Articles avec #classiques tag

Publié le 6 Avril 2019

          Il serait grand temps de revenir aux lectures de classiques promises.  

Après le A de l'Arioste, place au B de Giovanni BOCCACCIO (4 c), dit, en français,  BOCCACE (3 c). Nous voilà à Florence, au milieu du quatorzième siècle ( Le Trecento). Parmi une oeuvre abondante, le recueil de cent nouvelles du DECAMERONE a connu un grand succès dès sa parution, autour de 1350 . Et il a valu à son auteur d'être compté parmi les trois "pères de la langue italienne", avec Dante et Pétrarque. Tout cela n'est pas bien nouveau pour vous.

Le Décaméron fait donc partie, en Italie, du programme scolaire de littérature, et les enseignants se retrouvent confrontés au problème habituel: quelles nouvelles choisir, que ce soit pour le collège ou pour le lycée ("scuola secondaria di primo grado, scuola secondaria di secondo grado") ? Comment  faire entrer de jeunes lecteurs contemporains dans cette langue, riche mais encore imprégnée des constructions latines, qui peut désespérer même des étudiants universitaires? Comment leur faire comprendre des logiques de comportement qui, aujourd'hui, sans les références historiques nécessaires, peuvent déconcerter? Comment leur faire retrouver le plaisir du récit?

         C'est là qu'intervient Bianca PITZORNO, pour le compte des éditions  MONDADORI RAGAZZI, avec une pertinence qui me semble remarquable. Il y a encore un an, je vous aurais envoyé/es sur son site, qui était d'une richesse et d'une pédagogie rares, pour faire sa connaissance. Il n'est malheureusement plus accessible.

Bianca Pitzorno, me direz-vous, n'est-ce pas celle des aventures de Lavinia et de tant d'autres héroïnes que les jeunes lectrices françaises aussi connaissent bien, et apprécient? Oui, c'est bien elle, mais il serait très réducteur de la limiter à ce filon, aussi célèbre soit-il.  Cette sarde d'origine écrit également des romans historiques - toujours centrés sur des personnages féminins, sans pour autant négliger les protagonistes masculins - des essais... J'y reviendrai dans un autre contexte. Je peux juste vous glisser, "en passant" comme on dit en italien en faisant sonner les "en", que mes préférés sont "La bambinaia francese" et " Vita di Eleonora d'Arborea". Il faudrait parler aussi de son travail pour la télévision, de ses traductions, bref d'une grande richesse d'intérêts variés, toujours défendus avec la même ardeur.

Bianca PITZORNO choisit délibérément dix nouvelles sur les cent du Décaméron, "inspirées pour la plupart de la "littérature courtoise" du Moyen-Âge avec les nobles sentiments qui guident les actions de ses personnages. Ce sont des récits qui exaltent la grandeur d'âme, le sens de l'honneur, de la loyauté, de la fidélité à ses idéaux. Des nouvelles où l'amour est une passion plus forte que la mort". C'est ce qu'on peut lire dans une préface que Pitzorno a rédigée elle-même: trois pages qui, avec clarté et précision, donnent une synthèse de ce qu'est le Décameron, des raisons de son succès, de comment il s'inscrit dans les changements socio-économiques du quatorzième siècle florentin, de la conception philosophique de la vie qu'illustrent ses nouvelles, rendant ainsi cette lecture accessible à des non-universitaires. Jeunes ou adultes, d'ailleurs.

L'autre question fondamentale de la lecture de Boccace, c'est celle de la langue. Là encore, en quelques mots, nous avons une introduction à l'histoire de la langue italienne: "Dans les années où Boccace écrivait, la langue italienne était encore très jeune (avant le quatorzième siècle, en Italie, on écrivait en latin) et aujourd'hui lire ces nouvelles dans leur langue originale serait difficile et demanderait énormément de notes.

          C'est pourquoi nous avons décidé de les "traduire", comme depuis une langue étrangère. Pas d'en faire un abrégé, pas les adapter ou les re-raconter (ce qui a été fait jusqu'à présent, ndt). Simplement les traduire" .

