Publié le 29 Janvier 2021

          Ce pourrait être le début d'une collection..." - Tu sais, j'ai un nouvel Atlas, c'est la Befana qui me l'a apporté!" - "Ah oui? De quelle couleur?" -" Bleu océan..." - "Ils pourraient un faire un jaune bouton d'or aussi!" - "Pourquoi pas un vert émeraude...?" (rires)                           

     Vous n’avez pas oublié l'Atlas présenté ici il y a un an? Soit dit en passant, il s'est vu attribuer, ce 23 octobre 2020, Le PREMIO RODARI PER GLI ALBI ILLUSTRATI au cours du FESTIVAL GIANNI RODARI   qui se tient chaque année à Omegna, sa ville natale

Pour cette nouvelle année, les éditions GIRALÀNGOLO (nom qui signifie "tourne le coin", ne l'oubliez pas) nous en offrent un second, frère pas tout à fait jumeau du premier: toujours une réalisation de l'équipe ROVEDA-PACI.     

 

Il s'agit, cette fois, de l'ATLAS DES LIEUX IMAGINéS - VILLES, ÎLES, et PAYS des GRANDES HISTOIRES.

          Que sont ces "grandes histoires"? Ce sont seize romans pour la jeunesse devenus des classiques, qui ont été choisis par Anselmo ROVEDA comme témoins de la naissance de la littérature de jeunesse à proprement parler, sur un arc de presque cent ans, de 1844 à 1943. Seize titres qui ont marqué, dès leur parution, des générations de lectrices et lecteurs. Aussi bien Les aventures de Tom Sawyer que Les Quatre Filles du docteur March, Les Trois Mousquetaires que Le Petit Prince, David Copperfield que Le Vent dans les Saules, Les Garçons de la rue Paul que Le Magicien d'Oz, pour ne donner que quelques exemples.

          L'ouvrage est placé sous l'égide, classiques obligent, d'Italo Calvino et je ne résiste pas au plaisir de vous donner cette citation, car elle est très pertinente pour cet Atlas : " On appelle classiques les livres qui constituent une richesse pour qui les a lus et aimés; mais qui constituent une richesse tout aussi grande pour qui se réserve la chance de les lire pour la première fois dans les meilleures conditions pour les déguster ("gustare", c'est "apprécier", mais avec une note de gourmandise...)". Il s'agit donc soit de faire retrouver le plaisir de la première lecture, plus ou moins lointaine, soit de  susciter l'envie de cette première lecture.

           À travers les lieux de ces histoires. Vous avez bien remarqué que ce sont des luoghi immaginati, des lieux imaginés, participe passé d'un verbe d'action. Ils sont doublement, et même triplement imaginés: d'abord par l'auteur, qui à son tour les fait imaginer à sa lectrice et son lecteur - quel que soit leur âge...-, mais aussi à l'illustrateur, qui, également, par l'image imaginée (pardon!) et réalisée, va remettre en route l'imagination des mêmes lecteurs.

 

           En faisant ce choix de seize romans, Anselmo Roveda s'est attelé à une tâche redoutable, d'une certaine façon: on lui reprochera toujours celui qu'il n'aura pas inclus. Il vous répondra que, pour les autres, on peut toujours imaginer, à l'avenir.... Dans l'immédiat, il a composé avec l'importance historique et poétique du titre choisi, et, aussi, bien sûr, ses préférences personnelles. Chacun de nous, adultes, peut compter combien de ces seize ouvrages il a lu, ou pas.

             Deuxième gageure, une fois le titre choisi, quel extrait en citer, autour de quel lieu? Un passage dont la qualité de la langue soit représentative de l'ensemble de l'ouvrage, et sensible même sur cet "échantillon", et le lieu particulièrement stimulant.

             Vous avez sans doute reconnu, dans l'illustration ci-dessus, la découverte de l'Atlantide par le scientifique prisonnier du Capitaine Nemo, dans Vingt mille lieux sous les mers.

