Articles avec #roman psychologique tag

Publié le 8 Décembre 2020

          Luisa MATTIA avait déjà emmené ses tout jeunes lecteurs (l'éditeur disait "à partir de 7 ans", mais les 4 / 5 ans devraient déjà apprécier le partage) sur un plateau de cinéma rêvé, dans COME IN UN FILM (voir deux posts plus bas, c'était le 20 septembre dernier).

          Cette fois, en association avec Janna CARIOLI, c'est sur un vrai tournage, historique, qu'elle accompagne  les 10-12 ans. Et nous avec. Non, elles ne réalisent pas un documentaire, mais créent un "polar" digne de ce nom à partir d'éléments réels. Un alerte "giallo", comme les italiens les appellent, dont l'intrigue n'ira pas jusqu'au "noir", bien que la collection où ce petit roman est publié s'intitule

             Nous sommes à Rome - oui, au moins l'une des deux auteures se définit comme "romana de Roma"-, à l'été 1952. La protagoniste, Flora Marinoni, seize ans, n’a qu'un rêve: devenir une star, Flora Del Mar... Et grâce à sa tante, la zia Dora, experte maquilleuse et coiffeuse ("trucco e parrucco") rien moins qu'à ... Cinecittà, elle vient d'obtenir, en ce mois de juin, un petit rôle de figurante dans un péplum. Il faut un début à tout! Une chute malencontreuse (qui entraîne une partie du décor en carton-pâte) la fait fuir, mais sa tante va rattraper la situation en acceptant de la prendre comme "assistante".

               Et c'est ainsi que Flora se retrouve sur un tournage très célèbre. Pendant lequel a lieu le vol d'un bijou. Sa tante est accusée, et emmenée sur le champ en garde à vue. Flora doit à tout prix prouver son innocence en démasquant le voleur (ou la voleuse). Elle a attiré l'attention de deux garçons de son âge, parmi les travailleurs précaires qui gravitent sur un plateau de cinéma:  le "titi romain" Vittorio, et le "beau gosse" , Louis. Lequel des deux l'aidera efficacement dans sa recherche? La tante sera-t-elle disculpée? Le bijour retrouvé? Telle est l'intrigue policière de Mistero sul set, littéralement: Mystère sur le tournage.

 

                  Je vois un peu d'impatience se manifester parmi vous: "-QUEL tournage? ". Réfléchissez (c'est peut-être déjà fait...): Cinecittà, Rome, été 1952, tournage très célèbre. Mais oui, vous y êtes, c'est bien de ROMAN HOLLIDAY, VACANZE ROMANE que nous parlons. On l'apprend à la page 16 du roman , mais la couverture nous mettait déjà sur la voie:

 

 

 

 

  une fille et un garçon sur un scooter ( une Vespa?), devant le Colisée...  ou ailleurs dans Rome...

 

            L'intrigue va nous faire suivre ce tournage "de l'intérieur", par les yeux d'une profane. Flora s’intéresse au cinéma, c'est sûr, voit des films, mais seulement dans les salles "di terza visione" ( les cinémas de quartier),

les seules que sa famille puisse se permettre;  elle regarde les couvertures de la toute nouvelle revue "Cinema Nuovo" et sans doute celles des hebdomadaires exposés chez le marchand de journaux... Et elle rêve, elle aussi, d'y voir apparaître sa photo, comme elle a vu celle de cette nouvelle actrice pas vraiment connue, mais "carina", mignonne, une certaine Audrey Hepburn, qui vient d'arriver à Rome où elle va jouer aux côtés du "bellissimo attore americano Gregory Peck".

            Ce sera l'occasion de se faire une idée concrète d'un tournage, en 1952,  à Cinecittà, mais aussi en "extérieur", dans des palais romains ou le long des rues d'une des capitales du tourisme international. Les jeunes d'aujourd'hui n'en ont qu'une idée très approximative.

          Et voici la cohorte des métiers nécessaires à la réalisation d'un film: bien sûr, le réalisateur et son        

assistant, mais aussi une foule d'autres - outre les acteurs et actrices, évidemment...- :" attrezzisti, direttori di scena, inservienti, tecnici del suono, operatori alla macchina da presa, servi di scena, trucco e parrucco…", sans parler du "responsable des figurants", du costumier ou de la costumière ( Lucrezia), et leurs aides (dont Louis), jusqu'à celui qui distribue les paniers-repas et les boissons (Vittorio), etc...etc... Qui se donne la peine de lire, à la fin d'un film, les génériques interminables?

