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Publié le 31 Octobre 2019

          "... , sans prétention d'exhaustivité aucune ...". Vous vous rappelez cette déclaration initiale de Lectures Italiennes? Elle vaut particulièrement pour ce thème du livre "de voyage".

          Impossible cependant d'évoquer des compagnons de voyage pour les enfants sans nommer 

la PIMPA. Que celles et ceux qui ne connaissent pas la Pimpa lèvent la main!  En Italie, La Pimpa est une institution, sinon une "industrie", jugez plutôt.    Mais comment ne pas être séduits par cette petite chienne blanche à pois rouges,  débordante d'énergie, de curiosité et de courage, inventée en 1975 par le dessinateur Francesco Tullio Altan, dit Altan (le même qui fait des vignettes de satire politique féroce, chaque semaine,  sur les pages de l'Espresso, entre autres nombreuses publications... Les informations sur Wikipedia français sont sommaires, c'est pourquoi le lien est sur la page italienne.).

          Pimpa était effectivement une compagne de découverte idéale, dès 4 ans, et les éditions Franco Cosimo PANINI ont créé la collection CITTÀ IN GIOCO : j'ai à peine besoin de vous la décrire, vous avez tout sur le site: les onze villes visitées, le  contenu qui alterne des planches de BD, et des doubles-pages de découverte et d'activité, les étiquettes auto-collantes à placer sur les différents plans, au fur et à mesure des visites, et même deux cartes postales à envoyer à ses amis, ou une recette locale faisable, "insieme alla mamma".

 

            Ajoutez que le format en cahier de 17 x 33 cm, couverture brochée et une trentaine de pages de papier épais,   le rendent pratique à emporter. Il ne vous reste plus qu'à choisir la ville.

"Buon  viaggio, Pimpa!"                                                                                                             

 

             Et pour finir, c'est un chat qui nous guidera dans les mystères de Gênes, au fil des pages de "una guida curiosa", "curieuse" car insolite, et curieuse car elle stimule notre curiosité. Comment traduire le titre GattoNando  per Genova? Notre guide est le Chat Nando.  Nous devenons chat (gatto) nous aussi, et nous promenons comme lui, en tapinois, "gattonando", justement, sans nous presser, à la recherche de détails qui passent inaperçus au commun des touristes, au ras du sol ou tout en l'air..

            Ce petit livre nourri est un travail collectif: le projet graphique et les illustrations reviennent à Giorgia MATTARESE, et à la photographe Chiara SAITTA, photo et dessin au trait se mêlant de façon drôle et dynamique. Rien que le feuilleter chez soi est déjà partir en exploration.

 

            Cristina LUBRANO  et Walter FOCHESATO, génois D.O.C., me semble-t-il, font le tour de la ville en onze parcours. Chaque étape tient en deux pages, qui s'arrêtent donc sur un détail significatif dans l'histoire de Gênes. Notre exploratrice, notre explorateur ne sont plus des petits comme avec Pimpa, ils ont au moins 10 ans, et sont capables de suivre des informations plus approfondies. Le texte, ou le chat Nando, s'adresse directement à eux, et parfois, une bulle rouge pose une colle.... L'adulte qui les accompagne prendra autant de plaisir qu'eux à ces découvertes, et les génois eux-mêmes seront ébahis. Je dirais même plus: l'adulte pourra "gattoner" sans aucun enfant, la ville s'y prête vraiment, et un seul voyage n'y suffit pas, croyez-moi.

     

                    Enfin le format carré du livre est la juste mesure pour tenir ouvert dans la main (16 x 16 cm), avec ses 96 pages. La couverture cartonnée est très robuste, les chutes n'étant pas exclues ( du livre, pas des touristes).

L'éditeur, FABBRICA MUSICALE,  a fait là, en 2016, un très joli travail qui traverse aisément les années.

P. S. : Vous pouvez lire une analyse plus fouillée de GattoNando per Genova ici.

 

 

          

Même si ce n'est pas "un guide", dès que l'on prononce, désormais,  le mot "viaggio"  s'impose le dernier album que nous a laissé, en 2018,  Gianni DE CONNO, illustrant un texte de Beatrice MASINI : IL BUON VIAGGIO, aux éditions CARTHUSIA. Un grand livre superbe, carré, de 28,5 x 28,5 cm, relié, qui nous offre 36 pages de texte et d'images mêlées.

             On pourrait parler de poème philosophique. Chacun, chacune, peut s'identifier dans ce voyageur énigmatique, toujours vu de dos, qui traverse les paysages oniriques de De Conno, et parle au lecteur, à la lectrice, en s'interrogeant, en l'interrogeant sur ce qu'est "le bon voyage".  Des mots très simples qui emmènent très loin. Il suffit de lire l'incipit:

 

Uno ti dice Buon viaggio                                             Quelqu'un te dit Bon Voyage

quando ti vede andar via                                             quand il te voit t'en aller

pronto per un lungo cammino                                     prêt pour cheminer longuement

per stare solo,                                                               pour rester seul, 

per vedere cose e posti                                                pour voir des choses et des endroits

e persone che non avevi mai visto                              et des gens que tu n'avais jamais vus

per scoprire tesori che ancora non sai.   pour découvrir des trésors que tu ignores encore.

..........                                                                                ................

             Peut-être, avant de choisir "où" aller, d'abord rêver à ce que sera notre "bon voyage". En compagnie de Masini et De Conno. Quand, dehors, il pleut très fort.

 

 

 

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Rédigé par lecturesitaliennes

Publié dans #Temps présent

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Publié le 23 Septembre 2019

 

Ce n'est pas parce que les vacances sont terminées que l'on va cesser de rêver voyages. Anzi, bien au contraire. Je continue donc avec vous ma quête de guides remarquables pour des voyages en Italie avec des jeunes.    

  En visitant le catalogue en ligne de Lapis ( impossible de vous mettre un lien direct, car c'est une adresse en http et non https.... mystères de l'internet, question de sécurité...) , pour voir si les exemplaires de ma bibliothèque étaient encore publiés, j'ai fait quelques découvertes.

  • Pour les plus jeunes, à partir de 6 ans, il y a la collection "A spasso per..." - en balade dans... - pour trois villes  classiques: FirenzeRoma et Venezia.   

On trouve en version française "En promenade à Venise". 

Ce sont des albums de 14,5 x 21 cm, reliés par une spirale bien pratique, et des pages qui s'ouvrent pour des vues panoramiques, comme celle-ci: 

C'est Allegra AGLIARDI qui les illustre, et Alberta GARINI ou Rosaria PUNZI qui ont fait les textes.

 

  •          Pour les plus grands, dès 8 ans -
    on va "à la découverte de...": " I bambini alla scoperta di.....". La collection est devenue un classique du genre, il y a eu de nouvelles éditions, et aussi, malheureusement, des titres qui sont épuisés.

