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Publié le 26 Septembre 2016

Voilà, l'été est vraiment fini. L'été avec ses grandes joies et ses petits bonheurs. L'été avec ses tragédies proches et lointaines.

Le livre d'aujourd'hui donne envie de joindre le geste à la parole, de réaliser de ses mains, de se mettre à l'ouvrage. Le titre en est à la fois clair et énigmatique: Per filo e per segno, de Luisa MATTIA et Vittoria FACCHINI. Tout le monde comprend, surtout au vu de l'illustration de couverture, qu'il y est question de fil et de signe. Mais encore?

.........PER FILO E PER SEGNO.........

C'est justement la couverture qui m'avait attirée, il y a quelques années, avec ces bouts de fil que l'on a envie d'attraper, de ramasser, que l'on soit brodeur (si, si, il y en a, de grands) ou brodeuse, ou pas. Alors on ouvre le livre pour vérifier, et c'est bien ça: chaque illustration est faite de toute sorte de fils, de toute sorte de couleurs - cette magnifique tresse de fils multicolores qui vous assure de ne jamais "manquer", où que vous soyez dans le monde -. Et puis encore des canettes, des ciseaux, à cranter même, des petits bouts de tissu (un grand aussi), photographiés avec un relief très réaliste, accompagnant des dessins au trait - crayon, et feutre noir, me semble-t-il -, de personnages. Essentiels, expressifs en quelques traits, souvent en mouvement.

On peut se promener longtemps dans ces pages illustrées: l'image occupe toujours toute la page de droite, et le texte toujours celle de gauche. On peut se raconter, faire raconter par de petits lecteurs, toute sorte d'histoires. Mais vient toujours un moment où la curiosité l'emporte. Qui est cette petite fille qui semble mener l'action, avec son nez en trompette, sa queue de cheval énergique et ses petites ballerines noires - elle en enlève une pour se reposer -? Que fait-elle avec tous ces fils, ces tissus, et les autres enfants, et des oiseaux, et quelques adultes aussi? Il faut bien se mettre à lire l'histoire, à un certain moment.

"Per filo e per segno" signifie " dans tous ses détails, avec exactitude". Titre bien difficile à traduire, car il joue sur le sens propre et le sens figuré. Mais nous allons lire cette histoire "dans tous les détails" - ou presque...

.........PER FILO E PER SEGNO.........

La résumer l'assèche assez, aussi je vous livre la "fiche" de l'album sur le site de l'éditeur Donzelli. " Ecouter des histoires, quelle passion! Silva les aime tant qu'il n'y en a pas une qui ne s'accroche à son oreille, comme si c'était un fil; et en effet l'histoire de Silva est entièrement bâtie de fils. Ceux qui traînent chez la couturière, que Silva noue les uns aux autres pour en faire un filet où stocker toutes ces histoires qui restent accrochées là – si bien qu'elle peut elle aussi se mettre à les raconter. Mais un filet, ça ne suffit pas, les histoires sont trop nombreuses, alors Silva demande un bout de tissu blanc au chiffonnier et de l'encre au pêcheur de seiches, et toutes ses histoires, pour ne pas les perdre, elle les écrit. Mais ses histoires sont aussi trop nombreuses pour son tissu, qui est devenu trop lourd à emporter de ci de là pour le montrer aux autres enfants; alors Silva découpe chaque histoire comme une feuille – du fil elle en a déjà, alors elle prend une aiguille, elle coud ensemble toutes les histoires, et voilà un livre. Tout le monde veut se faire lire ce livre, mais un beau jour le Capitaine, dans son Palais, envoie un caporal armé de ciseaux pour le réduire en mille fils et mille morceaux, comme c'était au début… que va-t-il en être alors des histoires de Silva? Pas de panique, les enfants s'en occuperont, ils ne veulent bien sûr pas perdre le fil de ces histoires…"

Luisa Mattia nous donne donc une sorte de parabole de la naissance du livre. Nous sommes d'emblée dans ce lieu indéterminé , mais où il y a la mer - de belles métaphores marines pour caractériser la variété de la "pêche aux histoires" que réalise Silva avec son filet - ; et des artisans - couturière, chiffonnier, pêcheur - , une autorité qui censure, et puis des raconteurs d'histoires - paysans, bûcherons, enfants... Et puis cette petite fille passionnée, active et déterminée, qui ne se prénomme pas, banalement, Silvia ou Silvana, mais bien SILVA, diminutif peut-être, mais plus près de la "forêt" étymologique de ces prénoms. Silva est "una bambina con gli occhi scuri color della castagna e nel cuore il frullar d'ali delle farfalle", "une petite fille aux yeux sombres couleur de chataîgne et dans le coeur le froufrou des ailes de papillon".

.........PER FILO E PER SEGNO.........

Et cette histoire est...une histoire, justement, que l'auteure nous raconte avec le rythme que nous lui connaissons, du "C'era una volta..." initial au "C'era una volta" final. Avec ses unités scandées qui en font un magnifique texte à lire à haute voix. Et tous les codes du conte traditionnel : la tâche qui semble impossible, comme nouer bout à bout les milliers de bouts de fil ramassés chez la couturière. Mais Silva y réussit naturellement, mue par sa passion.

Ou encore la quête des instruments utiles auprès des artisans du village, avec qui se noue un dialogue affectueux. Elle les appelle " commarella" ou "vecchia commare", la couturière; et "caro compare" ou "vecchio" ou "zietto", le pêcheur. Ils l'appellent "figlia mia", "creaturella", figlia", "bambina" . Et lui donnent ce qu'elle demande.

Puis l'intervention destructrice du Capitaine-censeur ( " Lire, ça fait penser. Qu'en sera-t-il de tous ces enfants si nous la laissons faire?").

Et celle des "bambini del paese", les enfants du village qui vont l'aider à recoudre, à reconstituer l'indispensable livre.

.........PER FILO E PER SEGNO.........
.........PER FILO E PER SEGNO.........

En attendant qu'un éditeur français s'occupe de le faire traduire, dans une bibliothèque où l'un ou l'autre maîtrise tant soit peu l'italien, on pourra toujours raconter ce livre de Luisa MATTIA en s'appuyant sur les images de Vittoria FACCHINI. Et qui sait les ateliers qui en naîtront par la suite?

Sans oublier cependant que le texte original est BEAUCOUP plus beau.

L'éditeur romain DONZELLI - allez donc jeter un coup d'oeil, dans son très riche catalogue, sur la collection de contes illustrés, nous en reparlerons un de ces jours... - Donzelli donc a publié Per filo e per segno en 2012, et l'album n'a pas pris une ride, il était toujours présent à Bologne en 2016, au milieu des nouveautés, toujours feuilleté et emporté.

Alors, suivez sans hésitation le fil rouge de Silva! Et les suggestions de Vittoria Facchini qui nous livre, sur la page de garde d'entrée, cinq petits tas de fil noir éparpillés, qui deviennent, sur celle de fin.....eh bien, allez y voir, et jouez vous aussi à "on dirait que ce serait...".

Luisa Mattia, Vittoria Facchini : Per filo e per segno

Photographie et post-production Domenico Ceravolo

Fiabe e storie (album)

2012, 28 pages, relié,, 29x24.5 cm

ISBN: 9788860366962

€ 18,50

UN GRAND MERCI AUX EDITIONS DONZELLI POUR LES IMAGES QUI ILLUSTRENT CET ARTICLE

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Rédigé par lecturesitaliennes

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Publié le 25 Mai 2016

Giusi QUARENGHI et les contes traditionnels. 2.