C'est un choix différent de celui de Calvino pour le Roland Furieux, et pour Boccace, il se révèle particulièrement pertinent. Les lecteurs contemporains peuvent suivre les aventures du comte Gualtieri d'Anversa, Gauthier d'Anvers,  victime  de la perfidie d'une princesse de la cour de France, et réduit à l'état de palefrenier pour survivre. Ou les revers de fortune du marchand amalfitain Landolfo Rufolo, successivement riche, puis devenu pirate pour renflouer ses caisses, attaqué par des pirates turcs et réduit en esclavage, puis sauvé par le naufrage du bateau qui l'emmène... La très célèbre histoire du faucon de Federigo degli Alberighi; ou encore celle du brigand-gentilhomme Ghino di Tacco, qui guérit de sa goutte,  en le mettant au régime, l'abbé de Cluny - l'abate di Clignì - qu'il a, dans un premier temps, enlevé pour lui voler ses grandes richesses. Ou l'histoire si délicate de l'amour de Lisa, jeune fille d'un pharmacien florentin établi à Palerme " au temps où les français furent chassés de Sicile", pour son roi Pierre d'Aragon: elle se rend bien compte que c'est un amour impossible, mais la situation se dénouera grâce à un troubadour, toscan lui aussi, et à la chanson qu'il compose.

A vous de découvrir les autres de ces dix nouvelles, que Bianca Pitzorno a choisi d'intituler:

"BOCCACCIO, Dame, mercanti e cavalieri"

Vous n'êtes pas sans remarquer, entre les Dames et les Chevaliers, la présence des Marchands, qui sont les témoins des temps nouveaux : Boccace les fait entrer dans ses nouvelles comme ils sont entrés dans la vie économique et politique de ce qui n'est pas encore l'Italie.

 

          Comme elle le fera ensuite pour le Roland Furieux, deux ans plus tard (nous sommes en 2007 pour le Decamerone),  Grazia NIDASIO ajoute sa griffe pour rendre les nouvelles plus aisément lisibles.

Mais, avant de continuer, il faut que vous sachiez que la dessinatrice, la mère de Valentina Mela Verde et de l'inoubliable Stefi, et de tant d'autres créations et illustrations, nous a quittés la nuit de Noël 2018. Elle avait 87 ans et plein de projets. Les Français n'y ont pas fait vraiment attention, mais si vous lisez l'italien, voici cet hommage juste et beau paru dans le numéro 360 de la revue Andersen, sous la plume de  Matteo CORRADINI qui a beaucoup travaillé avec Grazia.

          Dès l'image de couverture que vous voyez ci-dessus, on saisit l'essence de l'illustration de ces dix nouvelles. À l'intérieur de la lettrine de l'initiale de Boccace,  la belle Monna Giovanna est représentée comme le seront ensuite tant de belles dames de la Renaissance: fin profil, souligné par le rang de perles sur le cou mince et le ruban autour du front bombé,  suggestion de cheveux vaporeux, robe de brocart (?), mais aussi ce regard étrangement fixe que l'on comprendra en lisant la nouvelle du faucon de Federigo évoquée plus haut. Et puis, en regardant mieux la lettrine, on identifie ce qui aurait pu passer pour des fleurs comme quatre bouffons - giullari - se tordant de rire.

Les Dames et les Chevaliers de la tradition courtoise des cours provençales, les drames de l'amour et de la mort, mais aussi les farces que peut inventer l'esprit humain, et le rire lié aux histoires racontées.

 

 Grazia Nidasio l'a précisé dans son interview pour la revue Arabeschi: "Dans la mise en page, j'ai créé une rupture entre une nouvelle et l'autre, par une série de clowns ou de bouffons qui servent, justement, a séparer "il sapore ognun diverso ( dit Boccace)", la saveur à chaque fois différente" de chaque nouvelle. Elle recrée ainsi une structure pour remplacer celle du recueil original, les dix jeunes gens, pendant dix jours dans la campagne florentine pour fuir la peste, qui racontent chacun, chaque jour, une histoire sur le thème proposé par "le roi" ou "la reine" de la journée.

          Ce qui frappe, aussi bien dans les figures "d'entractes" que dans les illustrations de l'histoire à proprement parler, c'est le mouvement constant: il est présent tant dans les aventures racontées - la Fortuna - le sort, pour faire court -  qui ballotte les humains aux quatre coins du monde alors connu, l'Italie, l'Europe, la Méditerranée - que dans les phrases qui les narrent. Et la dessinatrice est à son affaire dans les courses-poursuites, les tournois, les tempêtes...