A part le Bologna qui a changé de couverture (mon édition date de...2003) , les enfants

peuvent découvrir Roma,  Firenze, Venezia,  bien sûr,  

 

 

 

mais aussi Milano,  Torino,  San Marino ou Pavia, .  Vous pouvez, ici, feuilleter le guide de Pavia

Ces ouvrages sont, entre autre, très précieux pour la clarté et la précision de leurs informations, sans pédanterie, et avec une bonne dose d'humour. Ils proposent aussi des activités à l'enfant-voyageur.

Verona est malheureusement épuisé, ainsi que quatre autres villes. De même, en français, le Venise .  

La collection est illlustrée par Lorenzo TERRANERA, les auteurs sont divers. Les volumes font 14,5 x 24 cm, ils sont brochés, et ont de 128 à 152 pages.

 

  •           "Pour le POP-UP, y a pas d'âge..." mais on préconise "à partir de 8 ans".  Lapis a repris, en 2014, de charmants petits volumes anglais. On y retrouve Venezia, Firenze et Roma (outre des villes non italiennes). Le guide est un accordéon - 1,50 mètre ouvert - qui raconte sur ses deux faces. Replié dans son coffret de robuste carton, il fait 10 x 11 cm et se glisse facilement dans le sac à dos.  Cette fois,  ce sont uniquement les lieux les plus célèbres, avec une notice succinte mais exacte. On peut l'offrir avant le voyage, pour choisir avec les jeunes voyageurs quoi voir, ou après, pour les souvenirs... Ou pendant, pour repérer les différences entre l'image et la réalité? A chaque voyage son organisation..

 

  •           Mon préféré est cependant un guide-roman, dans la collection Città narrate dont faisait déjà partie Cartoline dall'Italia.   Nous retrouvons Luigi DAL CIN pour le récit, et Pia VALENTINIS pour les illustrations (tapez un nom puis l'autre dans le cartouche "recherche", tout en haut de la page à droite, et vous trouverez les pages qui parlent déjà d'eux dans Lectures Italiennes), accompagnée de Ignazio FULGHESU. C'est le type même du livre qui, quatre ans après sa parution, n'a pas pris une ride, et ce serait bien dommage qu'il soit occulté par la foule de parutions annuelles chez tous les éditeurs.

 

                   Les héros de ce roman, qui se passe non pas "sur", mais "sous" les ailes du vent, Sotto le ali del vento, sont deux jeunes mouettes curieuses, Efisia et Elia - une "fille" et un "garçon - qui vont se laisser guider par le vent au-dessus de la ville de Cagliari, capitale de la Sardaigne comme vous ne l'ignorez pas. Ils sont accompagnés et conseillés par un Zio Capitano, un oncle intarissable - mouette lui aussi - qui ne quitte jamais sa pipe et a un langage aussi coloré que le Capitaine Haddock - ses deux jeunes neveux en sont contaminés, et il y a fort à parier que les jeunes voyageurs ne seront pas en reste dans l'invention des exclamations, "par mille sardines sardes", pour rester dans les plus inoffensives... Les parents-mouettes et une amie corneille, aussi noire que eux sont blancs, complètent la bande. Sans parler d'un mystérieux ancêtre....

                   Le rythme est effréné: en 173 pages et 33 chapitres, le lecteur va faire le tour des richesses de la ville, sans s'y perdre, et sans une seconde d'ennui. Le pari, pour Dal Cin, était risqué: comment rendre compte, pour de jeunes lecteurs, du mille-feuilles historique dont témoigne Cagliari, sans qu'ils s'y perdent ou ne se fatiguent? Et comment maîtriser, quand, comme lui, on n'est pas un "né-natif", une ville aussi riche?

                   Pari réussi sur toute la ligne.

                  D'abord, on sent bien que Dal Cin est tombé lui-même amoureux de Cagliari, puis il a trouvé la façon de transmettre cet amour sans pédanterie. La qualité de la lumière, les variations du vent, la palette inépuisable des couleurs, des odeurs, des bruits sont sensibles à qui n'y est jamais allé. Et si vous vous y êtes promenés, ce sont de vraies retrouvailles. Dal Cin a accumulé et synthétisé à la fois une expérience de la ville et de multiples sources d'information.

                 

  Puis le choix même du point de vue des "visiteurs", ces oiseaux omniprésents dans le ciel de la ville:  ils ont une liberté de mouvement qui manque aux humains, mais que ces mêmes humains peuvent entrevoir à partir des divers points de vue, citadelle ou tours auxquels ils auront accès pendant leurs visites.

 

 

 

                   Cette histoire n'est pas une "visite" de la ville, c'est une quête que mène Elia-aux-mille-pourquoi: sa question la plus philosophique est "D'où vient le vent?", il veut le savoir à tout prix.

Et ses interlocuteurs, à part le Zio Capitano, sont aussi bien les statues des églises que les statuettes des musées (en effet, elles parlent dès qu'il n'y a aucun humain en vue). Et les étapes monumentales sont coupées d'épisodes humoristiques, dont les humains font, en général, les frais, mais sans aucune méchanceté. C'est l'art du conteur Luigi Dal Cin de ménager au milieu d'un récit très riche en informations des pauses - parfois des micro-pauses, juste une expression qui se répète pour caractériser un protagoniste - parfois des rencontres incongrues avec des touristes irrascibles ou des bébés trop familiers avec les oiseaux.

                    Enfin, dès le magistral chapitre d'ouverture où se déroule dans le golfe, au-dessus d'une mer qui semble d'abord idyllique, une bataille féroce entre l'Archange Michel, Lucifer et leurs troupes respectives - "dès lors, cette formation rocheuse fut appelée Sella del Diàvolo, et la baie prit le nom de Golfo degli Angeli" - dès ce début, le fond de mythes et de légendes locales imprègne l'histoire. Et le dernier chapitre clôt l'aventure dans une dimension surréelle, un vol de tous les oiseaux convoqués le long du récit et guidés par le vent, et "Tutti i Cagliaritani allora alzarono lo sguardo a quell'incredibile spettacolo. - Tous les Cagliaritains levèrent alors les yeux sur cet incroyable spectacle . E si accorsero, tutti, che l'azzurro carico del cielo si era ormai condensato in un blu profondo. - Et, tous, ils se rendirent compte que le bleu foncé du ciel s'était maintenant condensé en un bleu profond".

Aussi bien des témoignages directes d'enseignantes que ce que l'on peut lire sur des rencontres de l'auteur avec de jeunes écoliers prouve que c'est un livre qui touche ses lecteurs. Et, comme souvent, les adultes ne sont pas en reste.

Pour plus d'informations et quelques images, il y a la page de 2015 du site de Dal Cin, la possibilité de feuilleter quelques pages,  un petit film de présentation publicitaire, et l'interview faite par un journaliste sarde aux auteur et illustrateurs.  Mais rien ne remplace la lecture du livre.

