DANTE ALIGHIERI, depuis 700 ANS... : 1 bis) ... pour "les grands", en italien.

Publié le 1 Mai 2021

                Permettez-moi de commencer par trois anecdotes :

  • D'abord, une rencontre: des amis-voyageurs, au tout début de 2020, trouvent ceci au détour d'une allée, dans un parc de la ville de Buenos Aires: le monument date de 1921. On peut lire sur le bas du buste la citation: "Liberta (sic) va cercando" ("Il est à la recherche de la liberté"), citation du  très célèbre vers 71 du premier chant du PURGATOIRE.
Merci à D. et N. Q.

 

  • Ensuite, un repas de noces. Nous sommes dans un bourg de l'Est de la France, qui abrite une forte communauté du Nord-Est de l'Italie. Le marié est italien, la mariée française. La tablée, à majorité italienne. On y entend surtout le dialecte italien, et celui de l'endroit où se passe cette histoire. En attendant l'arrivée de la pièce montée, un convive lance : - " Barba (tonton), ci reciti qualcosa di Dante ( Dà-nté) ? ( tu nous dis quelque chose de Dante?"). À l'autre bout de la table, un grand vieillard relève la tête et : "- Dante ? Alighieri ?" - "Sì, sì!".  Il se lève solennellement, balaie la salle du regard, et commence à dire... un chant célèbre de la Divine Comédie, tranquille et concentré. Il a fait sien ce texte, et les convives avec lui.
  • Et enfin un souvenir d'enfance raconté par un des grands "lecteurs" de la Divine Comédie, dont vous allez faire connaissance, si ce n'est déjà fait : Vittorio SERMONTI. Il raconte cet épisode dans l'introduction à sa lecture de l'Enfer. On est en 1940, c'est le premier été de guerre, il a 11 ans. Son père ("un avocat d'origines très modestes") fait étudier l'Enfer de Dante à ses deux frères jumeaux, de quatre ans plus âgés, pour préparer une hypothétique rentrée. N'ayant rien de mieux à faire,  "le gamin"  suit ces leçons. Et même si (ou parce que...) il ne comprend pas un traître mot de ce texte, qui sera suivi, les étés suivants, par le Purgatoire et le Paradis, ( "... et la faim..." ),  l'enfant est fasciné par ce qu'il entend.
Portrait par Botticelli. Reproduction inversée

 

  Il est évident que, en cette année 2021, les étagères des librairies et des bibliothèques publiques (et privées) italiennes débordent de textes du poète, de commentaires, d'essais - e chi più ne ha più ne metta -  Ces pages n'entendent pas vous guider dans cette "forêt obscure", ce n'est pas leur vocation. Mais plutôt partager avec vous quelques "passeurs" qui m'ont aidée à entrer dans le grand poème. Ce sont, surtout, des voix, et nous reviendrons sur ce point, fondamental pour la Divina Commedia.

 

            Premier entre tous, donc, Vittorio SERMONTI ( Rome, 1929-2016). Pour des raisons techniques, liées à ma plate-forme d'hébergement, je ne peux pas vous mettre un lien direct, mais  un site lui est consacré: www.vittoriosermonti.it . Homme d'une culture et d'une énergie peu communes (il ne s'est pas consacré uniquement à la Divine Comédie...), de 1987 à 1992, il enregistre pour la radio RAI3 l'ensemble des cent chants de la Comédie, qu'il explicite d'abord avant de les lire. Son objectif est "simple":  "permettre à n'importe quel italien doté d'une culture moyenne, d'intelligence et d'un peu de passion de parcourir le plus grand livre jamais écrit en italien sans interrompre continuellement cette aventure pour s'approvisionner en informations, explications et variantes dans les notes de bas de page".

