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Publié le 17 Mai 2012

 - INNOCENTI ? Vous avez dit INNOCENTI ?     

    ritratto-muro.jpg    Pour reprendre le contact après tant de temps, il fallait un grand, un vraiment grand.  Roberto INNOCENTI (prononcer "…tché-nti").

Bon nombre d'entre vous le connaissent déjà comme illustrateur du plus toscan des Pinocchio. Ou encore deCendrillon, ou des Contes de Noël, pour ne rien dire de Casse-Noisette. Ou encore, pour ses albums  plus historiques, Rose Blanche,  et l'Etoile d'Erika, seuls traduits en français pour l'instant. Ou le "roman en images" L'Auberge de Nulle Part .

Et à feuilleter ces albums, point n'est besoin de préciser que Roberto INNOCENTI est un artiste exceptionnel, le seul illustrateur italien, à ce jour, à avoir reçu, pour l'ensemble de son œuvre,  le prestigieux prix international décerné, tous les deux ans depuis 1956,  par l'IBBY(International Board on Books for Young People),  le HANS CHRISTIAN ANDERSEN AWARD. C'était en 2008.

Le livre dont je veux vous parler date de 2009. Vous aurez le choix entre 3 versions :

-         la version originale, The House, parue aux USA chez Creative Editions à Mankato (c'est chez eux qu'est sorti, rappelez-vous – 28 décembre 2011 – l'album The Riverbank, In Riva al Fiume), avec un texte de J.PATRICK LEWIS ;

-          la version française, La Maison, traduite de l'anglais par J.F.MENARD  pour Gallimard- jeunesse en 2010;

-          et la même année en Italie, chez son éditeur "historique" La Margherita,, sous le titre de Casa del Tempo, avec un texte de Roberto   PIUMINI  - que vous connaissez déjà, article du 14 janvier 2012-  ORMA RAMO ROMA AMOR de R.PIUMINI et L.SCUDERI

 

.                       CASA DEL TEMPO de Roberto INNOCENTI

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            Dans tous les cas, il s'agit d'un grand album solide (32,5 x 24 cm), organisé en 15 "épisodes". Pour chaque épisode, sur la page de gauche, une toute petite image (deux, exceptionnellement, pour 1942…), accompagnée d'une année (de 1900 à 1999), comme une vision "à travers le trou de la serrure du temps", qui donne le contexte de l'histoire. Elle  est commentée par un texte, en vers, sur la page de droite.  D'habitude, l'illustrateur illustre un texte écrit auparavant. Ici, c'est l'écrivain qui met en mots la situation d'abord dessinée. Et, pour ma part, ce texte est quasiment superflu et "faible" par rapport à la force des images; malgré la poésie des quatrains romantiques de J.Patrick Lewis; même Piumini n'est pas à son aise dans cet exercice.

     Laissons donc l'écrit de côté, les images parlent d'elles-mêmes. Mais de quoi parlent-elles donc?

Un seul texte nécessaire, l'introduction:  "Au dessus de ma porte est gravée 1656, une année de peste, l'année de ma construction. Je fus bâtie de pierre et de bois, mais au fil du temps, mes fenêtres se sont mises à voir et mon toit à entendre. J'ai vu des familles grandir, j'ai vu tomber des arbres. J'ai entendu des rires et le son du canon. J'ai connu des tempêtes, des marteaux, des scies et enfin l'abandon. Puis, un jour, des enfants se sont aventurés dans mon ombre à la recherche de champignons et de châtaignes, et une vie nouvelle m'a été donnée à l'aube d'un âge moderne. Vue de ma vieille colline, ceci est mon histoire du XXe siècle. La maison,  2009 "

     C'est bien elle l'héroïne, la narratrice, cette maison de pierre comme on en voit sur les contreforts de l'Apennin toscan, (mais aussi dans d'autres régions de montagnes méditerranéennes, certainement). En 15 grandes planches occupant toute la double page, toujours  avec strictement le même angle de vue, nous allons suivre l'histoire du XXe siècle à travers les vicissitudes de la maison rebâtie, ré-habitée, rénovée, puis à nouveau abandonnée, puis… à vous de découvrir.

double page

L'idée est magistrale, d'autant plus que Innocenti est ici tout à fait à son aise, cette maison, ces bois, cette terre, il les connaît bien, c'est chez lui (on y retrouve d'ailleurs l'atmosphère de certaines planches des Aventures de Pinocchio). Son style qu'on a pu qualifier d'hyperréaliste va lui permettre de s'attacher à tous les détails révélateurs du temps évoqué – sans jamais, par ailleurs, noyer le regard du lecteur. Et la promenade est infinie, chaque nouvelle "lecture" est l'occasion de nouvelles découvertes,  car il y a :