                    

Il faudrait encore parler de l'art des deux illustrateurs, Pia VALENTINIS et Ignazio FULGHESU, mais je ne veux pas abuser de votre patience. Vous pouvez vous faire une idée d'après les images ici reproduites. Demandez plutôt le livre à votre Médiathèque préférée.....

Sotto le ali del vento de Luigi DAL CIN

illustré par Pia VALENTINIS et Ignazio FULGHESU, éditions LAPIS,   février 2015

184 pages, édition cartonnée, 13 x 18 cm, 10 €

  • EAN: 9788878743793
  • ISBN: 8878743798

A partir de 7 ou 8 ans.

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Rédigé par lecturesitaliennes

Publié dans #TEMPS PRESENT

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Publié le 29 Juillet 2019

Villes, visites, voyages... vous allez m'objecter qu'en juillet-août, ça n'a rien de bien original! Certes, mais ayant fouillé un peu dans ma bibliothèque, j'y ai trouvé de bien jolis livres, et ce serait dommage de bouder notre plaisir. Quitte à ne partir, pour l'instant, que sur les ailes de l'imaginaire.

          Pour choisir la destination à proposer à notre jeune voyageur ou voyageuse, nous pourrions commencer par lui donner un recueil de poésies paru en 2018 chez Lapis: Cartoline dall'Italia. C'est Nicola CINQUETTI  qui est l'auteur des textes, et Desideria GUICCIARDINI celle des illustrations.

La cartolina, la  carte postale perd du terrain, paraît-il, devant les smartphones et autres tablettes, mais enfin on en trouve encore. Et Nicola Cinquetti nous propose, dans l'introduction, "si nous avons en poche une poignée de rimes, pour partager ce que nous avons vu, (nous pouvons) composer une poésie, un fragment après l'autre, et laisser les vers donner un nom aux choses." C'est ce quil fait dans cet album, et il donne envie de faire pareil par la suite.

          De même que le touriste averti regarde par le trou de la serrure de la porte d'entrée de la Villa du Prieuré de Malte, à Rome, pour le plaisir de voir l'énorme coupole de Saint Pierre réduite à un camée parfaitement encadré, de même l'enfant qui lit cet album, et l'adulte avec lui, vont découvrir au fil des pages 56 villes italiennes, par ordre alphabétique, de ALBA à VOLTERRA . Pour chacune, mondialement connue comme Florence ou Venise, ou à découvrir comme Iesi, ou Terni ou Tropea, un détail:        

  • un monument - la fontaine du Carrier à Catanzaro, en Calabre; ou la statue de Garibaldi et son petit trompette, au coeur de Udine, au Frioul - 
  • une spécialité - la noisette de la piémontaise Alba, au-delà de la poésie de son nom, entre "blanche" et "aube";
  • une réalisation : l'Arena dello Stretto, spectaculaire amphitéâtre contemporain ouvert sur le détroit de Messine et les côtes de Sicile au loin, à Reggio Calabria;
  • des ponts, objets de rêve: à Bassano-del Grappa, à  Rimini, à Pordenone;
  • des fêtes: la Processione dei misteri, à Campobasso, en Molise;
  • des milieux naturels: l'étang aux flamants roses de Molentargius, en Sardaigne; ou la blanche falaise de Tropea, à l'extrême extrémité de la Calabre;
  • des oeuvres d'art, célébrissimes: le David de Michel-Ange et celui de Donatello à Florence; un détail des chevaux, dans les fresques de Piero della Francesca à Arezzo;
  • ou plus confidentielles: la Madonna della pappa (la Vierge à la Bouillie) dans le Dôme de Modène, ou ce très drôle portrait de petit garçon rieur et dessinateur, au Museo di Castelvecchio à Vérone.....

Ce ne sont là que quelques exemples, pour vous mettre en appétit.

Nicola CINQUETTI, dans une interview donnée en février de cette année à Salerne, en Campanie, précise dans quel état d'esprit il a composé cet ensemble. Il a dans le passé fait un guide pour les jeunes sur sa ville de Vérone ( nous reparlerons plus loin de cette collection) : "Voilà, pour composer ces nouvelles poésies, j'ai repris le regard que j'avais adopté pour parcourir et redécouvrir ma ville: un regard du bas vers le haut, plein de curiosité...".

C'est le regard qu'a dessiné Desideria Guicciardini ( elle n'est pas inconnue en France),pour sa longue file de touristes lilliputiens qui attendent de pouvoir regarder, à Rome, par le fameux trou de la serrure  reproduit en couverture. Eux n'ont pas sorti leurs appareils de photos ni leurs smartphones, ils attendent de voir. Tandis que tous ceux qui entourent les statues de Florence, tous, sont en train de photographier: visiblement, Desideria souligne qu'ils ne sont pas poètes, pas encore.... il faudra leur offrir les Cartoline dall'Italia....

  

   Et Nicola Cinquetti, encore, pour définir la "poesia per bambini": " La poésie pour enfants ( et plus généralement la littérature pour les enfants), le lecteur enfant peut la comprendre et l'apprécier sans la médiation d'un adulte. Le lecteur adulte, quant à lui, ne peut comprendre et apprécier la poésie pour les enfants que grâce à la médiation de l'enfant qui est en lui".

Il parle aussi d'"émerveillement et de magie", rapelle que "la métaphore n'est ...rien d'autre qu'une magie linguistique", mais n'oublie pas que, au-delà du conte,  de la fable, des comptines, l'enfant est aussi très sensible au jeu de mot, à l'histoire drôle, "la barzelletta"

 

          Ce sont tous ces éléments que l'on retrouve dans nos 56 poésies, très souvent en vers de huit pieds, parfois neuf, qui se prêtent bien à la diction. Pas de ponctuation, une seule majuscule au début : les yeux et la voix sont plus libres de s'appropier le texte. Les rimes sont la plupart du temps 'suivies': vous savez, AA BB CC DD ........ celles que l'on trouve dans de nombreuses comptines, régulières et rassurantes. Parfois aussi 'embrassées',  AABBBBAA, pour Matera, par exemple: elles donnent une musique un peu plus recherchée, ces 'rime baciate' qui, nous dit l'auteur dans sa petite introduction, sont aussi un baiser à la beauté".

          Il y a la fable à morale, comme les récriminations de la plus petite des deux tours de Bologne, qui se plaint de la renommée de sa célèbre voisine, mais souligne que Dante "che fu un poeta sapiente e sognante" (un poète savant et rêveur) n'a nommé qu'elle dans son grand poème.

          Il y a la ronde burlesque des "pedoni di Ferrara", ces piétons qui font du vélo toute la journée, et juste le soir, tard, vont enfin au lit "camminando", à pied.

