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Beatrice Solinas Donghi et ses FIABE INCATENATE, ces contes qui s'enchaînent.

    

  Il était une fois Beatrice. Il était même quarante-huit fois Beatrice, le nombre de ses livres, pour adultes, pour la jeunesse, essais, poésies, correspondance...

                                                                                                                               

                      

Quant à nous, nous nous intéresserons aujourd'hui à un seul : les FIABE INCATENATE,  ces contes qui s'enchaînent et forment la ronde joyeuse dessinée par Irene RINALDI pour la couverture de l'édition la plus récente, chez nos amies les souris qui peignent, les TOPIPITTORI.

Parus en 1967, ils sont réédités en 1979, puis en 1994.  L'initiative des Topipittori  (2020) était très attendue.

                

 

Des contes "qui s'enchaînent", qu'est-ce à dire?

Laissons la parole à Donatella CURLETTO, responsable du Centro Sistema Bibliotecario de la ville de Gênes (Città Metropolitana di Genova).  En septembre 2021, aidée de Caterina Pozzo et, pour le graphisme, de Giorgia Matarese, elle organise une riche exposition itinérante sur l'oeuvre de Beatrice SOLINAS DONGHI, Il Sentiero delle Storie, le chemin des histoires.

"On dit que les contes de ce recueil s’enchaînent, car chacun d’eux raconte une histoire complète, mais contient une attache à laquelle s’accroche le conte suivant.  Et on avance ainsi d’histoire en histoire, entre loups et chevaux ailés, rois et belles jeunes filles, graines de courge magiques qui se transforment en pièces de monnaie, fées ressemblant à des lézards, enfants transformés en grenouilles, jusqu’à la dernière , qui « ... finit elle  aussi ; et une fin plus belle, il n’y en a pas, pour aucune histoire, possible ou impossible qui soit ». "

          Prenez le  troisième conte: Il giardino delle statue di pietra, Le jardin des statues de pierre. Son héros est un soldat " qui était un très brave garçon mais n'avait jamais eu beaucoup de chance". C'est lui qui est de garde pendant les bals royaux du conte précédent, L'ago, L'aiguille. Il est chargé d'arrêter la mystérieuse beauté qui s'enfuit chaque soir à minuit, mais ne peut la voir, car l'aiguille magique lui a embrouillé les cils avec une aiguillée de soie. Au fil de toute sorte de mésaventures, il se retrouve, aveugle et abandonné dans "le désert de cendres".

          Il est sauvé, ou plutôt mis sur la voie du salut, par Nonna Rana, Grand-Mère Grenouille, qui loge en bordure dudit désert, avec une série de ranocchietti seduti in fila, de petites grenouilles assises tout autour de la table, et fascinées par le récit du soldat errant.

          Qui sont-elles, ces petites grenouilles,  dans la maison de la vieille grenouille, qui se révèle aussi un peu magicienne, avec sa baguette de sureau? Ce sont Smeraldina e i sette fratelli, héros du conte suivant.

 

           Dans le dernier de ces contes, Il ciliegio, le cerisier, le renard (nom féminin en italien, la volpe) nous dirons donc la renarde Martina aide la petite Margherita à échapper à la méchante voisine transformée en louve. Cette renarde n'est autre que La Cugina Martina, la Cousine Martine qui aide, dans le conte homonyme, le jeune Piero qui l'a sauvée d'une mort certaine... Lequel Piero est le frère... je vous laisse découvrir  cet enchaînement et tous les autres.

            L'enchaînement est parfois annoncé à la fin d'un conte: "Le frère vivait à la cour avec eux, et il ne manquait de rien: mais pour savoir s'il eut d'autres aventures, il faut aller voir dans la prochaine histoire" dans Lo sposo lupo e lo sposo di vetro, Le mari-loup et le mari de verre. D'autres fois, on le découvre au fil de la lecture. C'est en tout cas un élément dynamique, et qui peut aussi donner envie au jeune lecteur, à la jeune lectrice, de choisir un autre protagoniste "secondaire" dans l'un de ces contes, pour inventer à son tour son histoire.

          Si vous ajoutez à cette dynamique l'indéniable talent de conteuse de Beatrice Solinas Donghi, sa profonde connaissance du monde du conte populaire, son oreille musicale qui se retrouve dans sa prose comme dans ses vers, son goût du nonsense anglais aussi, allié à celui du mot juste et savoureux, vous imaginez aisément comme il est regrettable de ne pas bénéficier (pas encore?) d'une traduction française de ce recueil de Fiabe incatenate.