Ouvrons maintenant le second album, plus élégant, un peu rétro, avec sa solide reliure de toile crème, ses titres dorés, incrustés, à la façon des livres de prix de nos mères (ou de nos grands-pères). Son format 21 x 31 cm permet de bien montrer les images si on le lit à haute voix.

L'illustration elle aussi a un caractère rétro, témoin la couverture: deux chevaliers, bardés de fer, chevaux carapaçonnés et oriflammes au vent, au pied d'un château vertigineusement perché sur fond de soleil couchant et premier plan de hiboux.

Nous entrons dans "C'ERA UNA VOLTA, due volte chissà...". Est-ce bien nécessaire de traduire? - "Il était une fois, peut-être même bien deux..." L'intérieur est richement illustré, une illustration pleine page et une petite image pour chaque double page. Et de beaux grands caractères élégants et bien lisibles pour le texte. Attrayant, pour de jeunes lecteurs pas encore très débrouillés, entre 7 et 10 ans. Mais on peut commencer à les raconter aux 5-6 ans.

Giusi QUARENGHI et les contes traditionnels. 2.

Stano DUSIK et Maja DUSIKOVA se sont partagé les huit contes. Tous deux sont slovaques.

Lui a ce style un peu gothique, sombre, qui va très bien avec Barbablù (La Barbe Bleue), mais qui sait se faire plus souriant, voire humoristique, pour Il gatto con gli stivali (Le Chat Botté), Rosabianca e Rosarossa (Blanche-rose et Rose-Rouge) ou Pierino e il Lupo (Pierre et le Loup). En 1993, d'ailleurs,ces planches de Stano Dusik illustraient déjà une édition française de Barbe Bleue. Vous voyez ici le début du conte :"C'era una volta un nobiluomo molto ricco, molto brutto e con molta barba blu, molto blu. Tutti lo chiamavano Barbablù. Viveva in un elegantissimo palazzo, solo, molto solo. Vicino a lui abitava una nobildama con due figlie giovani e belle, molto belle." ("Il était une fois un noble seigneur très riche, très laid et très barbu, une barbe bleue, très bleue. On l'appelait La Barbe Bleue. Il vivait dans un palais très élégant, seul, très seul.Près de chez lui habitait une noble dame avec deux filles jeunes et belles, très belles")

Giusi QUARENGHI et les contes traditionnels. 2.

Maja Dusikova,elle, a choisi d'illustrer Le principesse ballerine (Le bal des douze princesses), Il pifferaio di Hamelin (Le joueur de flûte de Hamelin), La guardiana delle oche (La petite gardeuse d'oies) et La Sirenetta (la Petite sirène). Ce sont des aquarelles, plus légères, plus enjouées, toujours "traditionnelles".

Nous sommes donc pleinement dans un ouvrage "classique", comme le sont les contes qui le constituent. N'est-ce donc simplement qu'un livre de contes parmi tant d'autres?

Vous vous doutez bien que ma réponse sera : "non! ". Car vous avez peut-être été alerté/es, vous aussi, par le titre, et son appendice :" ...une fois, peut-être même bien deux..." . N'est-ce pas un peu irrévérencieux vis-à-vis de ces classiques si classiques? Et c'est là qu'on retrouve la patte de Giusi QUARENGHI, son talent de narratrice, son écriture liée à la lecture à haute voix.

D'abord, chaque conte est présenté au lecteur par cinq vers où elle donne, comme un clin d'oeil, son avis personnel.

Ecoutez, par exemple, Le Chat Botté:

" Questa è la mia fiaba preferita - Voici le conte que je préfère

mi rasserena quando sono inviperita - quand je suis furieuse il me tempère

mi piace perchè è allegra e impertinente - j'aime son allégresse et son impertinence

è il portafortuna di chi non ha niente - à qui n'a rien il porte chance

ogni volta mi mette le ali, - il me met des ailes aux pieds

è IL GATTO CON GLI STIVALI " - c'est bien lui, c'est Le Chat Botté "

Giusi QUARENGHI et les contes traditionnels. 2.

Ou encore La Petite Sirène:

Questa fiaba viene dal mare - Voici un conte venant de la mer

ma è così triste che mi fa arrabbiare - mais si triste que j'en suis colère

l'ha scritta un tipo strano - son auteur est un type pas marrant

che si chiamava Giovanni Cristiano - qui se prénommait Hans Christian

racconta la sorte maledetta - il conte la vie toute de peine

di un pesce ragazza - d'un poisson fille

LA SIRENETTA - La Petite Sirène

Traditionnellement, c'était plutôt une morale en rimes qui concluait le conte, voyez chez Perrault par exemple. Ici, c'est une façon d'établir un contact avec le jeune lecteur, ou d'ouvrir une possibilité de dialogue si c'est un adulte qui lit.

Les huit contes sélectionnés, nous les connaissons tous par coeur, depuis notre enfance, quelle que soit notre langue. Ils ont, ici, un rythme enlevé, dans une langue contemporaine, mais qui respecte les conventions du conte, avec ses unités qui se répètent, l'utilisation des temps du passé, y compris le fameux passé simple, le "passato remoto", ce passé lointain souvent oublié, sinon rejeté aujourd'hui. Vous avez eu un tout petit exemple avec le début de Barbablù.

Tous les huit contes sont à la hauteur. Mettez ce livre dans votre bibliothèque, vous y reviendrez inlassablement avec grand plaisir.

C'ERA UNA VOLTA, due volte chissà.......

fiabe classiche narrate da Giusi QUARENGHI.

iIllustrations de Stano DUSIK et Maja DUSIKOVA

Franco Cosimo Panini Editore, 2005 136 pages 22€,50

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Rédigé par lecturesitaliennes

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Publié le 24 Mai 2016

Une petite brassée de contes, pour célébrer malgré tout le printemps..

Je les ai lus dans deux albums publiés chez FRANCO COSIMO PANINI, où ils sont racontés par Giusi QUARENGHI. Elle ne vous est pas inconnue : Sonno Gigante, Sonno Piccino, c'était elle, en mai 2014. Et aussi l'histoire de son enfance,dans la collection Gli anni in tasca, en octobre 2013. Un livre à avoir sous la main les jours de déprime: "Io sono il cielo che nevica azzurro", vous vous rappelez ce titre étonnant?

Ce qui est intéressant dans les deux albums de contes en lecture aujourd'hui, c'est la façon très différente de restituer les contes traditionnels que Giusi Quarenghi adopte dans chacun, renforcée par les choix de l'éditeur pour les illustrations et la mise en pages.

Giusi QUARENGHI et les contes traditionnels. 1.

Voici d'abord les frères Grimm: FIABE CON I BAFFI e con il becco, la coda, le ali, le piume..., soit des CONTES À MOUSTACHE et à bec, à queue, ailes, plumes...., des contes dont les héros sont des animaux, vous le comprenez clairement sur la couverture, où se pressent dans un joyeux désordre âne, poules, canards, oies, et encore renard et loup (avec médaillon du Petit Chaperon Rouge au cou...), et chat et chien, et souriceau, sans oublier fourmis et abeilles.

Et en effet vous trouverez là des contes moins connus, à part Les Musiciens de la Ville de Brême. Sept contes (un par jour de la semaine?) dont voici les titres (combien en connaissez-vous?) :

Lupo e volpe / Le loup et le renard ; Topo e gatto / Chat et souris associés ; Oche qua-qua-qua (prononcer "oké", accent sur le o, et kouà kouà kouà)/Le renard et les oies ; Coniglio pescatore / Le renard et le lapin qui allaient ensemble à la pêche ; Ciao, il Babau ( "Babàou", accent sur le deuxième a) / Monsieur Korbès ; La regina delle api / La reine des abeilles ; I musicanti di Brema / Les musiciens de la ville de Brême.

