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Publié le 18 Mai 2021

           Quel âge ont-ils donc, ces "piccoli" et ces "piccole"? Nous en reparlerons à l'occasion de chacun des livres encore à présenter.

            Aujourd'hui, je voudrais simplement partager avec vous un témoignage étonnant trouvé au cours des lectures "dantesques", nombreuses, mises à disposition de ses lecteurs par la revue ANDERSEN (voir la rubrique PAGES, dans la colonne de droite, si vous ne connaissez pas...), et par Lorenzo COVERI qui signe un article dans le numéro de mai - 382- . L'article est en avant-première sur le site de la revue, et bénéficie de toute sorte de liens, en particulier sur l'Académie Treccani déjà citée précédemment.  Je vous le recommande vraiment, on peut le lire par chapitres, et on y fait plein de découvertes.

             Comme l'histoire, justement, que nous raconte Carmela CAMODECA. Ce n'est pas un texte de circonstance,  il a été écrit en 2016. Et Madame CAMODECA précise d'emblée qu'elle ne veut pas faire de cet épisode un cas emblématique, simplement elle témoigne. Sa petite-fille de trois ans et trois mois a été confiée à ses grands-parents pour un mois. Le premier soir elle n'arrive pas à s'endormir et pleure à chaudes larmes, nostalgie de la séparation d'avec ses parents sans doute. La nonna  Carmela essaie, pour la consoler, tout son répertoire de berceuses, historiettes, câlins, sans aucun succès. De guerre lasse, sans trop savoir pourquoi, elle commence à réciter à la fillette, à voix basse, le fameux premier chant de l'Enfer de la Divine Comédie, "jusqu'au vers 90"... Et, stupeur, la fillette arrête de pleurer et écoute dans la pénombre. Et quand la grand-mère s'arrête, elle dit, d'une petite voix: " Tu me racontes celle d'avant?". Bis de la nonna, qui, cette fois-ci, malgré la pénombre, y met un peu plus de conviction et de mimiques.

               Pendant une dizaine de soirs de suite, la fillette réclame "Nel mezzo del cammin". Et elle commence à demander le sens de certains mots du poème, "selva", "pelago", en redemandant plusieurs fois, comme un jeu. Puis voilà que, à force de répéter, nonna Carmela se trompe, elle remplace un mot par un synonyme. Intervention de la petite: "Tu as dit....", et la grand-mère doit restituer le mot exact.

              À l'étape suivante, elle a l'idée de faire écouter à sa petite-fille ce même chant dit par Roberto Benigni, et elle laisse l'enregistrement filer jusqu'à la fin. Les fois suivantes, quand elle approche du vers 90 où elle s'arrête d'habitude, petite voix:" Et tu ne t'arrêtes pas, hein, tu continues!"...

              Nouvelle surprise quand elle entend sa petite-fille, pendant qu'elle joue, ou pendant la toilette du soir, se réciter à mi-voix des morceaux du poème, avec des inexactitudes, certes, mais toujours le bon rythme et la bonne rime.

              Madame CAMODECA, qui s'est par ailleurs spécialisée dans l’enseignement de l'italien langue étrangère à l'université de Sienne, cherche dans les caractéristiques stylistiques du Chant I ce qui a pu frapper ainsi l'attention de cette petite enfant, et c'est un chapitre très intéressant que je vous laisse découvrir (avec mes habituelles excuses auprès des lectrices et lecteurs qui ne lisent pas l’italien...).

              Sa conclusion, nous y reviendrons dans les prochaines recensions: " Ayons confiance dans la langue de Dante, laissons sa poésie parler directement. Les petits enfants n'ont pas peur des mots qu'ils ne connaissent pas, ils sont intrigués, amusés; ou bien, comme dans le cas que j'ai rapporté ici, ils perçoivent inconsciemment sa limpidité, sa force émotive, et même -mais je m'avance...- sa valeur esthétique."

 

 

 

 

 

 

 

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Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #CLASSIQUES, #A VOIX HAUTE

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Publié le 23 Décembre 2020

          C'est un livre...de poids: un kilo et deux cents grammes, en grand format 20 x 26 cm. Trois centimètres d'épaisseur pour trois cent vingt-huit pages. Juste la largeur de la main, quand on le prend au bout de son bras et qu'on l'emmène à sa table de lecture. Ou dans le grand fauteuil à oreilles, ou sur le tapis, ou sous le pommier...

Malgré son poids, il est, comme disent les italiens, "invitante" [i-nvita-nté]: Sa couverture cartonnée facile à ouvrir, son dos toilé d'un jaune bouton-d'or, comme les quatre pages de garde, incitent à le feuilleter.

 

      Et à retrouver, à l'intérieur, le même type de "petits dessins" que sur la couverture, au milieu de blocs de texte très lisibles, sur des pages de papier bien robuste.

   

       Quel est donc ce livre, publié en 2020 par nos Souris qui peignent, TOPIPITTORI ? Giusi QUARENGHI y présente/raconte/traduit quarante-neuf épisodes de la Bible hébraïque, l'Ancien Testament de la Bible chrétienne. De Adam et Eve à Jonas, à travers des personnages aux noms généralement connus - Abraham...

Jacob... Moïse...Debora... Judith - et d'autres beaucoup moins - Jotham...Schiphra et Pua... Gédéon... Naomi-. Chaque épisode précise le libre de la Bible où il apparaît, et les numéros des chapitres. Les citations du texte "original" (en appendice, l'auteure consacre sept pages aux différentes versions et traductions de la Bible, selon les religions et les époques, et elle indique à quelle version elle se réfère pour les citations) sont en italique, pour bien les distinguer du récit. Qui est fort précieux, car il n'est pas donné à tout lecteur ou lectrice de ne pas se noyer dans la richesse du texte originel. L'auteure en a commencé la lecture à quarante ans passés, grâce à des rencontres dont elle parle dans un écrit paru en septembre 2020 sur le site de l'éditeur, au moment de la parution de "IO TI DOMANDO" . Ce texte, intitulé Di chi sono le parole? (A qui appartiennent les mots) est très éclairant sur la naissance et le sens de cet ouvrage. Les italophones peuvent déjà le lire ICI. Vous pourrez en lire une traduction entre Noël et Nouvel An sur Lectures Italiennes.

       Dans le récit, on retrouve la Giusi Quarenghi conteuse: vivacité du rythme, précision des mots, même s'ils restent simples. Des pages faites pour une lecture à haute voix. Un exemple: la page sur "Babel et les diversités":  deux lignes suffisent pour faire ressortir l'orgueil et la détermination des "fils des fils des fils de Noé". Puis Dieu descend "du ciel avec ses anges pour jeter un coup d’œil de plus près" , et se fâche de ce

que les hommes n'ont pas respecté les accords d'après le déluge:" Est-ce que je n'avais pas dit aux hommes de repeupler toute la terre, de partout? Pourquoi se sont-ils tous arrêtés dans cet endroit, à faire tous la même chose? Ce n'est pas comme ça qu'ils feront naître un monde meilleur que le précédent, et il faut qu'ils le comprennent vite fait. Je vais confondre leurs langues. Je vais provoquer de l'incompréhension entre eux, afin qu'ils trouvent le temps de penser, de construire des accords, et pas ces fichues  tours!". L'endroit où la langue devint plein de langues fut appelé Babel, Babele, Babylone, ce que veut dire "confuse", "mélangée". Sans une langue pour se comprendre, travailler ensemble était compliqué. Et les hommes commencèrent à s'en aller sur les routes du monde et ils devinrent soixante-dix peuples avec soixante-dix langues, une variété infinie."

          Dans un premier temps, donc, rappeler les histoires de la Bible à des lecteurs qui, souvent, n'en ont qu'une connaissance sommaire, voire inexistante, et leur permettre, entre autres choses, de comprendre tant de tableaux et de fresques de l'art européen, au fil des siècles, et particulièrement en Italie.

