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Publié le 12 Mars 2013

       Parlez-vous piripù?

 


      Pour saluer l'arrivée d'une nouvelle lectrice, "nonna",  jeune grand'mère italo-française, revenons vers les tout- petits.


Emanuela Bussolati n'est certes pas une inconnue dans le monde du livre pour enfants en France. Sa production est vaste et variée, elle conçoit et illustre ses livres elle-même.  Les traductions en sont nombreuses.  Celui dont nous parlons aujourd'hui, lui, n'a pas besoin d'être traduit, et pour cause!

 


 copertina     Tararì tararera, nous dit la couverture, est une histoire en langue Piripou ("Storia in lingua Piripù") pour le simple plaisir de raconter des histoires aux Piripou Bibi ("per il puro piacere di raccontare storie ai Piripù Bibi").

 

 

 


Les Piripù Bibi, sont-ce ces êtres orange,  sorte de Barbe-à-Papa exotiques,  avec une queue en plus, dont le visage tout rond est si expressif malgré la simplicité des moyens graphiques?  Ils ont le livre "en main", sur la couverture. Sont-ce les petits enfants lecteurs du livre? Les deux, bien sûr.

 

 

i piripu

          Le  héros de cette histoire,   Piripù Bibi, est le petit dernier de la famille  Piripù,  soit  Piripù Pà, Piripù Mà, Piripù Sò et Piripù Bé. Comme il est tout petit, sa Piripù Mà l'attache avec une sorte de pelote de laine pendant que toute la famille cherche dans les arbres de quoi manger. Mais lui n'est pas content du tout d'être ainsi laissé pour compte, et prend la clé des champs dans ce qui semble bien être une jungle. 

 

 

A la joie de la liberté toute neuve succède rapidement la frayeur des rencontres imprévues et inamicales,

 


le serpent

 

 

 

 

puis  l'intervention salvatrice d'un énorme éléphant bienveillant,

 

ninna nanna

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

et les retrouvailles avec sa famille qui reconnaît qu'après cette aventure, il n'est plus nécessaire de le "tenir en laisse", même pas avec une pelote de laine.

 

          Petite histoire des plus classiques, mais qui prend un joyeux relief  d'être racontée dans cette langue inventée, et d'être illustrée d'images en pleine page, découpages et collages  de couleurs très vives qui rendent l'action immédiatement perceptible.  


Emanuela Bussolati se définit comme une 'figurinaia",   une "fabriquante-de-petites-images", et on sent bien, dans ses illustrations, le matériau, le grain du papier découpé, qui s'allie avec le choix des couleurs éclatantes .  Elle crée ainsi un espace de référence où l'imagination du lecteur-spectateur a encore de la place . 

 

 

bébé léopard

 

     

          Et la "lingua piripù", alors ? C'est une langue inventée par Emanuela Bussolati, pour "raconter cette histoire à tous les enfants du monde, sans exclusion aucune".  Des sons expressifs, auxquels les mimiques du lecteur à haute voix, ses gestes, ses vocalises, donneront vie, avec l'aide des illustrations dont nous venons de parler. C'est,  en somme, ce que les acteurs de théâtre appellent "gramelot " (avec un m ou deux, au choix). Le roi du grammelot, en Italie, est certainement Dario Fo, même s'il n'est de loin pas le seul à utiliser ce "langage" ( link ).  Des écrivains aussi ont utilisé cet artifice, je pense à Stefano Benni,  par exemple, dans la nouvelle "Shimizè" du Bar sous la mer.(link)

 


          Je n'ai pas les instruments psychopédagogiques pour analyser les tenants et les aboutissants de cette langue inventée, mais je vous rapporte les paroles de Emanuela Bussolati après le succès de son livre (et le premio Andersen du meilleur livre 0-6 ans en 2010):


PremioAndersen"Piripù Bibi a pris la clé des champs ( il "coupe la corde" dit l'italien), il est parti beaucoup plus loin que les frontières du livre où je l'avais installé. Il a fait le tour des crèches de Gênes, il s'est sauvé en Sicile, près de Modène aussi, en Piémont,  à Rome… en m'offrant  chaque fois de nouvelles surprises. Il s'est fait comprendre par des mamans et des enfants italiens, maghrébins, allemands, français, roumains, sénégalais…Et  c'est ainsi qu'il m'a convaincue de donner une suite à ses aventures" .


