M'A AUTORISEE A REPRODUIRE

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Rédigé par lecturesitaliennes

Publié dans #TEMPS PRESENT

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