        

            Le récit, cependant, n'est peut-être pas le moment le plus essentiel de la lecture. Un texte si ancien, passé par tant de temps, de langues, de traditions religieuses (je vous renvoie, une fois encore, au texte cité plus haut "Di chi sono le parole?"), n'a cessé et continue d'interroger celui ou celle qui s'y plonge. Et c'est là qu'il faut s'arrêter un peu sur le titre de ce livre: "Io ti domando", je te demande. D'habitude, vous murmurez, pour dire votre perplexité "Io mi domando, je me demande", ça se passe entre vous et vous. Dans cette lecture, on passe à deux: "io" et "ti". "Je" pose des questions. À qui? À celui ou celle qui l'accompagne dans sa lecture ? Au livre ? À Dieu ? L'important, dit Giusi Quarenghi, ce sont les questions, plus que les réponses. Et elle met en exergue de son livre une citation de R.M.Rilke, tirée des Lettres à un jeune poète:

"Sois patient avec tout ce qu'il y a d'irrésolu dans ton cœur. Et tâche d'aimer les questions elles-mêmes.".

Interroger le texte, et se laisser interroger par lui. Aussi, après chaque récit, voici, en nombre variable, imprimées en rouge, un certain nombre de questions. Jusqu'à vingt et une sur les deux premiers chapitres de la Genèse," Da Niente a Io-Tu", De Rien à Moi-Toi, racontés en une trentaine de lignes. Plus souvent, une dizaine. L'auteure donne des réponses, bien sûr, ou des commentaires à la question, ou pose d'autres questions, sans rien de figé. Il faut dire qu'elle a enrichi sa lecture du texte biblique: la liste des "lectures qui (l')ont accompagnée" rempli bien six pages. Des auteurs de toutes époques et toutes nationalités. Qui, à leur tour, vont provoquer des réflexions, susciter de nouvelles questions... sans que, pour autant, le texte de l'auteure ne soit pédant. C'est en effet d'abord à des jeunes qu'elle entend s'adresser.

"Pourquoi, alors, ne pas mettre les jeunes ("ragazzi") en contact avec cette lecture, en dehors de toute intention qui ne soit la connaissance du texte? Pourquoi ne pas se mettre à lire, avec eux, ensemble, puis parler, écouter et parler, écouter et discuter? Parfois en accompagnant également la lecture de commentaires déjà écrits, et d' interprétations déjà existantes, pour élargir la recherche de sens, la possibilité de continuer le commentaire et ajouter des interprétations" (Di chi sono le parole).

 

           Dans ce projet, la tâche de l'illustrateur était délicate. Guido CARABOTTOLO a réfléchi et hésité pendant un an et demi, dit-il, avant d'accepter, puis il a encore fallu démarrer, trouver le bon format, étroitement lié à la mise en page. Il a d'abord travaillé en noir et blanc, la couleur est venue ensuite. Son style si particulier, qui, parfois, fait penser aux peintures rupestres est particulièrement adapté à ces textes.  Ils permettent d'apprivoiser leur masse, d'anticiper certaines atmosphères, de se reposer entre deux réflexions. Mais aussi, ces images feront naître, peut-être, de nouvelles questions... Une grande réussite.

             Vous ne lirez pas, je pense, IO TI DOMANDO comme un roman. Vous ne le partagerez peut-être pas d'emblée. Ou peut-être que si. C'est un livre qui vous accompagnera certainement longtemps. Grâce, aussi, aux trois pages d'introduction que l'auteure partage avec sa lectrice, son lecteur, et vers lesquelles on peut revenir souvent; avant de s'envoler, plus tard, vers l'une ou l'autre version du texte original.

 

IO TI DOMANDO    de Giusi QUAREGNGHI et Guido SCARBOTTOLO

Editions TOPIPITTORI, collection Grilli per la testa

Publié en 2020, 328 pages, 20 €

à partir de 7 ans

ISBN: 9788833700380

MERCI à TOPIPITTORI pour les illustrations ici reproduites.

 

 Bonnes lectures de Noël à chacune et chacun

 

 

 

 

 

 

 

 

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Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #CLASSIQUES, #A VOIX HAUTE

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Publié le 20 Septembre 2020

 

     

        

  Cette fois-ci, il nous faudra peut-être changer notre façon de  lire. Aborder l'album comme si nous étions la petite fille de la couverture, sans nous arrêter sur le titre, ni sur les dédicaces. Entrer directement dans l'histoire, comme si nous étions Nina à la jupe rose, et sa balle rouge Nanì. Elles  savent còrrere, saltare, rotolare, rimbalzare - courir, sauter, rouler, rebondir, ne se quittent presque jamais, et vont se retrouver dans de drôles de situations.

          Tout ça, "c'est la faute à la balle", ou plutôt non,  la faute de cette vitre qui se trouvait sur la trajectoire de la balle et qui a cassé, forcément. Nina est entrée juste pour la récupérer, et s'est retrouvée dans un drôle de lieu, avec de drôles de personnes.  

          La balle devient un lien entre elle et celles et ceux qu'elle rencontre. L'un a l'air de la lui confisquer, un autre la ramasse et la lui rend, la balle saute dans une vieille camionnette qui démarre, heureusement pas bien vite. Nina court après, suivie de la dame qui l'a consolée un moment auparavant (on l'avait maquillée comme un clown, et elle a horreur du maquillage); la camionnette s'arrête brutalement, mais Nina a déjà récupéré sa balle et roule avec elle par terre...

          ...pour se retrouver aux pieds d'un...gigante GIGANTESCO...un géant dont l'attention va être détournée par ... un tizio con i sàndali, una tunichetta di pelle che gli copriva le mutande e la… spada in mano! - un type en sandales, une petite tunique de peau au ras des fesses, et... une épée à la main!

          Si bien qu'elle commence à s'étonner de ce pays où tout le monde est déguisé, comme si c'était tout le temps Carnaval.

          Avec tout ça, elle ne sait toujours pas où est la sortie, et elle va encore rencontrer un motocycliste qui veut l'emmener au(sic) Kansas City, un cow-boy (un pistolero, c'est mieux...) à cheval, et toujours pas de Palla Nanì, sa balle rouge un peu désobéissante en l’occurrence.

          Grosse émotion, inquiétude, peur même, que Nina combat en chantant des airs qu'elle invente. Puis joie de retrouver sa balle entre les mains de deux messieurs très rigolos  avec qui elle commence une folle danse, avant que cette infatigable Palla ne se sauve à nouveau.

          Nouvelle course poursuite qui l'amène dans une "sorte de grand champ", une "piazza", où se sauve un bonhomme  qui court, saute, tombe et roule ... comme une balle,  poursuivi par un taureau énorme qui a l'air d'aimer jouer à la balle. Nina lui lance donc sa balle rouge, et la voilà elle aussi à courir derrière eux. Mais elle trouve monotone de tourner ainsi en rond...

          ... Vous pourrez découvrir par vous-même la suite: sachez qu'il y aura un autre géant gigantesque, la balle qui s'envolera très très haut, une "mamma" (pas la sienne) qui lui donnera un goûter (de pain et de sucre). Et, quand Nina et Nanì parleront de rentrer, elle appellera  ("Marcello, cam iar!" ...) un "uomo bello, con sciarpa rossa e cappello - un homme, beau avec son écharpe rouge et son chapeau" qui lui offrira un album...

          Fin de l'histoire. Et dire qu'elle  voulait "juste reprendre sa balle!".

Nina a vécu des aventures, des émotions diverses, comme dans un rêve. La bambina ou le bambino qui ont partagé son histoire avec vous qui lisiez  vont commencer à se poser et à vous poser des questions.

 

          Et c'est là que vous allez enfin pouvoir vous abandonner à votre jubilation de cinéphile, comme l'ont fait Luisa MATTIA et l'illustratrice Daniela TIENI. Il n'est que de lire leurs deux dédicaces:

- "Aux petites salles de quartier qui m'ont révélé la beauté du cinéma", pour Luisa, et

- "A' tous les réalisateurs qui ont su m'emmener ailleurs", pour Daniela.