(Il s'agit de Bada...búm. Un'altra storia in lingua Piripù… sorti en bada...bummars 2011)

 

 

 

 

 

 

 

Si vous pratiquez l'italien, allez sur le site d'Emanuela (même s'il n'est pas tout à fait à jour), vous y trouverez de très intéressants  témoignages de mamans, et un enregistrement de l'une d'elles qui lit l'histoire à un bambin de deux ans, lequel réagit très activement.  ( link )

 


Vous mettrez-vous, vous aussi, à "la lingua piripù" ?

 

 

Tatarì tararera… de Emanuela BUSSOLATI, Carthusia Edizioni, collection "La Biblioteca di Piripù", 10 x 9 cm, 40 pages, relié, novembre 2009, 13€,90.

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Publié le 7 Février 2013

  abb.copert.3

 

 

 

 

          Il était une fois un abécédaire, un abbecedario, avec deux b. Qu'est-ce qui le distinguait de tous ses frères abécédaires publiés en Europe depuis un ou deux siècles? Rien de bien particulier, c'était un honnête album cartonné, bien carré (23 x23 cm), pas très épais (64 pages), plutôt souriant avec son titre en lettres de papier découpé, légèrement en relief, qui me rappellent les gommettes de notre enfance. Sous le titre, un grand rectangle orange tout rempli de noms. Le lecteur français (et pas que lui) remarque, en dessous: "Prefazione di Daniel Pennac".  


Et puis une grosse étiquette noire, ronde, pas discrète: "con(avec) DVD dello spettacolo teatrale".

 


"Représentation théâtrale"? Alors, reprenons.

 


          Il était une fois une représentation théâtrale, créée pour le Teatro dell'Archivolto. La première avait eu lieu à Modène, le 3 décembre 2001 ( et elle a été reprise les 29 et 30 janvier 2013). Elle s'adressait aux enfants de 5 à 9 ans et s'appelait?...  Abbecedario, bien sûr.  Sur scène, l'acteur (et metteur en scène, et auteur de livres pour enfants) Giorgio Scaramuzzino racontait comment, le vent ayant fait s'envoler un certain nombre de lettres de son abécédaire, il avait été menacé des pires châtiments par le Maître de l'Alphabet s'il ne retrouvait pas les lettres manquantes. Il demandait leur aide aux enfants dans la salle et certains avaient, en effet, ces lettres et les lui rendaient,  quand ils les réclamait. Le chercheur de lettres jouait devant un grand écran, il  racontait une histoire sur la lettre retrouvée, tandis que, au vidéoprojecteur, les doigts de fée de Francesca Biasetton (calligraphe, illustratrice, nous reparlerons d'elle)  donnaient vie à des animations, des calligraphies,  tout un monde de lettres dont vous pouvez vous faire une petite (toute petite) idée grâce à Youtube

 

link

 

C'était une suite d'épisodes, dans le désordre. Scaramuzzino disait que ces textes venaient "d'amis à lui". Sans préciser. Il évoquait les souvenirs de sa propre découverte des lettres, et de leur pouvoir inouï de former des mots.

 

          Et voilà que,  en 2002, paraissait le livre. Sans DVD, dans un premier temps. Le DVD s'est rajouté en 2009, avec la réédition.

 

abbecedario copert.2.Revenons donc à notre abécédaire.


          Qu'y a-t-il sur la quatrième de couverture? Un très gros plan sur  le matériel de l'illustratrice, bouts de papier, lettres découpées, ciseaux, porte-plume, crayons, …,  dans un joyeux désordre coloré qui se prolonge sur les pages de garde de la fin.  Et une photo d'acteur. Rien que des matériaux très simples, comme le fait remarquer Francesca Biasetton dans son interview, sur le DVD. Presque de l'Arte Povera.   

 

Sur la page de garde d'entrée, voici nos 26 lettres de l'alphabet calligraphiées, chacune, en cinq formats différents, dont un fantaisie, sur de petits cartons, en noir et blanc. Quand on ouvre le livre à n'importe quelle page, on retrouve une de ces lettres sur un rabat qui cache la moitié de la page de gauche, et occulte donc une partie de l'illustration, bien à l'aise, quant à elle, sur la double page.  Et quelles illustrations (photographiées par Marco SAROLDI)! Des couleurs, des dessins, des collages, des objets: cailloux, fourchettes de bois, roue de vélo (une vraie), hérissons (des faux, en plastique!), coquillages, partition musicale, etc, etc… Et des lettres, bien sûr, beaucoup de lettres, de toute matière, de toute taille, multicolores. Et des mots, dans tous les sens, de toutes les couleurs (toujours), de toutes les façons, mais toujours bien lisibles. Et à chaque page, c'est un autre style, à chaque lecture  on fait d'autres découvertes.

