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Teresa PORCELLA et/est Maria MONTESSORI: "Aiutiamoli a fare da soli".

          Essayez de faire cette expérience: demandez autour de vous:- "Maria Montessori, ça vous dit quoi?"...   - " C'est le nom d'une école, les enfants de mes voisins y vont". - " C'est une école de riches!...". "Ben non, pas tellement...". - "C'est une italienne, avec ce nom-là ?...". - "C’est une méthode pédagogique...". - " Y a des livres et du matériel montessori...". Rarement des réponses plus informées, bien que ce ne soit pas l’ignorance totale. Et d'ailleurs, moi-même, qu'en sais-je vraiment?

          Ce n'est pas pour rien que les éditions Editoriale Scienza - nous en avons déjà parlé ici - ont demandé à Teresa PORCELLA -idem- de se pencher sur Maria MONTESSORI pour leur collection Donne nella Scienza. Une collection qui présente, aux jeunes lectrices et lecteurs à partir de 11 ans, des scientifiques femmes, pas toujours aussi célèbres que Maria Montessori. Autre particularité de la collection: les auteures et les illustratrices, toutes féminines. À Donne nella Scienza a été attribué, en 2018, le prix Andersen de la meilleure collection de vulgarisation : Premio Andersen 2018 come miglior collana di divulgazione.    

Les biographies de Maria MONTESSORI ne manquent pourtant pas, dans de nombreux pays. Mais celle-ci s'adresse, en priorité, donc, aux jeunes à partir de 11 ans. Et comme souvent, les adultes y trouveront aussi de l'intérêt.

L'auteure s'était déjà approchée de Maria Montessori, dans le passé, pour l'éditeur RAFFAELLO, sous la forme d'un petit roman "giallo", policier, qui impliquait des jeunes d'une école Montessori: I ragazzi Montessori. Vous pouvez en savoir un peu plus ici.

Cette fois, il s'agit bien d'une biographie. Teresa PORCELLA ne cache pas qu'elle a fait de longues recherches, y compris dans les diverses biographies existantes, pour tâcher de rendre à cette femme "médecin, pédagogue, philosophe et neuropsychiatre infantile", devenue certes mondialement célèbre, mais pas toujours dans le respect de sa pensée, pour lui rendre, oui, justice. Le texte n'est pas sorti, telle Athéna du crâne de Zeus, tout armé du clavier de l'auteure, surtout si l'on tient compte de l'âge du public qu'il lui fallait intéresser. " Finalement, dit-elle quand on le lui demande, je me suis appuyée essentiellement sur les journaux intimes de Maria Montessori et sa correspondance avec une de ses élèves les plus proches, Giuliana Sorge, amplement cités dans ce que je considère comme la meilleure biographie italienne de la pédagogue, celle de Grazia HONEGGER-FRESCO chez l'éditeur Feltrinelli."

          Le sous-titre, vous le voyez ci-dessus, précise "Maria Montessori si racconta". L'auteure a pris la voix de son sujet, pour s'adresser directement à son public. En onze chapitres ( plus une importante Postilla,  une postface sur laquelle nous reviendrons), elle nous fait partager des années fondamentales dans la formation de Maria Montessori; depuis son cinquième anniversaire, en 1875, jusqu'à l'ouverture, le 6 janvier 1907, de la première Casa dei Bambini, la maison-école dans le quartier ouvrier de San Lorenzo, à Rome. Là,  Maria Montessori peut vérifier le bien-fondé de ses observations et de ses intuitions pédagogiques, que l'on pourrait résumer dans sa formule reprise comme titre du livre de Porcella: "Aiutiàmoli a fare da soli, Aidons-les à se débrouiller seuls".  En se basant sur la réalité de la Casa dei Bambini, Maria Montessori  commence à écrire sur sa méthode des livres qui seront traduits en 36 langues et la feront connaître dans le monde entier.

          Maria Montessori - par la "plume" de Teresa Porcella - commence donc à se raconter dès son enfance, et semble acquérir tôt des intuitions qui seront ensuite fondamentales:  " Car j'avais clairement compris (à l'école primaire ndr) une chose: on n'apprend qu'en observant, en imitant et en s'amusant. - Si je joue, je m'amuse, si je m'amuse j'apprends, sinon, non! - C'est ce que je disais à maman et papa quand ils essayaient de me faire des remarques sur mes méthodes d'apprentissage". (p. 16).  

