Luisa MATTIA aux éditions LAPIS: 2 - COME IN UN FILM

Publié le 20 Septembre 2020

 

     

        

  Cette fois-ci, il nous faudra peut-être changer notre façon de  lire. Aborder l'album comme si nous étions la petite fille de la couverture, sans nous arrêter sur le titre, ni sur les dédicaces. Entrer directement dans l'histoire, comme si nous étions Nina à la jupe rose, et sa balle rouge Nanì. Elles  savent còrrere, saltare, rotolare, rimbalzare - courir, sauter, rouler, rebondir, ne se quittent presque jamais, et vont se retrouver dans de drôles de situations.

          Tout ça, "c'est la faute à la balle", ou plutôt non,  la faute de cette vitre qui se trouvait sur la trajectoire de la balle et qui a cassé, forcément. Nina est entrée juste pour la récupérer, et s'est retrouvée dans un drôle de lieu, avec de drôles de personnes.  

          La balle devient un lien entre elle et celles et ceux qu'elle rencontre. L'un a l'air de la lui confisquer, un autre la ramasse et la lui rend, la balle saute dans une vieille camionnette qui démarre, heureusement pas bien vite. Nina court après, suivie de la dame qui l'a consolée un moment auparavant (on l'avait maquillée comme un clown, et elle a horreur du maquillage); la camionnette s'arrête brutalement, mais Nina a déjà récupéré sa balle et roule avec elle par terre...

          ...pour se retrouver aux pieds d'un...gigante GIGANTESCO...un géant dont l'attention va être détournée par ... un tizio con i sàndali, una tunichetta di pelle che gli copriva le mutande e la… spada in mano! - un type en sandales, une petite tunique de peau au ras des fesses, et... une épée à la main!

          Si bien qu'elle commence à s'étonner de ce pays où tout le monde est déguisé, comme si c'était tout le temps Carnaval.

          Avec tout ça, elle ne sait toujours pas où est la sortie, et elle va encore rencontrer un motocycliste qui veut l'emmener au(sic) Kansas City, un cow-boy (un pistolero, c'est mieux...) à cheval, et toujours pas de Palla Nanì, sa balle rouge un peu désobéissante en l’occurrence.

          Grosse émotion, inquiétude, peur même, que Nina combat en chantant des airs qu'elle invente. Puis joie de retrouver sa balle entre les mains de deux messieurs très rigolos  avec qui elle commence une folle danse, avant que cette infatigable Palla ne se sauve à nouveau.

          Nouvelle course poursuite qui l'amène dans une "sorte de grand champ", une "piazza", où se sauve un bonhomme  qui court, saute, tombe et roule ... comme une balle,  poursuivi par un taureau énorme qui a l'air d'aimer jouer à la balle. Nina lui lance donc sa balle rouge, et la voilà elle aussi à courir derrière eux. Mais elle trouve monotone de tourner ainsi en rond...

          ... Vous pourrez découvrir par vous-même la suite: sachez qu'il y aura un autre géant gigantesque, la balle qui s'envolera très très haut, une "mamma" (pas la sienne) qui lui donnera un goûter (de pain et de sucre). Et, quand Nina et Nanì parleront de rentrer, elle appellera  ("Marcello, cam iar!" ...) un "uomo bello, con sciarpa rossa e cappello - un homme, beau avec son écharpe rouge et son chapeau" qui lui offrira un album...

          Fin de l'histoire. Et dire qu'elle  voulait "juste reprendre sa balle!".

Nina a vécu des aventures, des émotions diverses, comme dans un rêve. La bambina ou le bambino qui ont partagé son histoire avec vous qui lisiez  vont commencer à se poser et à vous poser des questions.

 

          Et c'est là que vous allez enfin pouvoir vous abandonner à votre jubilation de cinéphile, comme l'ont fait Luisa MATTIA et l'illustratrice Daniela TIENI. Il n'est que de lire leurs deux dédicaces:

- "Aux petites salles de quartier qui m'ont révélé la beauté du cinéma", pour Luisa, et

- "A' tous les réalisateurs qui ont su m'emmener ailleurs", pour Daniela.