Giusi QUARENGHI et les contes traditionnels. 1.

N'oublions pas que Giusi Quarenghi, outre écrire, s'est aussi occupée de dessins animés, de scénarios, de cinéma. Il y a de l'allégresse dans le rythme qu'elle donne, en pratiquement deux pages par histoire, à ses récits. Seule exception, Les Musiciens de la Ville de Brême ont droit à cinq pages.C'est peut-être l'histoire du dimanche. Mais le rythme n'en est pas ralenti pour autant.

L'incipit est sur le même schéma,pour chaque conte. L'auteure remplace le traditionnel "Il était une fois" par un "Il y a très longtemps, quand..." et chaque fois une autre trouvaille: - quand le ciel, peut-être, était plus grand... - quand la mer, peut-être, était plus salée... - quand on ne savait pas encore que deux et deux font quatre...." Ce qui crée une attente pour le conte suivant.

Les actions sont rapides, les dialogues fondamentaux et savoureux, les assonances n'y manquent pas, si bien que c'est un vrai régal de lire ces contes à haute voix.

Mon préféré est Le renard et les oies. Le titre déjà donne le ton :Oche Qua-Qua-Qua

L'éditeur ne m'en voudra pas, si, pour vous allécher, j'en cite le début: "Tanto tanto tempo fa, quando ancora non si sapeva che due più due fa quattro, un bel branco di oche bianche, morbide e tonde se ne stava in un gran prato di eba trifoglina a prendere il sole" - " Il y a très très longtemps, quand on ne savait pas encore que deux et deux font quatre, un beau troupeau d'oies blanches, moelleuses et rondelettes se faisait bronzer dans un grand pré de trèfle et de sainfoin.". N'est-ce pas plus joli de dire "erba trifoglina" que le prosaïque "trifoglio"?

Arrive le renard, affamé comme d'habitude, qui annonce en deux phrases assonantes son intention de les manger ("Sono proprio fortunata, oggi mi faccio una bella mangiata" - le renard, en italien, est un nom féminin). Réaction des oies: "Le oche la guardarono e poi si guardarono tra loro, con l'aria molto molto preoccupata. Qualcuna allargò le ali, qualcuna si mise a correre, qualcuna cominciò a beccare la terra, qualcuna girò la testa dall'altra parte. E una prese addirittura la parola:..." - Les oies le regardèrent, puis se regardèrent d'un air très très inquiet. Qui ouvrit ses ailes, qui se mit à courir, qui commença à picorer par terre, qui regarda ailleurs. Et il y en eut même une qui prit la parole...".

Et c'est de là que vient le salut. Et vous saurez pourquoi les oies font "-quoi-quoi-quoi" encore aujourd'hui. Et vous l'entendrez.

"Et le renard? A u fait, il est passé où le renard?"

Fin de l'histoire, matérialisée chaque fois par un trait plein, alors que, sur la page précédente, c'était un pointillé.

Giusi QUARENGHI et les contes traditionnels. 1.

Les reproductions d'images qui illustrent cet article (MERCI A FRANCO COSIMO PANINI) vous donnent déjà une idée de combien ANNA CURTI adhére au style de Giusi Quarenghi. Humour, mouvement, allégresse des couleurs et des expressions, petits détails disséminés sur la page multiplient le plaisir des yeux pour les auditeurs (on nous dit 4 à 7 ans), comme celui du lecteur.

Un beau grand album, 24 cm x 31 cm, solide couverture cartonnée, de 40 pages, édité en 2012 dans la collection "Illustrati d'autore" pour célébrer le bicentenaire de la sortie des Contes de Grimm.

Jacob e Wilhelm Grimm: Fiabe con i baffi.....

narrazioni Giusi Quarenhi, illustrazioni Anna Curti

2012, Franco Cosimo Panini Editore S.p.a. Modena

ISBN: 978-88-570-0510-2 16 €;

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Rédigé par lecturesitaliennes

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Publié le 12 Février 2016

Pour commencer:

"Io sono un cavallo"

de Bernard FRIOT et Gek TESSARO

          Si en italien la proximité entre CAVALLO et CAMMELLO est plus immédiate qu'entre CHEVAL et CHAMEAU, on accepte quand même en français l'aventure de ce chameau qui un beau jour en a par dessus...la bosse de son travail dans un cirque. Le voilà donc parti à la ville. Au premier feu bleu (oui, bleu), il voit devant la mairie une annonce:"Cherche garde et cheval pour surveiller les jardins publics".

 

 

Bernard FRIOT et Gek TESSARO : ... des chameaux, des chevaux, des tableaux...

          Notre chameau, qui a toujours rêvé d'être un cheval, se présente donc et... Je ne vous raconte pas tout, mais soyez sûrs qu'il est très convaincant quand il explique en détail qu'il est bien un cheval. D'autant plus qu'il a absolument besoin de travailler.

Bernard FRIOT et Gek TESSARO : ... des chameaux, des chevaux, des tableaux...

          C'est aussi le cas du garde, qui nous réserve également quelques surprises. Et le joyeux duo part en tournée faire respecter le règlement des parcs: "Il n'est pas interdit de ....".

En conclusion:- " Il n'est pas interdit de rêver". - " Et moi, je suis un cheval".

Bel hymne à l'imagination, que l'italien appelle LA FANTASIA (--sì-a).

 

 

          Vous connaissez forcément Bernard FRIOT, ses Histoires pressées, pour ne citer qu'une de ses collections. Des nouvelles farfelues à l'humour tendrement féroce. Au milieu d'une production très vaste et variée dont vous aurez une petite idée en vous promenant dans son compte Facebook. Ou, mieux encore, dans sa fabuleuse Fabrique à Histoires. Vous y trouverez toute sorte de modalités pour fabriquer ou faire fabriquer des histoires, vous en lirez  de toutes les couleurs, vous saurez tout sur ses derniers livres, bref que vous le connaissiez déjà ou non, vous trouverez du grain à moudre. Et vous comprendrez aisément que Bernard Friot est un des dignes enfants du grand

Gianni RODARI et de sa Grammatica della Fantasia - Grammaire de l'imagination,

présente dans toutes les bonnes bibliothèques.

- Tout cela est bel et bon - me direz-vous- mais on parle d'une traduction? Nous sommes dans Lectures Italiennes, non?

- Oui, oui. Mais Bernard Friot a une corde supplémentaire à son arc (qui ressemble d'ailleurs plus à une harpe qu'à un arc) : lisez la journaliste Yaël Eckert qui raconte tout ça bien mieux que moi. 

Son amour de la langue et de la littérature italienne, il l'investit dans l'écriture in lingua de cette joyeuse aventure. Et le résultat est un texte allègre, léger, bien adapté à la lecture à voix haute.

 

          Et Gek TESSARO?

On s'explique mal que cet auteur-illustrateur foisonnant n'ait pas encore été publié en France (que je sache...). Si vous plongez dans sa bibliographie, comme dans celle de Bernard Friot, vous ferez des dizaines de découvertes. Et pas seulement de livres.

Cette histoire de Chameau/Cheval, ne pouvait guère être illustrée que par lui, vu l'amour qu'il porte depuis toujours aux chevaux et à leur dessin. Si vous lisez l'italien, ne manquez pas son "autoprésentation" sur la page d'accueil de son site. Ou comment son don pour le dessin l'a sauvé des situations les plus délicates dans son enfance et son adolescence. Dont des dessins de chevaux, justement.