         

 

          Elle fait aussi le choix, au début de chaque nouveau récit, d'isoler trois ou quatre moments-clés, illustrés en vignettes (souvenir de son travail pour le Corriere dei Piccoli?), présentées sur l'avant-page, puis reprises au cours de l'histoire. Sans préjuger d'illustrations plus consistantes, sur la page entière ou deux demi-pages, pour les moments marquants.

 

 

          Grazia Nidasio est tout aussi capable de scènes élégiaques comme la rencontre du fils "idiot" d'un très riche noble Chypriote - " tanti e tanti anni fa", il y a très très longtemps - sunommé Cimone, ce qui n'est pas très flatteur. Cimone, par un bel après-midi de mai, errant dans une campagne verdoyante et fleurie où ne manque pas le frais ruisseau, tombe sur la très jeune et superbe Efigenia, endormie, ainsi que sa suite, dans l'ombre fraîche d'un bosquet. La révélation de la beauté va arracher Cimone à son handicap. C'est ce moment qu'illustre la dessinatrice, même si les aventures de "L'innamorato pazzo" - L'amoureux fou, en jouant sur l'adjectif, les titres de ce recueil n'étant pas de Boccace - deviennent ensuite plus trépidantes et bien moins romantiques.

 

 

          Si l'on ajoute aux qualités du texte et à celles des illustrations le soin de la mise en page, du choix des caractères typographiques, on comprend aisément que ces florilège de nouvelles du Decamerone de Giovanni Boccaccio est une occasion parfaite pour initier de jeunes lecteurs - et,  j'insiste, de moins jeunes également- . On peut rêver que, se prenant au jeu, aidés par des "passeurs" enthousiastes, certaines et certains aient envie d'aller voir à la source. Mais ceci est une autre histoire...

BOCCACCIO, Dame, mercanti e cavalieri

Dieci novelle cortesi scelte e tradotte da BIANCA PITZORNO

Illustrato da GRAZIA NIDASIO

Mondadori, avril 2007, 170 pages  volume relié, 15,5 x 23,5 cm, 16 €

"De 10 à 14 ans"

Il semble cependant,  à confirmer par un libraire, qu'on ne le trouve plus présentement  que dans l'édition 

brochée de 2011, dans la collection Oscar Junior de Mondadori, également illustré par Grazia Nidasio. Je ne l'ai pas eue entre les mains.

192 pages, 12,7 x 19 cm, 10 €

 ISBN 978880460772                                                                             

Voir les commentaires

Rédigé par lecturesitaliennes

Publié dans #CLASSIQUES

Repost0

Publié le 30 Décembre 2017

2 - Autour du ROLAND FURIEUX

avec Luigi DAL CIN

et

Pia VALENTINIS

 

 

LES CLASSIQUES - 1 -2: L'ARIOSTE ET LE ROLAND FURIEUX, trois auteurs et deux illustratrices

        Et les plus jeunes? Pourront-ils approcher les aventures de ORLANDO FURIOSO? Oui, dès 7 ans, grâce à l'initiative prise par les musées de FERRARE - ville natale de Ludovico ARIOSTO - au Palazzo dei Diamanti.  ( Version française de Wikipedia si vous tapez "Palais des Diamants à Ferrare" sur Google )

        C'était en 2016, la ville célébrait les 500 ans de la première édition de L'ORLANDO FURIOSO, par une somptueuse exposition : "Cosa vedeva Ariosto quando chiudeva gli occhi" - " Ce que voyait Arioste lorsqu'il fermait les yeux", du 24 septembre 2016 au 8 janvier 2017. Mais n'allez peut-être pas tout de suite vous promener sur le site de l'expo, attendez pour le visiter, car vous allez  plonger dans un monde de tableaux, de vidéos, d'informations (hélas, uniquement en italien, mais une info  en français ici) d'où vous ne sortirez pas de sitôt.

Occupons-nous d'abord du livre.

        Car l'initiative s'adressa aussi aux plus jeunes - et, comme d'habitude, aux adultes qui les entourent. Et c'est ainsi que Luigi DAL CIN pour le texte et Pia VALENTINIS pour les illustrations créèrent un "petit livre" magique. Un grand "petit livre" magique.

A commencer par son titre:

ORLANDO PAZZO / NEL MAGICO PALAZZO

 Il y a Roland qui est "pazzo",  "fou" (fou furieux) dans un palais enchanté, "màgico". Dans LE palais màgico..