 

         

 

 

Moins immédiatement reconnaissable, dans l'autre dimension de l'espace, au milieu d'une pluie d'astéroïdes traversée par des vols d'oiseaux sauvages et... un avion, le petit blond à l'écharpe qui balaie sa minuscule planète B 612 avant de la quitter évoque très vite Le Petit Prince.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

À la paisible géométrie du comté de Scanie que découvre Nils Holgersson emporté sur le dos du jars Marten ...

 

 

 

 

 

   

 

... s'oppose l'inquiétante tranquillité de la rade de l'Île au Trésor, avec sa végétation "qui affichait une sorte de splendeur délétère".

 

 

 

 

          Le choix de la destination de ce voyage littéraire pourra répondre à deux stratégies:

-  commencer par examiner le planisphère qui ouvre le volume, et choisir les lieux, référés de façon claire ("New England, chez les March", ou encore "Paris, la ville des mousquetaires") ou un peu plus énigmatique    (" St Petersburg le long du Mississippi"  ou bien " Bois sauvage, sur les rives de la Tamise"). Si "l'astéroïde B 612" est bien présent, "en orbite quelque part", le Nautilus est absent du planisphère. Ce sera la surprise, en adoptant la deuxième stratégie:

- ouvrir l'album et se laisser happer par les illustrations, "Tra realtà e fantasia" "entre réalité et imagination",  ( est-il besoin de traduire?  ), comme l'indique un sous-titre, après le sommaire, puis l'introduction éclairante de Anselmo Roveda, avant de plonger dans les extraits. Le principe de la succession de ces textes n'est pas clair, mais doit-il l'être? On semble avoir privilégié la variété et l'imprévu à chaque tourne-page. De l'espace vaste et verdoyant des bords du Mississippi à la menaçante forêt dans la neige où sont perdus, silhouettes minuscules, Monsieur Rat et Monsieur Taupe. Pour passer ensuite directement, en gros plan, au thé surréaliste d'Alice à la table du Chapelier et du Lièvre de Mars.

            L'illustrateur, Marco Paci, quand on l'interroge sur la différence de travail entre l'Atlas salgarien et celui-ci, souligne que la grande variété des textes lui a permis d'utiliser une grande variété de techniques:  autant les traditionnelles gouaches et aquarelles, que les dessins à l'encre de Chine coloriés  numériquement ( l'épisode du Pays des Jouets de Pinocchio); mais aussi, pour le texte tiré de Jardin Secret de F.Hodgson Burnett, des feutres de couleur à pointe fine, créant une atmosphère très onirique; ou un mélange de toutes ces techniques.

           Dans une présentation de l'album qui a eu lieu ( virtuellement)  le 10 décembre 2020 à partir de la librairie abruzzaise AlÌ Babook, (en liaison avec cinq autres librairies de jeunesse disséminées dans toute l'Italie), vous pouvez écouter l'auteur et l'illustrateur parler de leur travail. Tout en réalisant une illustration que vous identifierez sans peine, Marco Paci souligne combien il est à la fois stimulant et frustrant : il n'a droit qu'à une image par livre, il faut qu'il y mette toute sa quintessence, et il a à peine terminé qu'il faut passer à un autre, complètement différent. C'est cette tension qui donne une telle vitalité à l'Atlante dei luoghi immaginati.

             J'ajouterai juste, avant de vous laisser découvrir tout ce dont il n'est pas question dans ces lignes, que les éditions Giralangolo ont fait un beau cadeau à leurs lectrices et lecteurs, en incluant trois illustrations panoramiques dans le volume: l'une est le paysage sous-marin ci-dessus, qui se révèle quand on déplie une apparition du Nautilus à la surface de l'Océan.  Les deux autres sont respectivement la tanière de Monsieur Blaireau, du Vent dans les saules, et l'intérieur de la maison du Docteur March. Elles ont en commun la neige, tombée dans les bois "sauvages", et en train de tomber sur les grands arbres qui entourent la petite maison March. Quand on déplie la page (de droite) , on se retrouve dans deux endroits admirablement réchauffés par un grand feu généreux. Voyez- plutôt:

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

           C'est presque "le tour du monde en 66 pages".  Et de la lecture en réserve (dans toutes les bonnes médiathèques qui, d'une façon ou d'une autre, continuent à prêter) pour ce confinement pas encore achevé. "De 7 à 107 ans", dit, cette fois, la notice.