          Il y a le conte de la maison natale de Christophe Colomb, à Gênes, conté en deux strophes de quatre vers de 11 pieds, forme plus solennelle: una casetta minùscola e strana  (minuscule et bizarre), presque "una casa bambina" qui pourrait s'appeler La Nina, comme l'une des caravelles de Colomb. Et là en particulier, l'illustration synthétise très poétiquement le texte: la page est envahie par les voiles gonflées de la caravelle, d'où dépassent cependant les deux tours de Porta Soprana, et qui s'écartent  à peine pour laisser entrevoir la casetta minuscola.....

          Il y a cinquante six petits trésors, où chacun, chacune, selon sa sensibilité, trouve sa perle, texte et illustration. En voici trois exemples, grâce à la générosité des éditons Lapis que je remercie ici pour ces images.

 

          Un lieu fermé, la bibliothèque du poète Giacomo Leopardi. Son encrier et sa plume d'oie, pour donner naissance à des poèmes que tous les italiens ont lus un jour. Le sujet peut paraître difficile pour des lecteurs enfants. Mais cet encrier "antico" et aussi "bello e bianco di nevaio", d'un blanc de neige, voici que le poète y pêche des poésies, que les pâtés donnent des mélodies, que l'encre noire se transforme en chants qui sont aussi pour nous (nostro est le mot final).

          Les deux murs de bibliothèque pourraient être angoissants, tant ils envahissent le champ.  Mais le bout d'échelle et la jambe de celui qui est à la recherche d'un livre donnent mouvement et échappée. Et sur la page plus toute blanche, "sempre", toujours : début de la poésie la plus célèbre et la plus aérienne de Leopardi, qui évoque une colline, un paysage ouvert au-delà d'une haie... Beaucoup d'entre vous connaissent L'Infinito par coeur, sinon lisez-la vite, en italien ici, et en français là...... Mais surtout, vous comprenez la finesse et la profondeur du travail de l'illustratrice, qui donne corps aux mots sur l'ensemble de la page de droite, toujours, avec un petit rappel graphique sur celle de gauche. - "Comment, Le Poète fait des taches d'encre ? Comme moi?  Ben alors!". Et pourquoi pas suggérer, indépendamment du texte historique, de continuer son propre "Sempre..." ?

          Venezia, Venise! Comment ne pas tomber dans le cliché?

Ni l'auteur ni l'illustratrice ne le font. Cinquetti chante les malheurs de la cité qui, entre pigeons et millions de touristes - sans cyclistes toutefois - , entre acqua alta et sécheresse, supporte tout grâce à la magie de ses reflets; "la città che sembra un sogno", la ville qui est comme un rêve. Là encore, sans doute, vous serez sensibles au caractère onirique des reflets de ces architectures que nous connaissons bien, en vrai ou en photo, au choix des couleurs, du turquoise matinal à l'orange de coucher de soleil, à la présence discrète mais bien réelle des gondoles et des bateaux à moteur, et des dizaines de jambes de touristes affairés sur la "fondamenta"....Plus les trois qui risquent bien de se refléter dans l'acqua alta au bord du texte!

 

          Naples, enfin: voir Naples et mourir? Que nenni!

Le cloître des Clarisses, ses 72 colonnes et ses bancs entièrement recouverts de carreaux de faïence peints, fleurs et fruits sur les colonnes, scènes bucoliques sur les bancs (et une représentation, en abyme, du cloître sur l'un d'eux...) est un lieu de grande paix, qui "éclaire le coeur - il mio cuore si rischiara" . Les rimes sont une variation sur le nom de "Chiara": -ara, -ura, -era, -ori", joyeuse musique qui permet la pirouette finale "vedi Napoli e poi fiori": "des fleurs" au lieu de "tu meurs"...

Desideria a saisi l'essence du lieu, ses colonnes et les couleurs du décor floral et végétal. Mais elle y a ajouté, regardez bien, trois petits chardonnerets, oiseaux fétiches des napolitains. Celui de gauche semble être un motif décoratif, mais ceux de droite volent; et il semble même qu'il y ait un nid sur la dernière colonne de gauche... Que d'histoires à inventer avec nos petits lecteurs!

 

 Cartoline dall’Italia  de  Nicola Cinquetti  e Desideria Guicciardini

Lapis Edizioni   2018                                                                       

 

relié, 120 pages, couleurs,   17,00 €

  ISBN: 9788878746251

à partir de 5 ans

 

 

         La seule chose dont je ne peux vous parler, n'ayant pas eu d'exemplaire papier entre les mains, est la réalisation. Mais on peut faire confiance.....

- "Alors, on part où, d'après toi?" - " On part, on part! A Santà Kiarà! On dirait qu'on jouerait à cache-cache entre les colonnes, avec les chardonnerets...!"

à suivre..............

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Rédigé par lecturesitaliennes

Publié dans #TEMPS PRESENT

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Publié le 14 Septembre 2017

Je m'apprêtais à vous faire part avec joie de la réédition, chez Coccole Books, du livre de Anselmo Roveda, dont le titre original était "E vallo a spiegare a Nino - Essaie donc d'expliquer ça à Nino". C'était en 2011.

Même format, même texte, mêmes qualités. Des caractères d'impression plus lisibles. Un titre aplati, plus immédiatement informatif: " Nino e la mafia".  Dommage. Je ne changerais cependant pas un iota à ce que j'écrivais sur ce livre en juin 2012.

   Et les mêmes illustrations de Gianni DE CONNO, un peu différemment réparties, mais toujours aussi pertinentes, belles dans leur méditation colorée, irremplaçables.

Et voilà qu'Anselmo Roveda nous apprend sur son blog Comeparole, le 8 septembre dernier, la disparition de l'illustrateur. Bien trop tôt. Nous ne verrons plus de nouveaux dessins de lui. Et il n'aura pas vu cette nouvelle édition de son travail.

 

 

Il nous reste son oeuvre, présente autant en France qu'en Italie, et dans tous les pays du monde je crois, tant était grand son rayonnement. Un exemple pour tous: l'extraordinaire grand album Poèmes à la Lune. Mais il y a tous les autres, dont ceux dont je vous ai parlé ici même: Le colleur d'affiches de l'ATTACCHINO, ou la châtelaine de C'ERA LASSÙ AL CASTELLOJ'ai du mal à vous envoyer sur son site, qu'il ne complètera plus. Mais vous y verrez l'ampleur de son travail, et tous les signes de reconnaissance qu'il a reçus pour ses oeuvres. Vous pourrez voyager dans ses planches mystérieuses et poétiques. Et revenir à ses livres, quand vous le voudrez.

 

 

 

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Rédigé par lecturesitaliennes

Publié dans #TEMPS PRESENT

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Publié le 14 Septembre 2017

Non, je ne vais pas vous dire hélaslesvacancesonterminées. Mais pour prolonger la luminosité de l'été, proposons à nos écoliers nouvellement rentrés de drôles d'histoires, façon d'oublier un instant les méfaits de la pluie, du vent et des alertes météo qui affectent l'Italie, et pas qu'elle. S'ils ont entre 9 et 11 ans, ils aimeront les lire seuls, mais vous pourrez aussi les partager avec eux dès 6/7 ans.