 

-            Mais – me direz-vous – ce n'est pas un peu brouillon, tout ça?

-            Non, pas du tout, c'est sans doute ma façon de raconter qui est un peu brouillonne. Chaque page est une "histoire" à soi, on peut y passer de longs moments, déchiffrer, raconter, déguster. Prolonger. Avec un enfant ou des enfants, ou sans enfants.  

 

 

 

                                                                                        Le G


 

 

 

 

Vous vous rappelez que la page de gauche est en partie cachée par le rabat avec la lettre en noir et blanc. On le soulève donc pour voir l'ensemble de l'image, et alors, surprise! Sur la face interne du rabat, il y a un texte, un vrai texte de vrai auteur: vingt-six – non, vingt-cinq en fait, M etN sont ensemble- histoires de lettre, courtes ou longues,  en vers  ou en prose, selon l'auteur.

 

            "Il signor A", n'est rien moins qu'une poésie de Edoardo Sanguineti (avec un seul t), "figure de proue du mouvement littéraire connu sous le nom de néo-avant-garde, professeur de littérature italienne à l'université de Gênes (sa ville natale), peut être considéré comme un cas à part dans la culture et la littérature italiennes contemporaines en raison de la diversité de son activité et de ses intérêts. Romancier, poète, dramaturge, auteur d'adaptations théâtrales, notamment du Roland furieux pour Luca Ronconi, critique, journaliste, théoricien…"

– Ne vous inquiétez pas, vous n'aurez pas une notice de l'Encyclopedia Universalis pour chacun des 25 auteurs de cet Abbecedario. Mais c'était pour vous dire leur notoriété, si bien que le livre devient une petite anthologie de la littérature italienne contemporaine (j'exagère à peine). Il suffit de parcourir la liste de la couverture, par ordre…alphabétique.

 

Il y a des acteurs et des musiciens. Il y a des auteurs, pour adultes ou pour enfants. Il y a des dessinateurs satiriques, des illustrateurs, des journalistes, des éditeurs, j'en oublie certainement...

 

           Seize hommes et sept femmes, tous connus, qui se sont piqués au jeu.  Le plus jeune est né en 1968, le moins jeune était né en 1921. Le génial illustrateur et scénographe Emanuele Luzzati nous a quittés en 2007, à l'âge de 86 ans; le poète Sanguineti en 2010, âgé de 80 ans; l'évocatrice de moustiques baladeurs ("Le zanzare vanno a zonzo"- prononcer le Z comme le "dsé dsé" de la mouche) l'actrice Fulvia Bardelli, s'est éteinte en 2001, à l'âge de 44 ans.

 

           Diversité, donc, et qualité du texte, pas spécialement écrit "pour les enfants". L'élégante poésie qui ouvre  le livre, l'histoire de "Monsieur A", est faite de tercets, chacun avec une seule rime, mais tous étant en assonance. Difficilement traduisible, mais on peut saisir le jeu dans la dernière strophe, où l'on passe de MER (Monsieur A y plonge), à AMER (les vagues le sont) et à AIMER (qui, en français, a un i de trop).

 

           Le B est aussi en rimes, tantôt plates, tantôt embrassées, pour une histoire hilarante: "Bénédicte, la Bicyclette et la Bosse", où l'intrépide Bénédicte part en exploration, objectif  Berlin, avec une  bise de son papa ("Babbo", dans de nombreuses familles), mais comme l'auteur est Bianca, Pitzorno bien sûr avec une histoire pareille,  Benedetta a toute sorte de mésaventures, avec "un grand nombre de B".

 

           Conversation très agitée, très théâtrale, très surréaliste, pour le C de Rossana Campo.

 

           Bref et efficace apologue politique pour le D de Sergio Staino, où la grève du D met en crise le "irecteur", le "ictateur" et le "irigent".  Les lecteurs de la Repubblica connaissent les vignettes satiriques de Staino.

 

           Son compère Altan n'est pas très loin, à la lettre F, lui aussi féroce "vignettista" politique et tendre père de la petite chienne à pois rose, la Pimpa. L' odyssée du petit rat Federico qui cherche "un livre ennuyeux pour s'endormir" est très drôle.