P.S. Vous aurez deviné que, à part les trois images panoramiques, les autres illustrations sont la double page réservée à chaque roman, le texte venant se loger dans la partie vide de la page de gauche.

Atlante dei luoghi immaginati. Città, isole e paesi delle grandi storie         

de Anselmo Roveda, illustré par  Marco Paci                                                    

Editeur:EDT     Collection: Giralangolo                                                       

Sortie Italie: 19 novembre 2020
Format:  30 x 20,50 cm     66 pages   Relié
 ISBN: 9788859273271           19,50 €

MERCI

à GIRALANGOLO

pour les IMAGES

ici reproduites.

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Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #CLASSIQUES

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Publié le 5 Janvier 2021

   

Vous reconnaissez sans doute La BEFANA de Antonietta MANCA, déjà présentée sur ces pages.

En gros, vous savez que le 6 janvier, fête de l’Épiphanie, est en Italie jour férié qui clôt les fêtes de fin d'année, et fête de la BEFANA. Pour approfondir un peu, ce peut être ici en français   et là en italien.

          Comme petit intermède dans nos lectures, et comme cadeau de la Befana, justement, je vous propose d'écouter un chant traditionnel de la province toscane de Lucca, chanté par un chœur d'hommes turinois, le Coro Alpette di Torino . C'est en fait un "chant de quête" , et on le comprend en suivant les paroles.

"Ascoltate, e ... cantate."          

  https://www.youtube.com/watch?v=C7m7tG1MeK8

    

  1. Arriva pian pianino                                     Elle arrive tout doucettement

dai monti la Befana                                    de la montagne, la Befana

con la sua nenia strana                              avec sa drôle de mélopée

spazzategli il camino.                                 Balayez pour elle la cheminée.

 

Fatela riposare                                            Laissez-la se reposer

datele del buon vino,                                 donnez-lui du bon vin,

e vedrete che con pochino                        et vous verrez qu’avec pas grand ’chose

la potrete contentar.                                 Vous pourrez la satisfaire.

 

  1. Nacque da padre zoppo                            Elle est née d’un père boiteux

e certo non è bella,                                    et elle n’est certes pas belle,

e perchè ella  è zitella,                               et elle est célibataire,

ma buona in verità.                                   mais elle est gentille en vérité.

 

Aprite il borsellino,                                    Ouvrez votre escarcelle,

oppure la credenza,                                  ou bien votre buffet,

che noi certo avrem pazienza                 car nous aurons bien sûr la patience

di aspettare qui un pochin.                      d’attendre ici un petit peu.

 

  1. Grazie miei cari amici,                              Merci mes chers amis,

ringrazia la Befana,                                    la Befana vous remercie,

che la sua nenia strana                            que sa drôle de mélopée

 vi possa far felici.                                      puisse vous rendre heureux.

 

Adesso riprendiamo                                 Maintenant nous allons reprendre

la nostra camminata,                               notre chemin,

e finita la serenata,                                   la sérénade est finie,

quest’altr’anno tornerem.                       l’an prochain nous reviendrons.

 

Merci à l'amie Chantal R. qui m'a remise sur le chemin de la Befana.

  E BUONA FESTA!

 

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Publié le 29 Décembre 2020

       

  

Comme annoncé précédemment, voici en complément de la présentation de Io ti domando la traduction d'un texte de Giusi QUARENGHI sur un numéro de septembre 2020 du blog de TOPIPITTORI.

 

 

"A QUI APPARTIENNENT LES MOTS ?

Nous inaugurons la reprise de notre blog, après la pause estivale, avec notre première nouveauté, en librairie depuis quelques jours, Io ti domando, illustré par Guido Scarabottolo. Giusi Quarenghi, son auteure, réfléchit pour nous aux raisons d’une relecture de la Bible, à partir de ses histoires et de leur contenu, qui offrent d’infinies possibilités de sens et de réflexion (car nous avons grand besoin de sens et de réflexion, comme tout le monde le constate). Ce texte sort dix ans exactement après sa publication chez Rizzoli, avec les illustrations de Michele Ferri.