          Nina n'était pas dans un rêve, mais bien "comme dans un film". Dans des studios de Cinecittà qui auraient aboli le lieu et le temps.... Vous allez reprendre, un moment rien que pour vous, les épisodes les uns après les autres, et vous amuser à identifier les rencontres de Nina. Certaines sont évidentes - lampanti -  comme le Charlot ci-dessus - oui, mais dans quel film? -. D'autres le sont moins, et c'est un des charmes de ce petit livre. Rassurez-vous, dans l'album qu'offre Marcello, l'uomo bello, con sciarpa rossa e cappello à Nina, il y a la clé de toutes les apparitions - mais pas le titre des films, il faut quand même vous laisser des occasions de recherche, non?

          Ensuite, selon l'âge, la curiosité, la culture cinématographique des jeunes lectrices et lecteurs, votre propre envie de partager, les stratégies seront diverses. Et certains, certaines, s'empareront de Come in un film sans avoir besoin de votre médiation. Les sites de libraires disent "à partir de 7 ans", mais la palette est bien plus large, je pense.

          Luisa Mattia y fait allusion dans un entretien accordé à TV2000 le 9 mars 2020: si elle a été enchantée dans son enfance par la magie du cinéma, le noir dans la salle, l'image et le son qui envahissent l'espace, et en même temps la communion avec tous les spectateurs - je ne peux m'empêcher de vous renvoyer, une fois encore, au précieux "Viva la libbertà", l'autobiographie de son enfance dont je vous parlais précédemment, et où un chapitre, savoureux, est consacré, justement, al cìnema -, pour beaucoup de jeunes d'aujourd'hui, le film se regarde sur un écran individuel, télé ou portable, ou smartphone.

          L'album Come in un film recrée la magie du cinéma en salle, en faisant entrer dans des scènes célèbres du cinéma du XXe siècle, sans idées préconçues.

          Grâce à la capacité de l'auteure de s'identifier avec son héroïne et de nous faire apprécier sa vivacité, son indépendance, son imparable logique: en particulier dans de courts moments de pause, les "pensierini", terme difficilement traduisible. C'étaient (est-ce toujours?), dans les premières classes du primaire italien,  de mini-rédaction d'une phrase ou deux, dont la maîtresse donnait le thème,  et qui avaient souvent une connotation moralisatrice. Nina, pour faire le point dans cette avalanche de surprises, se met à faire elle aussi de ces mini-réflexions, qui sont imprimées en rouge, avec indication de "fin" avant de reprendre le récit.

 

 

          Et grâce, tout autant, aux images créées par Daniela TIENI pour donner corps à l'histoire.  Vous pouvez apprécier, sur son site, presque toutes les illustrations de Come in un film. Ce qui frappe, c'est la variété des atmosphères, grâce à la variété des techniques utilisées; le mouvement partout présent; les couleurs parfois éclatantes - le cheval blanc du pistolero, l'habit chamarré du toréro qui fuit - parfois mystérieuses comme un rêve - la balle rouge dans l'espace noir, puis la même balle rouge au-dessus du superbe taureau noir -, parfois simplement réalistes (presque...) - la scène de la mamma-Sophia Loren entourée des enfants qui jouent dans la rue.

Pour les cinéphiles en herbe et les inconditionnels du grand écran.            

Come in un film, de Luisa Mattia, illustrations de Daniela TIENI

Editeur : Lapis        Collection: Lapislazzuli     février 2020

Relié, 46 pages, format: 26 x 26 cm, 14,50€

ISBN 9788878747432

 

Toujours un grand merci à LAPIS pour les images ici reproduites.

 

Post-Scriptum 1: "Luisa Mattia aime l'été et le cinéma..." Le titre "Racconti d'estate", est-ce un clin d’œil au film franco-italien de 1958 ... Racconti d'estate (en français Femmes d'un été) où les acteurs principaux ne sont rien moins que Alberto Sordi, Michèle Morgan et Marcello Mastroianni....?

Post-scriptum 2: Puisque nous parlons de cinéma italien en France, n'oubliez pas que c'est l'époque des deux festivals: celui d'ANNECY à partir de demain et celui de VILLERUPT dans un mois. En liens, les différents programmes.

Post-Scriptum 3: Cet article est le centième paru dans Lectures Italiennes. Un remerciement ému à Chantal R. qui me mit le pied à l'étrier en 2011...

"FIN DES POST-SCRIPTUM ( scripta?)"

         

Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #A VOIX HAUTE

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