          Nina n'était pas dans un rêve, mais bien "comme dans un film". Dans des studios de Cinecittà qui auraient aboli le lieu et le temps.... Vous allez reprendre, un moment rien que pour vous, les épisodes les uns après les autres, et vous amuser à identifier les rencontres de Nina. Certaines sont évidentes - lampanti -  comme le Charlot ci-dessus - oui, mais dans quel film? -. D'autres le sont moins, et c'est un des charmes de ce petit livre. Rassurez-vous, dans l'album qu'offre Marcello, l'uomo bello, con sciarpa rossa e cappello à Nina, il y a la clé de toutes les apparitions - mais pas le titre des films, il faut quand même vous laisser des occasions de recherche, non?

          Ensuite, selon l'âge, la curiosité, la culture cinématographique des jeunes lectrices et lecteurs, votre propre envie de partager, les stratégies seront diverses. Et certains, certaines, s'empareront de Come in un film sans avoir besoin de votre médiation. Les sites de libraires disent "à partir de 7 ans", mais la palette est bien plus large, je pense.

          Luisa Mattia y fait allusion dans un entretien accordé à TV2000 le 9 mars 2020: si elle a été enchantée dans son enfance par la magie du cinéma, le noir dans la salle, l'image et le son qui envahissent l'espace, et en même temps la communion avec tous les spectateurs - je ne peux m'empêcher de vous renvoyer, une fois encore, au précieux "Viva la libbertà", l'autobiographie de son enfance dont je vous parlais précédemment, et où un chapitre, savoureux, est consacré, justement, al cìnema -, pour beaucoup de jeunes d'aujourd'hui, le film se regarde sur un écran individuel, télé ou portable, ou smartphone.

          L'album Come in un film recrée la magie du cinéma en salle, en faisant entrer dans des scènes célèbres du cinéma du XXe siècle, sans idées préconçues.

          Grâce à la capacité de l'auteure de s'identifier avec son héroïne et de nous faire apprécier sa vivacité, son indépendance, son imparable logique: en particulier dans de courts moments de pause, les "pensierini", terme difficilement traduisible. C'étaient (est-ce toujours?), dans les premières classes du primaire italien,  de mini-rédaction d'une phrase ou deux, dont la maîtresse donnait le thème,  et qui avaient souvent une connotation moralisatrice. Nina, pour faire le point dans cette avalanche de surprises, se met à faire elle aussi de ces mini-réflexions, qui sont imprimées en rouge, avec indication de "fin" avant de reprendre le récit.

 

 

          Et grâce, tout autant, aux images créées par Daniela TIENI pour donner corps à l'histoire.  Vous pouvez apprécier, sur son site, presque toutes les illustrations de Come in un film. Ce qui frappe, c'est la variété des atmosphères, grâce à la variété des techniques utilisées; le mouvement partout présent; les couleurs parfois éclatantes - le cheval blanc du pistolero, l'habit chamarré du toréro qui fuit - parfois mystérieuses comme un rêve - la balle rouge dans l'espace noir, puis la même balle rouge au-dessus du superbe taureau noir -, parfois simplement réalistes (presque...) - la scène de la mamma-Sophia Loren entourée des enfants qui jouent dans la rue.

Pour les cinéphiles en herbe et les inconditionnels du grand écran.            

Come in un film, de Luisa Mattia, illustrations de Daniela TIENI

Editeur : Lapis        Collection: Lapislazzuli     février 2020

Relié, 46 pages, format: 26 x 26 cm, 14,50€

ISBN 9788878747432

 

Toujours un grand merci à LAPIS pour les images ici reproduites.

 

Post-Scriptum 1: "Luisa Mattia aime l'été et le cinéma..." Le titre "Racconti d'estate", est-ce un clin d’œil au film franco-italien de 1958 ... Racconti d'estate (en français Femmes d'un été) où les acteurs principaux ne sont rien moins que Alberto Sordi, Michèle Morgan et Marcello Mastroianni....?

Post-scriptum 2: Puisque nous parlons de cinéma italien en France, n'oubliez pas que c'est l'époque des deux festivals: celui d'ANNECY à partir de demain et celui de VILLERUPT dans un mois. En liens, les différents programmes.

Post-Scriptum 3: Cet article est le centième paru dans Lectures Italiennes. Un remerciement ému à Chantal R. qui me mit le pied à l'étrier en 2011...

"FIN DES POST-SCRIPTUM ( scripta?)"

         

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Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #A VOIX HAUTE

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Publié le 21 Avril 2020

          En ces temps où l'on ne choisit pas vraiment d'être confinés ensemble, et/ou loin les uns des autres,

voici un petit "grand album" sorti en mars 2019.... il y a un siècle....   

Le titre est important dans sa grande simplicité: "Dimmi", "dis-moi". C'est un des mots de base des relations humaines. Il y a le "dis-moi" suivi de demandes précises: dis-moi... pourquoi, où, comment, quand... (Et là - vous pouvez sauter cette parenthèse purement anecdotique - le juke-box, à chaque fois,  dépose son 45 tours grinçant sur le plateau; la rengaine de l'été '62, Tony Renis  "Quando quando quando"  .... ).

Il y a aussi le "dimmi" qui invite l'autre à parler, "je t'écoute, je suis prêt ou prête à te répondre". Le "dimmi" de Anselmo ROVEDA participe de ces deux acceptions.

          Il y a un "questionneur", qui ne se contente pas des réponses que lui donne le "questionné". Et ses questions, après une écoute que l'on devine attentive, relancent la parole :

- Lontano quanto?  (Loin, mais très loin?)

- ................

- Sì, ma lontano quanto? (Oui, mais très loin?)

- .................

- D'accordo, ma lontano dove? ( D'accord, mais loin où?)

- ...................

- Sì, ma dimmi, lontano quanto? (Oui, mais dis-moi, loin très loin?)

- ...................

- Sarai lontano, allora ? (Tu seras loin, alors?)

- ......................

- Sarai lontano, ma vicino, vero? (Tu seras loin, mais à côté, n'est-ce pas?)

- .....................

                  On comprend assez vite que "le questionneur" est un fils, qui interroge son père sur son départ, son éloignement. Il y a des indices: l'un "grandit", l'autre "vieillit". Chacun a une photo de l'autre ( ou de tous les deux), et "la serre, le soir". Et puis ils attendront "soli e insieme", seuls et ensemble, "il mio rientro, la tua pagella", "mon retour, ton bulletin scolaire".

                   Et le père, dans une sorte de méditation intense, et claire, tente de partager avec son fils le sens de cet éloignement, imminent - ou déjà effectif, cela reste un peu flou, car nous ne sommes pas dans un récit chronologique, mais dans une poésie ( "... adesso che sono lontano", maintenant que je suis loin.. / mais aussi "... sarai lontano", tu seras loin...). Et il n'en cache pas les aspects difficiles.

La toute première page est emblématique:

- Lontano quanto?                                                    -   Loin, mais très loin?

Lontano un po'                                                          Un peu loin

per un tempo che non so dire.                                   je ne sais pas dire combien de temps.

E lontano è sempre troppo                                         Et loin, c'est toujours trop

anche quando è solo un po'.                                      même quand c'est juste un peu.

Lo so.                                                                           Je le sais. 

Bien sûr, il manque ici la mise en page et l'illustration.

                   Il évoque ensuite l'importance du temps passé ensemble. Et la force du souvenir, et des paroles écrites qui circulent entre eux. Il reprend plusieurs fois ces thèmes, comme dans un morceau de musique, et particulièrement celui des mots (le parole), qui sont aussi ceux du livre:

quelle / libere,/ rare,/ preziose/  e sorprendenti.      ... libres, rares, précieux et surprenants.

Quelle scritte / e quelle delle storie,/ la sera.  Ceux qui sont écrits, et ceux des histoires du  soir.

...... On pense, fugitivement, aux  Favole al telefono, les Histoires au téléphone,  de Gianni RODARI ......                                                                     

                   Le père va suggérer à son fils toute sorte de lieux possibles du monde, du plus vaste au plus fermé, en sollicitant tous ses sens, l'ouïe, la vue, l'odorat. Et aussi les petits détails qui marquent le quotidien dans la mémoire, là aussi du plus banal au plus cosmique, la succession des saisons, le match de foot, l'averse imprévue et le k-way qu'on sort.... mais aussi une éclipse de soleil, ou l'arrivée d'un amour... Chacune de ces évocations, juste un ou deux vers, peut résonner dans le silence de la voix lectrice quand elle passe de l'une à l'autre..