On retrouve dans cet album la vivacité de ses collages en grands aplats de couleurs très vives, des motifs allongés dotés de mouvements sinueux - que ce soit des plantes, des animaux ou des humains. Parfois, il esquisse à grands traits nerveux ,au crayon, des architectures sur le fond de la scène, ce qui accentue l'impression de mouvement.

 Ma préférée: la dernière double-page de l'album, une séance de danse sur la pelouse du parc, avec la participation du garde et du chameau/cheval. Et, en "cadeau supplémentaire", cet écho des danseurs de Matisse..... Un moment de pure joie.

Bernard FRIOT et Gek TESSARO : ... des chameaux, des chevaux, des tableaux...

IO SONO UN CAVALLO

Texte de Bernard FRIOT, illustrations de Gek TESSARO

Editrice IL CASTORO, octobre 2015, 28 pages, 13€,50

ISBN   9788880338369

à partir de 4 à 5 ans.

          On peut encore préciser que l'un et l'autre ont été diverses fois distingués par le prix de la revue ANDERSEN - la Rivista Italiana dei Libri per Ragazzi (voir la Page qui leur est consacrée à droite sur ce bog):

-Bernard Friot a été, en 2009, primé comme "meilleur livre pour les 9 /12 ans": Il mio mondo a testa in giù" chez l'éditeur Il Castoro.

- Gek Tessaro a eu en 2010 le prix de "meilleur auteur complet", puis en 2012 le prix du "meilleur album illustré" pour "Cuore di Chisciotte" chez Carthusia.

POST-SCRIPTUM:

on sort un peu de l'argument du jour, mais tant que vous y êtes, lisez donc la poésie que Gek Tessaro a écrite pour le Tour d'Italie des Livres.

Une poésie sur le vélo, à l'occasion d'un évènement annuel: un Tour d'Italie contemporain du Giro, où des cyclistes font un tour des bibliothèques partenaires, avec des livres donnés.

Oui, je sais, c'est un tout autre sujet, mais ça donne des idées.

...des chameaux, des chevaux, des tableaux...

Continuons par les tableaux.

Bernard FRIOT et Gek TESSARO : ... des chameaux, des chevaux, des tableaux...

STORIE DI QUADRI

(a testa in giù)

 

          Où nous retrouvons Bernard FRIOT pour Il Castoro.

Cette fois-ci, vous aurez raison de m'objecter que je ne respecte pas mes règles, que c'est un livre traduit du français. C'est vrai, il a été publié en 2013 par l'éditeur Milan, sous le titre de "Peintures pressées - Un musée imaginaire". Et  Il nous avait déjà séduits par cette façon autre de regarder un tableau - tant le détail d'une fresque d'une villa pompéienne qu'un tableau contemporain d'Antoni Tàpies, en passant aussi bien par El Greco que Frans Hals, Chagall ou Fra Angelico. Vingt-huit tableaux, choisis pour l'histoire que chacun d'eux raconte. Pour l'histoire qui  naît à leur contact et que l'auteur raconte.

Et c'est une promenade pleine de surprises, de trouvailles, une approche complètement différente du tableau. Une promenade dans l'histoire de l'art, et  tout autant dans les genres littéraires, les sortes d'écriture. Une promenade pleinement rodarienne. Beaucoup a déjà été écrit sur ce petit livre inépuisable, je n'en dirai pas plus.

         J'y reviens ici pour deux raisons.

D'une part le titre italien ( et la couverture du livre) est au fond plus directement pertinent que le titre français. "Storie di quadri"  : ce sont bien des histoires que les tableaux racontent (si on sait les écouter...); (a testa in giù) : c'est la traduction que l'éditeur italien Il Castoro a donné dès le début  aux traductions des différentes Histoires pressées de Bernard Friot. (Pour l'anecdote, c'est en Italie que j'ai rencontré les livres de notre auteur pour la première fois). "A testa in giù", c'est "la tête en bas",  "cul par-dessus tête", "sens dessus-dessous", ce sont les habitudes subverties, le règne, encore une fois, de la Fantasìa. Une lecture des plus goûteuses.

La deuxième raison de vous signaler ces Storie di Quadri réside dans les modalités de leur traduction. Elle a été réalisée par trois classes de français - disons des "terminales" - de la section internationale du Liceo "Luigi Galvani" de Bologne. Dans le cadre d'un projet plus vaste de séminaire-concours de traduction. Il y a sans doute parmi vous des enseignants de langue    ( j'espère que, au fil du temps, vous aurez compris que mon masculin grammatical couvre "les  êtres humains", hommes, femmes, enfants, blonds, bruns,  tout jeunes, tout vieux..), ces enseignants seront sensibles à la qualité des résultats de ce travail réalisé dans un contexte qui fait rêver . L'engagement personnel de l'auteur, au cours de la Foire Internationale du Livre de Jeunesse de Bologne, en 2013 / 2014, est un aspect non négligeable de cette réalisation.

STORIE DI QUADRI (a testa in giù)

de Bernard FRIOT

Il Castoro, septembre 2015, 128 pages, 13€,50

ISBN: 9788869660078

Format: 14 x 20,5 cm

Âge: "de 8 à 13 ans" ... ........et très très au-delà.

 

Encore un grand merci à Il Castoro et à Paola pour les reproductions ci-dessus.

Bernard FRIOT et Gek TESSARO : ... des chameaux, des chevaux, des tableaux...

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Publié le 28 Janvier 2016

Storia di Goccia e Fiocco, de Pierdomenico Baccalario et Alessandro Gatti, illustré par Simona Mulazzani

Ce devait être votre cadeau de Noël. Mais les caprices de la technologie en ont décidé autrement. Ce sera donc pour accompagner votre hiver et pallier le manque chronique de neige de cet étrange janvier 2016. L'histoire, justement, du flocon Fiocco et de la goutte Goccia (prononcer "tcha", comme "ciao", vous n'avez pas oublié?).

Ce qui vous fait prendre en main ce grand album de carton solide (34 x 26 cm), c'est la curiosité. S'il se présente à vous du côté noir, c'est tout noir, avec ces découpes en forme de taches et de goutte qui laissent deviner un dessin par dessous. Mais impossible d'y accéder. Du côté blanc c'est pareil, là ce sont des cristaux de neige découpés qui laissent entrevoir.....

Vite, ouvrir, pour voir. Nous sommes du côté Fiocco. Sur les deux premières doubles pages, Simona Mulazzani a déployé un ciel de neige sur une ville, dont on se rapproche peu à peu. Les couleurs sont subtiles et chaudes. Et puis revoilà les découpes de flocons. Mais cette fois, on peut tourner la page, et découvrir les détails qu'elles cachaient, toujours plus bas sur la ville: un fleuve et sa péniche, un cirque à peine installé, une place de jeux où les enfants saluent joyeusement l'arrivée de la neige.

Puis nous sommes presque à terre devant une boulangerie d'où sort un client. Puis - entre temps la neige a recouvert le sol - devant une maison, au numéro 38. Et cette goutte noire, en haut à gauche?

On tourne encore et là, surprise, revoici nos deux écrans découpés, le blanc et le noir, repliés sur la double page centrale. Et en ouvrant, on révèle une grande fresque, noire, dans laquelle s'inscrit tout un monde de dessins "à la craie",( vous aurez remarqué à la longue que je ne suis pas très douée pour caractériser la technique d'une illustration, pazienza! Merci.) et au centre une grande fleur de givre elle aussi remplie de dessins. Nous sommes au cœur du livre. Et nous ne nous sommes encore pas préoccupés du texte, tant l'image est prenante et le texte discret.