 

 

C'est Daniela VALENTE, la vaillante directrice de la maison d'édition calabraise Coccole Books, qui nous les offre. Vous la connaissez déjà : pour ne parler que des livres dont elle est l'auteure (l'autrice, en italien, c'est plus joli, non?), rappelez-vous, le mulet Giardino et sa "vie d'âne". Ou encore la Mamma Farfalla, la maman-papillon.

Ici, ce sont de drôles d'histoires, STRANE STORIE, mais l'important est peut-être DI MARE. Des histoires de la mer. La couverture de Antonio BOFFA se passe d'adjectifs. Nous y reviendrons.

En réalité, ce sont des histoires à l'intérieur d'une histoire.

La narratrice, Giulia, a neuf ans,  sa maison donne sur la plage, et l'incipit nous plonge immédiatement dans l'atmosphère:" Je vis dans un village de bord de mer, où l'odeur des embruns pénètre jusque dans les maisons et parfume les choses" - "Vivo in un paese di mare, dove l'odore di salsedine arriva fin dentro le case e profuma le cose".

Chaque matin, au petit déjeuner, son père et elle racontent leurs rêves, même (surtout?) quand ils sont loufoques. La maman est plus ancrée dans le réel; elle attend un bébé, et Giulia craint la concurrence de ce (ou cette) futur nouveau-venu. Il y a aussi un grand-père (il nonno) qui vit tout près de la famille et raconte à sa petite-fille toute sorte d'histoires, de "drôles d'histoires", justement, dont Giulia n'arrive pas à démêler si elles sont vraies ou pure invention. Elles ont en tout cas la vertu de pacifier la fillette quand elle est inquiète ou triste.

 

 

Il lui raconte l'histoire du Chasseur de Fourmis - Il Cacciatore di Formiche, inspirée par un village en ruines réellement existant, mais aussi  hommage à  une nouvelle célèbre d'Italo Calvino: La formica Argentina;  sans compter le réel problème de l'invasion de la fourmi d'Argentine sur les côtes méditerranéennes.

 

Puis celle de la belle Teresa, napolitaine experte, dans l'entreprise de son père, en feux d'artifices, et de son amoureux calabrais Ciccio venu faire son service militaire à Naples. Le père de Teresa va-t-il laisser partir sa fille? Et c'est "Un amore scoppiettante - Un amour qui fait des étincelles".

 

Et encore l'histoire de Salvatore, l'homme plié en deux - L'Uomo Curvo, qui inexplicablement, sans avoir l'air d'un clochard, vit dans un vieux garage avec une vieille Fiat 600 qu'il sort parfois. C'était un voisin du nonno, et il réserve quelques surprises.

 

 

 

Sans oublier l'histoire du pêcheur qui raconte au grand-père la légende de la rascasse, si laide, mais d'une belle couleur rose, - et si bonne dans la soupe de poissons. Histoire en abyme de la lavandière laide "comme une rascasse", mais avec des yeux superbes, changée en poisson pour échapper à sa vie de labeur. C'est l'histoire de Occhi Bellinom que les pêcheurs siciliens de l'île de Favignana donnent en vrai à une rascasse locale.

 

Quatre histoires mi-réelles, mi-fantastiques : elles enrichissent le quotidien de Giulia, qui nous le raconte à grands traits: le parfum du pain chez le boulanger, qui descend "dal naso alla pancia", "du nez jusqu'au ventre"; les jours de marché en bord de mer où elle accompagne sa mère et observe avec ravissement les goûts, les couleurs, les voix. Puis l'attente de la petite soeur, et comment, petit à petit, grâce à l'attention de ses parents qui l'impliquent dans les préparatifs, elle l'accepte, en idée d'abord, puis en réalité. Et les travaux de jardinage  avec l'indispensable nonno, occasions de vraies leçons de philosophie de la vie: elle ne comprend pas toujours tout, mais ce sont des moments privilégiés pour elle.  Autre moment privilégié, les promenades en bord de mer pour faire des concours de ricochets quand le nonno voit que sa petite fille n'a pas le moral, qu'elle est "storta", littéralement "tordue".Et puis la voisine Clementina, les robes extravagantes qu'elle se coud elle-même et sa riche bibliothèque où Giulia va emprunter de plus en plus de livres avec un appétit croissant.  Et d'autres instants encore, de la naissance de Rossella, la petite soeur, à la mort du grand-père, à ce qui reste de son esprit dans son jardin, et sur son cerisier préféré. Et puis..... vos jeunes lecteurs vous raconteront le reste.

Toutes choses que l'auteure-Giulia raconte avec des mots simples et fluides. On sent que Daniela Valente s'est appuyée sur des histoires vécues, des personnages rencontrés, observés de son regard sensible et attentif.

L'objectif  de Coccole Books, depuis sa création,  est d'offrir à ses lecteurs, quel que soit leur âge, de petits livres de qualité: qualité du papier, clarté et grande lisibilité des caractères, et illustration soignée. Ce programme  a toujours été respecté, pour les Strane Storie di Mare en particulier, dont les illustrations ont été confiées à Antonio BOFFA.

La couverture que vous voyez ici frappe par sa simplicité et sa profondeur théâtrale, l'impression de rêve et pourtant les détails quotidiens - le linge qui sèche, les barques tirées au sec en attente de partir à la pêche, la fillette qui va traverser la placette avec son cerceau. Et toute cette variation de bleu, sommes-nous la nuit? La lune dans le ciel semble le dire. Et l'incroyable petit bateau de papier, objet de rêve lui aussi. Mais peut-être est-ce une île, un rocher, qui sait?

Boffa a très bien saisi l'essence de ce récit, et a réalisé quatre grandes illustrations en double page, pour les quatre histoires.

Vous en avez vues deux plus haut (Merci à Daniela Valente), et pouvez vous faire une idée, d'autant plus qu'elles ne sont pas coupées, comme dans le livre, par la séparation des deux pages. Comme de grandes tapisseries, où les personnages, bien que "à plat", sont pleins de mouvement,  mais dans une sorte de silence rêveur. Même pour l'image des feux d'artifice, qui est ma préférée et que vous découvrirez le jour où vous aurez le livre entre les mains.

STRANE STORIE DI MARE,    écrit par Daniela VALENTE, illustré par Antonio BOFFA,

Coccole Books, avril 2017, 76 pages, 9€,90.

Cette lecture est dédiée à notre amie Hélène R., grande lectrice et passeuse de livres, italiens et français aussi, qui est partie lire dans les étoiles. Adieu, Hélène!

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Publié dans #CONTES, #TEMPS PRESENT

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Publié le 23 Janvier 2017

C'est encore une surprise de la Nouvelle Année. Non seulement l'ami est inattendu, mais encore il vous offre ses aventures en pas moins de six langues: italien, allemand, anglais, bulgare, espagnol, français. Chaque fois dans une version bilingue....