                   Il permet au fils d'élargir son quotidien, tout en le valorisant car il est partagé. Comme je l'ai déjà cité, ils attendront l'un et l'autre, "aspetteremo, soli e insieme, /  il mio rientro, la tua pagella". L'absence ne sera pas un moment de vide; ni pour l'un, ni pour l'autre. Et l'enfant semble avoir compris le message, qui dans sa dernière question-affirmation, met ensemble les deux pôles "...lontano, ma vicino, vero?". Et le père acquiesce, c'est la respiration, "il tuo respiro", qui fait le lien entre vicino et lontano. Cette respiration qui permet la vie et la parole.

                  Un autre aspect du dialogue est plus suggéré: le père rassure son fils, mais il se rassure aussi lui-même. Il sait qu'il vieillit, que son fils le verra avec des cheveux "più radi e bianchi", plus rares et plus blancs.  Alors que le fils se fait "più alto e nervoso", plus grand et plus musclé. Ils changent l'un et l'autre par rapport à la photo. Et le temps viendra sans doute où ce sera au tour du fils de s'éloigner. Mais le vicino et le lontano seront toujours tenus ensemble par "il respiro".

                  Toutes ces idées, toutes ces émotions sont là, dans le texte, et chaque lectrice, chaque lecteur, selon son âge et l'étape de sa vie, en saisira une ou une autre....

                 J'ai bien conscience qu'il est un peu barbare de décortiquer un texte si essentiellement poétique, donc un seul conseil, vous le procurer au plus tôt... tout est relatif en ces temps confinés, mais il est disponible dans  le catalogue des éditrices, Pulci Volanti.       

                  Vous pourrez, sur cette même page du catalogue virtuel, feuilleter  une dizaine de pages de l'album. Vous constaterez, mieux qu'ici, la clarté de la mise en page, la lisibilité des polices, l'originalité des illustrations. Mais vous n'aurez pas la qualité du papier,  le soin de la reliure, tout ce qui en fait un album remarquable.

 

                   Et voilà que je vous entends d'ici:" Mais, et les images? Ce poisson et ce? ... cet oiseau?".  Vous remarquerez en effet que le livre est construit sur une alternance de deux pages de texte, et une double page d'une seule image panoramique : ci-dessus, la première.

Oui, il est temps de parler de l'illustration.  En réalité, cet album nous raconte deux histoires parallèles. Les images ne sont pas à proprement parler une "illustration du récit".  L'illustratrice, Chiara BONGIOVANNI, a utilisé la détrempe et ses crayons de couleurs (plus quelques touches numériques) pour créer un espace vaste, grâce au ciel et à l’étendue d'eau, lumineux comme le soir ou le matin, et selon les saisons. Centré sur les deux "personnages" : un poisson,  qui ne craint pas de sortir son museau de l'eau, en "conversation" avec ce qu'on finit par identifier comme un oiseau, mais qui, dans sa forme, rappelle celle du poisson (un poisson volant?...).  Lequel oiseau ne craint pas, pour sa part, de tremper parfois sa tête dans l'eau. Il y a une grande fluidité dans l'atmosphère, et quelques signes suffisent pour évoquer les saisons, les heures : des reflets, quelques nénuphars, une branche d'arbre, fleurie ou qui perd ses feuilles, la pluie, la neige, le gel ....

         

                   Chiara BONGIOVANNI nous raconte une deuxième histoire, ou plutôt, elle donne à l'enfant-  lectrice ou lecteur, ces deux êtres qui se ressemblent tout en étant divers, qui vivent dans deux milieux incompatibles, et sont donc loin l'un de l'autre. Pourtant, ils sont aussi très près, ils peuvent se voir, se parler, partager ce qui se passe autour d'eux.  Cette proximité est suggérée par le jeu des reflets, par exemple. Et ni l'oiseau ni le poisson ne sont seuls dans leur monde. La plupart des planches suggèrent un échange en mouvement, comme des danses dans l'air et dans l'eau. Mais il y a aussi des moments de sommeil confiant. Et dans la toute dernière image de l'album, où l'eau est vue en plongée, autour du rocher-repère, on pourrait aussi bien voir un ciel étoilé qui tourne autour du pôle.

                   On retrouvera dans l'histoire du poisson et de l'oiseau des éléments d'émotion de la conversation du père et du fils, de même que les petites images qui constellent les pages du texte viennent du monde de l'oiseau et du poisson. Mais l'histoire est toute à créer.                 

 

                  Lectures Italiennes ne tardera pas à vous présenter, dans les jours qui viennent, les éditrices qui ont publié cet album "DIMMI" : les Pulci Volanti,   ou puces qui volent.  Par leur collection ConRispondenze - ( elles rétablissent, dans Co-rrispondenze, Co-rrespondances, le sens de "avec" de la préposition "con") elles veulent rendre le lecteur ou la lectrice actifs grâce à l'histoire en images.

                  Il m'a semblé que ce texte qui articule si musicalement la présence et l'absence, la proximité et l'éloignement, l'importance du temps, celui qui passe, celui qui est partagé, l'importance des mots échangés, et la respiration que peuvent donner les images à nos journées confinées, la parole qu'elles peuvent déclencher, représentait pour nous un beau cadeau.

                   Un grand merci à Chiara Bongiovanni et aux Pulci Volanti pour les images ici reproduites.

Dimmi 
texte de Anselmo Roveda,  illustrations de Chiara Bongiovanni

Mars 2019         48 pages      17×24 cm- couverture rigide     15€

Editions Pulci Volanti         ISBN 9788894247732    
 A' partir de 5 ans

 

P.S. Si vous maîtrisez l'italien, vous lirez avec intérêt l'interview où Anselmo Roveda explicite la naissance de ce projet, c'est intitulé DIETRO LE QUINTE, Dans les coulisses.

 

 

 

                  

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Publié dans #A VOIX HAUTE

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Publié le 23 Janvier 2017

C'est encore une surprise de la Nouvelle Année. Non seulement l'ami est inattendu, mais encore il vous offre ses aventures en pas moins de six langues: italien, allemand, anglais, bulgare, espagnol, français. Chaque fois dans une version bilingue....

Mais procédons par ordre!

 

 

 

 

 

L'ami inattendu, c'est Léo, l'araignée ( en italien, "Leo, il ragno") qui joue dans l'arbre au- dessus de la fourmillière de Véra, la jeune fourmi très curieuse. La sympathie est immédiate, et ils se mettent à jouer ensemble.

 

 

Mais les grands ne l'entendent pas de cette oreille. Fourmis soldats ou maman-araignée, tous défendent aux deux amis de se retrouver, car " Les fourmis et les araignées sont différentes" ou encore: "Elles ne sont pas comme nous".  Des deux côtés, on casse sévèrement l'élan de leur entente.

 

 

Il faudra une inondation et le risque de mort pour le peuple des fourmis pour que les grands se laissent convaincre d'aider et de se laisser aider.

 

 

 

Et les préjugés seront dépassés; les jeux et les activités communes de Véra et Léo pourront reprendre sous le regard bienveillant de leurs aînés.

L'histoire est simple, immédiatement accessible, et répond très directement au but de son auteur, Stefano MONTANARI : " Un conte sur la différence, qui entend aider les enfants à concevoir le respect de l'autre".

Stefano MONTANARI, nous dit la notice du livre, travaille depuis plus de vingt ans dans le domaine des droits de l'homme, et notamment ceux des enfants. A travers l'éditeur florentin  MULTIMAGE, UN AMI INATTENDU - UN AMICO INATTESO  inaugure une collection qu'il a intitulée L'Isola che c'è  (L'île qui existe, en contrepoint à celle de Peter Pan,  L'isola che non c'è, chanson célèbre du napolitain Edoardo Bennato).

 

Le style des versions italienne et française manque peut-être encore un peu de souplesse, mais ce péché véniel est largement compensé par la verve des illustrations de Mauro CICARÈ,  vous le constatez sur les reproductions que vous avez sous les yeux. Merci pour la possibilité de les reproduire ici.

