Teresa PORCELLA, LE TEMPS, L'ART ET LA DANSE: 1 - Prima e Poi

Publié le 12 Novembre 2021

          Retour à la "petite pile d'albums réjouissants"  citée dans le dernier article. Lectures Italiennes en extrait  deux pour vous. L'auteure en est la même, Teresa PORCELLA. L'illustratrice aussi: Giorgia ATZENI. Mais ils sont différents dans leur esprit et leur réalisation.

         Commençons par  PRIMA E POI, D'abord et ensuite.  

Ce titre est le détournement d'une expression très courante :  "Prima o poi lo dirò....", "Un jour ou l'autre je le dirai...". Et, comme souvent, il suffit d'une seule lettre pour changer tout. Et revenir au sens initial des deux adverbes.

          C'est du temps qu'il est question. Tout instant de la vie, tout "ici et maintenant" comporte un "avant" et un "après", sans que l'intéressé ou l’intéressée en ait toujours conscience. On a envie de dire "un enfant moins que tout autre", mais, au fond, bien des adultes aussi. Les quatre vers de prologue qui apparaissent dans une sorte de pleine lune suggèrent l'idée, de façon un peu mystérieuse, du Temps qui aide le cœur à se libérer du froid, du givre des rancœurs et des peurs...

               Prima e Poi /  Poi e Prima / dentro il Tempo / il cuore sbrina

       D'abord et ensuite / ensuite et d'abord / à l'intérieur du Temps / le cœur dégivre

        

          L'auteure fait explorer aux enfants ce "d'abord", puis cet "ensuite" dans la vie quotidienne, sous cinq rubriques: Fratelli et sorelle (Frères et sœurs ), Genitori in viaggio (parents en voyage), Piante e animali di compagnia (plantes et animaux de compagnie), Fuori di casa (hors de chez soi), et Diventare grandi (devenir grands).

Dans chaque thème, deux situations : Fratello minore et sorella maggiore (Petit frère et grande sœur); Papà in viaggio et Mamma in viaggioPesce rosso et Pianta grassa (Poisson rouge et plante grasse); A scuola d'inverno et Domenica in montagna (À l'école en hiver, et dimanche en montagne); Nonno e la signora bianca (Pépé et la dame blanche); Dolore (douleur); et Innamorarsi (s'énamourer...convient pour le masculin et pour le féminin...)

Et pour chaque situation, deux poèmes, un PRIMA et un POI.

Et pour chaque poème, une double page, le texte à gauche et l'image à droite, inséparables, nous y reviendrons.

       

La lectrice, le lecteur - ils peuvent avoir 10/12 ans, peut-être moins, pour la lecture du soir à haute voix? - elle, il choisira, selon le thème qui l'inspire ou l'intrigue - ne suivra pas forcément les pages, qui ne sont d'ailleurs pas numérotées.  Commencera-t-on forcément par "prima"? Pas sûr. Mais ne pas séparer les deux moments, sans doute.

 

          L'idée du recueil est de ne pas parler du "maintenant", "Ora", mais de le laisser imaginer à partir du Prima et du Poi. Pour en parler avec un autre interlocuteur-lecteur, ou laisser les mots,  les images, les rimes faire leur chemin.

  L'une des richesses de Prima e Poi est la grande variété de ses formes poétiques. Des presque-sonnets pour les frères et sœurs "avant", et un petit quatrain vif pour "l’après".  Des onomatopées -percussions pour le trop-plein d'émotions causé par l'absence de papà, ou le retour de la mamma. Un calligramme pour la plante grasse "avant"...  Un long récit, rythmé et rimé, du dimanche matin, avant le départ pour la montagne (Arriva alle sei di mattina... elle arrive à six heures du matin) avec ses préparatifs, ses odeurs, la famille toute entière, symbolisée par "il cane Gastone / con quella allegria scema / e senza ragione..." (le chien Gaston, avec sa joie un peu bête, et sans raison), cette joie "disordinata e incerta", désordonnée et incertaine, que le petit garçon apprécie plus que tout, dans l’attente des trésors de la forêt. Et qui se reflète dans son double, la longue réflexion, rythmée et rimée, sur les trésors qu'il a volés à la forêt ou que cette dernière lui a offerts, "poi"...

 

Mais aussi bien la rapidité lapidaire des contradictions de l'amour nouveau, "prima":

Non litighiamo! / Litighiamo. (Pas de disputes! / Des disputes.)

Non ti chiamo! / Ti chiamo. ( J' t'appelle pas! / Je t'appelle.)