Mais procédons par ordre!

 

 

 

 

 

L'ami inattendu, c'est Léo, l'araignée ( en italien, "Leo, il ragno") qui joue dans l'arbre au- dessus de la fourmillière de Véra, la jeune fourmi très curieuse. La sympathie est immédiate, et ils se mettent à jouer ensemble.

 

 

Mais les grands ne l'entendent pas de cette oreille. Fourmis soldats ou maman-araignée, tous défendent aux deux amis de se retrouver, car " Les fourmis et les araignées sont différentes" ou encore: "Elles ne sont pas comme nous".  Des deux côtés, on casse sévèrement l'élan de leur entente.

 

 

Il faudra une inondation et le risque de mort pour le peuple des fourmis pour que les grands se laissent convaincre d'aider et de se laisser aider.

 

 

 

Et les préjugés seront dépassés; les jeux et les activités communes de Véra et Léo pourront reprendre sous le regard bienveillant de leurs aînés.

L'histoire est simple, immédiatement accessible, et répond très directement au but de son auteur, Stefano MONTANARI : " Un conte sur la différence, qui entend aider les enfants à concevoir le respect de l'autre".

Stefano MONTANARI, nous dit la notice du livre, travaille depuis plus de vingt ans dans le domaine des droits de l'homme, et notamment ceux des enfants. A travers l'éditeur florentin  MULTIMAGE, UN AMI INATTENDU - UN AMICO INATTESO  inaugure une collection qu'il a intitulée L'Isola che c'è  (L'île qui existe, en contrepoint à celle de Peter Pan,  L'isola che non c'è, chanson célèbre du napolitain Edoardo Bennato).

 

Le style des versions italienne et française manque peut-être encore un peu de souplesse, mais ce péché véniel est largement compensé par la verve des illustrations de Mauro CICARÈ,  vous le constatez sur les reproductions que vous avez sous les yeux. Merci pour la possibilité de les reproduire ici.

Le soin de l'édition est à signaler, tant pour la  qualité des images que pour la lisibilité du texte, dans un format facile à partager à l'occasion d'une lecture à haute voix (20,50 x 32,50 cm).

Mais la vraie originalité de cette lecture est que chaque livre est bilingue, dans toutes les combinaisons possibles (ou presque...)  des six langues que je vous signalais au début. Contrôlez sur le site de l'éditeur.  Une aubaine pour les bibliothèques.

Et, une fois n'est pas coutume, voici les librairies où vous pourrez retrouver Un ami inattendu, dans la combinaison de langues que vous souhaiterez, en Italie, en Allemagne et en France:

En Italie:

- Macerata : Bottega del libro

- Rome: Explora - Il Museo dei Bambini di Roma.

En Allemagne:

-  Freiburg: Jos Fritz  Buchhandlung

- Kehl: Buchhandlung Baumgärtner

En France:

- Strasbourg:   -  La Bouquinette

                        -  Librairie du Monde Entier

- Schiltigheim:   Librairie Totem.

Alors, faites jouer vos enfants avec Véra et Léo !

UN AMICO INATTESO, texte de Stefano MONTANARI, illustré par Mauro CICARÈ,

Multimage 2016                36 pages                12 €

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Rédigé par lecturesitaliennes

Publié dans #A VOIX HAUTE, #TEMPS PRESENT

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Publié le 13 Juillet 2016

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016

Chose promise, chose due. Le 29 mai dernier, je vous donnais le nom de Simona MULAZZANI, qui recevait le prix de "meilleur illustrateur/trice 2016" grâce à son album Storia di Goccia.

Il est grand temps que vous ayez les noms des autres vainqueurs. Comme d'habitude, je renvoie ceux qui maîtrisent la langue italienne directement au site du Premio Andersen.

Une fois encore, le jury a aidé par ses distinctions tous ceux qui, professionnels ou amoureux, s'intéressent à la littérature de jeunesse, pour qu'ils s'y retrouvent dans la grande forêt des oeuvres publiées. Vous remarquerez que les destinataires de ces prix ne sont de loin pas qu'italiens.

Merci à Andersen pour les images qui illustrent ce post. Vous reconnaissez dans la bannière de cette 35ième session la "patte" de Gek Tessaro.

Vous ne trouverez ici "que" les prix pour les livres, mais il y a aussi ceux pour "le meilleur projet éditorial", "la meilleure création numérique", celui pour " les protagonistes de la culture pour l'enfance" ( avec, entre autres, cette récompense remarquable aux "bibliothécaires tenaces" qui résistent contre vents et marées aux diffficultés administratives de tous ordres ), et le prix "Gianna e Roberto Denti" à la librairie de jeunesse de l'année.

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016
  • Meilleur écrivain:

Patrizia RINALDI,

" pour le raffinement et l'intensité de son écriture, convaincante et précise. Pour la route qu'elle suit, où la prudence n'exclut ni la ferveur ni le travail, qui tisse l'écriture pour l'enfance et la production narrative pour adultes. Pour sa façon délicate et sensible d'aborder des thèmes en rien faciles, tout en nous offrant une ligne qui reste souriante et une représentation pleine de vie du monde des jeunes".

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016
  • Meilleur illustrateur/trice :

Simona MULAZZANI

Se reporter à l'article précédent.

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016
  • MEILLEUR LIVRE 0/6 ANS :

Sulla collina de Linda SARAH, illustrations de Benji DAVIES, éditions EDT - Giralangolo.

" Pour la simplicité d'un récit centré cependant sur les grands thèmes de la croissance d'un enfant: de l'amitié à l'importance du jeu, de la jalousie au partage. Pour une représentation de la nature délicate et lumineuse. Pour la beauté et la vivacité des dessins de Davies".

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016
  • Meilleur livre 6/9 ans:

Lotta combinaguai de Astrid LINDGREN, illustrations de Beatrice ALEMAGNA, éditions Mondadori.

"Pour une petite série de récits frais et amusants, qui nous offrent un portrait de l'enfance plein de vie.Pour le rythme parfait et persuasif de la narration. Pour les illustrations chaudes et joyeuses de Beatrice Alemagna qui réussit à rendre à la perfection le monde de l'auteure de Fifi Brindacier".

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016
  • Meilleur livre 9/12 ans :

Le avventure di Jacques Papier, de Michelle CUEVAS, éditions De Agostini

" Pour une histoire qui trace, avec rythme et vivacité, un parcours de formation insolite et convaincant. Pour la voix du protagoniste, capable de raconter, de façon ironique et fort bien argumentée, la dimension émotive profonde de son chemin vers l'autodétermination. Pour une narration fluide et divertissante, qui côtoie avec bonheur la frontière entre réalité et imagination".