 

           Longue  histoire du nouvelliste, très traduit en français, Stefano Benni (Qui n'a jamais lu de Stefano Benni se précipite à la bibliothèque!). "Il était une fois le royaume du roi Alphabet et de la reine Betalpha". Un vrai conte! Il nous illustre le destin de la lettre H, fondamentale en italien et source de gros tracas pour les petits enfants italiens comme pour les grands étudiants étrangers. Après avoir lu comment le roi et la reine, au lieu de devenir riches (RICCHI) se trouvent transformés,  à vie, en hérissons (RICCI), tous devraient avoir moins de problèmes d'orthographe.

 

           Comment ne pas vous parler de cet autre conte ("Jadis, la Terre était plate et…"), qui évoque les débuts de l'univers, et le passage de la lettre I (i) de la station couchée à la station debout, en compagnie de toute la création? L'auteur en est Stefano Bartezzaghi, que les amateurs de rébus, d'énigmes et autres anagrammes connaissent bien sur les pages du quotidien La Repubblica, ou de l'hebdomaire L'Espresso, ou dans ses nombreux livres sur les ressources des mots et des lettres sous toutes les formes de jeux ?

 

           Et les mésaventures de la petite lettre K, lassée des plaisanteries des "lettres de sa classe" sur le son (redoublé) de son nom, qui part faire le tour du monde pour découvrir qu'elle est une lettre tout à fait respectable ( et respectée à son retour par toutes ses petites camarades)!

 

           Et la toute petite lettre de Francesca Biasetton à Giorgio Le LScaramuzzino, qui joue, pour le L,  sur les deux sens du mot "lettre".

 

 

 

 

 

 

 

 

  Ou encore la poésie-comptine (filastrocca) de Roberto Piumini

(Rappelez-vous, Orma, Ramo, Roma, Amor, c'était en janvier 2012


ORMA RAMO ROMA AMOR de R.PIUMINI et L.SCUDERI   ).

 

 

pour le O, parfaitement rythmée, qui est une quête du O, comme lettre et comme forme,  dans le monde:

"Se cerco nel cerchio---------- Si je cherche dans le cercle

 Se cerco in pollaio------------- si je cherche au poulailler

Le O Se cerco la palla-----si je cherche la balle

 Se cerco la luna……………..

 ……………….........                      

 Lo trovo, lo sento"----je le trouve, je le sens"

 

 

 

 

   Et une histoire-western.


           Et une histoire de bosses (une ou deux?) et de calcul, et de difficultés scolaires, et d'amour maternel.

 

           Et une histoire d'amour qui finit très mal,  pour deux mouches.

 

Et toutes les autres, il y en a vingt-cinq en tout.


Gianni RODARI doit être heureux d'avoir si bien fait école.


link


          Je vous le disais, c'est un livre inépuisable, aux lectures multiples.

Le DVD, dont le principe me laissait à priori sceptique, nous permet d'une part, bien sûr, d'assister à une partie de la représentation, mais aussi nous offre une lecture à haute voix, complète, de chaque texte. Nous pouvons regarder Scaramuzzino nous expliquer la genèse de son projet, et le sens qu'il lui donne. Et nous assistons en direct au travail de Francesca Biasetton, qui nous dit aussi ce que représente pour elle la calligraphie.

 

                            Il était une fois un bel ABBECEDARIO,  toujours jeune avec ses dix ans, pour les lecteurs de 9 à 99 ans.

 

 

abbecedario copert.

 

PS – Ne manquez pas, bien sûr, de faire une visite sur les sites de Scaramuzzino et de Biasetton:

 link

 

link

 

 

PS-bis : j'aurais dû signaler les deux prix que le livre a remportés en

               2003:

- le Premio Andersen "per il miglior libro fatto ad arte", jeu de mots difficile à traduire. L'idée est que le livre, dans sa conception et sa réalisation, est inusuel.

-  le Premio Stregatto " pour l'oeuvre éditoriale la plus efficace".

 

On peut aussi préciser que tous les droits perçus sur ce livre sont reversés à l'hôpital pédiatrique de Gênes, l'Istituto Giannina Gaslini.

 

 

libreria

 

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Publié le 9 Octobre 2012

gazza ladra

 

 

 

 

LA GAZZA RUBINA

 

Chacun sait, depuis Rossini, que toute "gazza", ou pie, est "ladra", voleuse.