"Sois patient avec tout ce qu'il y a d'irrésolu dans ton cœur.

Et tâche d'aimer les questions elles-mêmes".

(R.M. Rilke, Lettres à un jeune poète)

« …en fait, il suffit d’être lecteur » écrivent Amos Oz et Fania Salzberg dans Gli ebrei e le parole. Alle radici dell’identità ebraica (Feltrinelli, Milan 2012), - Les hébreux et les mots. Aux racines de l’identité hébraïque.

Et bien avant, Emmanuel Levinas avait dit que toute lecture met au monde un sens, et toute non-lecture le retient dans le silence. Et, dans son sillage, Paolo de Benedetti cultivait une passion profonde pour le soixante et onzième sens... les significations sont au nombre de soixante-dix, soixante-dix, nombre qui dit la totalité réalisée, et, à la fois, l’infinité des significations : ce qui ne rend ni impossible ni inopportun le soixante et onzième sens. L’interprétation, comme l’œuvre, est ouverte.

C’est grâce à eux que j’ai commencé à lire la Bible, à quarante ans passés (ce qui, à propos de nombres - ce n’est pas un hasard - est le temps de la traversée du désert…). Par ailleurs, pendant mes années de formation – solidement catholique, jusqu’à un certain point – la lecture de la Bible n’était en aucun cas prévue, ni favorisée, ni conseillée. Mon désert consistait donc en une suite de dunes d’ignorance, mêlée d’indifférence et de désintérêt, avec, çà et là, une suite de petites taupinières d’impression d’inadéquation : je n’avais pas la foi, je n’avais aucune pratique religieuse, je manquais, me semblait-il, des prérequis élémentaires, et je ne pouvais certainement pas imaginer que je disposais des instruments nécessaires à une lecture d’une telle envergure. J’étais juste quelqu’un qui lisait. Cela ne pouvait suffire.

« Prends, et lis », s’était entendu dire Augustin dans les Confessions : il l’avait écrit, et je l’avais lu.

« Prends, et lis », m’avait simplement dit, plus tard, Paolo De Benedetti.

« Prends, et lis » : c’était aussi écrit sur la présentation de Biblia, l’association laïque (qualificatif fondamental et possible !) d’études bibliques fondée par Paolo De Benedetti, avec Agnese Cini, dans les années 80 (et que je fréquente depuis vingt ans). Je pouvais donc prendre le Livre et le lire. J’ai commencé, et j’ai continué, à lire et à relire ; en avançant, à reculons, et en travers ; sans finir et sans le finir, car finir, dans le sens d’arriver à la fin, et donc le fermer, j’ai vite compris que, avec ce livre, ce n’était pas possible, et surtout, ça avait très peu d’intérêt.

En effet la Bible, comme tous les grands livres, est capable de ça : vous ne la quittez pas, et elle ne vous quitte pas.  Et en la lisant – comme d’autres livres qui sont ses collègues, certains de son âge, d’autres plus mais aussi moins jeunes appelés classiques – vous vous apercevez que ça fait accéder à plusieurs choses : à la tradition orale qui les précède et les accompagne, à  l’écriture, la forme livre, le temps et la pratique de la lecture et de l’interprétation, la fonction du lecteur,  l’écoute, le souvenir et la transmission, le commentaire qui est, certes, à la mesure du texte lui-même, mais en même temps, et parfois surtout, à la mesure de celui qui lit, et des temps, et du contexte culturel dans lequel le texte est lu.

Ces livres au long, très long cours, emmènent en eux, et derrière eux, leurs histoires, mais aussi l’histoire/les histoires de leurs histoires, de celles qui précèdent le texte originel à celles qui poussent à côté de lui, l’accompagnent ou le suivent en l’éclairant ou alors en l’obscurcissant ; à commencer par cette lecture particulière, ce passage qu’est la traduction, les traductions, c’est-à-dire ce que l’on peut/on arrive/ on veut/on croit pouvoir transporter d’une langue à une autre, pour d’autres, qui connaissent rarement cette première langue. Mais la connaissance de la langue d’origine n’est pas la garantie d’une traduction unique, d’une interprétation unique, bien au contraire !