Et, en effet, avec sa lecture de l'Enfer, il tient en haleine un public nombreux et  très varié

pendant trente-quatre soirs de suite. Puis ce sera le Purgatoire en 1990 et le Paradis en 1993. Ces lectures, il les fera aussi en public, aux quatre coins de l'Italie et du monde, jusqu'en 2007. Et elles seront plusieurs fois publiées,  et toujours disponibles, en livres. Il est précieux d'avoir des textes de référence, pour un poème de la dimension de la Commedia.  Sermonti a une grande culture, ses explications sont fouillées, mais restent toujours accessibles, voir plus haut.

On peut les trouver maintenant en livres audio: un coffret, 700 ans obligent, ou trois volumes , chez l’éditeur d'audiolivres EMONS : La Commedia di Dante, raccontata e letta da Vittorio Sermonti. Il est aussi présent sur Youtube. Sa diction très claire, expressive - sans cette théâtralité qui rendait  insupportable la lecture de Vittorio Gassman - marque la mémoire.

Merci à Madame Ripa di Meana Sermonti pour cette photo.

 

          L'autre lecteur incontournable de La Divina Commedia, vous le savez, c'est Roberto BENIGNI. Un accès au texte tout autre . On est entre toscans, Benigni tutoie Dante, il lui écrit une lettre, il publie un livre "Il mio Dante"...D'une part, l'acteur est l'héritier de toute une tradition toscane ancienne de joutes oratoires en vers. Les biographes du poète (Boccace entre autres) racontent comment, dès que la première Cantica fut rendue publique (on ne peut pas encore dire "publiée"), elle fut lue et mémorisée par de simples florentins.  Vous pouvez approfondir cet aspect en consultant un des articles (merci à la revue ANDERSEN d'avoir mis à la disposition de tous ce trésor d'informations) consacrés à Dante par la fondation Treccani (celle de l'Encyclopédie héponyme).

             Benigni s'est approprié un nombre impressionnant de chants de la Commedia, qu'il récite, "a memoria" (vous l'avez vu et entendu au Quirinal ce 25 mars - cf article précédent). On peut cependant contester le titre donné à ses grandes représentations, celles de Florence, devant la basilique de Santa Croce  et la statue du poète, en 2006 et 2012,  reprises ensuite un peu partout dans le monde: TUTTO DANTE. Ce n'est pas 'tutto", c'est tout l'Enfer, le dernier chant du Purgatoire et le dernier du Paradis. Il y a toutes les autres œuvres du poète. On peut faire la fine bouche devant sa façon de jouer le "bouffon" pendant ses représentations. Cependant, le bouffon est un personnage médiéval - Dario Fo nous l'avait rappelé - et Benigni crée, au delà de sa prestation personnelle, une attention au texte de Dante qui donne envie d'y retourner voir, dans les livres. Il sait aussi, d'ailleurs, avoir des moments graves, sinon recueillis. Par exemple ce chant un de l'Enfer, à Florence, ici sous-titré de la traduction de Jacqueline Risset; c'était il y a ... une quinzaine d'années. On trouve facilement en librairie les coffrets (5 coffrets de 3 DVD chacun) du TUTTO DANTE. Pour ne pas parler des ressources de youtube....

        

                 Également, en bilingue, les enregistrements des "Lecturae Dantis" de la Vita Nova  par l'acteur Cristiano Nocera déjà signalées précédemment : elles sont au nombre de six maintenant.

 

Une des illustrations de BOTTICELLI pour le Paradis

 

  Oh gioia! oh ineffabile allegrezza!                                       O joie! ô ineffable allégresse !

  oh vita intègra d’amore e di pace!                                        ô vie entière d'amour et de paix!                 

 oh sanza brama sicura ricchezza!                                          ô richesse assurée sans convoitise!

 (Paradiso XXVII, 7-9).                                                          (Traduction de Jacqueline RISSET)

 

                    Dante pourrait être la lecture d’une vie, mais chacune, chacun peut y trouver des moments rares, même sans "tout" lire. En ne négligeant pas le Purgatoire, ni le Paradis. Et si l'entreprise vous effraie, commencez par les albums à destination des plus jeunes, certains sont des chefs-d’œuvre.

                   À suivre.................

 

 

Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #CLASSIQUES

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