      Or notre Gazza est "rubina"(prononcer "rou"), qu'est-ce à dire ? En Italien, "voler" et "voleur"  dérivent de deux racines différentes: "rubare" est l'action (pensez à notre "dérober"), et le voleur est "ladro". Une "gazza rubina" ne doit pas voler de choses trop importantes, si on en juge par son diminutif "…ina".  Mais aussi, "il rubino", c'est le rubis, la superbe pierre précieuse.


      Alors notre pie ? Petite voleuse, ou pierre précieuse, ou voleuse de pierres précieuses ? La couverture ne nous renseigne pas sur cet point. Sur un fond bleu marbré comme une aurore boréale, elle campe, orange rehaussé de crayon, comme un collage, et quelques lettres de l'alphabet s'accrochent à ses pattes. Les lettres du titre sont aussi découpées-collées, couleurs éclatantes, lecture très facile.


      L'auteur du texte n'est pas un inconnu pour nous, nous retrouvons Roberto PIUMINI (cf 14/01 et 17/05 2012) pour les comptines, et Giulia ORECCHIA ( avec  un A final) pour les joyeuses illustrations. 

 

gaz rub détail


C'est donc l'histoire, racontée en vers comme une comptine, des 12 larcins de la Gazza Rubina : à 12 mots, elle vole une lettre, transformant, par exemple, une faRce en face, pour donner un équivalent français.La première double-page raconte et illustre en situation le mot  de départ;on tourne la page et on trouve le résultat d'arrivée.  Les vers, comme toujours chez Piumini, sont joyeux et enlevés, et les illustrations tout autant, qui utilisent collages et crayon, et débordent d'imagination pour transformer des pirates en prés (pirati, prati),   un étourneau en… taureau (tordo, toro), ou une piazza en pizza!!!.

 

 

bacca


Si, dans les quatre premières historiettes, on voit immédiatement quelle lettre est la cible de  la  gazza  rubina,  à partir de la cinquième, suspens! Ce sera au petit lecteur de faire des hypothèses, avant de tourner la page pour découvrir la solution. 


Déjà bien des occasions de rire et de s'étonner de l'importance d'une "simple" lettre.

 

lettere in libertà


      Mais ce n'est pas tout : que veut donc faite notre pie de ces douze lettres? Nouvelle découverte : non seulement elle peut en faire des  nonsense, mais elle peut créer aussi diverses expressions qui veulent dire quelque chose, et même un salut final! Pas moins de quatre anagrammes.


D'où la tentation d'essayer soi-même d'autres solutions.


La première édition de  LA GAZZA RUBINA est d'octobre 2000, chez Feltrinelli Editore Milano, un petit volume de 64 pages, dans la collection Kids.Sbuk, à 8 euros. En 2010, réédition en grand album cartonné, 21 x 26 cm, beau papier et très belle impression, le bon format pour une lecture collective à haute voix. 

 

La gazza rubina, Giulia ORECCHIA et Roberto PIUMINI

couvertFeltrinelli Kids, mars 2010.    14 €


 

 

 


P.S.  : c'est presque un "hors sujet", mais en parlant de La Gazza Ladra de Rossini je ne peux résister au plaisir de vous faire connaître le dessin animé qu'en a fait le génial   Emanuele dit Lele Luzzati, créateur  inépuisable de décors de théâtre, ballets, opéras aux quatre coins du monde, illustrateur de livres de jeunesse et pas seulement, décédé en 2007 encore très actif malgré ses 88 ans. Mais ceci est une autre histoire.

 

 


 

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Publié le 14 Janvier 2012

Orma-ramo-roma-amor2 "Encore un livre sur Rome et la louve !" entendra-t-on. Certes, mais cet anagramme, insolite pour ses deux premiers termes, carré comme camp romain, voilà qui pousse à aller y voir de plus près.

"Orma", c'est la trace. "Ramo", c'est la branche. Les deux jumeaux et la louve de la couverture, et le fleuve qui traverse l'image, mettent immédiatement sur la voie. Il s'agit bien de la légende de la naissance de Rome.  Une légende "mise en voix" grâce à une succession de pages de vers et de pages de prose.


Le départ parle même à qui ne maîtrise pas la langue italienne :

"Roma, Roma, città grande

Posso farti le domande?                 Je peux te poser des questions? 

