Publié le 21 Avril 2020

          En ces temps où l'on ne choisit pas vraiment d'être confinés ensemble, et/ou loin les uns des autres,

voici un petit "grand album" sorti en mars 2019.... il y a un siècle....   

Le titre est important dans sa grande simplicité: "Dimmi", "dis-moi". C'est un des mots de base des relations humaines. Il y a le "dis-moi" suivi de demandes précises: dis-moi... pourquoi, où, comment, quand... (Et là - vous pouvez sauter cette parenthèse purement anecdotique - le juke-box, à chaque fois,  dépose son 45 tours grinçant sur le plateau; la rengaine de l'été '62, Tony Renis  "Quando quando quando"  .... ).

Il y a aussi le "dimmi" qui invite l'autre à parler, "je t'écoute, je suis prêt ou prête à te répondre". Le "dimmi" de Anselmo ROVEDA participe de ces deux acceptions.

          Il y a un "questionneur", qui ne se contente pas des réponses que lui donne le "questionné". Et ses questions, après une écoute que l'on devine attentive, relancent la parole :

- Lontano quanto?  (Loin, mais très loin?)

- ................

- Sì, ma lontano quanto? (Oui, mais très loin?)

- .................

- D'accordo, ma lontano dove? ( D'accord, mais loin où?)

- ...................

- Sì, ma dimmi, lontano quanto? (Oui, mais dis-moi, loin très loin?)

- ...................

- Sarai lontano, allora ? (Tu seras loin, alors?)

- ......................

- Sarai lontano, ma vicino, vero? (Tu seras loin, mais à côté, n'est-ce pas?)

- .....................

                  On comprend assez vite que "le questionneur" est un fils, qui interroge son père sur son départ, son éloignement. Il y a des indices: l'un "grandit", l'autre "vieillit". Chacun a une photo de l'autre ( ou de tous les deux), et "la serre, le soir". Et puis ils attendront "soli e insieme", seuls et ensemble, "il mio rientro, la tua pagella", "mon retour, ton bulletin scolaire".

                   Et le père, dans une sorte de méditation intense, et claire, tente de partager avec son fils le sens de cet éloignement, imminent - ou déjà effectif, cela reste un peu flou, car nous ne sommes pas dans un récit chronologique, mais dans une poésie ( "... adesso che sono lontano", maintenant que je suis loin.. / mais aussi "... sarai lontano", tu seras loin...). Et il n'en cache pas les aspects difficiles.

La toute première page est emblématique:

- Lontano quanto?                                                    -   Loin, mais très loin?

Lontano un po'                                                          Un peu loin

per un tempo che non so dire.                                   je ne sais pas dire combien de temps.

E lontano è sempre troppo                                         Et loin, c'est toujours trop

anche quando è solo un po'.                                      même quand c'est juste un peu.

Lo so.                                                                           Je le sais. 

Bien sûr, il manque ici la mise en page et l'illustration.

                   Il évoque ensuite l'importance du temps passé ensemble. Et la force du souvenir, et des paroles écrites qui circulent entre eux. Il reprend plusieurs fois ces thèmes, comme dans un morceau de musique, et particulièrement celui des mots (le parole), qui sont aussi ceux du livre:

quelle / libere,/ rare,/ preziose/  e sorprendenti.      ... libres, rares, précieux et surprenants.

Quelle scritte / e quelle delle storie,/ la sera.  Ceux qui sont écrits, et ceux des histoires du  soir.

...... On pense, fugitivement, aux  Favole al telefono, les Histoires au téléphone,  de Gianni RODARI ......                                                                     

                   Le père va suggérer à son fils toute sorte de lieux possibles du monde, du plus vaste au plus fermé, en sollicitant tous ses sens, l'ouïe, la vue, l'odorat. Et aussi les petits détails qui marquent le quotidien dans la mémoire, là aussi du plus banal au plus cosmique, la succession des saisons, le match de foot, l'averse imprévue et le k-way qu'on sort.... mais aussi une éclipse de soleil, ou l'arrivée d'un amour... Chacune de ces évocations, juste un ou deux vers, peut résonner dans le silence de la voix lectrice quand elle passe de l'une à l'autre..

                   Il permet au fils d'élargir son quotidien, tout en le valorisant car il est partagé. Comme je l'ai déjà cité, ils attendront l'un et l'autre, "aspetteremo, soli e insieme, /  il mio rientro, la tua pagella". L'absence ne sera pas un moment de vide; ni pour l'un, ni pour l'autre. Et l'enfant semble avoir compris le message, qui dans sa dernière question-affirmation, met ensemble les deux pôles "...lontano, ma vicino, vero?". Et le père acquiesce, c'est la respiration, "il tuo respiro", qui fait le lien entre vicino et lontano. Cette respiration qui permet la vie et la parole.

                  Un autre aspect du dialogue est plus suggéré: le père rassure son fils, mais il se rassure aussi lui-même. Il sait qu'il vieillit, que son fils le verra avec des cheveux "più radi e bianchi", plus rares et plus blancs.  Alors que le fils se fait "più alto e nervoso", plus grand et plus musclé. Ils changent l'un et l'autre par rapport à la photo. Et le temps viendra sans doute où ce sera au tour du fils de s'éloigner. Mais le vicino et le lontano seront toujours tenus ensemble par "il respiro".

                  Toutes ces idées, toutes ces émotions sont là, dans le texte, et chaque lectrice, chaque lecteur, selon son âge et l'étape de sa vie, en saisira une ou une autre....

                 J'ai bien conscience qu'il est un peu barbare de décortiquer un texte si essentiellement poétique, donc un seul conseil, vous le procurer au plus tôt... tout est relatif en ces temps confinés, mais il est disponible dans  le catalogue des éditrices, Pulci Volanti.       

                  Vous pourrez, sur cette même page du catalogue virtuel, feuilleter  une dizaine de pages de l'album. Vous constaterez, mieux qu'ici, la clarté de la mise en page, la lisibilité des polices, l'originalité des illustrations. Mais vous n'aurez pas la qualité du papier,  le soin de la reliure, tout ce qui en fait un album remarquable.

 

                   Et voilà que je vous entends d'ici:" Mais, et les images? Ce poisson et ce? ... cet oiseau?".  Vous remarquerez en effet que le livre est construit sur une alternance de deux pages de texte, et une double page d'une seule image panoramique : ci-dessus, la première.

Oui, il est temps de parler de l'illustration.  En réalité, cet album nous raconte deux histoires parallèles. Les images ne sont pas à proprement parler une "illustration du récit".  L'illustratrice, Chiara BONGIOVANNI, a utilisé la détrempe et ses crayons de couleurs (plus quelques touches numériques) pour créer un espace vaste, grâce au ciel et à l’étendue d'eau, lumineux comme le soir ou le matin, et selon les saisons. Centré sur les deux "personnages" : un poisson,  qui ne craint pas de sortir son museau de l'eau, en "conversation" avec ce qu'on finit par identifier comme un oiseau, mais qui, dans sa forme, rappelle celle du poisson (un poisson volant?...).  Lequel oiseau ne craint pas, pour sa part, de tremper parfois sa tête dans l'eau. Il y a une grande fluidité dans l'atmosphère, et quelques signes suffisent pour évoquer les saisons, les heures : des reflets, quelques nénuphars, une branche d'arbre, fleurie ou qui perd ses feuilles, la pluie, la neige, le gel ....

         

                   Chiara BONGIOVANNI nous raconte une deuxième histoire, ou plutôt, elle donne à l'enfant-  lectrice ou lecteur, ces deux êtres qui se ressemblent tout en étant divers, qui vivent dans deux milieux incompatibles, et sont donc loin l'un de l'autre. Pourtant, ils sont aussi très près, ils peuvent se voir, se parler, partager ce qui se passe autour d'eux.  Cette proximité est suggérée par le jeu des reflets, par exemple. Et ni l'oiseau ni le poisson ne sont seuls dans leur monde. La plupart des planches suggèrent un échange en mouvement, comme des danses dans l'air et dans l'eau. Mais il y a aussi des moments de sommeil confiant. Et dans la toute dernière image de l'album, où l'eau est vue en plongée, autour du rocher-repère, on pourrait aussi bien voir un ciel étoilé qui tourne autour du pôle.

                   On retrouvera dans l'histoire du poisson et de l'oiseau des éléments d'émotion de la conversation du père et du fils, de même que les petites images qui constellent les pages du texte viennent du monde de l'oiseau et du poisson. Mais l'histoire est toute à créer.                 

 

                  Lectures Italiennes ne tardera pas à vous présenter, dans les jours qui viennent, les éditrices qui ont publié cet album "DIMMI" : les Pulci Volanti,   ou puces qui volent.  Par leur collection ConRispondenze - ( elles rétablissent, dans Co-rrispondenze, Co-rrespondances, le sens de "avec" de la préposition "con") elles veulent rendre le lecteur ou la lectrice actifs grâce à l'histoire en images.

                  Il m'a semblé que ce texte qui articule si musicalement la présence et l'absence, la proximité et l'éloignement, l'importance du temps, celui qui passe, celui qui est partagé, l'importance des mots échangés, et la respiration que peuvent donner les images à nos journées confinées, la parole qu'elles peuvent déclencher, représentait pour nous un beau cadeau.

                   Un grand merci à Chiara Bongiovanni et aux Pulci Volanti pour les images ici reproduites.

Dimmi 
texte de Anselmo Roveda,  illustrations de Chiara Bongiovanni

Mars 2019         48 pages      17×24 cm- couverture rigide     15€

Editions Pulci Volanti         ISBN 9788894247732    
 A' partir de 5 ans

 

P.S. Si vous maîtrisez l'italien, vous lirez avec intérêt l'interview où Anselmo Roveda explicite la naissance de ce projet, c'est intitulé DIETRO LE QUINTE, Dans les coulisses.

 

 

 

                  

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Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #A VOIX HAUTE

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Publié le 25 Mars 2020

         La plupart d'entre vous connaissent déjà Giusi QUARENGHI.  Vous pouvez entrer son nom dans le cartouche de recherche, tout en haut de cette page, et vous retrouverez tous les articles qui lui ont été consacrés sur Lectures Italiennes.

          Giusi QUARENGHI vit à Bergame, ville, vous le savez, tout particulièrement touchée par la pandémie qui ravage le monde, et en particulier l'Italie, puis la France. Elle a confié au blog de son éditeur (que vous connaissez aussi, "les souris qui peignent", TOPIPITTORI) des réflexions sur ces jours très particuliers que nous vivons, et la place qui y est réservée (ou pas) aux enfants. Il m'a semblé important de vous les donner à lire, dans Lectures Italiennes, les voilà donc traduites pour vous.

DEPUIS BERGAME        de Giusi QUARENGHI 

Un jour après l’autre, et à chaque jour son rythme. C’est ainsi que l’on fait, quand les jours sont difficiles et incertains, quand on ne sait pas. Un « on ne sait pas » que l’on espère restreindre, un jour après l’autre, grâce à ce que nous enseigne, même un peu,  chaque jour franchi, chaque portion de route parcourue. La tête basse, et regarder où l’on met les pieds. Même immobile. Parce que l’on se déplace de toute façon, même immobile.  La tête se déplace, le cœur, l’anxiété se déplacent.