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016
  • Meilleur livre pour les plus de 12 ans :

Melody de Sharon M.DRAPER, éditions Feltrinelli.

" Pour la capacité de briser la barrière qui sépare le lecteur de l'héroïne, enfermée dans un corps immobile , en en restituant, avec délicatesse et une précision mesurée, les sentiments et les émotions. Pour la volonté d'éviter tout pédagogisme, mais avec la ferme intention de raconter une histoire de victoires et de défaites, en un témoignage linéaire et apaisé".

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016
  • Meilleur livre pour les plus de 15 ans:

Reato di fuga, de Cristoph LEON, éditions Sinnos.

" Pour une histoire capable d'ébranler, d'indigner et de représenter, sur un ton aussi délicat que laconique, une situation émotivement limite. Pour l'écriture, de grande tenue, prenante, qui fait réfléchir, loin des solutions évidentes et des déviations angéliques, qui met au centre la réflexion sur l'esprit de responsabilité".

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016
  • Meilleur album illustré:

Il cavaliere Panciaterra de Gilles BACHELET, éditions Il Castoro.

"Pour le comique irrésistible d'une histoire inattendue et pleine de vivacité. Pour la beauté secrète et délibérée des images pleines d'échos et de citations qui en font un "livre pour tous". Pour la leçon implicite autour des thèmes de la stupidité et l'inutilité de la guerre."

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016
  • Meilleur livre jamais récompensé :

Una strana creatura nel mio armadio, de Mercer MAYER, éditions Kalandraka

" Pour le retour important et attendu d'un petit classique des albums illustrés. Pour les illustrations raffinées qui, par leur trait riche et évocateur, créent un rapport admirable avec le texte. Pour une histoire légère et finalement souriante, capable de charmer et d'inviter à la réflexion."

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016
  • Meilleur livre de vulgarisation :

Mini. Il mondo invisibile dei microbi, de Nicola DAVIES, illustrations de Emily Sutton,Editoriale Scienza.

" Pour l'approche très inhabituelle qui, une fois encore, caractérise le parcours de vulgarisation de cette auteure. Pour le bonheur plein de brio et de conviction des illustrations. Pour la variété des solutions graphiques qui caractérisent les pages, où elles s'entrelacent avec la partie écrite."

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016
  • Meilleur livre réalisé dans les règles de l'art :

Lei. Vivian Maier, de Cinzia GHIGLIANO, éditions Orecchio Acerbo.

" Pour la beauté intense et raffinée des illustrations. Pour leur capacité d'évocation qui fait parler le travail singulier de cette photographe méconnue. Pour l'originalité indiscutable d'une solution narrative qui nous restitue pleinement le talent d'une grande illustratrice et dessinatrice de BD."

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016
  • Meilleur livre en bande dessinée :

I diari di Cerise. 1. Lo zoo di pietra, de Joris CHAMBLAIN et Aurélie NEYRET, éditions Panini Comics.

" Pour la capacité d'utiliser de façon originale diverses formes narratives qui s'intègrent bien et contribuent à impliquer le lecteur dans un récit très soigné. Pour avoir créé un personnage à la fois désinvolte et profond, qui reflète de façon cohérente tous les aspects de la croissance et de l'adolescence. Pour l'honnêteté envers le lecteur dans la façon de décrire le quotidien, ce qui arrive dans la vie et les façons de l'affronter."

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016
  • Prix spécial du jury :

Un chilo di piume, un chilo di piombo, de Donatella ZILIOTTO, illustrations de Grazia NIDASIO, préface de Bianca PITZORNO, éditions Lapis.

" Pour l'importance du retour d'une oeuvre à bien des égards fondamentale dans l'histoire récente de notre littérature de jeunesse. Pour le soin passionné et attentif réservé à l'édition, qui rend au mieux les dessins magnifiques et mordants de Grazia Nidasio. Pour un regard inhabituel et vrai sur la guerre et sur comment on peut et on doit grandir et affronter le monde."

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016

N'est-ce pas une belle palette? Il n'y a plus qu'à choisir.

Merci,Andersen !

Bonne lecture à vous!

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Publié le 29 Mai 2016

Parmi les vainqueurs du Premio Andersen 2016: Simona MULAZZANI
Parmi les vainqueurs du Premio Andersen 2016: Simona MULAZZANI

Ce samedi 28 mai 2016 s'est déroulée à Gênes la 35ième édition duPREMIO ANDERSEN, le prix italien du livre de jeunesse dont je vous ai parlé les années précédentes.

Vous en aurez un panorama complet un peu plus tard, mais aujourd'hui, honneur à Simona MULAZZANI et aux éditions IL CASTORO.

L'illustratrice a en effet reçu le prix Meilleur Illustrateur/trice 2016, avec la motivation suivante:

" Elle est depuis longtemps l'une des voix les plus remarquables et les plus représentatives de notre illustration.Pour l'originalité peu commune de son trait à la fois doux et élégant, clair et d'une grande puissance évocatrice. Pour sa rigueur professionnelle et le soin qu'elle réserve à chaque commande éditoriale, pour son attention constante à se glisser dans les plis du texte".

Et si je vous en parle, c'est que vous la connaissez: allez donc revoir L'Histoire de Goutte et de Flocon, ce janvier 2016.

Brava, Simona!

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Publié le 27 Janvier 2016

Photo de Mara Pace pour l'exposition réalisée par la revue Andersen "Leggevo che ero".

Photo de Mara Pace pour l'exposition réalisée par la revue Andersen "Leggevo che ero".

Dans la longue liste des personnes remarquables qui nous ont quittés en ce janvier 2016, Lectures Italiennes se devait de citer Gianna VITALI. 

J'emprunterai ces quelques mots à Donatella Trotta sur le quotidien Il Mattino du 14 janvier.

Gianna Vitali a été, avec son compagnon de vie et de travail Roberto Denti, la fondatrice de la LIBRERIA DEI RAGAZZI à Milan.  On était en 1972. C'était la première librairie spécialisée de jeunesse de toute l'Europe Continentale (L'Angleterre avait déjà commencé). Un pari dont le récit est devenu célèbre, comme le racontait volontiers Roberto:" Ce fut une histoire d'amour et une idée bizarre : - Et si on ouvrait ensemble une librairie rien que pour les enfants? Tu en penses quoi, Gianna ? - Jamais entendu une idée aussi farfelue...on commence quand?". 

Il est difficile pour nous aujourd'hui, qui avons tous (presque tous) une librairie de jeunesse à portée, d'imaginer l'aventure que ce fut. La Libreria dei ragazzi grandit, prospera, essaima, point de référence et de formation pour les nombreuses nouvelles librairies de jeunesse de toute l'Italie.

Et après le décès de Roberto Denti le 21 mai 2013, Gianna Vitali continua le travail avec son incomparable vigueur et son intelligence précise. Quiconque l'a ne serait-ce que croisée dans les allées de la Fiera del Libro per Ragazzi de Bologne garde à l'esprit son regard pétillant et ses interventions pénétrantes et ironiques.