Storia di Goccia e Fiocco, de Pierdomenico Baccalario et Alessandro Gatti, illustré par Simona Mulazzani

Arrivés là, force est de retourner l'album pour prendre l'autre entrée, la noire, celle de Goccia. Nous flottons à la hauteur d'une fenêtre, il y a du vent, puis nous entrons dans le bureau d'un dessinateur. Grandes doubles planches de couleurs allègres, joyeux bazar de la table de travail. Et de nouveau le jeu des pages-masques à tourner, pour entrer dans un monde de dessins variés, une nature-morte, une forêt, un portrait, et toujours ces couleurs vives posées en grands à-plat. Jusqu'à ce que.. la fenêtre est ouverte, la bouteille d'encre de Chine fait la culbute, et s'en échappe... une goutte noire qui tombe, dans le rue enneigée, au-dessus du numéro 38. Et nous revoilà à la fresque centrale.

Simona Mulazzani n'est de loin pas une inconnue pour les lecteurs français. Un seul exemple, apporté en France grâce à la traduction de Bernard Friot : "Grand sommeil et petits lits" chez Albin Michel en 2013. Il y en a bien d'autres.

Storia di Goccia e Fiocco, de Pierdomenico Baccalario et Alessandro Gatti, illustré par Simona Mulazzani

Après ce plein d’images et de commentaires spontanés vient l'envie de connaître "vraiment" l'histoire. Il faut chercher le texte, sur les pages de gauche, mais il est bien là.

Pierdomenico Baccalario et Alessandro Gatti ont écrit une histoire de rencontre. La rencontre imprévue de deux itinéraires improbables et hésitants. Ni Fiocco ni Goccia ne savent exactement ce qu'ils souhaitent comme vie, ils font toute sorte d'hypothèses, Fiocco transporté au gré du nuage de neige, Goccia prisonnière de sa bouteille d'encre. Et ce sera "un vento dispettoso", un courant d'air taquin qui, mettant un peu de pagaille dans l'atelier du dessinateur, provoquera la rencontre de nos deux héros. Elle dure à jamais, cette rencontre,"car ils ont tant d'histoires à se raconter".

Histoires que l'album et ses images poussent à imaginer encore et encore.

Storia di Goccia e Fiocco, de Pierdomenico Baccalario et Alessandro Gatti, illustré par Simona Mulazzani

Cette fable charmante n'a rien perdu de sa magie depuis sa publication en 2013.

La maison d'édition IL CASTORO nous offre un moment de poésie à partager avec des lecteurs à partir de 4-5 ans, faisant rêver en même temps l'adulte qui les accompagne.

STORIA DI GOCCIA E FIOCCO,

de Pierdomenico BACCALARIO, Alessandro GATTI et Simona MULAZZANI.

Editions IL CASTORO, novembre 2013. 52 pages. 18€

ISBN : 9788880337324

Merci à PAOLA des éditions IL CASTORO pour les illustrations de cet article.

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Publié le 14 Octobre 2015

        Ç'aurait été un petit livre parfait à glisser dans la valise des vacances. De format de poche, pas gros, il n'aurait pas effrayé votre 11-12 ans, lecteur, certes, mais pas trop téméraire. Le titre allait bien pour des vacances d'été: " L'isola di Arcangelo" : une île, la mer, l'aventure, vous ne preniez pas trop de risques. L'illustration de couverture vous avait intrigué(e) :  le haut d'un visage, coupé juste sous les yeux ( fille? garçon?), et le sommet de cette tête comme le sommet d'une montagne, abritant dans la broussaille des cheveux une maison, des pins parasols, des herbes hautes, et  un mouflon avec une corne cassée, en ombre chinoise presque. Francesco Fagnani sait éveiller la curiosité.

        Le titre résonnait dans votre mémoire, en réveillant un autre: L'isola di Arturo, bien sûr, de la grande Elsa Morante, devenu un classique depuis.  Le titre de Luisa MATTIA avait cependant une autre musicalité, beaucoup plus dynamique grâce aux deux accents toniques  sur l'avant-avant-dernière syllabe (eh oui, on compte les syllabes accentuées à partir de la fin). Ecoutez un peu: Lsola  di ArcAngelo (a-ndjélo – vous commencez à le savoir). Lsola  di ArcAngelo. Comme le début d'une musique.

Avant de le donner à lire, vous l'auriez lu, par scrupule, et alors… le coup de foudre!

        L'Isola di Arcangelo, c'est bien une histoire d'île, d'île dans la Méditerranée, mais pas du tout dans les clichés que l'on pourrait craindre – le soleil, la mer, les Robinsons…  L'incipit pourrait tromper: "La mer, Kate en connaissait bien la couleur". Mais voici que la mer  de référence, pour la  jeune protagoniste Kate, n'est en rien la Méditerranée, mais la mer des côtes de Norvège.  C'est la mer froide et tempétueuse.  Et le regard de Kate suffit pour nous détacher des clichés et nous faire entrer dans une histoire autre, bien que l'héroïne se trouve en effet sur un bateau qui la conduit, en compagnie de ses parents, vers une île méditerranéenne où ils viennent, non pas en vacances, mais pour y vivre et y travailler.

        Luisa Mattia tisse son histoire. Elle ne la brode pas, elle ne la tricote pas, non, elle la tisse,  en chapitres de trois à cinq-six pages, écrits en petites "unités" (et imprimés en caractères bien lisibles) qui en font une prose très nette et très rythmée, qui ne décourage pas à priori la lectrice ou le lecteur timides, et qui crée une musique vous emmenant dans l'histoire. À la fois une construction très rigoureuse et une prose très fluide. Et pour chaque chapitre, un incipit en caractères d'imprimerie qui "donne le la" de sa musique particulière.

L'ISOLA DI ARCANGELO de LUISA MATTIA

Nous faisons d'abord connaissance avec Kate et ses quatorze ans, la vie qu'elle a laissée en Norvège avec son premier amoureux; la mer et l'île vers laquelle ses parents l'emmènent. Puis c'est le tour de Gelo - curieux prénom, surnom en fait, puisque son vrai nom est Arcangelo, mais son caractère sauvage a fait qu'on n'a gardé que le "gel" de la fin. Ce n'est plus un enfant, c'est un "grand" qui s'est conquis une grande autonomie, son âge ne sera jamais précisé (mais la quatrième de couverture dit "quatorze" aussi). Gelo est né et vit dans l'île, où, une fois qu'il a aidé son père dans ses travaux de viticulture,  il est libre d'explorer le monde des montagnes, sa nature, ses animaux, qui le passionnent et qu'il dessine depuis qu'il est tout petit. Cette nature encore sauvage est sa vraie école, l'autre, il l'a abandonnée.

Et le livre nous offre les dessins de Gelo, des croquis au crayon très éloquents, un renard, des nuages, un aigle en pein vol, et surtout le héros de cette histoire, Le Roi, ce vieux mouflon solitaire et majestueux, à la corne cassée, qui apparaît et disparaît, et fascine Gelo, et bientôt Kate.

L'ISOLA DI ARCANGELO de LUISA MATTIA

         Un troisième jeune, Mathias, fils de chercheurs aussi, n'est visiblement pas à l'aise dans ce village, il voudrait impressionner Kate qui n'a aucune sympathie pour lui, et il envie la liberté de Gelo. C'est par lui que les évènements se précipiteront. S'il a beaucoup le rôle du "méchant", son portrait n'est cependant pas manichéen.