Le soin de l'édition est à signaler, tant pour la  qualité des images que pour la lisibilité du texte, dans un format facile à partager à l'occasion d'une lecture à haute voix (20,50 x 32,50 cm).

Mais la vraie originalité de cette lecture est que chaque livre est bilingue, dans toutes les combinaisons possibles (ou presque...)  des six langues que je vous signalais au début. Contrôlez sur le site de l'éditeur.  Une aubaine pour les bibliothèques.

Et, une fois n'est pas coutume, voici les librairies où vous pourrez retrouver Un ami inattendu, dans la combinaison de langues que vous souhaiterez, en Italie, en Allemagne et en France:

En Italie:

- Macerata : Bottega del libro

- Rome: Explora - Il Museo dei Bambini di Roma.

En Allemagne:

-  Freiburg: Jos Fritz  Buchhandlung

- Kehl: Buchhandlung Baumgärtner

En France:

- Strasbourg:   -  La Bouquinette

                        -  Librairie du Monde Entier

- Schiltigheim:   Librairie Totem.

Alors, faites jouer vos enfants avec Véra et Léo !

UN AMICO INATTESO, texte de Stefano MONTANARI, illustré par Mauro CICARÈ,

Multimage 2016                36 pages                12 €

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Rédigé par lecturesitaliennes

Publié dans #A VOIX HAUTE, #TEMPS PRESENT

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Publié le 6 Janvier 2017

Aujourd'hui, 6 janvier, c'est l'Epiphanie ( et non pas le dimanche 8, comme disent les vendeurs de galettes des rois), et en Italie, beaucoup le savent, c'est la fête des enfants: La Befana.

Pour l'occasion, et en guise de voeux de Bonne Année 2017, quoi de mieux que cet album exceptionnel, au sens propre du terme, qui nous a été offert en 2016 par les éditions IL CASTORO : CIAO CIELO .

Pourquoi exceptionnel? A l'origine, c'est un album américain, des vers de Dianne WHITE et des images de Beth KROMMES. Il n'est pas dans mes habitudes de vous parler d'albums traduits. Mais ici, vous lisez sur la page de garde :"Traduction poétique de Bruno TOGNOLINI". Et ça change tout.

Bruno Tognolini? Mais oui, Rime di rabbia, en octobre 2011, ou encore les comptines de Mamma Lingua, en décembre de ce même 2011. Bruno Tognolini, le "poeta per bambini e per vecchi" qui a écrit encore tant d'autres textes poétiques dont vous trouverez mention sur son site. Que dit-il de Ciao Cielo? " Ce livre, bien que je n'aie fait que le traduire, figure sur mon site car je le sens tout autant mien que ceux que j'ai créés de toute pièce". Et c'est pour la même raison qu'il se trouve sur cette première Lecture Italienne de 2017.

Feuiiletons-le d'abord, cet album de 23 cm x 30, couverture rigide, beau papier épais qui rend justice aux illustrations de Beth KROMMES

 L'histoire est toute simple, c'est une journée dans une ferme, au bord de la mer, avec son potager, deux chiens jumeaux, un chat, une maman qui s'occupe tant de la lessive que des chevaux, une fillette, un bébé, une jument et son poulain, un élevage de cochons, un papa qui s'occupe tant des chevaux que des enfants, des canards, des canetons ... un quotidien simple et riche de détails.

 

Et voilà qu'arrive un orage, pluie, vent, tonnerre, déluge, boue. Mais ce n'est pas la fin du monde, la pluie s'éloigne petit à petit, on peut jouer dans  la boue et les flaques, puis le soleil revient, pour se coucher, et faire place à une nuit multicolore, féérique et paisible, où reprendre des forces pour le lendemain.

Histoire idéale pour une lecture de la bonne nuit.

Le regard de l'ilustratrice passe des détails aux vues aériennes, chaque double page est un monde à explorer, en suivant son trait si caractéristique.

 

Mais je vais emprunter, qu'il me pardonne, ses mots à Bruno Tognolini pour parler du charme de ce livre, que vous avez déjà saisi en regardant les illustrations ci-dessus. Il s'est confié à son éditeur, à l'occasion d'un atelier organisé en juin sur le thème " Traduire en vers à travers des images" :

"Une expérience de traduction enchanteresse. Non, pas traduction, car je ne suis pas traducteur, et même je me sens un peu embarrassé devant les vrais traducteurs. Mais il s'agissait de mettre en vers italiens un livre d'un charme sans pareil: une offre que je ne pouvais refuser sans offenser Madame la Beauté. C'était BLUE ON BLUE, vers de DIANNE WHITE et illustrations de BETH KROMMES, qui s'est vue attribuer la Caldecott Medal.

Bref, je l'ai fait. Et ce fut une promenade miraculeuse. Comment, me demandais-je, un livre arrive-t-il à dire dans des formes aussi légères et brèves et douces, juste ceci: un jour il a plu, et puis il n'a plus plu; et donner l'impression à celui qui feuillette, sous le charme, qu'on parle du monde entier, de l'ensemble du temps, de l'ensemble des gens? Comment fait-il? Et moi, qu'est-ce que je peux faire, face à cela? Je peux faire comme d'habitude. Je m'assieds et j'écris. Mais je dois écrire avec dévotion, avec respect, tel que c'est, avec ce chant et ce charme. Mais en italien. Ce livre mériterait aussi le récit de la migration d'un royaume à l'autre, de la langue anglaise à la langue italienne – et pour être plus précis: entre les trois, car les images ont souvent eu le rôle de la Terre du Milieu – avec des doutes, des désarrois, des diversions, des alternatives abandonnées, etc. D'après moi, ce livre le mérite. Il mérite que l'on présente au public le parent qui est caché derrière, les belles rimes anglaises d'où il naît".

Si vous êtes des curieux du passage d'une langue à l'autre, Tognolini vous offre les deux textes l'un en face de l'autre, sur son site de Alice.

Voilà, c'est un livre à lire à voix haute, tout en dégustant les images. Les vers - au maximum quatre par double page - disent le temps qui change, le déluge, et puis le calme progressif, jusqu'à la nuit. Tognolini a utilisé plusieurs fois, dans son entretien et dans l'album, le mot "incanto", charme, enchantement. Et c'est bien de cela qu'il s'agit.

Vous pourrez le feuilleter, bien qu'en petit format, sur le site de Il Castoro, ou encore lire (en italien...) une fort belle récension avec de belles grandes illustrations, sur le site de Lettura Candita (là aussi, merci à Bruno qui la signale).

Mais rien ne remplacera l'album en vrai, j'allais dire "en chair et en os". Qui, on peut le signaler, a été parmi les vainqueurs du Premio Gianni Rodari 2016 cet automne.

C'est l'album qui vous apaisera et vous redonnera des forces quand les nouvelles seront trop éprouvantes autour de vous.

 CIAO CIELO de Bruno TOGNOLINI

Vers originaux de DIANNE WHITE

Illustrations de BETH KROMMES 
Traduction  poétique de BRUNO TOGNOLINI

Edizioni IL CASTORO, mars 2016
Relié, couverture rigide, 48 pages illustrées, 13,50 Euro

A partir de 4 à 5 ans.

 

BONNE ANNEE 2017 A VOUS!

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Rédigé par lecturesitaliennes

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Publié le 12 Novembre 2016

- Et comme dessert (en français et en italien)? - Quoi de mieux qu'un bon conte traditionnel? Il y a justement un grand album à la couverture joyeuse, chez Franco Cosimo Panini : LA FIABA È SERVITA! Cibi incantati dall'Italia. C'est à dire: Le conte est servi! Merveilleux mets d'Italie.

Dix contes traditionnels qui ont en commun d'évoquer "le manger", sous dix aspects différents, et illustrés par dix illustratrices italiennes différentes.