Mais à un certain moment, impossible de ne pas lever les yeux : notre souffle se fait plus ample, il fait comprendre, ou au moins supposer l’endroit où nous sommes, et où nous allons, ce qu’il y a tout autour, et qui il y a… ça peut créer de l’angoisse et de la terreur, mais aussi construire du sens, un horizon vers lequel tendre, ou à éviter.

Tels sont les jours, et ils sont comme ça, pensais-je ce matin. Non ne savons pas combien il y en aura encore. Mais ils passeront, ils passeront. Alors faisons front, nous sommes en train de le faire, comme nous le pouvons, chacun comme il peut, que l’on soit une personne ou une institution. Chacun comme il peut, le mieux qu’il peut. Et après ?

Cette période nous changera, elle nous change déjà : que l’on soit une personne ou une institution, probablement nous verrons émerger des éléments qui nous pousseront plus à un changement qu’à une reprise du même, une simple reprise automatique de l’avant, comme s’il ne s’était agi que d’une pause quelconque.

Peut-être que cette entrave à la proximité, qui maintenant nous pèse, ne disparaîtra pas, qu’elle s’annulera dans la fête, la joie de se retrouver tout près et de pouvoir se serrer dans les bras. Peut-être restera-t-il des craintes, des précautions, des prudences, des méfiances…et que se rapprocher ne sera plus si évident, si facile, si désirable…

Alors, en cette période d’une certaine façon ajoutée, dilatée, distendue, pourquoi ne pas essayer de se mettre à la fenêtre pour un ping-pong de pensées, d’hypothèses, d’exploration du possible… pour un après qui ne reprendra probablement pas juste comme avant.

Dans ma ville, c’est un printemps de deuil. Elle a l’allure affligeante, muette et désolée de la procession des morts qu’emportent les camions militaires ; les années précédentes, elle avait le pas et les voix qui gambadaient d’innombrables enfants et de jeunes en sortie scolaire, de petits des crèches et des écoles maternelles en promenade.

Il ne faut plus le faire, et on ne le fait plus. C’est juste, c’est nécessaire. Mais.

Les chiens et les sportifs (on n’en a jamais tant vus !!) ont le droit de sortir. E les enfants ?

Dessin d'Anais TONELLI pour ASCOLTA de G.Q.

 

Je ne suis évidemment pas en train de réclamer un droit de sortie générique pour les enfants qui, en plus, sont accompagnés. Non, je voudrais que nous nous posions le problème, avec tout ce que nous sommes capables d’imaginer de différent.

Ces semaines-ci ont passé. Mais celles qui  vont s’ajouter? Il faut assumer cette durée, et, autant que possible, en dessiner au moins quelques traits : ne nous contentons pas de laisser la pluie nous mouiller. Télécharger des devoirs, nourrir les enfants de vidéos pendant des heures et des heures, même des choses juste merveilleuses, instructives, amusantes, utiles, intéressantes, éducatives, je crois que c’est néfaste.

Ce virus a l’air d’épargner les enfants: ce n'est pas par bonté, mais parce que, comme l’a dit l’immunologue Alberto Mantovani, leur système immunitaire est bien entraîné par les rendez-vous avec le calendrier de vaccination (et j’insiste : grâce aux vaccins !).

Pouvons-nous imaginer quelque chose de de semblable, une sorte d’entraînement, qui les protège et les fortifie dans le même temps ?

La ‘maison’, à la longue, ne peut pas suffire : et puis elle n’est pas ‘pareille’, dans le sens que pas toujours et pas partout elle n’est en condition de respecter les droits des enfants.

Que pouvons-nous penser pour que ce temps laisse une marque, et pas une blessure, apporte quelque chose tout en enlevant autre chose, y compris une sorte de familiarité aimable avec le vide, le peu, le moins, le plus jamais… ? Comment ne pas perdre l’entraînement, comment courir dans un espace restreint et un temps si long, comment ne pas perdre les proximités dans les éloignements ?

Il ne doit pas y avoir que les parents, les institutrices et les psychologues à y penser, à s’en faire un devoir, une responsabilité. J’ai envie de dire plutôt que ça nous concerne, ça nous concerne en tant qu’espèce. Et ça concerne tout un tas de compétences différentes, et des sensibilités, des attentions, des capacités d’imagination et d’organisation.

Comment ne pas ‘immobiliser’ les enfants ?

Ne peut-on pas retrouver les cours intérieures, en aménageant le quand et le comment ? Est-ce que ça peut fonctionner pour certaines places et parvis d’églises ? Peut-on penser des jeux, des activités sportives, et théâtrales, dans des espaces (de la fenêtre de chez soi au parc ‘aménagé’) où la distance fasse partie du jeu, de l’exercice, de la dramaturgie, et donc, en conséquence, la voix, les mouvements, les actions… ?

Est-il pensable d’ouvrir les écoles ‘ par périodes’ : pas tous ensemble, mais quelques classes à la fois, en inaugurant et en pratiquant les distances et les protections sans que ce soient  encore, toujours des punitions et des complications ?

Pensons, imaginons.

Je ne parle pas tellement du maintenant, alors que nous sommes dans la phase la plus aigüe, pour le temps qu’elle durera, en espérant qu’il ne soit pas trop long.

Je parle d’après : laisser derrière soi la phase aigüe, avec tout ce que cela implique, ne sera ni facile, ni rapide, et non ne savons pas à quoi ressemblera la ‘normalité’ qui redeviendra possible.

Je ne sais pas, je ne sais pas. Mais ne pas savoir ne me suffit pas.  C’est une raison, un 'quia',  dont je ne peux me contenter.

                                                                                                                       20 mars 2020

"E sulle case il cielo", poésies de G.Q., Topipittori

 

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Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #TEMPS PRESENT

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Publié le 31 Janvier 2020

          Vous rappelez-vous votre premier atlas? Était-ce pour la rentrée de sixième?  Déjà au C.M.? Fascination des couleurs de ces cartes qui se succédaient de page en page, griserie d'avoir ainsi le monde sous la main, les noms des mers, des déserts, des montagnes... Et puis, il fallait savoir chercher, si possible sans demander d'aide....

             Ce sont ces sensations qui me sont revenues, quand j'ai eu entre les mains, un peu avant Noël, le nouvel album proposé par EDT GIRALANGOLO: il était plus grand que "le premier", relié aussi, mais avec une couverture plus lisse; moins épais, donc plus facile à manier. Surtout, il n'avait pas l'air d'un "livre d'école". Il y avait, il y a, oui, une main armée d'une plume qui dessine une carte, en bas de la couverture, mais aussi des petits dessins ( un voilier, des portraits esquissés...), et l'encrier est là, pour continuer.

                Et surtout, dans les deux tiers supérieurs de la couverture, plein de choses écrites, avec un mot qui se détache: AVVENTURE, dans un cadre qui n'est pas sans rappeler les motifs graphiques des éditions Hetzel. De Jules Verne, mais pas seulement. Alors vous regardez un peu plus attentivement ce titre, vous le lisez en entier, même s'il est long, pour un titre:

ATLANTE / delle / AVVENTURE / e dei VIAGGI / per TERRA e per MARE /

con brani scelti dalle / opere del Cap.Cav. / EMILIO SALGARI

C'est un atlas, vous l'avez compris, "des aventures et des voyages par terre et par mer".

          Arrêtons-nous déjà à cette première promesse, et entrons dans l'Atlas, quitte à revenir ensuite sur les indications en sous-titre: "con brani scelti dalle /  opere del Cap.Cav. / Emilio Salgari", des "morceaux choisis du Cap. Cav. (?) / Emilio Salgari".    

Que va trouver l'apprenti-voyageur-aventureux ou l'apprentie-voyageuse-aventureuse en ouvrant son Atlas? Dès la deuxième page, avant les dédicaces, avant les pages de titre, avant le sommaire, un planisphère dessiné " à l'ancienne", avec treize destinations. Choisira-t-elle, choisira-t-il la Sibérie ou les Caraïbes? La Malaisie ou les Montagnes Rocheuses? L’Écosse ou le Pôle Sud?

 

 

           Pour créer l'ambiance, trois doubles-pages plus loin, avant le sommaire, une image de tempête, mer, île, ciel, beaucoup de noirs et de gris, à peine quelques couleurs pour indiquer la terre, et les rais d'éclairs, les traits de pluie et leurs reflets dans la mer déchaînée... l'atmosphère est dramatique, et la curiosité porte à lire l'extrait que l'image encadre.  C'est, en même pas dix lignes et une seule phrase théâtrale, l'évocation  d'un orage sur l'Océan qui entoure la "Malaisie".   Images parlantes, abondance d'adjectifs et d'adverbes, lexique précis, nous sommes bien dans un extrait (un brano) de Emilio SALGARI. C'est le premier de ces "brani scelti", ces morceaux choisis annoncés en couverture. 

          Le Capitaine - Chevalier (Capitaine auto-déclaré, mais nommé Chevalier de l'Ordre de la Couronne d'Italie en 1897) Emilio SALGARI ce doit donc être lui dans le médaillon qui domine le titre.

  Ce sera lui le guide de l'apprenti voyageur. Lui qui, de sa table de travail, par une étude très approfondie de toute sorte de documents, re-créera pour ses lectrices et lecteurs des paysages, des héros et héroïnes, des aventures dans le monde entier.

                 C'est alors que votre mémoire de fidèles lecteurs et fidèles lectrices de ces pages met au point le souvenir de... oui, c'était il n'y a pas si longtemps, une carte..... Salgari.... Roveda.... Giralangolo.... En effet, c'était le 20 décembre 2018.  Lectures Italiennes vous présentait une première approche de l’œuvre de l'écrivain de Vérone ( et de Turin, et de Gênes).  Le curateur de cette carte, salgarien convaincu - j'ai nommé Anselmo ROVEDA -  a repris pour notre Atlas son travail de choix d'extraits significatifs, centrés aussi bien sur les paysages - les forêts de Malaisie ou des Montagnes Rocheuses, les déserts du Soudan, les Pampas d'Amérique du Sud, la glace des Pôles, leur lumière, leurs bruits. Mais aussi les animaux - buffles sauvages d'Afrique Australe, kangourous d’Australie, lucioles géantes des forêts des îles des Caraïbes...      

 

 

 

Et, évidemment, les humains:  longue colonne de déportés dans la tempête sibérienne; lettrés, riches marchands, jeunes aristocrates chinois à une fête brillante dans un port le long du fleuve Si-Kiang; les mineurs de charbon écossais et leur vie souterraine;  ce ne sont là que quelques exemples...