Roma, Roma, città amata

Ma quand'è che sei nata?"             Mais c'est quand que tu es née? 

Et ainsi de suite pour encore cinq questions.


     Suivront la poésie du Tibre, celle du méchant Amulius, celle du serviteur-qui-va-au-fleuve :

"Cosa porta il servitore          (que porte donc le serviteur 

In quel fondo cesto scuro?"  dans ce profond panier tout noir?)

Puis l'invocation à la louve,  et ainsi de suite, vous les découvrirez vous-même.


     Ces textes visiblement faits pour la lecture à voix haute sont le "chœur" qui commente, anticipe, participe à l'histoire bien connue de la fondation mythique de Rome par Romulus et Rémus. Le roi Numitor et sa fille, Rhéa Silvia, séduite par le dieu Mars, Amulius le méchant jaloux, qui prend le pouvoir, puis fait tuer les jumeaux nés de la Vestale, le serviteur apitoyé, la louve, le berger et sa femme qui recueillent les jumeaux, leur retour à Albe La Longue, et enfin le défi qu'ils se lancent au moment de fonder une nouvelle cité sur les bords du Tibre, aucun moment ne manque au récit.


      Et ce récit est mené, Roberto Piumini oblige, dans un style alerte, plein d'humour qui ne dédaigne pas les anachronismes et sait restituer toutes les étapes de la légende. 


Voyez la joute entre les deux frères encore enfants qui rêvent de fonder une nouvelle ville:

"Come la chiameremo?" si chiesero i due fratelli.   Comment l'appellerons-nous? Se demandèrent les               deux frères.
Si misero a pensare.                                                         Ils se mirent à réfléchir 

Washington, dici, Remo?

Ma non vuol dire niente…                                      Mais ça ne veut rien dire… 

Oslo? Mi mette un gelo!                                           J'en suis tout transi! 

Parigi? Sa di gallo!"                      ça fait un peu coq ( et en même temps: ça fait gaulois) 

……….


     Mais lorsque le projet se concrétise, la joute entre les deux frères se transforme en duel, raconté dans une grande tension, jusqu'à la phrase finale, lapidaire :

"…e il primo sangue cadde sul suolo di Roma " (et le premier sang tomba sur le sol de Rome).

Cependant, un dernier paragraphe esquisse la suite de l'histoire de Rome, un temps "avec deux zéros et même trois", et une dernière poésie donne la clé de l'anagramme du titre.


     Les illustrations au trait de Lucia Scuderi,  toutes simples, grandes taches de quelques couleurs, des rouges et des bruns, des verts et des bleus, traduisent parfaitement l'histoire. Elle a quelques clins d'œil, elle aussi; comme, au début, ce jeune et cet enfant sur une Vespa (qui m'évoque irrésistiblement Nanni Moretti et son casque, sur sa Vespa, sur l'affiche de Caro Diario – Journal intime), devant une colonne, sur la page de gauche, qui dialoguent avec un romain étonné sur la page de droite. Ou l'avant-dernière image des deux frères en joute, séparés par un olivier tout ébouriffé par le vent de la dispute,  sur une terre rouge où l'ombre des  protagonistes semble annoncer le sang répandu sur la page suivante.

Sans parler des deux jumeaux, scotchés pour l'éternité aux mamelles de la louve par l'iconographie classique, que Lucia Scuderi a, elle, installés à califourchon sur la bête qui les emmène vers la vie.

Un petit livre très dense, très riche, et dont on peut tirer, je crois, de belles lectures en v.o. Edité, cela va sans dire, par les Nuove Edizioni Romane !


   Roberto PIUMINI  n'est de loin pas un inconnu en France. Ses derniers titres traduits sont "L'ange de l'autoroute" en 2010, par exemple, ou "La verluisette" en 2007, mais il était déjà traduit en France en 1991. Et aussi en Espagne, en Serbie, en Corée, en Chine, en Norvège… la liste est plus longue encore.

  Allez sur son site, le lien est dans la colonne de droite, vous pourrez y constater la  grande variété de son écriture.


     De même pour la sicilienne (de Catane) Lucia SCUDERI , à la fois auteure (les italiens disent "autrice"),  et illustratrice. Ne vous laissez pas déconcerter par l'anglais des titres du site, les articles sont aussi en italien. Et vous retrouverez la Vespa dont je vous parlais plus haut. Vous pourrez aussi y feuilleter quelques pages de notre livre.