          Elle raconte ses passions successives: le théâtre, quand elle a 12 ans et que ses parents, à sa demande instante, l’inscrivent à un cours où elle réussit fort bien. Mais elle l'abandonne au bout de deux ans, pas par caprice, mais parce qu'elle analyse sa situation et son absence de liberté dans cette réussite. Il y aura encore trois étapes successives avant quelle ne réalise que sa vocation est la médecine, et qu'elle ne se donne les moyens d'être admise en Médecine et chirurgie. Montessori/Porcella développent là un thème très important pour les adolescents: changer de direction dans ses études n'est pas forcément négatif, à condition de réfléchir sur ce que l'on réalise.                                                                                                

          C'est un des traits marquants du personnage peint par l'auteure: sa faculté de revenir jour après jour sur ce qu'elle vit, dans ses carnets et ses journaux intimes,  pour tâcher de comprendre et de faire des choix justes. "Aiutiamoli a fare da soli" est un véritable roman de formation, autour des trois "visages" de son "indispensable bataille..... : être médecin, être femme et être respectée". À une journaliste qui l'interrogeait sur quelle féministe avait été Maria Montessori, Teresa Porcella répond: « Pas une féministe acharnée, mais une féministe solide, qui a été constante dans ce discours tout en étant une femme d’une élégance bourgeoise et raffinée. Son action s’est développée dans des contextes essentiellement masculins, elle a dû subir des injustices parce qu’elle était femme. Quand je raconte Maria Montessori, j’ai toujours essayé de conserver un équilibre, comme elle le fait elle-même dans ses journaux intimes, entre la reconnaissance des responsabilités internes et celle des responsabilités externes. Pour être plus claire, un exemple que je rapporte aussi dans le livre : quand elle fait le récit de sa première autopsie (p.26 ndr), Maria Montessori se rend compte qu’elle a mal interprété, en le prenant pour un malappris, l’attitude du seul professeur qui l’ait traitée exactement comme ses collègues hommes. Dans ses journaux intimes, elle s’arrête et elle réfléchit sur cet épisode, et elle se rend compte du fait que, probablement, elle n’était elle-même pas encore prête à être traitée à égalité avec ses collègues hommes. Ce sont des aspects qui la rendent moins héroïque, qui en font une figure plus humaine, plus proche. Raconter les fragilités de ces grands personnages revient simplement à raconter combien l’humain est complexe, et comment même le plus courageux a toujours peur.  Ce faisant, j’invite les jeunes à accepter leurs fragilités, leurs peurs, à ne pas se sentir uniquement victimes, ou uniquement responsables, pour les aider dans leurs choix de comportements. »

          Après deux chapitres consacrés à son enfance et son adolescence, l'auteure entre dans le vif su sujet, l'entrée de Maria Montessori en faculté de Médecine, ce qui, en 1891, avait tout d'une prouesse. Huit chapitres pour faire vivre à la lectrice, au lecteur, le chemin de l'étudiante, qui continue à habiter avec ses parents  et à discuter constamment avec eux, qui la soutiennent entièrement, sans lui épargner leurs réflexions et leurs objections.  Chacun à sa façon.

Puis son approche de la maladie mentale des enfants, mais aussi des adultes, concrètement, dans divers hôpitaux de Rome.  Ses études pour mieux comprendre ce qu'elle vit et ce qu'elle voit.

Et, dans ce même contexte, sa rencontre avec le docteur Giuseppe Ferruccio Montesano " jeune et intelligent.... Je le remarquai, il me remarqua". Commence une période d'entente intense entre ces deux caractères extrêmement différents, qui se retrouvent autour de  la mission de soigner les enfants, "leurs" enfants. Nous les suivons à travers leurs conversations toujours vives et jamais dénuées d'humour, où se précisent les idées de Maria sur sa vocation de médecin.

Mais nous ne sommes pas dans un roman-photo, et quand Maria se découvre enceinte, l'auteure qui lui donne sa voix sait se faire discrète, elle souligne les différents problèmes que pose cette grossesse non programmée, mais dit aussi combien la tempête de contradictions dans laquelle se retrouve la jeune femme est douloureuse et problématique. On en trouvera des échos dans certaines réflexions, notées par Maria, faites par des sœurs-infirmières, par exemple, sur les enfants abandonnés à leur naissance.  Le récit de ce livre synthétise les choix faits par Maria Montessori à la naissance de son fils Mario, ouvrant des pistes de réflexion et de discussion toujours valables.