          

 

          Nous sommes dans un atlas, il est donc organisé: d'Est en Ouest pour les continents, en partant d'Asie; du Nord au Sud à l'intérieur de chacun. Avec un "bonus": une double page pour les phares, indispensables auxiliaires de la navigation;  quatre phares d'Europe, dont il faudra peut-être chercher la localisation... sur Wikipedia? L'apprenti voyageur - il ou elle a, d'après les indications de l’éditeur, de 6 à 99 ans - n'a qu'à choisir sa destination dans le sommaire, et se reporter à la page indiquée.

 

 

           L'organisation de chaque double-page, pour chaque pays, est identique, on peut trouver à chaque fois le même type d'information  au même emplacement.  Et c'est là que le travail de l'illustrateur, Marco PACI , se révèle particulièrement efficace. Le tiers inférieur de la double-page est le lieu d'une illustration en couleurs (aquarelle ? Je ne sais pas bien identifier, Paci me pardonne...). Voici l'exemple de la Sibérie:

on est frappé par le mouvement qui anime l'image, sifflement du vent, de la neige et des fouets, aveuglement provoqué par la tempête, lumière étrange - lune? soleil? - qui transparaît dans le fond. La lecture du texte (tiré de "Gli orrori della Siberia"...) confirme l'impression de l'image et donne quelques indications (c'est bien le soleil, mais il "serre le cœur" et il "blesse douloureusement les yeux")... Il s'établit un va-et-vient entre le texte et l'image, et chacun enrichit l'autre.

La curiosité première satisfaite, l'attention peut se porter sur les autres dessins de la page, des croquis comme de carnets de voyage, et la silhouette du planisphère où une tache noire situe le pays traversé. Sous le nom du pays, dont les caractères d'imprimerie sont les mêmes que ceux de Avventure sur la couverture, on retrouve le symbole du grand planisphère - jeu de situation pour les plus jeunes - et un titre qui précise le lieu de l'épisode.

 

                   L'imagination du jeune lecteur est stimulée par la richesse de ces images (ici, la forêt de Labuan). Il ou elle pourra déjà se raconter "son" aventure dans la forêt, avant qu'un adulte ne lui lise à haute voix l'épisode correspondant.

                   Car la prose de Emilio Salgari supporte bien une lecture théâtralisée, pour peu que la voix qui lit ait pris contact avec le texte auparavant, et sache régler sa respiration. Les textes de ces extraits s'y prêtent admirablement.

          Cette autre page pour illustrer une atmosphère différente, tout aussi efficace, créée par Marco PACI, pour les hauts-plateaux d'Amérique du Sud. Il semble vraiment l'avoir élaborée sur place, dans son carnet de voyage...

(Illustration dédiée à D. et N.Q. qui sont sur le départ pour un voyage de deux mois à travers tout le continent sud-américain... Les voyageuses et voyageurs aventureux existent bel et bien...)

          Quand vous saurez enfin qu'une introduction de quatre pages, claire et synthétique, intitulée "Viaggi d'inchiostro", voyages d'encre, présente le travail d'Emilio Salgari et ses titres les plus célèbres - pages constellées de ces petits croquis à la plume que l'on retrouvera au fil de l'Atlas - et que vous aurez appris, pour terminer (ou pour commencer à rêver plus précisément à un départ), qu'il existe un Circolo dei viaggiatori e degli esploratori del Cap.Cav. Emilio SALGARI, un Cercle des voyageurs et exlorateurs..., vous aurez, enfants et adultes, tout ce qu'il faut...

          On peut savoir gré à Anselmo ROVEDA d'avoir, à la fin de son introduction, remis en perspective cette littérature de voyage par rapport à aujourd'hui. Qu'il me soit permis de traduire ce paragraphe de conclusion:  " Salgari n'a jamais voyagé, mais il a fait voyager par l'imagination des millions de jeunes. Aujourd'hui, ça peut avoir l'air simple, il suffit de chercher sur le net et n’importe quel endroit peut se matérialiser devant nous, avec ce qu'il faut de photos, de vidéos, de son. Au temps de Salgari, il n'y avait ni internet ni ordinateur,  et même pas d'avions."

               Et le mot de la fin, sur cette image qui permet de rêver, dans sa sobriété (mais gare au tigre qui se cache dans les herbes hautes...): " A deux, nous nous défendrons mieux; et puis nous devons reprendre au plus vite notre voyage".

 

UN GRAND MERCI A GIRALANGOLO

POUR LES IMAGES QUI ILLUSTRENT CET ARTICLE

 

                           

Atlante delle avventure e dei viaggi per terra e per mare

con brani scelti dalle opere letterarie del cap. cav. Emilio Salgari

 Editions :  Giralangolo - Picture Books

 

 56   pages. 
ISBN 9788859257585
19,50 €
 

 

POUR COMPLÉTER:

  • bien que Salgari ne soit pas, en France, aussi célèbre que Jules Verne, certains de ses romans ont été traduits en français, et il existe des "salgariens" français. Si vous voulez en savoir plus, vous pouvez visiter:

- le site très complet de Matthieu LETOURNEUX :

http://mletourneux.free.fr/auteurs/italie/salgari/Salgari.html#biographie

- celui, riche (indépendamment de Salgari), découvert pour l'occasion, de "La Bibliothèque Italienne, observatoire de la littérature italienne":

https://labibliothequeitalienne.com/2017/10/27/emilio-salgari-fait-encore-rever-de-sandokan/

- un autre qui s'intéresse à "la Malaisie à travers les livres", et qui analyse fort bien l'impact de la lecture de Salgari sur les jeunes, et des écrivains italiens célèbres (Pavese, Eco...) :

https://lettresdemalaisie.com/2014/03/25/emilio-salgari-le-pere-de-sandokan/

  • Bien évidemment, il existe aussi un site dédié des "salgariens italiens":      http://www.emiliosalgari.it
  • Une présentation du livre en italien sur le blog de l'éditeur: https://www.edt.it/il-mondo-con-emilio-salgari
  • Et puis un exemple de "voyageur aventureux", le jeune breton Guirec Soudée, qui, de nos jours, écume les mers du monde avec un voilier qui n'est en rien "high tech", et une poule des Canaries baptisée Monique. Il raconte ses aventures en particulier dans: Le monde selon Guirec et Monique. Le récit est moins palpitant que ceux de Salgari, mais son vécu est ébouriffant.

BUON VIAGGIO !

 

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Publié dans #CLASSIQUES

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Publié le 4 Janvier 2020

          Non seulement 2020 est arrivé, mais nous voici quasiment à l’Épiphanie, la Befana, comme vous le savez désormais, qui est le 6 janvier, toujours. Même si le Père Noël de la mondialisation l'a un peu détrônée,  la Befana reste, en Italie, fêtée le 6 janvier, jour férié.

          Nous sommes en hiver ( vous avez dit "hiver"?)), et l'album que je vous propose semble nous projeter vers le printemps. Jugez plutôt:

Ces fleurs de pommier vont peut-être faire revenir en mémoire aux moins jeunes d'entre vous la chansonnette qui a bercé les ondes radiophoniques dans les années... '50 :  Cerisier rose et pommier blanc...

C'est une fausse route totale. Et la couverture laisse entier le plaisir de découvrir ce que raconte cette canzone di Federico e BianchinaLa chanson de Federico et Bianchina.

Il y a bien un Federico et une Bianchina, promis en mariage par leurs parents. Mais ce sont des enfants, ils ont 5 et 4 ans.  Et la Canzone, la Chanson écrite par Bianca PITZORNO est à entendre comme un de ces poèmes médiévaux que les troubadours provençaux avaient fait connaître, entre autres lieux, en Italie.

          Ouvrons plutôt le livre ( un grand album relié de 23 x 1 x 28 cm). Sautons, dans un premier temps, les cinq pages d'introduction, et entrons directement dans l'histoire:  sur une double page, cinq vers, qui, avec leur simplicité et leur grande musicalité, et la simplicité épurée du dessin ( de la peinture)  qui occupe la double-page, créent d'emblée une atmosphère intemporelle et très palpable. Nous sommes dans la ville de Gênes (GEnova, le dynamisme de son accent tonique), que le mistral ( il maestrale, le prince des vents, celui qui mène la navigation en Méditerranée)) fait chanter comme un orgue par ses hautes rues étroites, et ce mistral est le souffle (il respiro) de la mer. L'album, au-delà, à travers l’histoire racontée,  est une ode à la ville, et au vent et à la mer qui la baignent.

Et dès ces deux premières pages, on est frappé par l'adéquation de l'illustration au texte.

Sonia MariaLuce POSSENTINI  qui en est l'auteure, confirme dans une interview que la difficulté  et l'intérêt du travail d'illustration de cette Canzone ont été la représentation du vent dans une ville que, par ailleurs, elle connaît bien.

          Sur la double-page suivante, voici Federico, qui descend en courant, presque en volant, dans ce vent, le long d'une des ruelles raides de la vieille ville. Léger comme un oiseau, et le cœur incroyablement léger de bonheur.

L'image est toute en nuances de bleus et de blancs. Le vêtement de Federico est bordé d'hermine, ce n'est pas un gamin quelconque. Et voilà l'oiseau, déjà présent sur la couverture, qui va suivre le destin des deux enfants.

            La Canzone se développe en douze strophes, la dernière  reprenant la première; les neuf strophes du récit ont sept vers chacune; l'avant-dernière, qui conclut le destin de Federico et Bianchina, en a huit. Elle reprend des termes du début, elle joint les deux terres où se déroule l'histoire, Genova, donc, et la Sardaigne dont je ne vous ai pas encore parlé, "isola selvaggia / persa tra mare e cielo" dit la chanson ("île sauvage perdue entre ciel et mer", vous l'aviez compris). L'enfant qui devait être roi de ce "regno lontano" tient dans sa tendre main un sceptre funèbre d'asphodèle: Ma nella tenera mano / stringe un funebre scettro d'asfodelo.  Porté, dans l'illustration de mer et de ciel très délicats, par l'oiseau qui est là dès la couverture, noir, et non blanc comme les mouettes du ciel de Cagliari (voir Sotto le ali del vento).  La fin est triste, mais reste ouverte sur l'espace, la mer, le vent.

              Aussi bien la reprise finale de la strophe initiale est-elle illustrée, cette fois, "hors les murs", la ville étant symbolisée par le phare de la Lanterna, et un palais qui évoque le Palazzo Principe. Genova résiste à l'assaut de la tempête, et les mouettes, cette fois, jouent dans le maestrale. Aujourd'hui comme alors...

 

          Et Bianchina? Elle dort, d'abord, dans le Palais Ducal où elle habite, protégée du vent par les fenêtres fermées (mais l'illustratrice fait entrer la lune au-dessus du sommeil de la fillette).  Elle rêve à cet amoureux, enfant comme elle, venu, poussé par les vents, lui offrir en gage un rameau de pommier fleuri.  Rameau que, dans son rêve, elle plante et qui devient un pommier chargé de fruits vermeils.

