UN ATLAS AVENTUREUX: SALGARI, ROVEDA et PACI

Publié le 31 Janvier 2020

          Vous rappelez-vous votre premier atlas? Était-ce pour la rentrée de sixième?  Déjà au C.M.? Fascination des couleurs de ces cartes qui se succédaient de page en page, griserie d'avoir ainsi le monde sous la main, les noms des mers, des déserts, des montagnes... Et puis, il fallait savoir chercher, si possible sans demander d'aide....

             Ce sont ces sensations qui me sont revenues, quand j'ai eu entre les mains, un peu avant Noël, le nouvel album proposé par EDT GIRALANGOLO: il était plus grand que "le premier", relié aussi, mais avec une couverture plus lisse; moins épais, donc plus facile à manier. Surtout, il n'avait pas l'air d'un "livre d'école". Il y avait, il y a, oui, une main armée d'une plume qui dessine une carte, en bas de la couverture, mais aussi des petits dessins ( un voilier, des portraits esquissés...), et l'encrier est là, pour continuer.

                Et surtout, dans les deux tiers supérieurs de la couverture, plein de choses écrites, avec un mot qui se détache: AVVENTURE, dans un cadre qui n'est pas sans rappeler les motifs graphiques des éditions Hetzel. De Jules Verne, mais pas seulement. Alors vous regardez un peu plus attentivement ce titre, vous le lisez en entier, même s'il est long, pour un titre:

ATLANTE / delle / AVVENTURE / e dei VIAGGI / per TERRA e per MARE /

con brani scelti dalle / opere del Cap.Cav. / EMILIO SALGARI

C'est un atlas, vous l'avez compris, "des aventures et des voyages par terre et par mer".

          Arrêtons-nous déjà à cette première promesse, et entrons dans l'Atlas, quitte à revenir ensuite sur les indications en sous-titre: "con brani scelti dalle /  opere del Cap.Cav. / Emilio Salgari", des "morceaux choisis du Cap. Cav. (?) / Emilio Salgari".    

Que va trouver l'apprenti-voyageur-aventureux ou l'apprentie-voyageuse-aventureuse en ouvrant son Atlas? Dès la deuxième page, avant les dédicaces, avant les pages de titre, avant le sommaire, un planisphère dessiné " à l'ancienne", avec treize destinations. Choisira-t-elle, choisira-t-il la Sibérie ou les Caraïbes? La Malaisie ou les Montagnes Rocheuses? L’Écosse ou le Pôle Sud?

 

 

           Pour créer l'ambiance, trois doubles-pages plus loin, avant le sommaire, une image de tempête, mer, île, ciel, beaucoup de noirs et de gris, à peine quelques couleurs pour indiquer la terre, et les rais d'éclairs, les traits de pluie et leurs reflets dans la mer déchaînée... l'atmosphère est dramatique, et la curiosité porte à lire l'extrait que l'image encadre.  C'est, en même pas dix lignes et une seule phrase théâtrale, l'évocation  d'un orage sur l'Océan qui entoure la "Malaisie".   Images parlantes, abondance d'adjectifs et d'adverbes, lexique précis, nous sommes bien dans un extrait (un brano) de Emilio SALGARI. C'est le premier de ces "brani scelti", ces morceaux choisis annoncés en couverture. 

          Le Capitaine - Chevalier (Capitaine auto-déclaré, mais nommé Chevalier de l'Ordre de la Couronne d'Italie en 1897) Emilio SALGARI ce doit donc être lui dans le médaillon qui domine le titre.

  Ce sera lui le guide de l'apprenti voyageur. Lui qui, de sa table de travail, par une étude très approfondie de toute sorte de documents, re-créera pour ses lectrices et lecteurs des paysages, des héros et héroïnes, des aventures dans le monde entier.

                 C'est alors que votre mémoire de fidèles lecteurs et fidèles lectrices de ces pages met au point le souvenir de... oui, c'était il n'y a pas si longtemps, une carte..... Salgari.... Roveda.... Giralangolo.... En effet, c'était le 20 décembre 2018.  Lectures Italiennes vous présentait une première approche de l’œuvre de l'écrivain de Vérone ( et de Turin, et de Gênes).  Le curateur de cette carte, salgarien convaincu - j'ai nommé Anselmo ROVEDA -  a repris pour notre Atlas son travail de choix d'extraits significatifs, centrés aussi bien sur les paysages - les forêts de Malaisie ou des Montagnes Rocheuses, les déserts du Soudan, les Pampas d'Amérique du Sud, la glace des Pôles, leur lumière, leurs bruits. Mais aussi les animaux - buffles sauvages d'Afrique Australe, kangourous d’Australie, lucioles géantes des forêts des îles des Caraïbes...      

 

 

 

Et, évidemment, les humains:  longue colonne de déportés dans la tempête sibérienne; lettrés, riches marchands, jeunes aristocrates chinois à une fête brillante dans un port le long du fleuve Si-Kiang; les mineurs de charbon écossais et leur vie souterraine;  ce ne sont là que quelques exemples...

          

 

          Nous sommes dans un atlas, il est donc organisé: d'Est en Ouest pour les continents, en partant d'Asie; du Nord au Sud à l'intérieur de chacun. Avec un "bonus": une double page pour les phares, indispensables auxiliaires de la navigation;  quatre phares d'Europe, dont il faudra peut-être chercher la localisation... sur Wikipedia? L'apprenti voyageur - il ou elle a, d'après les indications de l’éditeur, de 6 à 99 ans - n'a qu'à choisir sa destination dans le sommaire, et se reporter à la page indiquée.