Couverture de Giulia ORECCHIA

Couverture de Giulia ORECCHIA

C'est Luigi DAL CIN qui les a - comment faut-il dire? - écrites, réécrites, retranscrites? Luigi Dal Cin a une riche bibliographie à son actif, dont beaucoup d'albums de contes traditionnels du monde entier. Beaucoup chez Franco Cosimo Panini, mais pas seulement

Pour ce recueil-ci, les textes sont variés, tant par leur provenance régionale - qui n'est pas indiquée, mais on reconnaît certaines origines; - tant par leur longueur - de deux à cinq pages;  que par leur thème.

Il y a le grand méchant Barba Zucòn, un Tonton Têtu, une sorte d'ogre, qu'une mère et sa fillette arrivent à tromper dans une histoire de délicieux beignets, le frittelle. Il y a la strega, la sorcière pas très futée, qui voudrait bien faire son dîner, la cena,  de deux fillettes, mais elles sont sauvées par une femme qui fait frire... des "zèppole" - encore des beignets, méridionaux cette fois.

 

 

Illustration de Anna FORLATI

Illustration de Anna FORLATI

Il y a les ustensiles de cuisine: la padella màgica,  la poêle magique donnée par un nain de la montagne à une fillette courageuse et généreuse qui a partagé avec lui son bout de fromage; la poêle se remplit tous les soirs pour nourrir la famille nombreuse. Ou encore Pentolino, "Petit Faitout", quatrième fils d'un pauvre cordonnier, né, "on ne sait pas comment, au lieu d'être un bébé, c'était un petit faitout de cuivre avec son couvercle". Il est très entreprenant, va de cuisine en château, raisonne et réagit, met et ôte son couvercle, et réussit à se faire embrasser par la belle Ondachiara et alors.....

Il y a les plantes magiques:  I tre limoni, les trois citrons, variante de l'Amour des trois oranges, ses blondes princesses assoiffées et la vieille sorcière jalouse. Et puis Rosmarina, la Romarine bien connue grâce à Italo Clavino, la belle cachée dans un plant de romarin.

 

Illustration de Simona MULAZZANI

Illustration de Simona MULAZZANI

Il y a l'acqua della vita, l'eau de la vie que le jeune prince courageux va chercher chez le terrible magicien dans son palais de cristal, pour guérir son père. Il réussira grâce à ses trois soeurs et ses trois beaux-frères.

Qui dit "manger" dit "digérer". Cet aspect n'est pas négligé, dans un petit conte gentiment irrévérencieux, où un fiancé fait la leçon à sa fiancée un peu trop maniérée grâce à l'erba petonella... eh oui, fiez-vous aux trois premières lettres...

Il y a aussi la faim inépuisable du loup balourd et du renard malin, concurrents inégaux et cependant inséparables, depuis les fabliaux du Moyen-Age.

 

Illustration de Lucia SCUDERI

Illustration de Lucia SCUDERI

Et surtout, il y a l'histoire pétillante de Petizzo senza pizza, le jeune écolier qui ne va jamais à l'école sans sa pizza préparée par la mamma. (Aujourd'hui, ce sont les concierges des écoles qui préparent de (souvent) délicieuses pizzas - pardon, pizze - pour la récréation de onze heures). Et voilà que, dans une cascade d'impossibilités qui a sans doute un nom technique, du type de l'histoire de "la chèvre qui ne veut pas sortir du chou" de la chanson, Petizzo ne veut pas aller à  l'école sans sa pizza. Et toutes les aides demandées par la mamma restent vaines. Dans un feu d'artifice de rimes en -izza, -azza, -azze, et des sprizza e des spruzza, qui se déroulent puis se réenroulent,  "Petizzo senza pizza finalmente va a scuola". Ce type d'histoire, fréquent dans la tradition populaire,  ravit les plus petits qui peuvent entrer dans le récit grâce aux phrases qui se répètent en tiroirs et leur permet d'unir leur voix à celle du conteur.

Illustration de Giulia ORECCHIA

Illustration de Giulia ORECCHIA

Le style de Luigi Dal Cin, dans ce recueil, est délié, proche de l'oral, sans être simpliste, s'adaptant également au caractère de chaque conte. Il ne craint pas d'utiliser le passé simple aujourd'hui presque abandonné dans la langue parlée: ses formes accentuées donnent à l'action quelque chose de définitif qu'aucun autre temps ne rend - au hasard d'une page: "salì, arrivò, trasformò etc". Pour qui veut les lire à haute voix, c'est un régal (ne sommes-nous pas au dessert?).

D'autant que les illustrations sont grandes et bien "lisibles". Comme vous l'avez vu, les textes sont insérés dans les images, qui fonctionnent sur la double page. La variété des styles des dix illustratrices est donc cohérente, et La fiaba è servita constitue un excellent réservoir de lectures à haute voix.

LA FIABA È SERVITA de Luigi DAL CIN

Illustrations:A.Abbatiello, G.Atzeni, F.Chiesa, I.Faccioli,  A.Forlati, S.Mulazzani, G.Orecchia, V.Petrone, T.Romanin, L.Scuderi,

Editions Franco Cosimo Panini.  2015.

Collection: Immagini della fantasia

40 pages, relié, 24 cm x 30,5 cm - 14€

A partir de 5 ans

MERCI A L'EDITEUR POURLES REPRODUCTIONS DES IMAGES;

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Rédigé par lecturesitaliennes

Publié dans #A VOIX HAUTE

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Publié le 26 Septembre 2016

Voilà, l'été est vraiment fini. L'été avec ses grandes joies et ses petits bonheurs. L'été avec ses tragédies proches et lointaines.

Le livre d'aujourd'hui donne envie de joindre le geste à la parole, de réaliser de ses mains, de se mettre à l'ouvrage. Le titre en est à la fois clair et énigmatique: Per filo e per segno, de Luisa MATTIA et Vittoria FACCHINI. Tout le monde comprend, surtout au vu de l'illustration de couverture, qu'il y est question de fil et de signe. Mais encore?

.........PER FILO E PER SEGNO.........

C'est justement la couverture qui m'avait attirée, il y a quelques années, avec ces bouts de fil que l'on a envie d'attraper, de ramasser, que l'on soit brodeur (si, si, il y en a, de grands) ou brodeuse, ou pas. Alors on ouvre le livre pour vérifier, et c'est bien ça: chaque illustration est faite de toute sorte de fils, de toute sorte de couleurs - cette magnifique tresse de fils multicolores qui vous assure de ne jamais "manquer", où que vous soyez dans le monde -. Et puis encore des canettes, des ciseaux, à cranter même, des petits bouts de tissu (un grand aussi), photographiés avec un relief très réaliste, accompagnant des dessins au trait - crayon, et feutre noir, me semble-t-il -, de personnages. Essentiels, expressifs en quelques traits, souvent en mouvement.

On peut se promener longtemps dans ces pages illustrées: l'image occupe toujours toute la page de droite, et le texte toujours celle de gauche. On peut se raconter, faire raconter par de petits lecteurs, toute sorte d'histoires. Mais vient toujours un moment où la curiosité l'emporte. Qui est cette petite fille qui semble mener l'action, avec son nez en trompette, sa queue de cheval énergique et ses petites ballerines noires - elle en enlève une pour se reposer -? Que fait-elle avec tous ces fils, ces tissus, et les autres enfants, et des oiseaux, et quelques adultes aussi? Il faut bien se mettre à lire l'histoire, à un certain moment.

"Per filo e per segno" signifie " dans tous ses détails, avec exactitude". Titre bien difficile à traduire, car il joue sur le sens propre et le sens figuré. Mais nous allons lire cette histoire "dans tous les détails" - ou presque...

.........PER FILO E PER SEGNO.........