Est-ce Palazzo dei Diamanti? Pour le visiteur de l'expo, oui, sans aucun doute.

Pour notre Roland, non (quoique, indirectement... mais cela nous emmènerait trop loin). L'idée féconde de Luigi Dal Cin (conteur émérite que nous avons déjà rencontré, tapez son nom dans la petite fenêtre Recherche, en haut à droite de cet écran, vous reverrez les pages de Lectures Italiennes qui parlent de lui; idem pour Pia Valentinis), son idée, donc, est de partir de l'épisode du palais enchanté du magicien Atlant - nous sommes, dans le poème, au chant XII.  Et il l'explique au lecteur, dans le huitain très "ariostesque" qui ouvre le livre:

 

 

"Dans le palais  enchanté d'Atlant, chacun poursuit son plus grand désir.......

...............

... et ce qui se passe dans cette somptueuse merveille, au fond, nous ressemble un peu".

        Tous les mots sont importants, et tous sont immédiatement compréhensibles par un jeune lecteur (est-il utile de préciser, une fois pour toutes, en ces temps de polémique sur l'"écriture inclusive", que pour moi, "un jeune lecteur" est un jeune humain, garçon ou fille, qui lit...). Chaque mot: "Insegue" - poursuit; "desiderio" - désir; "sontuosa"- somptueuse; "meraviglia" - merveille (et émerveillement); "rassomiglia" - ressemble; "ci rassomiglia" - nous ressemble.

        Le Roland Furieux est le poème de la poursuite: au centre Angelica qui fuit, et tous ses soupirants qui la poursuivent. Leurs trajectoires se croisent et s'écartent, créant une géographie toute particulière, sur laquelle se greffent d'autres histoires, d'autres poursuites, d'autres désirs.

Et comme ils vont tous se croiser dans le palais enchanté, Luigi Dal Cin en profite pour nous les présenter et nous raconter leur histoire particulière. Ainsi nous saurons d'où vient Roland, avec son épée Durandal ("Durlindana") et son cheval  Bride d'or ("Brigliadoro").  Qui est Angélique, la belle princesse indifférente. Nous rencontrerons la guerrière chrétienne à la blanche armure, Bradamante, et le vaillant guerrier païen Roger ("Ruggiero")  - qui a aussi délivré Angélique d'un monstre marin et s'est "perdu" sur l'île de la magicienne Alcine.Et aussi le jeune Astolphe à la recherche de son destrier... Tous arrivés "par hasard" dans ce château ensorcelé, tous persuadés que ce qu'ils  cherchent y est, alors que ce n'est qu'un labyrinthe d'illusions dont ils sont prisonniers.

 

        A l'intérieur de ce château, comme dans tout le poème, les enchanteurs et les magiciennes ne manquent pas, avec leurs protégés et leurs ennemis. Ni les objets magiques: l'anneau d'Angélique, qui rend invisible quand on le met en bouche, et révèle les enchantements; le livre d'Astolphe, sorte de manuel des sortilèges et de leurs antidotes; son cor au son "orrìbile e terrificante" qui permet la dissolution du palais enchanté.

        En somme, Dal Cin, comme Calvino, a fait un choix d'épisodes déterminants - comment la froide Angélique tombe éperdument amoureuse du jeune Médor; comment le malheureux Roland,

errant à sa poursuite, apprend cet amour et en devient littéralement fou furieux, réduit à l'état de force brute.

Comment ses amis, les paladins de l'empereur Charlemagne (Re Carlo) envoient Astolphe sur son hippogriphe au paradis terrestre d'où, accompagné de l'évangéliste Jean, sur un char de feu, ils se rendent sur la lune, dans la vallée "delle cose perdute", l'équivalent des "objets trouvés", en quelque sorte. Ils y trouvent, parmi une multitude de choses, la raison de Roland enfermée dans une petite fiole.

        En quarante pages, Dal Cin donne à ses lecteurs une image fidèle du texte de l'Arioste.

Fidèle aussi par le style qu'il adopte.  Pour reprendre ses propres mots, "une prose poétique pleine de rimes, d'assonances, de répétitions, d'enjambements", toutes techniques utilisées par le poète de Ferrare. "Orlando pazzo nel magico palazzo" est un vrai régal à lire à voix haute, c'est déjà perceptible dans le titre.

