Publié le 14 Septembre 2017

Je m'apprêtais à vous faire part avec joie de la réédition, chez Coccole Books, du livre de Anselmo Roveda, dont le titre original était "E vallo a spiegare a Nino - Essaie donc d'expliquer ça à Nino". C'était en 2011.

Même format, même texte, mêmes qualités. Des caractères d'impression plus lisibles. Un titre aplati, plus immédiatement informatif: " Nino e la mafia".  Dommage. Je ne changerais cependant pas un iota à ce que j'écrivais sur ce livre en juin 2012.

   Et les mêmes illustrations de Gianni DE CONNO, un peu différemment réparties, mais toujours aussi pertinentes, belles dans leur méditation colorée, irremplaçables.

Et voilà qu'Anselmo Roveda nous apprend sur son blog Comeparole, le 8 septembre dernier, la disparition de l'illustrateur. Bien trop tôt. Nous ne verrons plus de nouveaux dessins de lui. Et il n'aura pas vu cette nouvelle édition de son travail.

 

 

Il nous reste son oeuvre, présente autant en France qu'en Italie, et dans tous les pays du monde je crois, tant était grand son rayonnement. Un exemple pour tous: l'extraordinaire grand album Poèmes à la Lune. Mais il y a tous les autres, dont ceux dont je vous ai parlé ici même: Le colleur d'affiches de l'ATTACCHINO, ou la châtelaine de C'ERA LASSÙ AL CASTELLOJ'ai du mal à vous envoyer sur son site, qu'il ne complètera plus. Mais vous y verrez l'ampleur de son travail, et tous les signes de reconnaissance qu'il a reçus pour ses oeuvres. Vous pourrez voyager dans ses planches mystérieuses et poétiques. Et revenir à ses livres, quand vous le voudrez.

 

 

 

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Rédigé par lecturesitaliennes

Publié dans #TEMPS PRESENT

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Publié le 14 Septembre 2017

Non, je ne vais pas vous dire hélaslesvacancesonterminées. Mais pour prolonger la luminosité de l'été, proposons à nos écoliers nouvellement rentrés de drôles d'histoires, façon d'oublier un instant les méfaits de la pluie, du vent et des alertes météo qui affectent l'Italie, et pas qu'elle. S'ils ont entre 9 et 11 ans, ils aimeront les lire seuls, mais vous pourrez aussi les partager avec eux dès 6/7 ans.

 

 

C'est Daniela VALENTE, la vaillante directrice de la maison d'édition calabraise Coccole Books, qui nous les offre. Vous la connaissez déjà : pour ne parler que des livres dont elle est l'auteure (l'autrice, en italien, c'est plus joli, non?), rappelez-vous, le mulet Giardino et sa "vie d'âne". Ou encore la Mamma Farfalla, la maman-papillon.

Ici, ce sont de drôles d'histoires, STRANE STORIE, mais l'important est peut-être DI MARE. Des histoires de la mer. La couverture de Antonio BOFFA se passe d'adjectifs. Nous y reviendrons.

En réalité, ce sont des histoires à l'intérieur d'une histoire.

La narratrice, Giulia, a neuf ans,  sa maison donne sur la plage, et l'incipit nous plonge immédiatement dans l'atmosphère:" Je vis dans un village de bord de mer, où l'odeur des embruns pénètre jusque dans les maisons et parfume les choses" - "Vivo in un paese di mare, dove l'odore di salsedine arriva fin dentro le case e profuma le cose".

Chaque matin, au petit déjeuner, son père et elle racontent leurs rêves, même (surtout?) quand ils sont loufoques. La maman est plus ancrée dans le réel; elle attend un bébé, et Giulia craint la concurrence de ce (ou cette) futur nouveau-venu. Il y a aussi un grand-père (il nonno) qui vit tout près de la famille et raconte à sa petite-fille toute sorte d'histoires, de "drôles d'histoires", justement, dont Giulia n'arrive pas à démêler si elles sont vraies ou pure invention. Elles ont en tout cas la vertu de pacifier la fillette quand elle est inquiète ou triste.

 

 

Il lui raconte l'histoire du Chasseur de Fourmis - Il Cacciatore di Formiche, inspirée par un village en ruines réellement existant, mais aussi  hommage à  une nouvelle célèbre d'Italo Calvino: La formica Argentina;  sans compter le réel problème de l'invasion de la fourmi d'Argentine sur les côtes méditerranéennes.