La résumer l'assèche assez, aussi je vous livre la "fiche" de l'album sur le site de l'éditeur Donzelli. " Ecouter des histoires, quelle passion! Silva les aime tant qu'il n'y en a pas une qui ne s'accroche à son oreille, comme si c'était un fil; et en effet l'histoire de Silva est entièrement bâtie de fils. Ceux qui traînent chez la couturière, que Silva noue les uns aux autres pour en faire un filet où stocker toutes ces histoires qui restent accrochées là – si bien qu'elle peut elle aussi se mettre à les raconter. Mais un filet, ça ne suffit pas, les histoires sont trop nombreuses, alors Silva demande un bout de tissu blanc au chiffonnier et de l'encre au pêcheur de seiches, et toutes ses histoires, pour ne pas les perdre, elle les écrit. Mais ses histoires sont aussi trop nombreuses pour son tissu, qui est devenu trop lourd à emporter de ci de là pour le montrer aux autres enfants; alors Silva découpe chaque histoire comme une feuille – du fil elle en a déjà, alors elle prend une aiguille, elle coud ensemble toutes les histoires, et voilà un livre. Tout le monde veut se faire lire ce livre, mais un beau jour le Capitaine, dans son Palais, envoie un caporal armé de ciseaux pour le réduire en mille fils et mille morceaux, comme c'était au début… que va-t-il en être alors des histoires de Silva? Pas de panique, les enfants s'en occuperont, ils ne veulent bien sûr pas perdre le fil de ces histoires…"

Luisa Mattia nous donne donc une sorte de parabole de la naissance du livre. Nous sommes d'emblée dans ce lieu indéterminé , mais où il y a la mer - de belles métaphores marines pour caractériser la variété de la "pêche aux histoires" que réalise Silva avec son filet - ; et des artisans - couturière, chiffonnier, pêcheur - , une autorité qui censure, et puis des raconteurs d'histoires - paysans, bûcherons, enfants... Et puis cette petite fille passionnée, active et déterminée, qui ne se prénomme pas, banalement, Silvia ou Silvana, mais bien SILVA, diminutif peut-être, mais plus près de la "forêt" étymologique de ces prénoms. Silva est "una bambina con gli occhi scuri color della castagna e nel cuore il frullar d'ali delle farfalle", "une petite fille aux yeux sombres couleur de chataîgne et dans le coeur le froufrou des ailes de papillon".

.........PER FILO E PER SEGNO.........

Et cette histoire est...une histoire, justement, que l'auteure nous raconte avec le rythme que nous lui connaissons, du "C'era una volta..." initial au "C'era una volta" final. Avec ses unités scandées qui en font un magnifique texte à lire à haute voix. Et tous les codes du conte traditionnel : la tâche qui semble impossible, comme nouer bout à bout les milliers de bouts de fil ramassés chez la couturière. Mais Silva y réussit naturellement, mue par sa passion.

Ou encore la quête des instruments utiles auprès des artisans du village, avec qui se noue un dialogue affectueux. Elle les appelle " commarella" ou "vecchia commare", la couturière; et "caro compare" ou "vecchio" ou "zietto", le pêcheur. Ils l'appellent "figlia mia", "creaturella", figlia", "bambina" . Et lui donnent ce qu'elle demande.

Puis l'intervention destructrice du Capitaine-censeur ( " Lire, ça fait penser. Qu'en sera-t-il de tous ces enfants si nous la laissons faire?").

Et celle des "bambini del paese", les enfants du village qui vont l'aider à recoudre, à reconstituer l'indispensable livre.

.........PER FILO E PER SEGNO.........
.........PER FILO E PER SEGNO.........

En attendant qu'un éditeur français s'occupe de le faire traduire, dans une bibliothèque où l'un ou l'autre maîtrise tant soit peu l'italien, on pourra toujours raconter ce livre de Luisa MATTIA en s'appuyant sur les images de Vittoria FACCHINI. Et qui sait les ateliers qui en naîtront par la suite?

Sans oublier cependant que le texte original est BEAUCOUP plus beau.

L'éditeur romain DONZELLI - allez donc jeter un coup d'oeil, dans son très riche catalogue, sur la collection de contes illustrés, nous en reparlerons un de ces jours... - Donzelli donc a publié Per filo e per segno en 2012, et l'album n'a pas pris une ride, il était toujours présent à Bologne en 2016, au milieu des nouveautés, toujours feuilleté et emporté.

Alors, suivez sans hésitation le fil rouge de Silva! Et les suggestions de Vittoria Facchini qui nous livre, sur la page de garde d'entrée, cinq petits tas de fil noir éparpillés, qui deviennent, sur celle de fin.....eh bien, allez y voir, et jouez vous aussi à "on dirait que ce serait...".

Luisa Mattia, Vittoria Facchini : Per filo e per segno

Photographie et post-production Domenico Ceravolo

Fiabe e storie (album)

2012, 28 pages, relié,, 29x24.5 cm

ISBN: 9788860366962

€ 18,50

UN GRAND MERCI AUX EDITIONS DONZELLI POUR LES IMAGES QUI ILLUSTRENT CET ARTICLE

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Rédigé par lecturesitaliennes

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Publié le 25 Mai 2016

Giusi QUARENGHI et les contes traditionnels. 2.

Ouvrons maintenant le second album, plus élégant, un peu rétro, avec sa solide reliure de toile crème, ses titres dorés, incrustés, à la façon des livres de prix de nos mères (ou de nos grands-pères). Son format 21 x 31 cm permet de bien montrer les images si on le lit à haute voix.

L'illustration elle aussi a un caractère rétro, témoin la couverture: deux chevaliers, bardés de fer, chevaux carapaçonnés et oriflammes au vent, au pied d'un château vertigineusement perché sur fond de soleil couchant et premier plan de hiboux.

Nous entrons dans "C'ERA UNA VOLTA, due volte chissà...". Est-ce bien nécessaire de traduire? - "Il était une fois, peut-être même bien deux..." L'intérieur est richement illustré, une illustration pleine page et une petite image pour chaque double page. Et de beaux grands caractères élégants et bien lisibles pour le texte. Attrayant, pour de jeunes lecteurs pas encore très débrouillés, entre 7 et 10 ans. Mais on peut commencer à les raconter aux 5-6 ans.

Giusi QUARENGHI et les contes traditionnels. 2.

Stano DUSIK et Maja DUSIKOVA se sont partagé les huit contes. Tous deux sont slovaques.

Lui a ce style un peu gothique, sombre, qui va très bien avec Barbablù (La Barbe Bleue), mais qui sait se faire plus souriant, voire humoristique, pour Il gatto con gli stivali (Le Chat Botté), Rosabianca e Rosarossa (Blanche-rose et Rose-Rouge) ou Pierino e il Lupo (Pierre et le Loup). En 1993, d'ailleurs,ces planches de Stano Dusik illustraient déjà une édition française de Barbe Bleue. Vous voyez ici le début du conte :"C'era una volta un nobiluomo molto ricco, molto brutto e con molta barba blu, molto blu. Tutti lo chiamavano Barbablù. Viveva in un elegantissimo palazzo, solo, molto solo. Vicino a lui abitava una nobildama con due figlie giovani e belle, molto belle." ("Il était une fois un noble seigneur très riche, très laid et très barbu, une barbe bleue, très bleue. On l'appelait La Barbe Bleue. Il vivait dans un palais très élégant, seul, très seul.Près de chez lui habitait une noble dame avec deux filles jeunes et belles, très belles")

Giusi QUARENGHI et les contes traditionnels. 2.

Maja Dusikova,elle, a choisi d'illustrer Le principesse ballerine (Le bal des douze princesses), Il pifferaio di Hamelin (Le joueur de flûte de Hamelin), La guardiana delle oche (La petite gardeuse d'oies) et La Sirenetta (la Petite sirène). Ce sont des aquarelles, plus légères, plus enjouées, toujours "traditionnelles".

Nous sommes donc pleinement dans un ouvrage "classique", comme le sont les contes qui le constituent. N'est-ce donc simplement qu'un livre de contes parmi tant d'autres?

Vous vous doutez bien que ma réponse sera : "non! ". Car vous avez peut-être été alerté/es, vous aussi, par le titre, et son appendice :" ...une fois, peut-être même bien deux..." . N'est-ce pas un peu irrévérencieux vis-à-vis de ces classiques si classiques? Et c'est là qu'on retrouve la patte de Giusi QUARENGHI, son talent de narratrice, son écriture liée à la lecture à haute voix.

D'abord, chaque conte est présenté au lecteur par cinq vers où elle donne, comme un clin d'oeil, son avis personnel.