Dans les deux planches d'illustration de ces deux strophes apparaît la couleur rouge : rouge la robe de Bianchina, comme les pommes de l'arbre "rosseggiante di frutti / nell'aria serotina" - avec ces deux mots "savants", qui pourtant se laissent comprendre, "rougeoyant de fruits / dans l'air du soir "- combien plus plate la traduction...., et qui sont le signe que la poésie, pour les enfants ou pas, a besoin des richesses du vocabulaire.

          Ce rouge, devenu plus pourpre, va envahir l'image suivante comme un rideau de théâtre, pour dévoiler/cacher l'explication qui réunit les deux enfants. C'est une question politique entre le Doge et "l'ambassadeur", celui de la terre lointaine d'où vient Federico, donc.  Il y a une cassette d'or d'échangée. On comprend avec la strophe suivante: "I grandi hanno deciso: / Federico e Bianchina si dovranno sposare / appena non saranno più bambini".

          Le mariage ne se fera pas, car si Bianchina grandit "Signora di campagne e di frutteti", - régissant des terres et des vergers - Federico, lui n'aura jamais l'âge de se marier. La faute au vent qui, dans le ciel de Genova, souffle en tempête?

 

L'histoire est terminée, mais pas le livre. Vous vous rappelez que nous avons "sauté" les cinq pages d'introduction, où Bianca Pitzorno nous raconte que "c'est une histoire vraie", réellement advenue à Gênes en 1382, et documentée par les Archives de la ville.

           Revoilà la Bianca Pitzorno "traductrice" de Boccace,  fine connaisseuse du Moyen-Âge méditerranéen, historienne et chercheuse, qui, en quelques paragraphes clairs et précis, donne un panorama des relations politiques dans le monde méditerranéen où s'inscrit l'histoire du mariage conçu, en 1382,  par la princesse sarde Eleonora d'Arborea, mariée à un noble génois Brancaleone Doria, entre leur fils unique, Federico, et une des filles du Doge de Gênes alors au pouvoir, Bianchina, justement.

Et elle conclut en évoquant "les scribes et les chanceliers" qui ont scrupuleusement noté et conservé dans les archives ces témoignages. Et son rôle à elle, qui a trouvé, lu, puis "fantasticato", laissé jouer son imagination "sur le destin des deux petits fiancés".

 

Esquisse de Sonia Maria Luce Possentini pour la Canzone, tirée du diaporama de Andersen

(ou comment l'illustratrice a, elle aussi, fantasticato sur la Canzone)

            Enfin, cinq autres pages précieuses, à la fin, racontant (Bianca Pitzorno insiste souvent sur le fait qu'elle est une conteuse) "come nasce una canzone", la naissance d'une chanson.

C'est un texte précieux et attachant, plein d'enseignements sans être platement didactique. On y suit l'auteure, en 1982 (ce que sont les coïncidences de dates...), dans un de ses voyages à Gênes, étape obligée, pour une Sarde (mais vous ai-je dit que Bianca Pitzorno est sarde, de Sassari, l'autre capitale de la Sardaigne?) quand elle se rend "sur le continent" ou quand, comme ce jour-là,  elle revient vers sa terre natale de Milan où elle vit et travaille.  Elle évoque les voyages de sa jeunesse d'étudiante, puis celui, traditionnel, que son père offrait à sa famille chaque automne quand elle était petite. Les années Cinquante, encore. Des images que les jeunes d'aujourd'hui n'imaginent pas si on ne le leur raconte pas.

Elle parle de ses recherches sur la vie de Eleonora d'Arborea, justement, dont est né un livre pour adultes que je vous recommande chaudement (malheureusement pas traduit en français):  Vita di Eleonora d'Arborea, publié en 1984 par Mondadori, qui a eu l'heureuse idée de le republier en 2018.  Ou comment un auteur-chercheur peut reconstituer, après des recherches d'archives très poussées, quand ces archives ont de grandes lacunes, la vie d'un personnage historique en se permettant de "fantasticare", justement. Il en découle un roman passionnant de bout en bout - Fin de la parenthèse, mais, comme nous le disions, ce sont ces recherches qui sont à l'origine de notre album d'aujourd'hui.

Sa façon de raconter les documents d'archives et ce qu'on peut en tirer, et comment, a de quoi, je trouve, éveiller des vocations chez de jeunes lecteurs - garçons et filles - un peu plus grands que ceux qui goûteront l'histoire dès huit ans.

Et puis LA rencontre du petit garçon, du gamin des "caruggi", les ruelles étroites du centre historique de Gênes, qui, par ce jour venteux de 1982, descendait en courant en s'appuyant sur le vent. "Cela vous semblera bizarre, mais après six bons siècles, je le reconnus. C'était Federico qui, après être allé au port admirer les navires venus de loin(...) rentrait chez lui en courant, sans se soucier des réprimandes qui l'attendaient pour son retard.

........  Il n'avait pas encore tourné le coin que le vent se transforma en paroles et me suggéra les strophes de cette chanson"

N'est-ce pas là un beau cadeau de nouvelle année? Merci, Bianca! Merci Sonia MariaLuce!

 

LA CANZONE DI FEDERICO E BIANCHINA,

texte de Bianca PITZORNO, illustrations de Sonia MariaLuce POSSENTINI

Editeur Mondadori, collection Leggere le figure, septembre 2018

50 pages, relié, 17€ .

à partir de 8 ans.         EAN: 9788804705727

 

 

QUELQUES ÉLÉMENTS SUPPLÉMENTAIRES:

  • Un article du quotidien  génois IL SECOLO XIX, qui contient aussi deux vidéos d'interview de l'auteure et de l'illustratrice.
  • Le site de l'illustratrice , d'une grande richesse. Vous ai-je dit que Sonia MariaLuce Possentini a reçu, en 2017, le Prix Andersen de meilleure illustratrice, avec la motivation suivante:" Parce qu'elle est devenue, avec rigueur et ténacité, une des voix les plus hautes et les plus intéressantes de notre illustration. Pour une production toujours sous le signe de la qualité et de l'originalité. Pour son trait souple et raffiné, qui sait constamment entrer en relation avec le texte" ? Voilà  un oubli de réparé.
  • Je regrette encore et toujours que Bianca Pitzorno ait été obligée de fermer son site personnel : il contenait des trésors de documents sur son œuvre. Si vous fréquentez Facebook,  vous êtes sauvés (ou sauvées).
  • La Canzone a été mise en musique par le chanteur Giovanni Caviezel. Ici, sur les pages du livre , là sur des images d'une présentation de l'album

 

 

BONNE ANNÉE 2020

 

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Rédigé par lecturesitaliennes

Publié dans #POESIE

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Publié le 13 Décembre 2019

C’est encore chez INTERLINEA  que j'avais trouvé, pour Noël 2011, le petit livre dont je vous avais parlé ici - (descendre en bas de la page qui s'ouvre)

LE spécialiste de l'illustration de jeunesse italienne, Walter FOCHESATO, y commençait un partage de son incroyable collection d'images de la fin du XIXième et du XXième siècles, nous présentant cette année-là les cartes de vœux : " AUGURI DI BUON NATALE, Arte e tradizione delle cartoline augurali".

         Il a continué dans les années suivantes: en 2017, " les pubs de Noël qui ont marqué leur époque":

LE PUBBLICITA'DI NATALE CHE HANNO FATTO EPOCA.

Toujours la même richesse de documentation, parfaitement maîtrisée par Fochesato, en 200 pages et douze chapitres aux titres souvent pleins d'humour - Alzando il gomito (con classe), en levant le coude (avec classe); Babbo Natale, la Coca-Cola e altre divagazioni (besoin de traduction? ); ...è per digerirti meglio!, ...c'est pour mieux te digérer! 

Et cœtera.....

Walter FOCHESATO : LE PUBBLICITA'  DI NATALE CHE HANNO FATTO EPOCA     INTERLINEA,   collection  NATIVITAS n°85,   2017      200 pages, 12 €

 

 

 

        En 2018, nouvelle publication de Walter FOCHESATO, présentée par son "compère" Pino BOERO,  qui enseigne la littérature de jeunesse et la pédagogie de la lecture à l'Université de Gênes.

Cette fois, l'enseignant d'italien a rassemblé les poésies de Noël que tous les enfants qui ont été à l'école

primaire de la fin de la guerre aux années 70 et 80 ont forcément apprises par cœur.  Avec, bien sûr, des illustrations originales. Pas vraiment de nostalgie hors de propos, mais, une fois encore, une étude sociologique - et iconographique - de la façon dont la société italienne traduit les traditions de Noël.

Le titre reprend l'une des plus célèbres de ces poésies, de Guido Gozzano, La Notte Santa, qui raconte, une heure après l'autre sonnant au clocher, la nuit de Noël selon la tradition de l'évangile de Luc. ("Au clocher sonne le minuit chrétien")

Je n'ai pas eu ce volume entre les mains, mais j'imagine la même précision du texte critique, le même soin dans la mise en page que les volumes précédents, sous la même élégante couverture grise.

Walter FOCHESATO, introduction de Pino BOERO -IL CAMPANILE SCOCCA LA MEZZANOTTE SANTA - Le poesie di Natale che abbiamo letto a scuola.    INTERLINEA  2018 collection NATIVITAS n°91     152 pages       12€

 

                                                                                                  

 

          J'ai gardé pour la bonne bouche mon livre de Noël de prédilection. Ce n'est pas un texte italien, car il s'agit de UN CHANT DE NOËL, de Charles DICKENS, et vous le connaissez probablement toutes et tous. Il en existe des dizaines de traductions, d'innombrables éditions, réductions, adaptations théâtrales,  cinématographiques ou autres.

          Mon CHANT DE NOËL à moi, il n'y en a qu'un, le grand et splendide album illustré par ROBERTO INNOCENTI. Bien sûr dans sa version italienne, UN CANTO DI NATALE, publié par LA MARGHERITA  (aujourd'hui dans le groupe IL CASTELLO EDITORE) en 2005, et plusieurs fois réédité depuis.

        Ce n’est pas ici le lieu d'analyser le premier et le plus réussi des Chants de Noël  écrits par Dickens en 1843. C'est devenu un des textes emblématiques des fêtes de Noël anglaises, et bien au delà,  à en juger par son succès immédiat, qui ne se dément pas au XXIième siècle.

          Comme à son habitude, Roberto INNOCENTI s'est scrupuleusement documenté sur la Londres de Dickens: architectures, vêtements, métiers, chaque illustration a ce réalisme extrême auquel il donne sa marque dans le dessin des visages. Il réussit de plus à illustrer la charge émotive du récit de Dickens.