 -        la maison, qui est rebâtie, puis améliorée selon les aléas de la famille qui s'y installe;

 -       les éléments qui ne changent presque pas : le chemin, en bas de l'image, reliant la maison isolée à un village suggéré par ceux qui en viennent ou y repartent;  le puits ; certains rochers;  les arbres qui perdurent  ;

 -        ceux qui sont abattus, ceux qui sont replantés et poussent au fil des ans;

 -        la forêt alentour peu à peu domestiquée, travaillée en terrasses, cultivée selon les différents besoins des époques;

 -        les humains et les animaux qui vivent et se déplacent dans et autour de la maison, dont les portes et les fenêtres aussi  sont révélatrices;

 -        les véhicules – du char à bœufs  à … la mini 4x4,  en passant par les mulets, les jeeps américaines et la Cinquecento; sans oublier la R4 rouge immatriculée Fi (Florence), héroïne de  L'Auberge de Nulle Part, qui pointe ici aussi son museau. Témoins de la vie qui se déroule hors champ  et dont les échos et les éclats atteignent forcément notre Maison et ses habitants.

Chaque planche est un monde qui raconte ce qui se passe là, et dans la région, et dans le pays. Magistrale leçon d'histoire.

Il faudrait parler aussi de l'usage que fait Innocenti  de la couleur qui nous dit la lumière, selon les heures et les saisons.  Vraiment, c'est un livre qui se dévore des yeux, les mots sont faibles pour le raconter.

Dans le catalogue de Gallimard-Jeunesse, on attribue La Maison à la tranche d'âge "5-10 ans". Où l'on voit que cette habitude d'indiquer un "âge-type" n'est souvent pas pertinente. Ce livre parle à tous les âges, aux adultes autant qu'aux enfants, aux adultes et aux enfants ensemble.

Pour d'avantage d'informations sur Innocenti lui-même, je vous renvoie à une interview très riche sur le site de Prìncipi e Principi qui est, avec La Margherita, l'éditeur italien principal de Roberto.

http://principieprincipi.blogspot.fr/2011/06/una-casa-per-esempio.htm

       Une dernière question : comment se fait-il que des talents de cette envergure soient d'abord édités aux Etats-Unis, avant que les européens ne se décident? Sur cela aussi, et sur le  statut des illustrateurs en Italie, Roberto Innocenti a discuté et s'est publiquement exprimé.

http://sdz.aiap.it/notizie/10636

(Avec mes humbles excuses à ceux qui ne pratiquent pas l'italien ! Ces documents n'ont pas été traduits)

 

Voir aussi cet article du Monde : http://issuu.com/nonodemaubeuge/docs/le_monde_des_livres_montreuil_2009

 

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CASA DEL TEMPO di Roberto INNOCENTI. Testi  di Roberto PIUMINI. 

LA MARGHERITA EDIZIONI. Collana : I LIBRI DI ROBERTO INNOCENTI.

2010. 64 pages.   24 euros

 

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Publié le 2 Février 2012

 

UNE ÎLE DE FEU

 

 

 

     images-copie-3.jpg L'ISOLA DI FUOCO  di Emilio SALGÀRI, illustrazioni di Luca CAIMMI, postfazione di Paola Pallottino
Editore : ORECCHIO ACERBO, collezione Lampi. 

                                               Avril 2011. 48 pages 18€

  

   Vous avez entre les mains un grand livre. Grand, oui, 32cmx24cm, ce qui est peu commode pour le rangement, mais tellement pratique pour les lectures collectives, et tellement beau pour les illustrations !  La couverture cartonnée, selon l'habitude des éditions Orecchio Acerbo, est très robuste, les pages solides, on pourra le feuilleter encore et encore.
Emilio SALGÀRI : l'accent tonique n'est pas de moi, mais bien de l'éditeur qui sait les hésitations, même chez les italiens. Salgari, souvent appelé  en France,  de façon trop approximative, "le Jules Verne italien".  En avril 2011, on fêtait  le centième anniversaire de sa mort, et cet album le célèbre de façon superbe.


   La couverture interpelle, avec cette aquarelle nocturne et ses allusions : pas d'île, mais deux silhouettes sur le pont d'un bateau. Tout en haut de l'image, une lune, pleine et inquiétante dans son halo de bleus dégradés.  Et, entre les deux, pure couleur, la menace d'un feu incompréhensible et une épaisse couche de fumée. Le suspens est lancé.