          Parallèlement, nous assistons à la découverte par la toute jeune médecin-femme des "trois visages" de son engagement évoqués plus haut, au sein des mouvements féministes naissants, en Italie, et en Europe: elle s'y fait rapidement, par ses qualités, une place importante. Ce sont deux chapitres particulièrement intéressants, et  riches de témoignages  de vie quotidienne.                                                                                                                                                 

         Cet engagement féministe se tresse avec les avancées dans sa pratique médicale, laquelle se double, à partir de 1900, d'une pratique pédagogique en direction des soignants,  puis des enfants  dits "idiots": « Parfois, je les observe et je pense : si ça se trouve, ce ne sont que des enfants pauvres, mal nourris, pas suffisamment stimulés… Ces enfants que nous taxons d’idiots pourraient n’être que des enfants malchanceux, vous comprenez ? Et ce serait à nous de les ramener à la normalité, en les mettant dans de bonnes conditions d’apprentissage » (p.63).

           Et en même temps elle affronte la fin de sa relation amoureuse et de travail avec Montesano. La réussite de la "tresse" étant dûe, on le devine, à la capacité de conteuse de l'auteure. Autant, quand Maria Montessori était adolescente, elle a avancé par bonds (des "clics" dit le récit), autant nous comprenons ensuite comment, dans son activité d'adulte,  elle est passée de l'éducation des enfants malades à celle des enfants "en bonne santé".

        

          Le récit, la voix de Maria Montessori s'arrête à la réalisation de la Casa dei Bambini, en 1907, comme nous le disions au début de cet article. 

         Cependant Teresa Porcella accompagne celles et ceux qui l'ont lue (et avec qui elle a échangé au cours d'un certain nombre de rencontres de classes) dans la suite de l'histoire, en faisant prendre la parole, sans façons ( "alla sanfassò" ...), à celui qui appelle Maria "mamma", et ne peut donc être que son fils, Mario, qui l'a accompagnée dans sa vie d'adulte et a continué à faire connaître son œuvre. Il parle comme s'il avait découvert le manuscrit de ce livre dans les papiers de sa mère, résume les grandes étapes de la vie et des voyages de Montessori,  bref, la lectrice, le lecteur sont vraiment incités à aller plus loin dans leur découverte. La page finale du livre porte le numéro 117, et on n'a pas vu le temps passer. Grâce, certes, au caractère exceptionnel de cette "femme dans la science - Donna nella scienza", mais grâce aussi au talent de conteuse de l'auteure, à qui on peut renvoyer ce qu'elle dit de Maria Montessori dans ses journaux intimes: elle aussi s'exprime "dans un style toujours très fluide, mais fort élégant".

          À l'occasion du 70ième anniversaire de la mort de Maria Montessori, le 6 mai 2022, à Florence, dans la splendide Villa Bardini (que vous devez absolument visiter lors d'un prochain voyage - même si leur site est en italien, en anglais, et pas en français....), Teresa Porcella et l'acteur Mario Pietramala ont présenté le livre "Aiutiamoli...", accompagné de documents vidéo inédits sur des classes Montessori entre les années 1940 et 1950, et de matériel pédagogique lié à la méthode. Peut-être le prologue d'une pièce de théâtre...

 

 

 

 

 

 

 

Si vous voulez vous faire une idée plus précise du livre, vous pouvez en feuilleter le début ici.                                 

              

 

AIUTIAMOLI A FARE DA SOLI     

Texte de Teresa PORCELLA, illustrations de Marta PANTALEO

Editoriale Scienza editore - Collection Donne nella scienza -  À partir de 11 ans

128 pages, 14,3 x 19,6 cm

Octobre 2021                                                        12,90 €

ISBN: 9788893930475

 

 

POUR APPROFONDIR un peu:

- Une interview de l'auteure (en italien, pardon...)

-  La biographie italienne de  Grazia HONEGGER-FRESCO

- Une biographie intéressante, en français et... en roman graphique.

- Une discussion (en français) qui élargit le problème: Freinet et/ou Montessori ?

 

...EXCELLENTES LECTURES D'ÉTÉ, ITALIENNES OU PAS...

 

 

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