Le grand format de l'album (22 cm x 31 cm x 1,8 cm - 1,035 kg...... - relié, avec jaquette) se prête admirablement à des reproductions fidèles du travail d'Innocenti, plus encore quand elles sont en double-page. Nous montons ainsi avec Ebenezer Scrooge les vastes escaliers déserts et glacés qui mènent à son appartement, où il lui semble suivre le corbillard de son associé Marley décédé depuis sept ans. L'impression est d'autant plus frappante que, cinq pages auparavant, nous étions dans la neige, dans la rue, au milieu d'une joyeuse farandole d'enfants  menée par Bob Cratchit, l'employé de Scrooge, reconnaissable à sa grande écharpe blanche (illustration reprise en couverture de toutes les éditions). Tout autour d'eux, dans le soir tombant et les lumières des boutiques ou des feux des ouvriers municipaux, l'agitation de la veille de Noël telle que la décrit si précisément Dickens. Ainsi pour tous les épisodes, avec une générosité éditoriale qui nous ravit. Voyez, par exemple, cette vue "aérienne" - c'est le point de vue de Scrooge en vol avec le second des trois esprits de Noël. C'est vraiment un "arrêt sur image", toute l'activité de la ville y est représentée, avec une construction très savante de l'architecture, et tous les détails qui foisonnent, tant dans la rue que dans les maisons, à ce que l'on entrevoit par les fenêtres. N'est-ce pas un régal et une mine inépuisable de lectures?

(Dit en passant, on retrouve des plans semblables dans "Les aventures de Pinocchio", autre livre d'Innocenti indispensable à votre bibliothèque....)

De plus, chaque chapitre ou "strophe" est introduit par une vignette qui en illustre le titre, et chaque page, où le récit est encadré comme dans un manuscrit, porte un motif végétal de saison, houx, pin ou gui, ou la petite bougie du "happy end" final.

Vous pouvez vous faire une petite idée en visualisant deux extraits PDF sur le site de l'éditeur IL CASTELLO

Tous les détails sont donc pensés pour que l'objet-livre, comme le texte et les images qu'il renferme, soit un vrai, beau cadeau de Noël. Et, cerise sur le gâteau, vous pouvez le choisir en version originale, en italien ou en français (sans préjuger d'autres éditions que j'ignore), une vraie aubaine pour les Bibliothèques qui aiment les livres "polyphoniques".

- A CHRISTMAS CAROL  by Charles DICKENS,  illustrator ROBERTO INNOCENTI,

  THE CREATIVE COMPANY US   (NB: sur le site, vous pouvez feuilleter les premières pages. L'édition américaine est l'édition originale du livre)

Dernière édition 2015,         ISBN 978-1-56846-278-3      $ 29,99 .

 

       

 

 - UN CHANT DE NOËL de Charles DICKENS, illustré par ROBERTO INNOCENTI, traduction de Marcelle SIBON,

GALLIMARD JEUNESSE,  2015,   ISBN  978-2-07-066802-1           25€

 

- UN CANTO DI NATALE, di Charles DICKENS, illustrato da Roberto INNOCENTI,

LA MARGHERITA Edizioni,  2005, (puis réédité),   Ean13:9788865321317,    29€ 

 

POST SCRIPTUM:

Si vous voulez en savoir plus sur la vie et le travail du florentin Roberto INNOCENTI,

Gallimard Jeunesse a publié la traduction d'un entretien de l'illustrateur avec Rossana DEDOLA, dans une petite édition très soignée et illustrée d'excellentes reproductions : Le Conte de ma vie.

 C'est l'occasion ou jamais.......

 Voir aussi ici .


 

 

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Rédigé par lecturesitaliennes

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Publié le 12 Décembre 2019

Ce ne sont certes pas les albums, livres de contes, recueils de poésies qui manquent, dans toutes les langues, en cette période de l'Avent.

        Pour Lectures Italiennes, j'en ai choisi quatre pour leur originalité et leur qualité, mais il est clair qu'une promenade dans les rayons d'une vraie librairie, de votre Médiathèque préférée, voire dans les catalogues de certains éditeurs vous réservent encore d'autres surprises.

 

 

         Commençons par le commencement, la lettre au Père Noël : le Babbo Natale de Cristina Bulgheri est tout à fait traditionnel, barbe blanche, houppelande rouge, adresse au Pôle Nord et boîte à lettres qui attend de se remplir. Mais pourquoi reste-telle désespérément vide alors que le compte à rebours est déjà bien entamé?

         C'est la lettre traditionnelle d'un petit Nicolas qui va lui permettre de comprendre. Dans un long post-scriptum, le petit garçon "vide son sac", expliquant que tous ses camarades se sont mis à l'ordinateur, alors que lui n'y comprend rien, et qu'il écrit donc sur du papier, avec un stylo....

         Babbo Natale aura bien besoin de ses fidèles aides, les 'folletti", les lutins, pour découvrir le monde de l'informatique, récupérer les e-mails du monde entier qui lui sont adressés et faire sa tournée de Noël selon la tradition.

        Mais l'histoire ne s'arrête pas là, et Babbo Natale, ayant apprivoisé l'outil moderne, va s'en servir pour rétablir les contacts avec tous les enfants et leur rendre une créativité mise en péril dans un premier temps.

        Cristina BULGHERI a écrit là un conte fort plaisant et qui aide à réfléchir sur les traditions, la technologie, les difficultés qu'elle peut générer quand on ne la maîtrise pas.... Elle le fait dans un style rythmé, enjoué, avec un lexique riche qui ravira auditeurs et lecteurs ( à partir de 6 ans).

        Je n'ai pas toujours compris les variations typographiques sur les 60 pages que comporte l'album, mais l'effet est agréable à l'oeil. Les illustrations de Daniela SBRANA soulignent les caractéristiques du texte, en jouant essentiellement sur le rouge, le blanc et le beige. L'illustratrice, sur son site, vous offre de bonnes reproductions de bon nombre de ses images, vous pouvez le constater à travers le lien sur son nom,quelques lignes plus haut.

        Depuis sa date de parution, en 2013, C@ro Babbo Natale a gardé toute sa fraîcheur.

Editore: FELICI            64 pages          à partir de 6 ans           21,50 cm x 21,50 cm             12€

 

        Le second livre est de petit format (12,5 x 16 cm), avec une bien solide couverture cartonnée : une "petite grenouille", "rana piccola" chez INTERLINEA JUNIOR

C'est l'histoire de "La foto di Natale", oeuvre de Cinzia GHIGLIANO pour le texte et les images.

 Bibi a une question embarrassante à poser à son grand-père : est-ce vrai, comme le dit Giulia à l'école, que Babbo Natale n'existe pas?Justement, Il Nonno a apporté l'album des photos qu'il a faites quand il avait l'âge de Bibi, et il le partage avec son petit-fils.

Et voilà que, en cette lointaine nuit de Noël, à 3h10, son grand-père a photographié clandestinement le Père Noël en train de repartir. Donc.... Mais Il Nonno a gardé cette photo pour lui, car "La magia di Natale esiste solo per chi ci crede", il faut y croire pour faire exister la magie de Noël.

Et tant qu'il est là, Bibi met son grand-père à contribution pour écrire la fameuse lettre où il demande à Babbo Natale .. un appareil de photos! La boucle est bouclée, et Bibi rassuré.

          Le petit format ne nuit pas à la richesse de l'album. L'image qui met en scène les personnages, alors

que le texte leur donne surtout la parole, donne une grande vivacité à l'histoire. En plus du grand-père et du petit-fils (vous avez remarqué cet air de famille?), il y a un chat tigré roux qui n’arrête pas de faire des siennes autour de l'arbre de Noël. Et puis des gros plans sur des mains, sur des visages.... C'est une histoire très joyeuse, et Cinzia Ghigliano, comme Cristina Bulgheri, offre aux enfants une collection de mots nouveaux que Bibi apprécie beaucoup. Il y a même une petite "leçon de lettre au Père Noël" où Il Nonno recommande  d'employer "le parole appropriate", toujours cette attention aux mots ...

        Si vous voulez connaître le concours d'histoires de Noël lancé par l'éditeur Interlinea, que Cinzia Ghigliano a gagné en 2017, c'est ici.

 LA FOTO DI NATALE   de Cinzia GHIGLIANO   INTERLINEA EDITORE        2017   36 pages      8 €

A suivre........à très vite....... 

Et toujours grand merci, mille e mille grazie,  à Antonietta MANCA, la fée de la pâte à modeler (voir la "page" qui lui est consacrée, en haut, à droite), pour ses créations.

 

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Rédigé par lecturesitaliennes

Publié dans #TEMPS PRESENT

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Publié le 31 Octobre 2019

          "... , sans prétention d'exhaustivité aucune ...". Vous vous rappelez cette déclaration initiale de Lectures Italiennes? Elle vaut particulièrement pour ce thème du livre "de voyage".

          Impossible cependant d'évoquer des compagnons de voyage pour les enfants sans nommer 

la PIMPA. Que celles et ceux qui ne connaissent pas la Pimpa lèvent la main!  En Italie, La Pimpa est une institution, sinon une "industrie", jugez plutôt.    Mais comment ne pas être séduits par cette petite chienne blanche à pois rouges,  débordante d'énergie, de curiosité et de courage, inventée en 1975 par le dessinateur Francesco Tullio Altan, dit Altan (le même qui fait des vignettes de satire politique féroce, chaque semaine,  sur les pages de l'Espresso, entre autres nombreuses publications... Les informations sur Wikipedia français sont sommaires, c'est pourquoi le lien est sur la page italienne.).

          Pimpa était effectivement une compagne de découverte idéale, dès 4 ans, et les éditions Franco Cosimo PANINI ont créé la collection CITTÀ IN GIOCO : j'ai à peine besoin de vous la décrire, vous avez tout sur le site: les onze villes visitées, le  contenu qui alterne des planches de BD, et des doubles-pages de découverte et d'activité, les étiquettes auto-collantes à placer sur les différents plans, au fur et à mesure des visites, et même deux cartes postales à envoyer à ses amis, ou une recette locale faisable, "insieme alla mamma".

 

            Ajoutez que le format en cahier de 17 x 33 cm, couverture brochée et une trentaine de pages de papier épais,   le rendent pratique à emporter. Il ne vous reste plus qu'à choisir la ville.

"Buon  viaggio, Pimpa!"                                                                                                             

 

             Et pour finir, c'est un chat qui nous guidera dans les mystères de Gênes, au fil des pages de "una guida curiosa", "curieuse" car insolite, et curieuse car elle stimule notre curiosité. Comment traduire le titre GattoNando  per Genova? Notre guide est le Chat Nando.  Nous devenons chat (gatto) nous aussi, et nous promenons comme lui, en tapinois, "gattonando", justement, sans nous presser, à la recherche de détails qui passent inaperçus au commun des touristes, au ras du sol ou tout en l'air..

            Ce petit livre nourri est un travail collectif: le projet graphique et les illustrations reviennent à Giorgia MATTARESE, et à la photographe Chiara SAITTA, photo et dessin au trait se mêlant de façon drôle et dynamique. Rien que le feuilleter chez soi est déjà partir en exploration.