Les témoignages sont nombreux, vous les trouverez aisément sur le web. Je garderai, parmi toutes, cette affirmation que "c'est grâce à eux (Gianna et Roberto) que la littérature de jeunesse, en Italie, est sortie des salons et des sacristies".

 Et l'aventure continue ! Addio Gianna.

Un adieu à Gianna Vitali

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Publié le 24 Juin 2015

        Si je vous dis " FEDERICO"?

J'entends une voix qui s'écrie "De Montefeltro!": vous revenez de Florence et vous avez vu aux Offices son incroyable portrait par Piero della Francesca. Une autre voix :"Frédéric II - de Souabe!": vous êtes fascinée / fasciné par l'étonnant château de Castel del Monte, dans les Pouilles. Mais une protestation domine:- Mais non, enfin, voyons, Federico! Fe-de--co! Quel autre Federico que Fellini? Federico Fellini de Rimini, de La Strada, de Amarcord... et pas seulement!".

Eh bien oui, si je vous avais dit d'emblée que   EVA MONTANARI est née et vit à Rimini; si je vous avais d'emblée montré la couverture de l'album que nous lisons aujourd'hui, à peine entrés en juillet, vous n'auriez eu aucune hésitation, c'est bien de  FELLINI qu'il s'agit.

- Mais - objecterez-vous -, nous sommes bien dans des lectures "de jeunesse"? C'est bien un album "pour les enfants"?

- Mais oui, c'est un album "de jeunesse"; l'éditeur;  KITE EDIZIONI indique "à partir de six ans", mais toute lectrice, tout lecteur qui aime le cinéma de Fellini le lira avec délices.

 

FEDERICO  et Eva MONTANARI

        C'est l'histoire de ... PINOCCHIO, oui, vous avez bien lu, Pinocchio qui, sur le chemin de l'école, avec son abécédaire sous le bras, se perd dans le brouillard, entend une musique de cirque, des fifres et des tambours,  trouve une maison où se donne un spectacle de marionnettes, entre en laissant son abécédaire dans le panier où l'on met son obole. La pièce est pleine d'enfants, le rideau du théâtre de marionnettes s'ouvre, et voici Arlequin et Polichinelle qui font rire le public aux éclats. A la fin du spectacle le narrateur se prépare à sortir lui aussi quand les marionnettes réapparaissent et l'interpellent :"- Pinocchio, tu es enfin arrivé à Rimini"! Pinocchio est abasourdi, et le lecteur aussi.

Car jusqu'à présent, il ne savait pas le nom du narrateur (qui, lui-même, l'ignorait).Il avait bien reconnu, sur les illustrations, la marionnette au long nez de bois, mais cette longue écharpe rouge autour du cou? Et ce petit chapeau mou sur la tête?  Et Rimini?

Et voilà (on a tourné la page) qu'apparaît le marionnettiste, un jeune garçon avec... une écharpe rouge autour du cou et un petit chapeau mou sur la tête, qui connait Pinocchio lui aussi, et s'appelle - FEDERICOOOOOOOO - dit une voix qui vient d'une autre pièce.

Entre la promesse de lui apprendre à lire que lui fait Federico, et les grandes assiettées de "profumàta pàsta al pomodòro", ces pâtes à la tomate de la maman (qui a de légers reflets bleus dans les cheveux) Pinocchio s'installe. Il a pris Federico au mot, il veut lui aussi devenir un petit garçon en chair et en os, et grandir comme ce Federico, insaisissable menteur (mais son nez à lui ne s'allonge pas quand il ment) qui abandonne bientôt sa mère et son nouvel ami pour s'en aller à Rome.

FEDERICO  et Eva MONTANARI

        Cette rencontre si improbable secoue Pinocchio, et à sa suite les lecteurs. La marionnette désemparée finit par reprendre son errance qui va la mener dans un monde mystérieux de musique et de spectacles, un cirque hors du temps, aux échos de "cirque du Pays des Jouets" où il est transformé derechef en âne. Puis dans le ventre du Requin qui l'a avalé, un autre spectacle de couleurs et de lumières, "l'endroit le plus merveilleux, le plus stupéfiant, le plus effrayant" qu'il ait jamais vu. Et il va se retrouver assis dans un profond silence, à appeler des prénoms qui ne nous sont pas inconnus - Marcello, Anita... Giulietta!

      Il a découvert le monde magique du cinéma. Et le lecteur retrouve avec lui l'émotion de la projection, du cône lumineux dans l'obscurité de la salle, que le monde de la vidéo et du home cinéma nous ont un peu fait oublier.

FEDERICO  et Eva MONTANARI

        EVA MONTANARI, qui a entièrement conçu cet album, texte et images, raconte très bien sa naissance ( c'était en octobre 2014) sur son blog. Comment l'omniprésence du réalisateur dans la mémoire riminaise, ce que l'on sait sur sa lecture de Pinocchio, le théâtre de marionnettes que lui avaient offert ses parents, son escapade (imaginée?) avec un cirque  se sont imposés à elle pour faire un album.

Publié, certes, par un éditeur de jeunesse. Mais, je le répète, destiné à être lu et regardé à toute sorte de niveaux différents. Pour les enfants, une promenade onirique à la suite d'un Pinocchio qu'ils reconnaissent mais qui les étonne, les émeut, les effraie puis les rassure.

Pour les adultes amoureux de FELLINI, chaque double-page est un régal. Nous y retrouvons, personnalisés par la main de Eva Montanari, les personnages, les silhouettes, les ambiances brumeuses ou la plage au petit matin de Huit et demi. Elle a réussi à transmettre fidélement dans ses dessins le monde de Fellini (qui lui-même dessinait beaucoup avant de réaliser ses films), tout en en donnant une interprétation personnelle qui renouvelle le plaisir de la lecture.

Et puis ils sont tous là: Gelsomina-Giulietta, la Gradisca, les pensionnaires et leurs pélerines, le Cheik Blanc sur sa balançoire, même Casanova, et puis, magistral, le bateau Rex qui passe au loin sut la mer, salué par les petites barques, (tandis que Pinocchio essaie de se noyer, mais heureusement, un pantin flotte tout seul).

Et puis, et puis... le reste, comme d'habitude, je vous le laisse découvrir par vous-mêmes.

FEDERICO  et Eva MONTANARI

Il faut saluer ici le travail des éditions Kite, qui ont d'ailleurs une filiale française, PassePartout éditions. Federico est un album courageux d'un point de vue éditorial, nul doute qu'en un an déjà il n'ait fait beaucoup de chemin. Bonne route encore!

UN GRAND MERCI A L'EDITEUR POUR LES ILLUSTRATIONS REPRODUITES ICI. 

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Rédigé par lecturesitaliennes

Publié dans #TEMPS PRESENT

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