 

        Vous avez vu, tout en lisant ces lignes, les reproductions des illustrations de Pia VALENTINIS.  Qu'elle soit ici chaleureusement remerciée de nous les avoir prêtées. Est-il besoin de souligner l'empathie qui existe entre l'illustratrice, l'histoire et la version qu'en donne Dal Cin?

Dès le dessin de couverture, l'extravagant plumet doré du paladin donne le mouvement de la course. Quitte à être, quelques pages plus loin, comme une réplique de la blonde chevelure d'une Angélique pimbêche

Roland et les paladins en armure ont quelque chose à la fois des chevaliers de la tapisserie de  Bayeux, et des marionettes siciliennes de l'Opera dei Pupi. Ils se déplacent dans un décor de théâtre. Et les regards échangés par les protagonistes (quelques traits de noir) valent tous les discours.

Cela n'empêche pas Valentinis, le cas échéant, de faire appel à un écho des escaliers de M.C. Escher, parfaite image du labyrinthe de l'illusion, ou aux "diamants" du palais éponyme de Ferrare.

J'ai déjà souligné le huitain qui ouvre le livre, auquel correspond celui qui le referme:

E ora, amico,che il racconto qui è finito,       Et maintenant, ami, que le récit finit ici

che, finalmente, la guerra si è conclusa,      que, finalement, la guerre est terminée

che cosa resta? ..........                                que reste-t-il?..........

......                                                                 ..............

     Resta Ariosto, la giocosa sua regìa,                 Il reste l'Arioste, la gaîté de sa réalisation,

restano ancora amore, sogno, fantasìa...    il reste encore l'amour, le rêve, l'imagination...

          Ne croyez-vous pas que quiconque aura vu, lu, feuilleté, entendu cette version de l'histoire du Roland Furieux ne l'oubliera plus et aura envie, avec le temps, de s'en approcher d'avantage? J'en suis, quant à moi, persuadée.

  Mais il me reste à vous faire un aveu: raisonnablement, je n'aurais pas dû vous signaler ce livre. Pour la raison - triste raison - qu'il est, semble-t-il, aujourd'hui épuisé. Pourtant, en m'adressant à la librairie par correspondance qui diffuse à l'étranger les publications de l'éditeur Fondazione Ferrara Arte, Libro Co j'ai réussi à en avoir deux exemplaires. C'est le miracle réalisé par donatella@libroco.it  qui a cherché, et trouvé. Vous pouvez essayer... Il vous en coûtera 16 € plus le port.

 

       Cette dernière lecture de 2017, je vous la dédie, à toutes et tous, afin que

(restino) ancora amore, sogno, fantasia....

Belle et bonne année 2018!

 

 

 

 

Voir les commentaires

Rédigé par lecturesitaliennes

Publié dans #CLASSIQUES

Repost0

Publié le 19 Décembre 2017

1 - Ludovico ARIOSTO et Italo CALVINO

illustrés par

Grazia NIDASIO

LES CLASSIQUES - 1 -1: L'ARIOSTE ET LE ROLAND FURIEUX, trois auteurs et deux illustratrices

                  L'Orlando Furioso de Ludovico  ARIOSTO est le prototype même du "classique". Les lycéens italiens l'étudient dans ce qui équivaut à notre classe de Première. Le souvenir qui leur en reste, d'après des témoignages recueillis il y a peu, est souvent bien vague...

Des vers entiers de l'Arioste sont passés dans le domaine public, récupérés même parfois par la publicité: "  Le donne, i cavalier, l'arme, gli amori"....... - " Je chante les dames, les chevaliers, les armes, les amours"... Ou encore d'autres qui sont devenus des quasi-proverbes: "Oh gran bontà dei cavalieri antiqui" ( "ô l'admirable loyauté des chevaliers de jadis!") - ou bien:  "ecco il giudicio uman come spesso erra". ( "et voilà comme le jugement humain est sujet à l'erreur")..Les prénoms des héros, au delà du paladin Roland devenu fou furieux, et des autres, repris des chansons de geste, comme Renaud, sont devenus célèbres, à commencer par Angélique et  Médor, Rodomont,  Bradamante et Roger, Astolphe et son hippogriffe....