 

            Cristina LUBRANO  et Walter FOCHESATO, génois D.O.C., me semble-t-il, font le tour de la ville en onze parcours. Chaque étape tient en deux pages, qui s'arrêtent donc sur un détail significatif dans l'histoire de Gênes. Notre exploratrice, notre explorateur ne sont plus des petits comme avec Pimpa, ils ont au moins 10 ans, et sont capables de suivre des informations plus approfondies. Le texte, ou le chat Nando, s'adresse directement à eux, et parfois, une bulle rouge pose une colle.... L'adulte qui les accompagne prendra autant de plaisir qu'eux à ces découvertes, et les génois eux-mêmes seront ébahis. Je dirais même plus: l'adulte pourra "gattoner" sans aucun enfant, la ville s'y prête vraiment, et un seul voyage n'y suffit pas, croyez-moi.

     

                    Enfin le format carré du livre est la juste mesure pour tenir ouvert dans la main (16 x 16 cm), avec ses 96 pages. La couverture cartonnée est très robuste, les chutes n'étant pas exclues ( du livre, pas des touristes).

L'éditeur, FABBRICA MUSICALE,  a fait là, en 2016, un très joli travail qui traverse aisément les années.

P. S. : Vous pouvez lire une analyse plus fouillée de GattoNando per Genova ici.

 

 

          

Même si ce n'est pas "un guide", dès que l'on prononce, désormais,  le mot "viaggio"  s'impose le dernier album que nous a laissé, en 2018,  Gianni DE CONNO, illustrant un texte de Beatrice MASINI : IL BUON VIAGGIO, aux éditions CARTHUSIA. Un grand livre superbe, carré, de 28,5 x 28,5 cm, relié, qui nous offre 36 pages de texte et d'images mêlées.

             On pourrait parler de poème philosophique. Chacun, chacune, peut s'identifier dans ce voyageur énigmatique, toujours vu de dos, qui traverse les paysages oniriques de De Conno, et parle au lecteur, à la lectrice, en s'interrogeant, en l'interrogeant sur ce qu'est "le bon voyage".  Des mots très simples qui emmènent très loin. Il suffit de lire l'incipit:

 

Uno ti dice Buon viaggio                                             Quelqu'un te dit Bon Voyage

quando ti vede andar via                                             quand il te voit t'en aller

pronto per un lungo cammino                                     prêt pour cheminer longuement

per stare solo,                                                               pour rester seul, 

per vedere cose e posti                                                pour voir des choses et des endroits

e persone che non avevi mai visto                              et des gens que tu n'avais jamais vus

per scoprire tesori che ancora non sai.   pour découvrir des trésors que tu ignores encore.

..........                                                                                ................

             Peut-être, avant de choisir "où" aller, d'abord rêver à ce que sera notre "bon voyage". En compagnie de Masini et De Conno. Quand, dehors, il pleut très fort.

 

 

 

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Rédigé par lecturesitaliennes

Publié dans #Temps présent

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Publié le 23 Septembre 2019

 

Ce n'est pas parce que les vacances sont terminées que l'on va cesser de rêver voyages. Anzi, bien au contraire. Je continue donc avec vous ma quête de guides remarquables pour des voyages en Italie avec des jeunes.    

  En visitant le catalogue en ligne de Lapis ( impossible de vous mettre un lien direct, car c'est une adresse en http et non https.... mystères de l'internet, question de sécurité...) , pour voir si les exemplaires de ma bibliothèque étaient encore publiés, j'ai fait quelques découvertes.

  • Pour les plus jeunes, à partir de 6 ans, il y a la collection "A spasso per..." - en balade dans... - pour trois villes  classiques: FirenzeRoma et Venezia.   

On trouve en version française "En promenade à Venise". 

Ce sont des albums de 14,5 x 21 cm, reliés par une spirale bien pratique, et des pages qui s'ouvrent pour des vues panoramiques, comme celle-ci: 

C'est Allegra AGLIARDI qui les illustre, et Alberta GARINI ou Rosaria PUNZI qui ont fait les textes.

 

  •          Pour les plus grands, dès 8 ans -
    on va "à la découverte de...": " I bambini alla scoperta di.....". La collection est devenue un classique du genre, il y a eu de nouvelles éditions, et aussi, malheureusement, des titres qui sont épuisés.

A part le Bologna qui a changé de couverture (mon édition date de...2003) , les enfants

peuvent découvrir Roma,  Firenze, Venezia,  bien sûr,  

 

 

 

mais aussi Milano,  Torino,  San Marino ou Pavia, .  Vous pouvez, ici, feuilleter le guide de Pavia

Ces ouvrages sont, entre autre, très précieux pour la clarté et la précision de leurs informations, sans pédanterie, et avec une bonne dose d'humour. Ils proposent aussi des activités à l'enfant-voyageur.

Verona est malheureusement épuisé, ainsi que quatre autres villes. De même, en français, le Venise .  

La collection est illlustrée par Lorenzo TERRANERA, les auteurs sont divers. Les volumes font 14,5 x 24 cm, ils sont brochés, et ont de 128 à 152 pages.

 

  •           "Pour le POP-UP, y a pas d'âge..." mais on préconise "à partir de 8 ans".  Lapis a repris, en 2014, de charmants petits volumes anglais. On y retrouve Venezia, Firenze et Roma (outre des villes non italiennes). Le guide est un accordéon - 1,50 mètre ouvert - qui raconte sur ses deux faces. Replié dans son coffret de robuste carton, il fait 10 x 11 cm et se glisse facilement dans le sac à dos.  Cette fois,  ce sont uniquement les lieux les plus célèbres, avec une notice succinte mais exacte. On peut l'offrir avant le voyage, pour choisir avec les jeunes voyageurs quoi voir, ou après, pour les souvenirs... Ou pendant, pour repérer les différences entre l'image et la réalité? A chaque voyage son organisation..

 

  •           Mon préféré est cependant un guide-roman, dans la collection Città narrate dont faisait déjà partie Cartoline dall'Italia.   Nous retrouvons Luigi DAL CIN pour le récit, et Pia VALENTINIS pour les illustrations (tapez un nom puis l'autre dans le cartouche "recherche", tout en haut de la page à droite, et vous trouverez les pages qui parlent déjà d'eux dans Lectures Italiennes), accompagnée de Ignazio FULGHESU. C'est le type même du livre qui, quatre ans après sa parution, n'a pas pris une ride, et ce serait bien dommage qu'il soit occulté par la foule de parutions annuelles chez tous les éditeurs.

 

                   Les héros de ce roman, qui se passe non pas "sur", mais "sous" les ailes du vent, Sotto le ali del vento, sont deux jeunes mouettes curieuses, Efisia et Elia - une "fille" et un "garçon - qui vont se laisser guider par le vent au-dessus de la ville de Cagliari, capitale de la Sardaigne comme vous ne l'ignorez pas. Ils sont accompagnés et conseillés par un Zio Capitano, un oncle intarissable - mouette lui aussi - qui ne quitte jamais sa pipe et a un langage aussi coloré que le Capitaine Haddock - ses deux jeunes neveux en sont contaminés, et il y a fort à parier que les jeunes voyageurs ne seront pas en reste dans l'invention des exclamations, "par mille sardines sardes", pour rester dans les plus inoffensives... Les parents-mouettes et une amie corneille, aussi noire que eux sont blancs, complètent la bande. Sans parler d'un mystérieux ancêtre....

                   Le rythme est effréné: en 173 pages et 33 chapitres, le lecteur va faire le tour des richesses de la ville, sans s'y perdre, et sans une seconde d'ennui. Le pari, pour Dal Cin, était risqué: comment rendre compte, pour de jeunes lecteurs, du mille-feuilles historique dont témoigne Cagliari, sans qu'ils s'y perdent ou ne se fatiguent? Et comment maîtriser, quand, comme lui, on n'est pas un "né-natif", une ville aussi riche?

                   Pari réussi sur toute la ligne.

                  D'abord, on sent bien que Dal Cin est tombé lui-même amoureux de Cagliari, puis il a trouvé la façon de transmettre cet amour sans pédanterie. La qualité de la lumière, les variations du vent, la palette inépuisable des couleurs, des odeurs, des bruits sont sensibles à qui n'y est jamais allé. Et si vous vous y êtes promenés, ce sont de vraies retrouvailles. Dal Cin a accumulé et synthétisé à la fois une expérience de la ville et de multiples sources d'information.

                 

  Puis le choix même du point de vue des "visiteurs", ces oiseaux omniprésents dans le ciel de la ville:  ils ont une liberté de mouvement qui manque aux humains, mais que ces mêmes humains peuvent entrevoir à partir des divers points de vue, citadelle ou tours auxquels ils auront accès pendant leurs visites.

 

 

 

                   Cette histoire n'est pas une "visite" de la ville, c'est une quête que mène Elia-aux-mille-pourquoi: sa question la plus philosophique est "D'où vient le vent?", il veut le savoir à tout prix.

Et ses interlocuteurs, à part le Zio Capitano, sont aussi bien les statues des églises que les statuettes des musées (en effet, elles parlent dès qu'il n'y a aucun humain en vue). Et les étapes monumentales sont coupées d'épisodes humoristiques, dont les humains font, en général, les frais, mais sans aucune méchanceté. C'est l'art du conteur Luigi Dal Cin de ménager au milieu d'un récit très riche en informations des pauses - parfois des micro-pauses, juste une expression qui se répète pour caractériser un protagoniste - parfois des rencontres incongrues avec des touristes irrascibles ou des bébés trop familiers avec les oiseaux.

                    Enfin, dès le magistral chapitre d'ouverture où se déroule dans le golfe, au-dessus d'une mer qui semble d'abord idyllique, une bataille féroce entre l'Archange Michel, Lucifer et leurs troupes respectives - "dès lors, cette formation rocheuse fut appelée Sella del Diàvolo, et la baie prit le nom de Golfo degli Angeli" - dès ce début, le fond de mythes et de légendes locales imprègne l'histoire. Et le dernier chapitre clôt l'aventure dans une dimension surréelle, un vol de tous les oiseaux convoqués le long du récit et guidés par le vent, et "Tutti i Cagliaritani allora alzarono lo sguardo a quell'incredibile spettacolo. - Tous les Cagliaritains levèrent alors les yeux sur cet incroyable spectacle . E si accorsero, tutti, che l'azzurro carico del cielo si era ormai condensato in un blu profondo. - Et, tous, ils se rendirent compte que le bleu foncé du ciel s'était maintenant condensé en un bleu profond".

Aussi bien des témoignages directes d'enseignantes que ce que l'on peut lire sur des rencontres de l'auteur avec de jeunes écoliers prouve que c'est un livre qui touche ses lecteurs. Et, comme souvent, les adultes ne sont pas en reste.

Pour plus d'informations et quelques images, il y a la page de 2015 du site de Dal Cin, la possibilité de feuilleter quelques pages,  un petit film de présentation publicitaire, et l'interview faite par un journaliste sarde aux auteur et illustrateurs.  Mais rien ne remplace la lecture du livre.

                    

Il faudrait encore parler de l'art des deux illustrateurs, Pia VALENTINIS et Ignazio FULGHESU, mais je ne veux pas abuser de votre patience. Vous pouvez vous faire une idée d'après les images ici reproduites. Demandez plutôt le livre à votre Médiathèque préférée.....