          Les parents de Kate et de Gelo sont bien esquissés, Autant le père photographe italien, sicilien, marié à une chercheuse en biologie marine allemande que le père viticulteur sur l'île et sa femme, qui a beaucoup compté sur son"'Archange" de fils et est totalement désemparée devant la supposée "folie" de ce fils qui veut, entre autre, "dessiner la voix de la montagne", et qui est si "asocial".

 

 

 

L'ISOLA DI ARCANGELO de LUISA MATTIA

          Ce livre est un hommage à la nature de l'île, l'île d'Elbe, nous apprend la dédicace : "À la beauté lumineuse de l'île d'Elbe, qui doit être préservée. Et aux bêtes. Toutes".

Et c'est en effet la forêt, sa végétation, ses odeurs, sa vie secrète qui réunit les deux jeunes protagonistes plus sûrement que la vie traditionnelle du village. Et comme un symbole de cette nature, la présence mystérieuse, silencieuse - sauf quand il y aura danger - du grand mouflon solitaire auquel sont dédiées des pages splendides. C'est lui le fil du récit, c'est par lui qu'arrivent les émotions les plus fortes, c'est lui l'enjeu du suspens, c'est lui l'ultime vision. Et l'illustratrice Marina Farsetti ne manque pas d'en donner un portrait convainquant dans l'un des "dessins de Gelo".

 

L'ISOLA DI ARCANGELO de LUISA MATTIA

          L'isola di Arcangelo est un livre à lire seul/e,  ou à partager à voix haute, à déguster phrase à phrase, et à laisser résonner longtemps encore, puis à reprendre. Un vrai trésor, dont il serait dommage de ne pas faire profiter les lecteurs qui ne sont pas italianistes.

 

Merci, Luisa MATTIA; et merci à l'éditrice Ulrike BEISLER, aussi pour les images qu'elle a bien voulu nous confier.

 

L'Isola di Arcangelo, de Luisa Mattia, couverture de Francesco FAGNANI, illustrations intérieures de Marina FARSETTI. BEISLER Editore.

13,5 x 21 cm; 95 pages; 13 euros.  A partir de 11 ans.     ISBN 978-88-7459-036-0

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Publié le 13 Décembre 2014

PIAZZETTA NATALE et FIUME LENTO: c'est Noël! -1-

Voici un tout petit livre (13 x 16 cm), et un tout grand livre (34 x 25 cm), l'un et l'autre dignes d'attention en ce moment des fêtes de fin d'année.

Commençons par le tout petit livre: l'auteure, vous la connaissez déjà, rappelez-vous les aventures des Piripù, création de Emanuela Bussolati. Ici, c'est une histoire de Noël, écrite et illustrée par elle, dans la collection "Le Rane" (les grenouilles) de l'éditeur Interlinea. C'est un petit conte de Noël d'une poésie allègre. Titre: Piazzetta Natale (Placette Noël).

L'incipit donne le ton, traditionnel et humoristique à la fois: " Tanto tempo fa e forse ancora adesso, in una città, c'era una piazzetta bruttina, sporchina, grigina, noiosina" (prononcer "sporkina", "gridjina" et "noïosina")Traduction artisanale: "Il y a longtemps, et peut-être encore aujourd'hui, dans une ville, il y avait une petite place plutôt moche, plutôt sale, plutôt grise, plutôt triste". A lire à haute voix, bien sûr.

Autour de cette place, quatre boutiques et un kiosque à journaux, tout aussi tristes. Les cinq commerçants ne sont pas en reste comme râleurs et mécontents permanents, et même le pin qui pousse au milieu est tout tordu et pelé au-dessus d'un banc toujours vide.

PIAZZETTA NATALE et FIUME LENTO: c'est Noël! -1-

Ça commence mal. Il va suffire, cependant, de l'arrivée d'un jeune couple dans une voiture cabossée mais peinte de fleurs pour que tout s'anime. Serena, la jeune femme, a "un joli ventre rond"; elle s'extasie sur tout, et son optimisme contamine son mari Luca. A peine installée, elle décide de décorer le pin de la place, car c'est presque Noël, et en profite pour faire connaissance avec ses voisins et voisines, les commerçants, à qui elle demande de l'aide.

D'abord poussés par des raisons commerciales ("peut-être de nouveaux clients, avec ce bébé en route"), chacun et chacune, d'abord grincheux, se prend au jeu et collabore selon ce qu'il vend (des rubans, des pompons, des étoiles origami, des papillotes, et l'échelle pour installer le tout). Et ils se souviennent qu'ils ont été ensemble sur les bancs de l'école, et commencent à se regarder d'un autre œil.

Mais voilà que le bébé s'annonce, les parents foncent à l'hôpital, pendant que Sara, Lorenzo, Marta, Gigi et Tom peaufinent l'arbre et n'ont pas envie de rentrer chacun chez soi. Ils assistent donc au retour de Luca, Serena et le bébé, s'attendrissent, font même des petits cadeaux, et voilà la placette transformée: "La piazzetta ora era(était maintenant) scintillante e gioiosa (prononcer "chintillante" et "djioïosa"). Nessuno ricordava più che fosse stata (tout le monde avait oublié qu'elle avait été) bruttina, sporchina, grigina, noiosina". Une simplicité, je dirais, biblique.

Effet accentué par l'illustration, qui est aussi d'Emanuela Bussolati. Des dessins au trait simples et vifs, comme les couleurs (même dans les tons de gris) qu'elle aime faire chanter. Elle utilise aussi quelques raffinements de mise en scène intéressants. Je reviendrai sur l'image de couverture. Celle qui accompagne le titre sur la première page intérieure est simplement le fameux pin (qui ressemble beaucoup à un sapin; mais en italien, "sapin" c'est "abete", moins euphonique que "pino") le pin tordu et son banc vide. Vous tournez la page, et le pin est au centre de la place, représentée en double-page. Regardez la reproduction de cette illustration (le texte est dans l'espace de droite, entre le "soleil" et l'enseigne au gâteau): l'espace de la placette, où va se dérouler l'histoire, est en gris clair, tandis que, sur la bande étroite gris foncé, en bas de l'image, des passants vont et viennent. Ils sont un peu, comme le lecteur, extérieurs à l'histoire. Et d'ailleurs cette place, avec son soleil suspendu à un fil, n'est-ce pas une scène de théâtre? Ou même une fresque sur le mur?

Il faut tourner encore les pages pour avoir les protagonistes en plus gros plans, indépendants de la place, ou sur la place ( Notez que, en italien, on dit "in piazza", "dans" la place, qui est sentie comme une pièce de la grande maison qu'est le village ou la ville, le salon en quelque sorte). Ainsi l'auto des nouveaux habitants, Serena déjà dehors, est en pleine page, "in piazza"; ou encore le jeune couple qui se repose sur le "banc public", tandis que Sara s'active autour de l'arbre, et que, en arrière-plan il y a un carambolage entre Marta et Lorenzo, devant le kiosque à journaux; là aussi nous sommes immergés dans la place (dont le gris a déjà tourné à un très léger violet plus engageant). Si bien qu'à la page 20 (il y en a 29 en tout), on revient à une vue panoramique en double page, et cette fois certains protagonistes de l'histoire sont sur le trottoir du tout premier plan, et des curieux, étrangers à l'action, sont déjà sur la place. Mais on garde cette impression de "fresque sur le mur", malgré le mouvement qui anime l'ensemble. Pages 24/25, c'est exactement le même décor que la première double page, mais illuminée par l'arbre décoré, les lumières de la ville et les nouveaux passants pleins d'entrain attirés par l'arbre de Noël.