Ecoutez, par exemple, Le Chat Botté:

" Questa è la mia fiaba preferita - Voici le conte que je préfère

mi rasserena quando sono inviperita - quand je suis furieuse il me tempère

mi piace perchè è allegra e impertinente - j'aime son allégresse et son impertinence

è il portafortuna di chi non ha niente - à qui n'a rien il porte chance

ogni volta mi mette le ali, - il me met des ailes aux pieds

è IL GATTO CON GLI STIVALI " - c'est bien lui, c'est Le Chat Botté "

Giusi QUARENGHI et les contes traditionnels. 2.

Ou encore La Petite Sirène:

Questa fiaba viene dal mare - Voici un conte venant de la mer

ma è così triste che mi fa arrabbiare - mais si triste que j'en suis colère

l'ha scritta un tipo strano - son auteur est un type pas marrant

che si chiamava Giovanni Cristiano - qui se prénommait Hans Christian

racconta la sorte maledetta - il conte la vie toute de peine

di un pesce ragazza - d'un poisson fille

LA SIRENETTA - La Petite Sirène

Traditionnellement, c'était plutôt une morale en rimes qui concluait le conte, voyez chez Perrault par exemple. Ici, c'est une façon d'établir un contact avec le jeune lecteur, ou d'ouvrir une possibilité de dialogue si c'est un adulte qui lit.

Les huit contes sélectionnés, nous les connaissons tous par coeur, depuis notre enfance, quelle que soit notre langue. Ils ont, ici, un rythme enlevé, dans une langue contemporaine, mais qui respecte les conventions du conte, avec ses unités qui se répètent, l'utilisation des temps du passé, y compris le fameux passé simple, le "passato remoto", ce passé lointain souvent oublié, sinon rejeté aujourd'hui. Vous avez eu un tout petit exemple avec le début de Barbablù.

Tous les huit contes sont à la hauteur. Mettez ce livre dans votre bibliothèque, vous y reviendrez inlassablement avec grand plaisir.

C'ERA UNA VOLTA, due volte chissà.......

fiabe classiche narrate da Giusi QUARENGHI.

iIllustrations de Stano DUSIK et Maja DUSIKOVA

Franco Cosimo Panini Editore, 2005 136 pages 22€,50

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Rédigé par lecturesitaliennes

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Publié le 24 Mai 2016

Une petite brassée de contes, pour célébrer malgré tout le printemps..

Je les ai lus dans deux albums publiés chez FRANCO COSIMO PANINI, où ils sont racontés par Giusi QUARENGHI. Elle ne vous est pas inconnue : Sonno Gigante, Sonno Piccino, c'était elle, en mai 2014. Et aussi l'histoire de son enfance,dans la collection Gli anni in tasca, en octobre 2013. Un livre à avoir sous la main les jours de déprime: "Io sono il cielo che nevica azzurro", vous vous rappelez ce titre étonnant?

Ce qui est intéressant dans les deux albums de contes en lecture aujourd'hui, c'est la façon très différente de restituer les contes traditionnels que Giusi Quarenghi adopte dans chacun, renforcée par les choix de l'éditeur pour les illustrations et la mise en pages.

Giusi QUARENGHI et les contes traditionnels. 1.

Voici d'abord les frères Grimm: FIABE CON I BAFFI e con il becco, la coda, le ali, le piume..., soit des CONTES À MOUSTACHE et à bec, à queue, ailes, plumes...., des contes dont les héros sont des animaux, vous le comprenez clairement sur la couverture, où se pressent dans un joyeux désordre âne, poules, canards, oies, et encore renard et loup (avec médaillon du Petit Chaperon Rouge au cou...), et chat et chien, et souriceau, sans oublier fourmis et abeilles.

Et en effet vous trouverez là des contes moins connus, à part Les Musiciens de la Ville de Brême. Sept contes (un par jour de la semaine?) dont voici les titres (combien en connaissez-vous?) :

Lupo e volpe / Le loup et le renard ; Topo e gatto / Chat et souris associés ; Oche qua-qua-qua (prononcer "oké", accent sur le o, et kouà kouà kouà)/Le renard et les oies ; Coniglio pescatore / Le renard et le lapin qui allaient ensemble à la pêche ; Ciao, il Babau ( "Babàou", accent sur le deuxième a) / Monsieur Korbès ; La regina delle api / La reine des abeilles ; I musicanti di Brema / Les musiciens de la ville de Brême.

Giusi QUARENGHI et les contes traditionnels. 1.

N'oublions pas que Giusi Quarenghi, outre écrire, s'est aussi occupée de dessins animés, de scénarios, de cinéma. Il y a de l'allégresse dans le rythme qu'elle donne, en pratiquement deux pages par histoire, à ses récits. Seule exception, Les Musiciens de la Ville de Brême ont droit à cinq pages.C'est peut-être l'histoire du dimanche. Mais le rythme n'en est pas ralenti pour autant.

L'incipit est sur le même schéma,pour chaque conte. L'auteure remplace le traditionnel "Il était une fois" par un "Il y a très longtemps, quand..." et chaque fois une autre trouvaille: - quand le ciel, peut-être, était plus grand... - quand la mer, peut-être, était plus salée... - quand on ne savait pas encore que deux et deux font quatre...." Ce qui crée une attente pour le conte suivant.

Les actions sont rapides, les dialogues fondamentaux et savoureux, les assonances n'y manquent pas, si bien que c'est un vrai régal de lire ces contes à haute voix.

Mon préféré est Le renard et les oies. Le titre déjà donne le ton :Oche Qua-Qua-Qua

L'éditeur ne m'en voudra pas, si, pour vous allécher, j'en cite le début: "Tanto tanto tempo fa, quando ancora non si sapeva che due più due fa quattro, un bel branco di oche bianche, morbide e tonde se ne stava in un gran prato di eba trifoglina a prendere il sole" - " Il y a très très longtemps, quand on ne savait pas encore que deux et deux font quatre, un beau troupeau d'oies blanches, moelleuses et rondelettes se faisait bronzer dans un grand pré de trèfle et de sainfoin.". N'est-ce pas plus joli de dire "erba trifoglina" que le prosaïque "trifoglio"?

Arrive le renard, affamé comme d'habitude, qui annonce en deux phrases assonantes son intention de les manger ("Sono proprio fortunata, oggi mi faccio una bella mangiata" - le renard, en italien, est un nom féminin). Réaction des oies: "Le oche la guardarono e poi si guardarono tra loro, con l'aria molto molto preoccupata. Qualcuna allargò le ali, qualcuna si mise a correre, qualcuna cominciò a beccare la terra, qualcuna girò la testa dall'altra parte. E una prese addirittura la parola:..." - Les oies le regardèrent, puis se regardèrent d'un air très très inquiet. Qui ouvrit ses ailes, qui se mit à courir, qui commença à picorer par terre, qui regarda ailleurs. Et il y en eut même une qui prit la parole...".

Et c'est de là que vient le salut. Et vous saurez pourquoi les oies font "-quoi-quoi-quoi" encore aujourd'hui. Et vous l'entendrez.

"Et le renard? A u fait, il est passé où le renard?"

Fin de l'histoire, matérialisée chaque fois par un trait plein, alors que, sur la page précédente, c'était un pointillé.

Giusi QUARENGHI et les contes traditionnels. 1.

Les reproductions d'images qui illustrent cet article (MERCI A FRANCO COSIMO PANINI) vous donnent déjà une idée de combien ANNA CURTI adhére au style de Giusi Quarenghi. Humour, mouvement, allégresse des couleurs et des expressions, petits détails disséminés sur la page multiplient le plaisir des yeux pour les auditeurs (on nous dit 4 à 7 ans), comme celui du lecteur.

Un beau grand album, 24 cm x 31 cm, solide couverture cartonnée, de 40 pages, édité en 2012 dans la collection "Illustrati d'autore" pour célébrer le bicentenaire de la sortie des Contes de Grimm.

Jacob e Wilhelm Grimm: Fiabe con i baffi.....

narrazioni Giusi Quarenhi, illustrazioni Anna Curti

2012, Franco Cosimo Panini Editore S.p.a. Modena

ISBN: 978-88-570-0510-2 16 €;

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Rédigé par lecturesitaliennes

Publié dans #A VOIX HAUTE

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