 

Puis celle de la belle Teresa, napolitaine experte, dans l'entreprise de son père, en feux d'artifices, et de son amoureux calabrais Ciccio venu faire son service militaire à Naples. Le père de Teresa va-t-il laisser partir sa fille? Et c'est "Un amore scoppiettante - Un amour qui fait des étincelles".

 

Et encore l'histoire de Salvatore, l'homme plié en deux - L'Uomo Curvo, qui inexplicablement, sans avoir l'air d'un clochard, vit dans un vieux garage avec une vieille Fiat 600 qu'il sort parfois. C'était un voisin du nonno, et il réserve quelques surprises.

 

 

 

Sans oublier l'histoire du pêcheur qui raconte au grand-père la légende de la rascasse, si laide, mais d'une belle couleur rose, - et si bonne dans la soupe de poissons. Histoire en abyme de la lavandière laide "comme une rascasse", mais avec des yeux superbes, changée en poisson pour échapper à sa vie de labeur. C'est l'histoire de Occhi Bellinom que les pêcheurs siciliens de l'île de Favignana donnent en vrai à une rascasse locale.

 

Quatre histoires mi-réelles, mi-fantastiques : elles enrichissent le quotidien de Giulia, qui nous le raconte à grands traits: le parfum du pain chez le boulanger, qui descend "dal naso alla pancia", "du nez jusqu'au ventre"; les jours de marché en bord de mer où elle accompagne sa mère et observe avec ravissement les goûts, les couleurs, les voix. Puis l'attente de la petite soeur, et comment, petit à petit, grâce à l'attention de ses parents qui l'impliquent dans les préparatifs, elle l'accepte, en idée d'abord, puis en réalité. Et les travaux de jardinage  avec l'indispensable nonno, occasions de vraies leçons de philosophie de la vie: elle ne comprend pas toujours tout, mais ce sont des moments privilégiés pour elle.  Autre moment privilégié, les promenades en bord de mer pour faire des concours de ricochets quand le nonno voit que sa petite fille n'a pas le moral, qu'elle est "storta", littéralement "tordue".Et puis la voisine Clementina, les robes extravagantes qu'elle se coud elle-même et sa riche bibliothèque où Giulia va emprunter de plus en plus de livres avec un appétit croissant.  Et d'autres instants encore, de la naissance de Rossella, la petite soeur, à la mort du grand-père, à ce qui reste de son esprit dans son jardin, et sur son cerisier préféré. Et puis..... vos jeunes lecteurs vous raconteront le reste.

Toutes choses que l'auteure-Giulia raconte avec des mots simples et fluides. On sent que Daniela Valente s'est appuyée sur des histoires vécues, des personnages rencontrés, observés de son regard sensible et attentif.

L'objectif  de Coccole Books, depuis sa création,  est d'offrir à ses lecteurs, quel que soit leur âge, de petits livres de qualité: qualité du papier, clarté et grande lisibilité des caractères, et illustration soignée. Ce programme  a toujours été respecté, pour les Strane Storie di Mare en particulier, dont les illustrations ont été confiées à Antonio BOFFA.

La couverture que vous voyez ici frappe par sa simplicité et sa profondeur théâtrale, l'impression de rêve et pourtant les détails quotidiens - le linge qui sèche, les barques tirées au sec en attente de partir à la pêche, la fillette qui va traverser la placette avec son cerceau. Et toute cette variation de bleu, sommes-nous la nuit? La lune dans le ciel semble le dire. Et l'incroyable petit bateau de papier, objet de rêve lui aussi. Mais peut-être est-ce une île, un rocher, qui sait?

Boffa a très bien saisi l'essence de ce récit, et a réalisé quatre grandes illustrations en double page, pour les quatre histoires.

Vous en avez vues deux plus haut (Merci à Daniela Valente), et pouvez vous faire une idée, d'autant plus qu'elles ne sont pas coupées, comme dans le livre, par la séparation des deux pages. Comme de grandes tapisseries, où les personnages, bien que "à plat", sont pleins de mouvement,  mais dans une sorte de silence rêveur. Même pour l'image des feux d'artifice, qui est ma préférée et que vous découvrirez le jour où vous aurez le livre entre les mains.

STRANE STORIE DI MARE,    écrit par Daniela VALENTE, illustré par Antonio BOFFA,

Coccole Books, avril 2017, 76 pages, 9€,90.

Cette lecture est dédiée à notre amie Hélène R., grande lectrice et passeuse de livres, italiens et français aussi, qui est partie lire dans les étoiles. Adieu, Hélène!

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Rédigé par lecturesitaliennes

Publié dans #CONTES, #TEMPS PRESENT

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