 

 

           L'organisation de chaque double-page, pour chaque pays, est identique, on peut trouver à chaque fois le même type d'information  au même emplacement.  Et c'est là que le travail de l'illustrateur, Marco PACI , se révèle particulièrement efficace. Le tiers inférieur de la double-page est le lieu d'une illustration en couleurs (aquarelle ? Je ne sais pas bien identifier, Paci me pardonne...). Voici l'exemple de la Sibérie:

on est frappé par le mouvement qui anime l'image, sifflement du vent, de la neige et des fouets, aveuglement provoqué par la tempête, lumière étrange - lune? soleil? - qui transparaît dans le fond. La lecture du texte (tiré de "Gli orrori della Siberia"...) confirme l'impression de l'image et donne quelques indications (c'est bien le soleil, mais il "serre le cœur" et il "blesse douloureusement les yeux")... Il s'établit un va-et-vient entre le texte et l'image, et chacun enrichit l'autre.

La curiosité première satisfaite, l'attention peut se porter sur les autres dessins de la page, des croquis comme de carnets de voyage, et la silhouette du planisphère où une tache noire situe le pays traversé. Sous le nom du pays, dont les caractères d'imprimerie sont les mêmes que ceux de Avventure sur la couverture, on retrouve le symbole du grand planisphère - jeu de situation pour les plus jeunes - et un titre qui précise le lieu de l'épisode.

 

                   L'imagination du jeune lecteur est stimulée par la richesse de ces images (ici, la forêt de Labuan). Il ou elle pourra déjà se raconter "son" aventure dans la forêt, avant qu'un adulte ne lui lise à haute voix l'épisode correspondant.

                   Car la prose de Emilio Salgari supporte bien une lecture théâtralisée, pour peu que la voix qui lit ait pris contact avec le texte auparavant, et sache régler sa respiration. Les textes de ces extraits s'y prêtent admirablement.

          Cette autre page pour illustrer une atmosphère différente, tout aussi efficace, créée par Marco PACI, pour les hauts-plateaux d'Amérique du Sud. Il semble vraiment l'avoir élaborée sur place, dans son carnet de voyage...

(Illustration dédiée à D. et N.Q. qui sont sur le départ pour un voyage de deux mois à travers tout le continent sud-américain... Les voyageuses et voyageurs aventureux existent bel et bien...)

          Quand vous saurez enfin qu'une introduction de quatre pages, claire et synthétique, intitulée "Viaggi d'inchiostro", voyages d'encre, présente le travail d'Emilio Salgari et ses titres les plus célèbres - pages constellées de ces petits croquis à la plume que l'on retrouvera au fil de l'Atlas - et que vous aurez appris, pour terminer (ou pour commencer à rêver plus précisément à un départ), qu'il existe un Circolo dei viaggiatori e degli esploratori del Cap.Cav. Emilio SALGARI, un Cercle des voyageurs et exlorateurs..., vous aurez, enfants et adultes, tout ce qu'il faut...

          On peut savoir gré à Anselmo ROVEDA d'avoir, à la fin de son introduction, remis en perspective cette littérature de voyage par rapport à aujourd'hui. Qu'il me soit permis de traduire ce paragraphe de conclusion:  " Salgari n'a jamais voyagé, mais il a fait voyager par l'imagination des millions de jeunes. Aujourd'hui, ça peut avoir l'air simple, il suffit de chercher sur le net et n’importe quel endroit peut se matérialiser devant nous, avec ce qu'il faut de photos, de vidéos, de son. Au temps de Salgari, il n'y avait ni internet ni ordinateur,  et même pas d'avions."

               Et le mot de la fin, sur cette image qui permet de rêver, dans sa sobriété (mais gare au tigre qui se cache dans les herbes hautes...): " A deux, nous nous défendrons mieux; et puis nous devons reprendre au plus vite notre voyage".

 

UN GRAND MERCI A GIRALANGOLO

POUR LES IMAGES QUI ILLUSTRENT CET ARTICLE

 

                           

Atlante delle avventure e dei viaggi per terra e per mare

con brani scelti dalle opere letterarie del cap. cav. Emilio Salgari

 Editions :  Giralangolo - Picture Books

 

 56   pages. 
ISBN 9788859257585
19,50 €
 

 

POUR COMPLÉTER:

  • bien que Salgari ne soit pas, en France, aussi célèbre que Jules Verne, certains de ses romans ont été traduits en français, et il existe des "salgariens" français. Si vous voulez en savoir plus, vous pouvez visiter:

- le site très complet de Matthieu LETOURNEUX :

http://mletourneux.free.fr/auteurs/italie/salgari/Salgari.html#biographie

- celui, riche (indépendamment de Salgari), découvert pour l'occasion, de "La Bibliothèque Italienne, observatoire de la littérature italienne":

https://labibliothequeitalienne.com/2017/10/27/emilio-salgari-fait-encore-rever-de-sandokan/

- un autre qui s'intéresse à "la Malaisie à travers les livres", et qui analyse fort bien l'impact de la lecture de Salgari sur les jeunes, et des écrivains italiens célèbres (Pavese, Eco...) :

https://lettresdemalaisie.com/2014/03/25/emilio-salgari-le-pere-de-sandokan/

  • Bien évidemment, il existe aussi un site dédié des "salgariens italiens":      http://www.emiliosalgari.it
  • Une présentation du livre en italien sur le blog de l'éditeur: https://www.edt.it/il-mondo-con-emilio-salgari
  • Et puis un exemple de "voyageur aventureux", le jeune breton Guirec Soudée, qui, de nos jours, écume les mers du monde avec un voilier qui n'est en rien "high tech", et une poule des Canaries baptisée Monique. Il raconte ses aventures en particulier dans: Le monde selon Guirec et Monique. Le récit est moins palpitant que ceux de Salgari, mais son vécu est ébouriffant.

BUON VIAGGIO !

 

Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #CLASSIQUES

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