Bonnes "vacances romaines"! ...


Roberto Piumini, Orma ramo roma amor             
Illustrazioni di L. Scuderi
Collana Tante storie – Nuove Edizioni Romane 2011
64 pp., €
13,50
       

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Publié le 28 Décembre 2011

  VINGT ET UNE COMPTINES

 

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Et en ces temps de nativité, une petite lecture dédiée à une future maman au nom d'étoile, qui n'a pas oublié ses racines italiennes.

Je vais me permettre de traduire, tout bonnement, le témoignage de Tognolini (vous vous rappelez, Rime di Rabbia en octobre, voir articles précédents), car on ne saurait mieux que lui caractériser ce livre :

" MAMMALINGUA a été imaginé par trois libraires de jeunesse, douées, qui lancent ainsi les Edizioni TUTTESTORIE : elles ont eu l'idée d'offrir, en collaboration  avec la municipalité de Cagliari,  un livre à chaque nouveau-né pendant deux ans (qui sont ensuite devenus quatre au vu du succès de l'initiative);  et elles ont fait appel pour ce travail à deux cagliaritains métis : Pia Valentinis, illustratrice de Udine qui vit à Cagliari depuis 15 ans, et Bruno Tognolini, écrivain cagliaritain qui vit à Bologne depuis vingt-cinq ans. Mais, au-delà de sa destination locale, si affectueuse,  le livre (a maintenant) une édition nationale que l'on ( peut) trouver dans les principales librairies de jeunesse ou que l'on peut commander directement à Tuttestorie.

            Ces poésies pour nouveau-nés ont représenté pour moi une aventure d'écriture très particulière. Je savais dès le début que je ne parlerais pas d'eux, mais à eux.  Un peu plus tard, je me suis aperçu que je parlais par la voix de la maman, ce mystérieux chant de baleine qui résonne dans l'océan "là dehors". Je ne me suis pas opposé à ce chant,  et ainsi sont nées vingt et une comptines, une pour chaque lettre, dans l'alphabet d'une "langue maman" originale : Acqua-l'eau,  Bocca- la bouche,  Cacca, Dors,  Ecco- voilà, Fils, Giorno-jour, Hai-tu as, Io-moi, Langue, Mamma, Non, Ora-maintenant, tu Pleures, Qui-ici, tu Ris, Sì-oui, Toi, Un, Via-parti, Zitti-chut."

            C'est la musique du monde quotidien où va naître l'enfant, où il vient d'arriver. On retrouve dans ces poésies la musique tantôt joyeuse, tantôt méditative de Bruno Tognolini,  sa simplicité raffinée. Et tout aussi simples, raffinées et poétiques les illustrations de Pia Valentinis : en quelques traits et peu de couleurs pastel, elle crée un espace encore pas complètement défini, où évolue un ourson, ou quelques oiseaux, poissons et autres pingouins, un espace dans lequel peut résonner la voix maternelle. 

            Voici, pour vous mettre l'eau à la bouche, la première poésie, ACQUA :

Ànima, àlito, èsci di bòcca,

Grìda pescètto che l'ària ti sciàcqua

Màno di màmma balèna ti tòcca

Vièni nel sòle, èsci dall'àcqua.


(J'ai artificiellement indiqué les accents toniques,  pour suggérer la musique aux non-italianistes)

 

 

 

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MAMMALINGUA, testo di Bruno TOGNOLINI, illustrazioni di Pia VALENTINIS,

            Editrice Il Castoro – Edizioni Tuttestorie, 2008 – 52 pages – 14,50 €

 

 

 

 

 


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Publié le 4 Octobre 2011

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LES POEMES DE LA COLERE

 

 

RIME DI RABBIA  de  Bruno TOGNOLINI, illustrations de Giulia ORECCHIA, préface de Anna OLIVERIO FERRARIS, Salani éditeur, 2010 – 78 pages, 7 €.

 

Le sous-titre de Rime di rabbia est "cinquante invectives pour les colères de tous les jours".  La quatrième de couverture nous promet "cinquante invectives pour les grandes colères des petits, et pour les petites colères des grands.   Des comptines, furieuses, amères, rigolottes, douloureuses, qui offrent aux enfants (et pas qu'à eux), des mots pour le dire. Des mots poétiques, beaux, car, si on peut bien l'exprimer, la colère brûle mieux et s'estompe plus vite. Des poèmes à lire pour rire, ou pour pleurer, ou pour se consoler. Et même à copier sur le journal intime d'un ami qui nous a blessé, ou sur un petit papier à  faire passer à un insolent" :  on ne saurait mieux dire.