Sotto le ali del vento de Luigi DAL CIN

illustré par Pia VALENTINIS et Ignazio FULGHESU, éditions LAPIS,   février 2015

184 pages, édition cartonnée, 13 x 18 cm, 10 €

  • EAN: 9788878743793
  • ISBN: 8878743798

A partir de 7 ou 8 ans.

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Rédigé par lecturesitaliennes

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Publié le 29 Juillet 2019

Villes, visites, voyages... vous allez m'objecter qu'en juillet-août, ça n'a rien de bien original! Certes, mais ayant fouillé un peu dans ma bibliothèque, j'y ai trouvé de bien jolis livres, et ce serait dommage de bouder notre plaisir. Quitte à ne partir, pour l'instant, que sur les ailes de l'imaginaire.

          Pour choisir la destination à proposer à notre jeune voyageur ou voyageuse, nous pourrions commencer par lui donner un recueil de poésies paru en 2018 chez Lapis: Cartoline dall'Italia. C'est Nicola CINQUETTI  qui est l'auteur des textes, et Desideria GUICCIARDINI celle des illustrations.

La cartolina, la  carte postale perd du terrain, paraît-il, devant les smartphones et autres tablettes, mais enfin on en trouve encore. Et Nicola Cinquetti nous propose, dans l'introduction, "si nous avons en poche une poignée de rimes, pour partager ce que nous avons vu, (nous pouvons) composer une poésie, un fragment après l'autre, et laisser les vers donner un nom aux choses." C'est ce quil fait dans cet album, et il donne envie de faire pareil par la suite.

          De même que le touriste averti regarde par le trou de la serrure de la porte d'entrée de la Villa du Prieuré de Malte, à Rome, pour le plaisir de voir l'énorme coupole de Saint Pierre réduite à un camée parfaitement encadré, de même l'enfant qui lit cet album, et l'adulte avec lui, vont découvrir au fil des pages 56 villes italiennes, par ordre alphabétique, de ALBA à VOLTERRA . Pour chacune, mondialement connue comme Florence ou Venise, ou à découvrir comme Iesi, ou Terni ou Tropea, un détail:        

  • un monument - la fontaine du Carrier à Catanzaro, en Calabre; ou la statue de Garibaldi et son petit trompette, au coeur de Udine, au Frioul - 
  • une spécialité - la noisette de la piémontaise Alba, au-delà de la poésie de son nom, entre "blanche" et "aube";
  • une réalisation : l'Arena dello Stretto, spectaculaire amphitéâtre contemporain ouvert sur le détroit de Messine et les côtes de Sicile au loin, à Reggio Calabria;
  • des ponts, objets de rêve: à Bassano-del Grappa, à  Rimini, à Pordenone;
  • des fêtes: la Processione dei misteri, à Campobasso, en Molise;
  • des milieux naturels: l'étang aux flamants roses de Molentargius, en Sardaigne; ou la blanche falaise de Tropea, à l'extrême extrémité de la Calabre;
  • des oeuvres d'art, célébrissimes: le David de Michel-Ange et celui de Donatello à Florence; un détail des chevaux, dans les fresques de Piero della Francesca à Arezzo;
  • ou plus confidentielles: la Madonna della pappa (la Vierge à la Bouillie) dans le Dôme de Modène, ou ce très drôle portrait de petit garçon rieur et dessinateur, au Museo di Castelvecchio à Vérone.....

Ce ne sont là que quelques exemples, pour vous mettre en appétit.

Nicola CINQUETTI, dans une interview donnée en février de cette année à Salerne, en Campanie, précise dans quel état d'esprit il a composé cet ensemble. Il a dans le passé fait un guide pour les jeunes sur sa ville de Vérone ( nous reparlerons plus loin de cette collection) : "Voilà, pour composer ces nouvelles poésies, j'ai repris le regard que j'avais adopté pour parcourir et redécouvrir ma ville: un regard du bas vers le haut, plein de curiosité...".

C'est le regard qu'a dessiné Desideria Guicciardini ( elle n'est pas inconnue en France),pour sa longue file de touristes lilliputiens qui attendent de pouvoir regarder, à Rome, par le fameux trou de la serrure  reproduit en couverture. Eux n'ont pas sorti leurs appareils de photos ni leurs smartphones, ils attendent de voir. Tandis que tous ceux qui entourent les statues de Florence, tous, sont en train de photographier: visiblement, Desideria souligne qu'ils ne sont pas poètes, pas encore.... il faudra leur offrir les Cartoline dall'Italia....

  

   Et Nicola Cinquetti, encore, pour définir la "poesia per bambini": " La poésie pour enfants ( et plus généralement la littérature pour les enfants), le lecteur enfant peut la comprendre et l'apprécier sans la médiation d'un adulte. Le lecteur adulte, quant à lui, ne peut comprendre et apprécier la poésie pour les enfants que grâce à la médiation de l'enfant qui est en lui".

Il parle aussi d'"émerveillement et de magie", rapelle que "la métaphore n'est ...rien d'autre qu'une magie linguistique", mais n'oublie pas que, au-delà du conte,  de la fable, des comptines, l'enfant est aussi très sensible au jeu de mot, à l'histoire drôle, "la barzelletta"

 

          Ce sont tous ces éléments que l'on retrouve dans nos 56 poésies, très souvent en vers de huit pieds, parfois neuf, qui se prêtent bien à la diction. Pas de ponctuation, une seule majuscule au début : les yeux et la voix sont plus libres de s'appropier le texte. Les rimes sont la plupart du temps 'suivies': vous savez, AA BB CC DD ........ celles que l'on trouve dans de nombreuses comptines, régulières et rassurantes. Parfois aussi 'embrassées',  AABBBBAA, pour Matera, par exemple: elles donnent une musique un peu plus recherchée, ces 'rime baciate' qui, nous dit l'auteur dans sa petite introduction, sont aussi un baiser à la beauté".

          Il y a la fable à morale, comme les récriminations de la plus petite des deux tours de Bologne, qui se plaint de la renommée de sa célèbre voisine, mais souligne que Dante "che fu un poeta sapiente e sognante" (un poète savant et rêveur) n'a nommé qu'elle dans son grand poème.

          Il y a la ronde burlesque des "pedoni di Ferrara", ces piétons qui font du vélo toute la journée, et juste le soir, tard, vont enfin au lit "camminando", à pied.

          Il y a le conte de la maison natale de Christophe Colomb, à Gênes, conté en deux strophes de quatre vers de 11 pieds, forme plus solennelle: una casetta minùscola e strana  (minuscule et bizarre), presque "una casa bambina" qui pourrait s'appeler La Nina, comme l'une des caravelles de Colomb. Et là en particulier, l'illustration synthétise très poétiquement le texte: la page est envahie par les voiles gonflées de la caravelle, d'où dépassent cependant les deux tours de Porta Soprana, et qui s'écartent  à peine pour laisser entrevoir la casetta minuscola.....

          Il y a cinquante six petits trésors, où chacun, chacune, selon sa sensibilité, trouve sa perle, texte et illustration. En voici trois exemples, grâce à la générosité des éditons Lapis que je remercie ici pour ces images.

 

          Un lieu fermé, la bibliothèque du poète Giacomo Leopardi. Son encrier et sa plume d'oie, pour donner naissance à des poèmes que tous les italiens ont lus un jour. Le sujet peut paraître difficile pour des lecteurs enfants. Mais cet encrier "antico" et aussi "bello e bianco di nevaio", d'un blanc de neige, voici que le poète y pêche des poésies, que les pâtés donnent des mélodies, que l'encre noire se transforme en chants qui sont aussi pour nous (nostro est le mot final).

          Les deux murs de bibliothèque pourraient être angoissants, tant ils envahissent le champ.  Mais le bout d'échelle et la jambe de celui qui est à la recherche d'un livre donnent mouvement et échappée. Et sur la page plus toute blanche, "sempre", toujours : début de la poésie la plus célèbre et la plus aérienne de Leopardi, qui évoque une colline, un paysage ouvert au-delà d'une haie... Beaucoup d'entre vous connaissent L'Infinito par coeur, sinon lisez-la vite, en italien ici, et en français là...... Mais surtout, vous comprenez la finesse et la profondeur du travail de l'illustratrice, qui donne corps aux mots sur l'ensemble de la page de droite, toujours, avec un petit rappel graphique sur celle de gauche. - "Comment, Le Poète fait des taches d'encre ? Comme moi?  Ben alors!". Et pourquoi pas suggérer, indépendamment du texte historique, de continuer son propre "Sempre..." ?

          Venezia, Venise! Comment ne pas tomber dans le cliché?

Ni l'auteur ni l'illustratrice ne le font. Cinquetti chante les malheurs de la cité qui, entre pigeons et millions de touristes - sans cyclistes toutefois - , entre acqua alta et sécheresse, supporte tout grâce à la magie de ses reflets; "la città che sembra un sogno", la ville qui est comme un rêve. Là encore, sans doute, vous serez sensibles au caractère onirique des reflets de ces architectures que nous connaissons bien, en vrai ou en photo, au choix des couleurs, du turquoise matinal à l'orange de coucher de soleil, à la présence discrète mais bien réelle des gondoles et des bateaux à moteur, et des dizaines de jambes de touristes affairés sur la "fondamenta"....Plus les trois qui risquent bien de se refléter dans l'acqua alta au bord du texte!

 

          Naples, enfin: voir Naples et mourir? Que nenni!

Le cloître des Clarisses, ses 72 colonnes et ses bancs entièrement recouverts de carreaux de faïence peints, fleurs et fruits sur les colonnes, scènes bucoliques sur les bancs (et une représentation, en abyme, du cloître sur l'un d'eux...) est un lieu de grande paix, qui "éclaire le coeur - il mio cuore si rischiara" . Les rimes sont une variation sur le nom de "Chiara": -ara, -ura, -era, -ori", joyeuse musique qui permet la pirouette finale "vedi Napoli e poi fiori": "des fleurs" au lieu de "tu meurs"...

Desideria a saisi l'essence du lieu, ses colonnes et les couleurs du décor floral et végétal. Mais elle y a ajouté, regardez bien, trois petits chardonnerets, oiseaux fétiches des napolitains. Celui de gauche semble être un motif décoratif, mais ceux de droite volent; et il semble même qu'il y ait un nid sur la dernière colonne de gauche... Que d'histoires à inventer avec nos petits lecteurs!

 

 Cartoline dall’Italia  de  Nicola Cinquetti  e Desideria Guicciardini

Lapis Edizioni   2018                                                                       

 

relié, 120 pages, couleurs,   17,00 €

  ISBN: 9788878746251

à partir de 5 ans

 

 

         La seule chose dont je ne peux vous parler, n'ayant pas eu d'exemplaire papier entre les mains, est la réalisation. Mais on peut faire confiance.....

- "Alors, on part où, d'après toi?" - " On part, on part! A Santà Kiarà! On dirait qu'on jouerait à cache-cache entre les colonnes, avec les chardonnerets...!"