Et, au fil des siècles, il a suscité des tableaux, des opéras, des pièces de théâtre - comment oublier la mise en scène de Luca RONCONI en 1976, que l'on a pu voir en France aussi, au Théâtre de Nations en 1970?

Oui, mais encore? Peut-on entrer dans un poème épique du XVIième siècle, avec ses 46 chants et ses 38.736 vers (à en croire Wikipédia...) comme dans un roman d'aventures?

Et pourtant, quelle aventure! Quel monde où se croisent les chevauchées des paladins des deux camps à la poursuite de la belle Angélique,princesse chinoise (duCathay), à travers de vastes forêts, qui peuvent cacher des châteaux enchantés comme des cabanes de bergers; mais aussi des océans peuplés de monstres marins prêts à dévorer les belles jeunes filles qui lui sont sacrifiées; et puis l'incroyable voyage de l'anglais Astolphe sur la Lune pour récupérer la raison perdue de Roland; et puis les guerres entre les armées de Charlemagne et celles des Sarrasins...et puis les duels .. et puis...Il faut un guide pour ne pas se décourager, et pour éviter de réduire le poème génial de l'Arioste à un patchwork d'épisodes.

Et, ce guide, nous l'avons. Nous l'avons en italien, depuis 1970, grâce à la clairvoyance de l'éditeur Giulio EINAUDI qui, dans l'introduction à " Orlando furioso di Ludovico Ariosoto raccontato da Italo Calvino con una scelta del poema", pose très bien le problème:" (nous voulons suivre la route) de la rencontre du classique et de l'imagination contemporaine, non pas à travers le commentaire d'un critique, mais à travers le récit d'un auteur d'aujourd'hui.". Il définit également le public auquel s'adresse son initiative, "... surtout (les) jeunes, pour leur grand appétit de  voyages de reconnaissance (dans la littérature), parallèlement et bien au-delà de l'école".

Et nous l'avons en français depuis 1982. Un classique au carré, toujours réédité aujourd'hui.

 

 

                   Italo CALVINO  nous fait d'abord une introduction,  historique  et littéraire, claire et complète, lisible par la plupart, d'une trentaine de pages. On la lira avant le poème, ou bien après, ou pas du tout, selon son degré d'inquiétude intellectuelle ou sa soif d'aventures.

Puis il nous raconte le poème, en le divisant en chapitres auxquels il donne des titres, pour nous aider à nous y retrouver (Angélique poursuivie... L'île d'Alcine... Le palais enchanté... Duel triple à Lampedusa...). Il a fait un choix dans le foisonnement des chants et des "ottave rime", les "huitains" qui constituent le poème.Il raconte ce qui se passe entre chaque épisode, et il explicite ce que disent les vers ensuite cités. Il excelle à partager son admiration pour le poète et son immense plaisir de lecteur. Pendant les 350 pages environ que dure l'aventure, vous ne l'abandonnez pas d'une semelle. Il a d'ailleurs appelé le poème "un grande affresco western"....

                Il faudrait encore dire la particularité des vers de l'Arioste, cette construction savante et légère à la fois en groupes de huit vers, qui tisse le récit de façon dynamique. Et leur grande musicalité et leur "souplesse", qu'aucune traduction, je crois, ne rendra vraiment. C'est pourquoi il est essentiel que Calvino, après le récit explicatif, nous fasse entrer directement dans le poème. Et là, les non italianistes sont un peu pénalisés...Un peu seulement.

 

              Sans doute, tout ce que je viens de vous exposer là, une  bonne partie d'entre vous le sait déjà fort bien. Les différentes éditions de la lecture par Calvino du Roland Furieux de l'Arioste sont sans doute présentes dans de nombreuses bibliothèques... souvent d'adultes.

Mais voilà qu'en 2009, les éditions Mondadori transforment le "classique au carré" en un "classique au cube", en demandant à l'illustratrice que vous connaissez bien maintenant (voir le 16 décembre 2016), Grazia NIDASIO, de raconter par son trait à la fois le poème et le récit qu'en fait Calvino. Et le texte  révèle toute sa pétillance! Sa lecture devient accessible aux jeunes qui n'auraient pas eu la patience de suivre simplement les mots. L'humour et l'ironie de Grazia Nidasio rencontrent avec un bonheur non dissimulé ceux de Calvino et ceux de l'Arioste.