Ce sont par excellence des poèmes à lire à voix haute, jugez plutôt :

1.Rima di rabbia                                                    20. Rimetta d'amore furioso

Rabbia, rabbia                                                         Mare in burrasca,terra in tempesta

Fiato di sabbia                                                        Se non mi ami ti spacco la testa.

Sangue di gioco

Fiore di fuoco…                                                                   Ou, plus triste :  

…………                                                                        21. Rima del traditore di segreti

                                                                                  Era un segreto

Ou encore:                                                               A te l'avevo detto

12. Rima lontana lontana                                     Era un tesoro

Non mi toccare                                                       E tu eri lo scrigno…

Non ci provare                                                         …………..

Stammi lontano, non ti avvicinare

Intorno al cuore ho sedici cani………..

           

Carrément flamboyant :

32. Invettiva del babà

Sei un babbeo, sei un babbaleo, sei un babbasone

Sei un balengo, sei un balordo, sei un balosso…

……………………

 Je vous laisse découvrir la suite, et tous les autres trésors de ce petit livre précieux.

Bruno Tognolini, à ma connaissance, m'est pas (encore) traduit en français. Il est vrai qu'il faut un traducteur-poète pour rendre la musicalité de ses vers.  Il dit lui-même que "la parole écrite, surtout lorsqu'elle s'adresse à la première enfance, doit avoir une voix humaine qui se cache dedans."  Il le sait bien, lui qui a écrit jusqu'ici une trentaine de livres, "plus de mille poésies et comptines en vingt ans",  et a aussi participé au programme télévisé de Rai3 Melevisione. Parmi ses livres, plus d'un est destiné "aux nouveaux-nés et aux voix des mamans".

Un trésor, vous dis-je, à approfondir sur le site *

 

Allez vite le voir et l'écouter sur Youtube , avec sa belle cadence sarde : *

 

Une dernière précision : Tognolini a reçu, cette année, le Prix spécial du jury du Premio Andersen-Il mondo dell' infanzia : le jury a été sensible au "scintillement de sa capacité d'invention, à la richesse joyeuse et joueuse de son langage poétique". Il récompense "l'intense indignation et la tristesse que peuvent  révéler ses poésies", ainsi que " la solidité de son engagement civique".

 

 

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Rédigé par lecturesitaliennes

Publié dans #A VOIX HAUTE

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Publié le 15 Septembre 2011

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UN CONTE 

 

 

 

OCATTACCATI- Texte de Anselmo ROVEDA. Illustrations de Chiara DATTOLA.

Lineadaria ed. 2011. 30 pages. 14 €

 

Un album qui se prête très bien à la lecture en v.o., dans la mesure où il s'agit d'un vieux  conte bien connu de la tradition européenne. Les frères Grimm, entre autres,  l'ont repris sous le titre de L'Oie d'Or. Il serait donc aisé d'en faire une lecture "à deux voix".

Anselmo Roveda le réinterprète ici dans une version très "orale", très rythmée, pleine d'humour. La joyeuse sarabande qui va faire rire aux éclats la triste princesse Nenè se développe de la première à la dernière page. Cette musicalité est  déjà présente dan s le titre, avec ses allitérations et son accent dynamique :  OCATTÀCCATI !

(Ce jeune auteur génois a plus d'une corde à son arc, et nous en reparlerons certainement ici.)

Le grand format de l'album (21x29,7) en robuste carton  permet de le montrer facilement à un groupe d'enfants. Les collages de Chiara DATTOLA volent allègrement au milieu du texte, couleurs vives comme le rythme de l'histoire, et peuvent suffire à faire comprendre le texte même à des non-italianistes.

La quatrième de couverture nous dit:  "Un garçon ni grand, ni gros, une petite vieille qui se balance dans une coquille de noix, une oie magique où restent collés tous ceux qui la touchent: aubergistes, curés, paysans, bonnes sœurs, saltimbanques, musiciens, brigands, sénateurs, marchands, bohémiens, cyclistes… Tous en route vers le royaume de Tchin-Tchin II."

 

 

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Les pâtes à modeler sont l'oeuvre de Antonietta MANCA

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Rédigé par lecturesitaliennes

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