          Voici la pagaille qui semble régner sur le plateau, jusqu'aux magiques "Ciak..." et "azione !". Et les reprises exténuantes de la même scène. Et la chaleur infernale qui sévit sous les projecteurs, augmentée encore par la température de cet été 52... Flora observe avec attention tout ce monde nouveau qu'elle ne soupçonnait pas dans son rêve d'actrice. Elle découvre que les scènes ne sont pas tournées dans l'ordre chronologique de l'histoire, par exemple ...

          Puis il y aura les scènes plus rares tournées dans trois des palais historiques - a Palazzo Brancaccio, e poi a Palazzo Barberini e a Palazzo Colonna - où, d'ailleurs, une Flora ou un Vittorio ne sont jamais entrés, la Journée du Patrimoine n'ayant pas encore été inventée... Ou bien celle en "extérieur nuit" (pour remédier à la canicule), sur le radeau-dancing sur le Tibre, presque sous le pont de Castel Sant'Angelo.

     

            Les quelques scènes du film évoquées dans le roman sont judicieusement choisies et nos trois jeunes héros y sont insérés avec beaucoup de naturel.

             L'enquête pour retrouver le ou la coupable permet de sortir du tournage, et d'entrer dans la vie quotidienne de la Rome des années 50. Flora et Vittorio habitent des quartiers populaires de la première périphérie, et leur enquête va les mener aussi dans des quartiers de baraquements pour ne pas dire de bidonvilles. On prend les transports en commun, le tram et son bruit de ferraille, ou les camionnettes privées qui apparaissent comme par enchantement en cas de grève, quand on n'a ni vélo ni scooter... On entrera chez des commerçants, acheter (pour les besoins de l’enquête...) trois cigarettes Aurora, plus chics que les Nazionali... Si l'on a faim, on pourra s'acheter un supplì al telefono (à cause des fils de fromage...) dans une rosticceria. Pour la soif et la gourmandise, c'est la "grattachecca", rivale romaine de la granita sicilienne...

             Mistero sul set tricote ces différents fils avec ceux de la personnalité des protagonistes, jamais simpliste, même pour les personnages secondaires. Là encore, l'histoire personnelle de chacun va conduire la lectrice ou le lecteur contemporains au contact de réalités qu'il ne connaît pas.

Dora, la tante, a vécu, à Rome,  les années de guerre, quand les habitants des quartiers populaires détruits par les bombardements de 1943  avaient été été relogés par les Américains, en 1944,  dans les vastes studios de Cinecittà provisoirement abandonnés. 

Vittorio distribue les paniers-repas pour gagner sa vie, mais sa vraie passion est la photo. Pour l'instant, il photographie clandestinement sur les tournages, grâce à son petit appareil discret, en espérant pouvoir vendre quelques clichés à des revues. Un vrai paparazzo en herbe, même si le terme ne sera inventé par Fellini que dans les années 70.  Lectrices et lecteurs vont découvrir, au fil de quelques pages émues, à l'heure des tirages photos à partir d'une clé USB, la magie du développement manuel dans la "camera oscura", où  Flora sera aussi admise - l'ampoule blanche et l'ampoule rouge, "le révélateur", les bassines où le papier était mis à tremper, l'image qui apparaissait petit à petit dans la lueur rouge, les tirages mis à sécher sur la ficelle, tenus par des pinces à linge...- souvenirs que certaines et certains d'entre vous ont peut-être aussi, en dehors de l'usage qu'en ont fait quelques cinéastes.  C'est cette passion de Vittorio, et l'acuité de son œil   de photographe,  qui vont permettre de trouver qui a volé le bijou. Mais c'est aussi grâce aux photos qu'il a prises de Flora qu'il comprendra le sentiment qui est né entre eux, et qu'il deviendra er fidanzato de Flora!

                Grégory Peck, sa cordialité et ses espadrilles, William Wyler et son cigare sont bien présents.  Évidemment, c'est la personnalité de Audrey Hepburn qui rayonne - bien que toujours discrète - dans l'intrigue. Comme elle parle l'italien, elle échange quelques mots avec Flora pendant que la zia Dora la coiffe ou la maquille: "Flora sgranò gli occhi. Ma come? Audrey Hepburn parlava la loro lingua ? – Sono stata in Italia con mio padre, quando ero bambina. A Roma, anche – spiegò".(Flora ouvrit de grands yeux. Quoi? Audrey Hepburn parlait leur langue? - Je suis venue en Italie avec mon père, quand j'étais petite. A' Rome aussi - précisa-t-elle).  La sympathie qui naît est très vraisemblable, et la lectrice (surtout elle...) attend, comme Flora, les moments où elles vont se rapprocher. Flora révise l'image qu'elle se faisait des stars, et gardera de cette aventure l’immanquable photo dédicacée, avec cette dédicace vraiment personnelle: «Take care of your dreams», "prends soin de tes rêves", message important pour une adolescente qui découvre un monde nouveau.