PIAZZETTA NATALE et FIUME LENTO: c'est Noël! -1-

Et l'image de conclusion, que vous voyez également ici (les textes sont imprimés dans la partie supérieure) relie, par l'étoile suspendue, comme dans un décor de crèche, la joie de la nouvelle famille et celle qui règne sur la placette: celle-ci s'est peuplée, les maisons au-delà des magasins sont apparues. Il n'y a plus de spectateurs en marge, mais bien tout un quartier qui a trouvé un lieu pour se réunir, et le lecteur peut en faire partie directement.

PIAZZETTA NATALE et FIUME LENTO: c'est Noël! -1-

Pas étonnant, alors, que ce petit livre ait obtenu le prix " Storia di Natale 2014", un prix intéressant , car il allie une section pour les auteurs et une pour les jeunes lecteurs qui deviennent auteurs à leur tour. Vous pouvez en lire l'histoire en suivant ce lien http://www.interlinea.com/lerane/index.htm et voir aussi le programme de la fête "Natale junior festival" qui est liée auprix.

Emanuela Bussolati, Piazzetta Natale, Interlinea, 32 pages, 8 €,

Collection "Le rane piccole" isbn 978-88-6699-061-1 A partir de 7 ans.

  • A noter qu'Emanuela Bussolati n'en est pas là à son premier prix, elle a été récompensée, entre autre, par la revue Andersen, en particulier en 2013, pour le "prix meilleure auteure complète".
  • Sachez aussi que les éditions Interlinea ont une collection spéciale autour du thème de Noël, du point de vue religieux, mais aussi littéraire, artistique et traditionnel.
  • Enfin un grand merci - tante grazie – à l'éditeur, qui nous a gracieusement offert les deux reproductions ci-dessus.

A TRES BIENTOT POUR FIUME LENTO

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Publié le 24 Octobre 2014

Encore OCATTACCATI de Anselmo Roveda

Pour vous faire patienter en attendant la prochaine lecture (un album très particulier sur le fleuve Pô), voici une reprise de la toute première Lecture Italienne, pour les nouvelles et les nouveaux, et les zautres zaussi.

Voici un album qui se prête très bien à la lecture en v.o., dans la mesure où il s'agit d'un vieux conte bien connu de la tradition européenne. Les frères Grimm, entre autres, l'ont repris sous le titre de L'Oie d'Or. Il serait donc aisé d'en faire une lecture "à deux voix".

Anselmo Roveda le réinterprète ici dans une version très "orale", très rythmée, pleine d'humour. La joyeuse sarabande qui va faire rire aux éclats la triste princesse Nenè se développe de la première à la dernière page. Cette musicalité est déjà présente dans le titre, avec ses allitérations et son accent dynamique : OCATTÀCCATI !

(Ce jeune auteur génois a plus d'une corde à son arc, et nous en avons parlé plus d'une fois ici.)

Le grand format de l'album (21 cm x 29,7) en robuste carton permet de le montrer facilement à un groupe d'enfants. Les collages de Chiara DATTOLA volent allègrement au milieu du texte, couleurs vives comme le rythme de l'histoire, et peuvent suffire à faire comprendre le texte même à des non-italianistes.

La quatrième de couverture nous dit: "Un garçon ni grand, ni gros, une petite vieille qui se balance dans une coquille de noix, une oie magique où restent collés tous ceux qui la touchent: aubergistes, curés, paysans, bonnes sœurs, saltimbanques, musiciens, brigands, sénateurs, marchands, bohémiens, cyclistes… Tous en route vers le royaume de Tchin-Tchin II."

OCATTACCATI - Texte de Anselmo ROVEDA. Illustrations de Chiara DATTOLA.

Lineadaria ed. 2011. 30 pages. 14 €

Encore OCATTACCATI de Anselmo Roveda

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Publié le 10 Septembre 2014

ATTACCHINO de TOGNOLINI et DE CONNO

Ayant choisi le "livre de rentrée" à vous présenter, voilà que je m'aperçois que, déjà le 9 septembre 2013, c'était une histoire illustrée par Gianni DE CONNO, venant après un autre de ses livres. Et Bruno TOGNOLINI, vous le connaissez aussi depuis un moment, c'était en octobre 2011, puis en décembre de la même année..

Ne craignez pourtant pas de vous ennuyer, cet album est un tout autre univers.

ATTACCHINO de TOGNOLINI et DE CONNO

ATTACCHINO, ainsi s'appelle un colleur d'affiche en italien (prononcer "kino"). Le nôtre s'appelle Piero, et COLLA de nom de famille - il colle, comme vous le devinez. Il est le maître de ce geste impressionnant qui permet de plaquer sur un mur immense un morceau de papier non moins immense, sans un pli, et avec raccords invisibles.

Il est aussi le père d'un jeune Giovanni de onze ans qui, le matin même, a quitté la maison en ne laissant qu'un petit mot sur la table "BASTA", "ça sufit". Le père sait de quoi son fils a assez, d'une vie monotone, souvent solitaire, qu'il aurait voulu rendre poétique en élevant deux pigeons. Mais les parents ont dit "non!", une fois de plus "non". Et Giovanni est parti au petit matin.

Une fugue qui se prolonge même quand la nuit tombe sur la grande ville, et le père se demande ce qu'il pourrait bien faire pour aider son enfant à rentrer à la maison. La nuit porte conseil et le lendemain, il mobilise deux autres collègues, et tous trois s'affairent sur les murs de la ville pendant un jour et une nuit, collant encore et encore des morceaux de leurs grandes affiches publicitaires.

ATTACCHINO de TOGNOLINI et DE CONNO

Lorsque Giovanni s'éveille, tout enkylosé, il ne comprend pas tout de suite ce qui se passe dans la ville.Le rythme des rues semble ralenti, tout le monde marche le nez en l'air, les voitures ralentissent pour voir, et il découvre lui-même que les murs sont couverts de fascinantes "fresques" de collages de morceaux d'affiches,

Rien que des images, aucune inscription publicitaire, un monde surréaliste fait de morceaux de ses rêves à lui, au milieu desquels il se retrouve. Tout en avançant le long et "dans" ces images, il suit des rues qui le ramènent... devant chez lui. Et là, le pigeonnier qu'il voit posé sur le balcon n'est pas un dessin, mais bien une vraie petite maison où sont en train de s'installer...deux pigeons, des vrais.

"E allora, Giovanni rientrò".

ATTACCHINO de TOGNOLINI et DE CONNO

J'aurais pu vous la raconter de façon beaucoup plus sèche, comme le fait Bruno Tognolini lui-même dans une quatrième de couverture-bis qu'il propose sur son blog :

" Un colleur d'affiche, pour retrouver et ramener à la maison son fils qui fait une fugue, transfigure la ville, change son visage. Et il le fait non pas en introduisant de nouveaux éléments étrangers, mais en démontant et re-combinant, grâce à sa maîtrise età son art, les matériaux qui constituent son décor urbain traditionnel.

N'est-ce pas ce que devrait faire chaque parent avec la réalité? Avec le monde humain qu'il doit confier à ses enfants? Pas un monde trop réel, tel quel et rien d'autre; pas un monde trop féérique, qui n'existera jamais: mais un monde différent et possible, une réalité réélaborée selon ses rêves, en démontant avec les outils de la critique et en remontant avec ceux de l'utopie la ville telle qu'elle est donnée, la vie comme elle est. Refaite à neuf avec ses propres morceaux."

Mais, il le dit lui-même, c'est un peu sec.

Alors que notre histoire n'est en rien sèche, elle est de la plume de Tognolini, et la musicalité est là, le rythme du récit qui n'a pas forcément besoin du vers et de la rime pour naître.

C'est pourquoi cet album se prête bien à une lecture partagée à voix haute, aidée par le grand format de l'album ( 25 sur 32,5 cm) et par les étonnantes illustrations de Gianni De Conno.