 

Notez que les reproductions que j'ai trouvées pour illustrer cet article ne rendent absolument pas justice à l'art de Grazia Nidasio. Le volume mesure 15,2 x 23,4 cm, ce qui est un beau format pour les images, mais les photos reproduites gomment la richesse de la technique mixte qu'elle emploie la plupart du temps.

LES CLASSIQUES - 1 -1: L'ARIOSTE ET LE ROLAND FURIEUX, trois auteurs et deux illustratrices

 Sur la revue en ligne Arabeschi, sur le numéro 3 de janvier à juin 2014, Giorgio Bacci fait parler Grazia Nidasio de son métier d'illustratrice, et c'est tout à fait passionnant - pardon une fois encore pour les non-italianistes - Grazia Nidasio  raconte, elle aussi, comment elle s'est replongée, par un été pluvieux, dans le Roland Furieux raconté par Calvino. Elle partage complètement sa lecture, elle l'explicite. 

Puis elle parle de son travail d'illustration, des références qui lui sont venues, de la frustration qu'elle a ressentie à ne pas  voir publiés tous ses dessins - impératifs éditoriaux obligent - de son espoir de continuer ce travail sur le Roland Furieux....

Pourtant, je trouve ce livre richement illustré: deux illustrations en couleurs, pleine page, en moyenne, par chapitre; de plus petites, insérées dans une page. Plus d'incroyables petits dessins au crayon,  dans les marges -"des notes, des anecdotes visuelles, comme faites pendant le cours par un élève distrait" , dit-elle -  qui animent la lecture de façon directe, très juste et très drôle. Tantôt, c'est Calvino, commodément installé dans un arbre - comme son héros Cosimo, le Baron Perché - , tout pris par sa lecture. Tantôt un petit motif, poisson, oiseau, main de chevalier, saynète, un vrai régal.

 Bienheureux ceux qui, en mars 2012, à Bologne d'abord, puis à Ferrare, ville natale du poète, ont pu voir, dans la maison - la casa di Ariosto - où il a vécu la dernière partie de sa vie, les originaux des illustrations que nous venons d'évoquer.

Quel Institut Culturel nous les donnera à voir en France?

      

 

 

Cette édition chez Mondadori, cartonnée, avec une jacquette, avec ses 408 pages illustrées, est destinée, selon l'éditeur aux "10 à 14 ans": encore un cas où l'indication de tranche d'âge n'est pas pertinente. C'est un livre pour les adultes autant que pour les jeunes, je dirais à partir de 12 ans. Chacun pourra en faire son miel.

Et, en conclusion, la parole est à Calvino:  «Il Furioso è un libro unico nel suo genere e può essere letto senza fare riferimento a nessun altro libro precedente o seguente: è un universo a sè,  in cui si può viaggiare in lungo e in largo, entrare, uscire, perdercisi. Ariosto sembra un poeta limpido, ilare e senza problemi, eppure resta misterioso: nella sua ostinata maestria a costruire ottave su ottave sembra occupato soprattutto a nascondere se stesso" - "Le Furieux est un livre unique en son genre, et on peut le lire sans se référer à aucun autre livre qui le précède ou le suive: c'est un univers en soi, où l'on peut voyager en long et en large, entrer, sortir, s'y perdre. Arioste semble être un poète limpide, hilare et sans problèmes, et pourtant il reste mystérieux: dans la maîtrise obstinée qu'il met à construire ses huitains l'un après l'autre, il semble surtout occupé à se cacher lui-même".

ORLANDO FURIOSO, di LUDOVICO ARIOSTO,

raccontato da Italo CALVINO e illustrato da GRAZIA NIDASIO

 

Mondadori, 2009  -  408 pages -  ISBN 978880459387 - 26 €

Il existe une édition de poche:

ORLANDO FURIOSO, di LUDOVICO ARIOSTO,

raccontato da Italo CALVINO e illustrato da GRAZIA NIDASIO

Mondadori 2012 - collection Oscar Junior - broché, couverture souple  - 428 pages - 12 €

 

 

Le prochain article vous présentera un album récent sur le Roland Furieux,

pour les plus jeunes cette fois :

"ORLANDO PAZZO NEL MAGICO PALAZZO".

A bientôt!

 

Voir les commentaires

Rédigé par lecturesitaliennes

Publié dans #CLASSIQUES

Repost0