          Dans le passé, deux de ses livres ont été traduits en français: en 1993, chez Fernand Nathan, La Fille de l'Empereur, et en 2006 puis 2013, chez Flammarion, Rosina ou Annetta? . Peut-être sont-ils encore dans quelque bibliothèque d'exception?

          Comme l'écrit très justement Carla Ida SALVIATI dans sa postface Note pour les grands qui ont lu ce livre (mais qui n’est pas interdite aux jeunes) : « Beatrice connaissait si bien les contes populaires qu’elle pouvait en inventer mille nouveaux et faire semblant qu’ils étaient vieux comme le monde ».

 

                 

            Inutile d'insister sur les illustrations d'Irene RINALDI, vous le constatez déjà sur les reproductions ci-dessus: elle a choisi, elle aussi, un style dynamique et joyeux (qui sait aussi être effrayant à l'occasion), avec comme un rappel des illustrations des éditions de contes des années Cinquante - chez nous, les éditions Bourrelier... Flammarion... - vivifiées par l'éclat des couleurs. Vous pouvez (avant d'acheter le livre...), vous réjouir l’œil sur l'un de ses sites, ici par exemple.  Par un très joli lapsus, - ou est-ce volontaire?- les Fiabe Incatenate ( qui s'enchaînent) , y sont dites Incantate, enchantées, voire enchanteresses...

                  

          L’année 2023 verra célébré le centenaire de la naissance de notre auteure. C'était dans l'arrière-pays de Gênes, d'un père génois et marquis, journaliste et écrivain, Jack Donghi, et d'une mère anglaise et peintre, Eileen Smith. C'est à Gênes qu'elle étudie, écrit, se marie à Luigi Solinas, sarde d'origine, y élève leurs deux filles...

          Mais c'est à sa commune natale de Serra Riccò, que Beatrice Solinas Donghi lègue en 2013, deux ans avant sa mort, toute sa bibliothèque (1800 volumes), toutes ses œuvres, y compris sa correspondance avec d'autres écrivains, les prix qu'elle a reçus, les tableaux de sa mère, ses meubles... La Commune de Serra Riccò a ainsi pu constituer "il Lascito Beatrice Solinas Donghi", La Donation homonyme, devenue  pôle d'étude et de manifestations autour du conte et de son écriture.  Elle sera évidemment en première ligne pour les célébrations du centenaire.

Butto il messaggio nella bottiglia;          Je jette ce message dedans la bouteille:

chi lo capisce se lo piglia.                          si tu le comprends il est à toi.

Va la bottiglia sull’acqua del mare;         La bouteille s’en va sur l’onde de la mer;

chi gli interessa la vada a pescare.           si ça t’intéresse, tu la  pêcheras.

Vetro e cristallo di cento colori,                Verre et cristal, de toutes couleurs,

il tappo è d’argento, il bello è di fuori.     bouchon en argent, beauté au dehors.

Quel che c’è dentro non si sa mai.            Ce qu’il y a dedans, jamais ne se sait.

Forse a cent’anni lo capirai.                       À cent ans, peut-être, tu le comprendras.

 Beatrice Solinas Donghi en exergue de ses FIABE INCATENATE. Traduction: Lectures Italiennes.

POUR APPROFONDIR:

 

 

 

 

- Réédition d'une étude importante de 1976 : Le conte comme récit.

- Présentation par Giovanna ZOBOLI, auteure fondatrice, avec Paolo Canton, des éditions Topipittori, sur leur  blog È per incantamento che si leggono le fiabe (C'est parce qu'ils nous enchantent que l'on lit les contes)

 

 

-  Le catalogue bio-bibliographique de l'exposition: Il Sentiero delle storie. (Le chemin des histoires) : toute l’œuvre pour la jeunesse de Beatrice SOLINAS DONGHI, présentée de façon rigoureuse et plaisante à la fois par Donatella CURLETTO. Sur la page qui s'ouvre, vous cliquez sur "links", à la suite de l'indication "lo trovi in"et vous téléchargez ainsi, gratuitement, l'ensemble dudit catalogue...

-  Dans la revue Andersen, une présentation de l'auteure par Beatrice MASINI, en mars 2014, à la suite de la donation.    

                                                                                                         

                                          

 FIABE INCATENATE,

texte de Beatrice SOLINAS DONGHI,

illustrations de Irene RINALDI

TOPIPITTORI éditeurs,  2020

Collection L'età dell'oro, L'âge d'or

136 pages.     À partir de 7 ans

24 €           ISBN: 9788833700526

Droits disponibles

 

Merci, une fois encore, à Lisa de Topipittori pour les images, et à Donatella C. pour le catalogue.

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