à suivre..............

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Rédigé par lecturesitaliennes

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Publié le 6 Avril 2019

          Il serait grand temps de revenir aux lectures de classiques promises.  

Après le A de l'Arioste, place au B de Giovanni BOCCACCIO (4 c), dit, en français,  BOCCACE (3 c). Nous voilà à Florence, au milieu du quatorzième siècle ( Le Trecento). Parmi une oeuvre abondante, le recueil de cent nouvelles du DECAMERONE a connu un grand succès dès sa parution, autour de 1350 . Et il a valu à son auteur d'être compté parmi les trois "pères de la langue italienne", avec Dante et Pétrarque. Tout cela n'est pas bien nouveau pour vous.

Le Décaméron fait donc partie, en Italie, du programme scolaire de littérature, et les enseignants se retrouvent confrontés au problème habituel: quelles nouvelles choisir, que ce soit pour le collège ou pour le lycée ("scuola secondaria di primo grado, scuola secondaria di secondo grado") ? Comment  faire entrer de jeunes lecteurs contemporains dans cette langue, riche mais encore imprégnée des constructions latines, qui peut désespérer même des étudiants universitaires? Comment leur faire comprendre des logiques de comportement qui, aujourd'hui, sans les références historiques nécessaires, peuvent déconcerter? Comment leur faire retrouver le plaisir du récit?

         C'est là qu'intervient Bianca PITZORNO, pour le compte des éditions  MONDADORI RAGAZZI, avec une pertinence qui me semble remarquable. Il y a encore un an, je vous aurais envoyé/es sur son site, qui était d'une richesse et d'une pédagogie rares, pour faire sa connaissance. Il n'est malheureusement plus accessible.

Bianca Pitzorno, me direz-vous, n'est-ce pas celle des aventures de Lavinia et de tant d'autres héroïnes que les jeunes lectrices françaises aussi connaissent bien, et apprécient? Oui, c'est bien elle, mais il serait très réducteur de la limiter à ce filon, aussi célèbre soit-il.  Cette sarde d'origine écrit également des romans historiques - toujours centrés sur des personnages féminins, sans pour autant négliger les protagonistes masculins - des essais... J'y reviendrai dans un autre contexte. Je peux juste vous glisser, "en passant" comme on dit en italien en faisant sonner les "en", que mes préférés sont "La bambinaia francese" et " Vita di Eleonora d'Arborea". Il faudrait parler aussi de son travail pour la télévision, de ses traductions, bref d'une grande richesse d'intérêts variés, toujours défendus avec la même ardeur.

Bianca PITZORNO choisit délibérément dix nouvelles sur les cent du Décaméron, "inspirées pour la plupart de la "littérature courtoise" du Moyen-Âge avec les nobles sentiments qui guident les actions de ses personnages. Ce sont des récits qui exaltent la grandeur d'âme, le sens de l'honneur, de la loyauté, de la fidélité à ses idéaux. Des nouvelles où l'amour est une passion plus forte que la mort". C'est ce qu'on peut lire dans une préface que Pitzorno a rédigée elle-même: trois pages qui, avec clarté et précision, donnent une synthèse de ce qu'est le Décameron, des raisons de son succès, de comment il s'inscrit dans les changements socio-économiques du quatorzième siècle florentin, de la conception philosophique de la vie qu'illustrent ses nouvelles, rendant ainsi cette lecture accessible à des non-universitaires. Jeunes ou adultes, d'ailleurs.

L'autre question fondamentale de la lecture de Boccace, c'est celle de la langue. Là encore, en quelques mots, nous avons une introduction à l'histoire de la langue italienne: "Dans les années où Boccace écrivait, la langue italienne était encore très jeune (avant le quatorzième siècle, en Italie, on écrivait en latin) et aujourd'hui lire ces nouvelles dans leur langue originale serait difficile et demanderait énormément de notes.

          C'est pourquoi nous avons décidé de les "traduire", comme depuis une langue étrangère. Pas d'en faire un abrégé, pas les adapter ou les re-raconter (ce qui a été fait jusqu'à présent, ndt). Simplement les traduire" .

C'est un choix différent de celui de Calvino pour le Roland Furieux, et pour Boccace, il se révèle particulièrement pertinent. Les lecteurs contemporains peuvent suivre les aventures du comte Gualtieri d'Anversa, Gauthier d'Anvers,  victime  de la perfidie d'une princesse de la cour de France, et réduit à l'état de palefrenier pour survivre. Ou les revers de fortune du marchand amalfitain Landolfo Rufolo, successivement riche, puis devenu pirate pour renflouer ses caisses, attaqué par des pirates turcs et réduit en esclavage, puis sauvé par le naufrage du bateau qui l'emmène... La très célèbre histoire du faucon de Federigo degli Alberighi; ou encore celle du brigand-gentilhomme Ghino di Tacco, qui guérit de sa goutte,  en le mettant au régime, l'abbé de Cluny - l'abate di Clignì - qu'il a, dans un premier temps, enlevé pour lui voler ses grandes richesses. Ou l'histoire si délicate de l'amour de Lisa, jeune fille d'un pharmacien florentin établi à Palerme " au temps où les français furent chassés de Sicile", pour son roi Pierre d'Aragon: elle se rend bien compte que c'est un amour impossible, mais la situation se dénouera grâce à un troubadour, toscan lui aussi, et à la chanson qu'il compose.

A vous de découvrir les autres de ces dix nouvelles, que Bianca Pitzorno a choisi d'intituler:

"BOCCACCIO, Dame, mercanti e cavalieri"

Vous n'êtes pas sans remarquer, entre les Dames et les Chevaliers, la présence des Marchands, qui sont les témoins des temps nouveaux : Boccace les fait entrer dans ses nouvelles comme ils sont entrés dans la vie économique et politique de ce qui n'est pas encore l'Italie.

 

          Comme elle le fera ensuite pour le Roland Furieux, deux ans plus tard (nous sommes en 2007 pour le Decamerone),  Grazia NIDASIO ajoute sa griffe pour rendre les nouvelles plus aisément lisibles.

Mais, avant de continuer, il faut que vous sachiez que la dessinatrice, la mère de Valentina Mela Verde et de l'inoubliable Stefi, et de tant d'autres créations et illustrations, nous a quittés la nuit de Noël 2018. Elle avait 87 ans et plein de projets. Les Français n'y ont pas fait vraiment attention, mais si vous lisez l'italien, voici cet hommage juste et beau paru dans le numéro 360 de la revue Andersen, sous la plume de  Matteo CORRADINI qui a beaucoup travaillé avec Grazia.

          Dès l'image de couverture que vous voyez ci-dessus, on saisit l'essence de l'illustration de ces dix nouvelles. À l'intérieur de la lettrine de l'initiale de Boccace,  la belle Monna Giovanna est représentée comme le seront ensuite tant de belles dames de la Renaissance: fin profil, souligné par le rang de perles sur le cou mince et le ruban autour du front bombé,  suggestion de cheveux vaporeux, robe de brocart (?), mais aussi ce regard étrangement fixe que l'on comprendra en lisant la nouvelle du faucon de Federigo évoquée plus haut. Et puis, en regardant mieux la lettrine, on identifie ce qui aurait pu passer pour des fleurs comme quatre bouffons - giullari - se tordant de rire.

Les Dames et les Chevaliers de la tradition courtoise des cours provençales, les drames de l'amour et de la mort, mais aussi les farces que peut inventer l'esprit humain, et le rire lié aux histoires racontées.

 

 Grazia Nidasio l'a précisé dans son interview pour la revue Arabeschi: "Dans la mise en page, j'ai créé une rupture entre une nouvelle et l'autre, par une série de clowns ou de bouffons qui servent, justement, a séparer "il sapore ognun diverso ( dit Boccace)", la saveur à chaque fois différente" de chaque nouvelle. Elle recrée ainsi une structure pour remplacer celle du recueil original, les dix jeunes gens, pendant dix jours dans la campagne florentine pour fuir la peste, qui racontent chacun, chaque jour, une histoire sur le thème proposé par "le roi" ou "la reine" de la journée.

          Ce qui frappe, aussi bien dans les figures "d'entractes" que dans les illustrations de l'histoire à proprement parler, c'est le mouvement constant: il est présent tant dans les aventures racontées - la Fortuna - le sort, pour faire court -  qui ballotte les humains aux quatre coins du monde alors connu, l'Italie, l'Europe, la Méditerranée - que dans les phrases qui les narrent. Et la dessinatrice est à son affaire dans les courses-poursuites, les tournois, les tempêtes...

         

 

          Elle fait aussi le choix, au début de chaque nouveau récit, d'isoler trois ou quatre moments-clés, illustrés en vignettes (souvenir de son travail pour le Corriere dei Piccoli?), présentées sur l'avant-page, puis reprises au cours de l'histoire. Sans préjuger d'illustrations plus consistantes, sur la page entière ou deux demi-pages, pour les moments marquants.

 

 

          Grazia Nidasio est tout aussi capable de scènes élégiaques comme la rencontre du fils "idiot" d'un très riche noble Chypriote - " tanti e tanti anni fa", il y a très très longtemps - sunommé Cimone, ce qui n'est pas très flatteur. Cimone, par un bel après-midi de mai, errant dans une campagne verdoyante et fleurie où ne manque pas le frais ruisseau, tombe sur la très jeune et superbe Efigenia, endormie, ainsi que sa suite, dans l'ombre fraîche d'un bosquet. La révélation de la beauté va arracher Cimone à son handicap. C'est ce moment qu'illustre la dessinatrice, même si les aventures de "L'innamorato pazzo" - L'amoureux fou, en jouant sur l'adjectif, les titres de ce recueil n'étant pas de Boccace - deviennent ensuite plus trépidantes et bien moins romantiques.

 

 

          Si l'on ajoute aux qualités du texte et à celles des illustrations le soin de la mise en page, du choix des caractères typographiques, on comprend aisément que ces florilège de nouvelles du Decamerone de Giovanni Boccaccio est une occasion parfaite pour initier de jeunes lecteurs - et,  j'insiste, de moins jeunes également- . On peut rêver que, se prenant au jeu, aidés par des "passeurs" enthousiastes, certaines et certains aient envie d'aller voir à la source. Mais ceci est une autre histoire...

BOCCACCIO, Dame, mercanti e cavalieri

Dieci novelle cortesi scelte e tradotte da BIANCA PITZORNO

Illustrato da GRAZIA NIDASIO

Mondadori, avril 2007, 170 pages  volume relié, 15,5 x 23,5 cm, 16 €

"De 10 à 14 ans"

Il semble cependant,  à confirmer par un libraire, qu'on ne le trouve plus présentement  que dans l'édition 

brochée de 2011, dans la collection Oscar Junior de Mondadori, également illustré par Grazia Nidasio. Je ne l'ai pas eue entre les mains.

192 pages, 12,7 x 19 cm, 10 €

 ISBN 978880460772                                                                             

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