Non.......... / Ti amo

 

 

          Les illustrations de Giorgia ATZENI, vous l'avez constaté, sont à la fois sobres et claires. Les enfants évoluent sur une sorte de plateau  scénique , dont le fond est généralement blanc.  L'atmosphère est créée par les couleurs qui "portent" les protagonistes, et donnent la profondeur.  Seuls quelques objets significatifs le meublent : -  les légumes du grand-père, sous la lampe rouge comme un soleil, que ses mains, qui manient le couteau comme elles ont manié les outils du jardin, offrent au petit-fils. - le petit meuble des livres qui servent aussi à ... être à la hauteur aux amoureux, "intellectuels-mais-pas-trop" -Le confort de la maison du dimanche suggéré par le papier peint - par ailleurs présent dans le poème. ... etc...etc...

            Elles ne renvoient pas à des lieux définis, ni à une époque précise. On pourrait dire "le monde occidental du XXe siècle", un peu éloigné dans la mémoire - un clin d’œil à la "ligne claire" des BD de Hergé et ses élèves? Elles laissent la place aux émotions des enfants contemporains, sans les contraindre dans une forme  déterminée.

          Certains éléments de l'image sont repris au trait, discrètement, comme des dessins d'enfants, mais présents, sur la page du poème.

          En deux images,  Giorgia ATZENI  peut suggérer toute une histoire, sans l'imposer toutefois. Prenons par exemple le thème de l'école en hiver, "hors de chez soi". D'abord, c'est le passage de la chaleur douillette de la maison au froid de la rue, compensé par la vue du copain de banc, et le projet d'un échange imprévu. Le geste que fait le garçon pour tendre sa bille à son ami surprend ce dernier, qui n'est pas encore prêt à la prendre (Prima..). Ce même geste sera repris par la mamma, à la sortie de l'école, mais cette fois, c'est elle qui tend, et le protagoniste est prêt à recevoir ce cadeau-métaphore de l'amour maternel: une sorte de bille, mais comestible, un pain blanc et fumant, à la ricotta, ...chaud(s), moelleux, rond(s). / Parfait(s), comme des mondes en miniature" (Poi...). Fidélité de l'image au texte, sans redondance.

 

 

   N'imaginez toutefois pas l'illustratrice évoluer dans un "monde occidental du XXe siècle"... Elle enseigne dans des quartiers dits "difficiles" de Cagliari et autour, comme remplaçante, avec tout ce que cela comporte d'angoisse et de liberté. Si cet aspect d'une expérience d'enseignement vous intéresse (in italiano...), allez voir dans le blog de nos amies les souris qui peignent.  Elle y raconte son métier avec une verve qui dénote une énergie remarquable.   

             Question de rythme, vous avez compris que, pour Teresa PORCELLA, la poésie écrite n'est jamais loin de la poésie chantée. Et que le chant porte à la danse et à la représentation. Il était logique, donc, que PRIMA E POI  devienne un spectacle, que l'on a pu voir à Florence, sur la terrasse unique de VILLA BARDINI, avec en arrière-fond les toits de Florence, la tour de Palazzo Vecchio et le ballon captif de la Coupole de Brunelleschi. C'était en août 2020, au cours du Festival La  Città dei Lettori. Teresa Porcella était accompagnée, à la guitare, par Gianni CAMMILLI, et aidée pour la technique par l'Association Scioglilibro qui ne vous est pas inconnue. Ne boudez pas votre plaisir. Quand vous serez à Florence, montez voir VILLA BARDINI, ses collections, son parc, ses panoramas, presque rien que pour vous. Et si c’est en août , La  Città dei Lettori....

                PRIMA E POI,  c'est aussi un spectacle théâtral "en salle", ainsi le 22 octobre 2021 à Colle Val d'Elsa.

                 Rien d'étonnant, alors, que le livre ait été distingué lors de la 23ième édition du Concorso nazionale di poesia "Oreste Pelagatti - Città di Civitella del Tronto,  qu'il a remporté ex aequo avec les "Rime buie" de Bruno TOGNOLINI). Qui plus est, il sera, comme le vainqueur de chaque année, traduit et publié en braille par l'Unione Italiana Ciechi e Ipovedenti sezione di Teramo.

Un prix qui fait aussi  connaître l'une de ces petites villes des Abruzzes pleines de caractère et pas défigurées par le tourisme de masse.

 

 

 

 

PRIMA E POI,

textes de Teresa PORCELLA, illustrations de Giorgia ATZENI, 

graphisme Ignazio FULGHESU

  BACCHILEGA JUNIOR EDITORE,   2020,  64 pages, relié, 16 €

EAN:  9788869421150            ISBN:8869421155      

                           

Prima è Poi / Poi è Prima / zitto in mezzo / Ora rima

D’abord est Ensuite / Ensuite est d'Abord / en silence, entr'eux deux / Maint'nant fait le raccord

 

Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #À VOIX HAUTE

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