                 Bref, ce "petit" roman de 207 pages, quand même, est une réussite et séduira sans doute les jeunes qui le liront.  Il peut aussi donner bien des satisfaction à des adultes qui apprennent l'italien: la richesse de son style leur apportera beaucoup, même s'il leur faudra parfois s'armer d'un dictionnaire....

Vous pouvez lire une vingtaine des premières pages ici : cliquez sur "Leggi un estratto".

 

Janna CARIOLI et Luisa MATTIA:

MISTERO SUL SET   - Editeur PIEMME collection Il Battello a Vapore. Giallo e Nero

Format de poche

Publié le 20/10/2020             207 pages      11€,90

Isbn 9788856677560

 

                                                                                                      

Voir les commentaires

Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #ROMAN PSYCHOLOGIQUE

Repost0

Publié le 23 Octobre 2011

 

 

DES ROMANS DE LA MER

 

 

images J'aurais beaucoup aimé vous parler d'un superbe roman de la mer :   Ti ho aspettato Simone, écrit par Marina Jarre en 2003 pour les éditions EL. C'était le numéro 100 de la collection Ex Libris. Force est de constater que, 7 ans plus tard ( plus qu'un lustre), il n'est plus au catalogue. Si vous tombez dessus chez un bouquiniste, n'hésitez pas.

 

Pour ne pas courir le même risque, parlons de MISTRAL, de Angela NANETTI, Firenze, Giunti, septembre 2008, pp192, euros 11,90.

 

" Tu as immédiatement commencé à hurler comme un damné, plus fort que le vent, je te jure ! Alors j'ai pensé que tu devais t'appeler Mistral, car tu lui ressemblais".

 

De cette naissance par un jour de tempête, dans le phare de l'Isola Nera, le jeune Mistral a gardé un rapport très ambivalent avec la mer et les éléments de cette île dont il est, pour un temps, "le roi". La mer et l'île sont un terrain de jeu où il cultive sa solitude et essaie de résoudre les contradictions qui l'animent.

 Roman de formation, Mistral suit l'évolution du jeune garçon, conditionnée par "le progrès", la modernisation du phare, qui oblige le père à partir travailler au loin et la famille à s'installer sur la terre ferme,  au contact de ses grands-parents, en particulier la Nonna Quinta, de l'école (où il allait d'abord en barque), du monde du travail, dans les années où se développe le tourisme balnéaire.

 Et puis il y a les filles, Ignazia qui a un an de moins que lui et habite le petit port voisin de l'île, et Cloe, la petite française descendue du voilier "bello come un miraggio". Deux filles qui n'ont peur de rien, mais vivent dans deux mondes totalement différents.

Aucun personnage n'est secondaire, chacun est dessiné avec finesse et profondeur. Et ce qui lie toute l'histoire, c'est la présence de la mer, couleurs, odeurs, mouvements, qu'Angela Nanetti nous dessine dans une langue incisive.

 

 Au chapitre trois, le père, Sisco, vient de révéler à Mistral qu'il va s'embarquer pour six mois pour faire vivre la famille, puisue le phare, "modernisé", n'a plus besoin de gardien. L'enfant se sauve sur l'île jusqu'à son promontoire familier et son père le suit.

…(Mistral) Piangeva, offrendo il viso al mare e a una brezza tiepida, che gli portava l'odore fresco e pungente del sale e del rosmarino in fiore. Non era giusto, proprio adesso che stava per incominciare l'estate e poteva salire sul faro e fare la notte con lui guardando le Orse, o aspettarlo al tramonto sulla spiaggia, quando arrivava con la barca…Non era giusto! Non era giusto!

"Mio padre è morto quando avevo tredici anni" gli rispose Sisco, "e anche questo non era giusto".

Ma senza durezza, con una pena che lo ammutolì di colpo.

         Senza voltarsi Mistral si ripulì gli occhi con il dorso della mano, e suo padre gli accarezzò la testa.

"Tornerò a novembre e allora mi racconterai tutte le cose dell'estate, e io le racconterò a te".

         Quando arrivarono alla torre Sisco si fermò, si guardò intorno e fece un ampio gesto con la mano:

"Abbi cura dell'isola, adesso è tutta tua".

 

Et voilà que l'éditeur suisse La Joie de Lire vient de publier une traduction française de ce roman par Françoise Brun (traductrice experte de grands auteurs contemporains italiens).

 

Pour un résumé complet de l'histoire, je vous renvoie à la fiche de La Joie de Lire.

http://www.lajoiedelire.ch/catalog/encrage/mistral


et pour Angela Nanetti, au lien avec son site dans la colonne voisine.

 

librini02

Voir les commentaires

Rédigé par lecturesitaliennes

Publié dans #ROMAN PSYCHOLOGIQUE

Repost0