Le réalisme rêveur de De Conno dialogue particulièrement bien avec ce texte. La puissance évocatrice de ces images sur les murs, détournées de leur fonction première de pousse-à-acheter est exactement celle des images crées par l'illustrateur. Cette première collaboration entre les deux artistes, voulue par Tognolini et acceptée par De Conno, et par l'éditeur Gallucci, a produit un nouveau grand album, qui me semble mettre cette nouvelle année scolaire sous un signe stimulant.

E si vous maîtrisez la langue italienne (quoi, vous n'avez encore pas commencé à prendre des cours?), ne vous privez pas du plaisir de vous faire raconter par Tognolini sur son blog l'histoire de cette histoire, j'étais tentée de dire l'odyssée de cette histoire, et toutes ses réflexions sur l'écriture et sur la collaboration entre l'auteur et l'illustrateur.

EXCELLENTE LECTURE!

ATTACCHINO, texte de Bruno TOGNOLINI, dessins de Gianni DE CONNO -

GALLUCCI editore, collection Gallerìa - Public: tous âges - 44 pages. Novembre 2013. 22€.

ATTACCHINO de TOGNOLINI et DE CONNO

MERCI A DONATA M., FLORENTINE, POUR LA PHOTO DE FOND

PRISE DEPUIS LA COLLINE DE FIESOLE.

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Publié le 28 Mai 2014

SONNO GIGANTE, SONNO PICCINO, de Giusi QUARENGHI et Giulia SAGRAMOLA, pour Topipittori.

Ou : Giusi et Giulia vont en voyage.

En voyant la couverture de cet album hors-normes, et le nom des deux auteures, m'est revenu le titre de ce film farfelu et génial que Jacques Rivette fit en 1974 (avant-hier) – Céline et Julie vont en bateau.

Comme la Foire de Bologne nous avait offert, en 2012, la surprise de Raccontare gli alberi, souvenez-vous, ainsi, en cette année 2014, elle nous régale d'un album, intrigant tant qu'on ne l'a pas ouvert, magnifiquement dépaysant à la lecture, dont le titre déjà est tout un programme.

La musicalité, d'abord, de ces deux expressions, au rythme familier: 1-2, 1-2-3;1-2,1-2-3, qui s'appuie sur les des "n" de "sonno". SONNO, le sommeil, mais pas très loin de "sogno", le rêve.

Puis ces deux adjectifs insolites, qui se passent de traduction, "gigante" et "piccino". Est-ce bien le sommeil qui serait "géant" ou "pitchounet", ou bien l'enfant qui devrait dormir?

SONNO GIGANTE, SONNO PICCINO, de Giusi QUARENGHI et Giulia SAGRAMOLA, pour Topipittori.

Et puis cette photo de famille, en noir et gris, pas très récente, où une "piccina" est à l'abri du papa "gigante" et, à la fois, du frère et de la maman, qui tous sont reliés par leurs bras, mais aussi, ("sonno" ou "sogno"?) par les bras de ce calamar géant, si rose qu'il en devient débonnaire, avec ses yeux rigolos. Voilà, c'est cette couverture qui fait que, au milieu de l'océan de livres de la Foire de Bologne, c'est lui l'élu, c'est lui qu'on ouvre avec une vraie curiosité.

Après, il faut bien reconnaître que le nom deGiusi QUARENGHI pousse aussi à y aller voir. Vous la connaissez, Giusi Quarenghi, qui nous a raconté son enfance dans ce si beau "Io sono il cielo che nevica azzurro". Et ici, alors, de quoi s'agit-il?

A cause de la technique si particulière d'illustration qu'utilise Giulia SAGRAMOLA, on ne peut s'empêcher de commencer par feuilleter tout l'album, en jetant à peine un œil distrait sur le texte.

Sur les pages de garde du début, un ensemble de photos de famille, sépia, grands et petits, dedans ou dehors, années? Cinquante? Sans aucun commentaire. Et voilà qu'on les retrouve, agrandies et retravaillées, à l'aide de couleurs et/ou de collages, et transformées en… comment les qualifier? Scènes surréalistes et poétiques, qui nous emmènent loin du monde photographié, en partant pourtant de lui. Grâce aux moteurs de recherche, vous pouvez voir directement ce que je tente maladroitement de vous décrire. Et sur les pages de garde de la fin, les mêmes photos, mais avec des indications de prénoms et de généalogie. Il y a là les témoignages de trois générations

SONNO GIGANTE, SONNO PICCINO, de Giusi QUARENGHI et Giulia SAGRAMOLA, pour Topipittori.

On peut maintenant repartir du début, et lire le texte, qui est tout léger, deux vers à chaque page, écrits "à la main", comme dans un cahier.

"Questa sera, sul cuscino" (prononcer "couchino") / non trova sonno il mio bambino"

"Ce soir, sur son oreiller, mon petit enfant ne trouve pas le sommeil "(que cette traduction est lourde!) Il s'agit donc d'une sorte de berceuse pour ce petit enfant qui n'est pas au rendez-vous du sommeil. La poésie, et celui ou celle qui la lit, imaginent des endroits où l'enfant aurait pu partir pour échapper à ce rendez-vous. Et nous voilà partis nous aussi dans un monde de délicieux "nonsense". Entre" partir faire un tour (giro – prononcer dji, vous commencez à le savoir)" ou "rencontrer un loir (ghiro – prononcer gui). Entre "regarder une camomille et boire quelque chose qui brille". Chaque page est une découverte. Mais aussi, chaque page est une chansonnette. Et on fait alors le lien entre les images retravaillées et la poésie. Toutes ces hypothèses introduites par un "forse, peut-être" qui ne met pas de limites à l'imagination.

Mais à un certain moment la fantaisie faiblit, les forces de qui veille sur l'enfant aussi, et vient cette prière, illustrée par une photo superbe que je vous laisse découvrir: " sonno gigante, sonno piccino/scivola accanto al mio bambino / prendilo inn braccio, convincilo piano/ dormire di notte non è così strano" : "Sommeil géant, sommeil pitchounet / glisse auprès de mon enfant / prends-le dans tes bras, convainc-le doucement / dormir la nuit, ce n'est pas si bizarre que ça".

Quiconque a tenté d'endormir un petit enfant réticent saura bien de quoi Giusi Quarenghi parle.

Un album sur lequel passer de longs moments, à le lire, à en raconter les images, à le prolonger … A prendre et à reprendre, sans se lasser.

Si vous lisez l'italien, allez voir ces deux textes des deux auteures, intitulés "Cet arc-en-ciel entre la veille et le sommeil –Quest'arcobaleno tra la veglia (prononcer vélia") e il sonno", sur le blog de l'éditeur TOPIPITTORI. Non seulement Giusi y parle magnifiquement du sommeil de l'enfant , mais surtout elles expliquent chacune la genèse de ce travail. Comment, une fois la berceuse (ninna nanna) écrite, Giulia s'en est emparée, l'a intégrée, jusqu'à penser à utiliser ces photos de sa famille qu’elle a détournées. Et qui ont à leur tour enrichi les paroles de la poésie.

Faisant aussi un pont entre les générations, puisque Giulia dédie cet ouvrage à ses quatre grands-parents, et Giusi à son petit-fils tout neuf.

GRAZIE GIUSI, et GIULIA, sans oublier les "Souris qui peignent", iTOPIPITTORI éditeurs!

SONNO GIGANTE, SONNO PICCINO, de Giusi QUARENGHI et Giulia SAGRAMOLA, pour Topipittori.

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