   Pourtant la première double page (toutes les illustrations seront en double page) est tout ce qu'il y a de plus paisible, le petit vapeur a l'air d'un joujou entre ciel et mer modulant les bleus turquoise. Mais dès la page suivante, une inquiétude s'installe avec l'apparition de deux voiles et d'une fumée  très noire crachée par la cheminée. On cherche donc une explication dans le texte, et ainsi s'installe un va-et-vient fécond entre texte et image.


   Le narrateur est un voyageur, témoin du phénomène étrange, illustré sur la troisième page, au milieu d'un noir d'encre, d'un feu qui sort de la mer et que nous allons retrouver reflété dans un œil (l'œil du capitaine),occupant toute la double page un peu plus loin. Nous suivrons le narrateur dans le bateau et sur le pont tout au long de cette nuit d'angoisse, ses discussions avec le capitaine, les hypothèses faites, les peurs car le bateau est en avarie et ne doit pas se rapprocher trop du feu.

                index.jpg

   Tout cela magnifiquement servi par les planches de Luca Caimmi et ses jeux sur les tons de noir, d'orange puis de jaune, de bleus dramatiques. Intéressants aussi ses cadrages, quelques très gros plans, puis des "zooms arrières" ,  ou de larges vues panoramiques, selon les moments du récit.


   Cependant, dès la cinquième page, nous sommes pris de perplexité : n'étions-nous pas au large de la Nouvelle Zélande?  Pourquoi la carte que le capitaine abandonne sur sa table est-elle une carte du Golfe du Mexique?


    Et ainsi, petit à petit, les images de L'Isola di Fuoco vont raconter une  histoire autre  que le récit du voyageur et de Salgàri. Une histoire très contemporaine qui va donner une "explication" et un sens au phénomène géologique raconté par le romancier turinois.  Il l'avait inventée en s'inspirant de l'apparition d'une île volcanique, au large des côtes sud de la Sicile, en 1831. Ce volcan, émergé en éruption,  disparut définitivement six mois plus tard. Souvent, Salgàri s'est ainsi inspiré de faits réels pour ses romans.
    Seulement, dans le cas de cette version 2011 de L'Isola di fuoco, l'illustrateur "prend le pouvoir" et nous emmène dans des mers très contemporaines, ne craignant pas l'anachronisme, et finissant par un contraste strident entre la fin de l'histoire "officielle" et les dernières images, que je vous laisse découvrir.


    C'est un pari très audacieux qu'a fait, comme toujours, la maison Orecchio Acerbo, et ça fonctionne  tout à fait.


    Un mot de la réussite dans la réécriture de l'histoire : Salgàri a un style très foisonnant, qu'il fallait ici "réduire et adapter". Mais on retrouve cependant la solennité du passé simple et des imparfaits du subjonctif, les  dialogues rapides des moments de tension, les termes "techniques" qui nous font entrer dans l'époque ("le rande", voiles appelées en français, je viens de l'apprendre, "brigantines"; tous les termes pour indiquer les différents types de bruits qui accompagnent l'éruption, la description du feu…).
    Très réussie aussi la mise en page du récit, qui suit (ici deux lignes, là une dizaine, ici en grands caractères , là en plus petits) le suspense de l'histoire.


Encore un livre  qui se prêterait à une lecture -  à plusieurs voix ?


Pour ne pas fatiguer votre attention, je renvoie la présentation de la maison d'édition Orecchio Acerbo au prochain  numéro.


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   A signaler, dans les jours qui viennent, la parution d'une deuxième édition de L'Isola del Fuoco ,  dans la collection Lampi light. Le format est le même, mais le livre est broché, et son prix est de 12,50 €, avec, en prime, un poster grand format d'une des aquarelles du livre. (Sa couverture me plaît moins, cependant).
Pour plus d'informations sur Luca Caimmi , voici son site et la présentation d'un autre livre de lui que je n'ai pas lu, mais qui semble aussi fort beau, une histoire de navire.

 

www.lucacaimmi.net

 

www.topipittori.it/it/catalogo/la-nave

 

NOTA BENE : Magie ou incapacité totale? Une fois encore, les liens n'apparaissent pas, mais ils sont là, si si, placez le pointeur dans "le vide" et vous les verrez apparaître en gris. Cliquez, il sont actifs.


                               
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