Ces livres portent en eux et derrière eux les allées et venues des réponses aux questions : « Qui est le maître des mots et de la parole, et donc de ce qu’ils signifient ? À qui appartiennent les mots ? À celui qui les dit ? À celui qui les reçoit ? Et le sens, où se tient-il, entièrement et uniquement dans les mots, ou dans le lien qui unit texte et lecture ? Et pour qui sont les mots ? ». La Bible, dans ce domaine, ne plaisante pas, elle part de haut, de très haut même : on parle de Dieu, elle est même Parole de Dieu. Parole de Dieu, oui, mais sous forme humaine, oh combien ! Et on peut se perdre dans ce court-circuit entre fini/infini, temps/éternité.

Mais les mots tiennent le fil, les mots vous tiennent. Le texte les file et ils filent le texte. Au départ en hébreux, puis en grec, en latin, en langue italienne et dans les diverses langues au cours des siècles, et dans les variations des langues elles-mêmes, selon ou contre les doctrines des siècles, et selon ce que les temps étaient capables de comprendre, voulaient comprendre ou se gardaient de comprendre ou de laisser comprendre. Vous lisez et vous sentez que ce sont des mots qui vous regardent de loin, qui viennent de loin et vous attendent plus loin encore, et pourtant ils sont là : « Cette parole est très proche de toi, elle est dans ta bouche et dans ton cœur » peut-on lire dans De 30.

Pourquoi, alors, ne pas mettre les jeunes en contact avec cette lecture, sans aucune intention autre que la connaissance du texte ? Pourquoi ne pas se mettre à lire, avec eux, et puis parler, écouter et parler, écouter et discuter ? En accompagnant aussi, parfois, la lecture avec des commentaires déjà écrits, des interprétations déjà existantes, pour élargir la recherche de sens, la possibilité de continuer le commentaire et d’ajouter des interprétations.

Se placer face au texte sur le mode de l’interrogation signifie faire une lecture d’auteur, active ; interroger le livre et se faire interroger par le livre. On trouve une infinité de traces de cette attitude, de cette façon de faire, dans les commentaires talmudiques et dans la tradition midrashique, qui existe en s’appuyant sur une disposition à chercher et à exiger. Je cherche le sens, tous les sens possibles, j’exige presque de la part du texte et de moi-même d’arriver au sens, à un sens possible, pour le texte et pour moi. Un corps à corps, la lutte avec l’ange (« Aucun sentier ne trompe, aucun présage ne ment / Qui a lutté avec l’ange reste phosphorescent », c’est ce qu’écrit Maria Luisa Spaziani dans une poésie, pour parler de la poésie : nous sommes dans des territoires très similaires). Lutte où ce n’est pas le vainqueur qui compte, ce qui compte, ce qui est important, tout autant, c’est le corps à corps, l’absence de peur du rapprochement, jusqu’à se rencontrer, jusqu’à se contrer. Il y a quelque chose de magnifique dans tout cela, une chose à laquelle on ne peut renoncer. Je crois en effet que là est le sens le plus vrai, le plus savoureux de l’activité de lecteur. Il suffit de l’être pour le devenir, grâce à cette patience que Rilke conseille avec amour."

 

  Voilà de quoi occuper les derniers jours de cette année 2020, grande "confineuse", en souhaitant que  2021 nous rendra à toutes et à tous santé et liberté de mouvement, qui en conditionne beaucoup d'autres.

QUE 2021 SOIT UNE BONNE ANNÉE POUR VOUS!

 

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Rédigé par Lecturesitaliennes

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Publié le 23 Décembre 2020

          C'est un livre...de poids: un kilo et deux cents grammes, en grand format 20 x 26 cm. Trois centimètres d'épaisseur pour trois cent vingt-huit pages. Juste la largeur de la main, quand on le prend au bout de son bras et qu'on l'emmène à sa table de lecture. Ou dans le grand fauteuil à oreilles, ou sur le tapis, ou sous le pommier...

Malgré son poids, il est, comme disent les italiens, "invitante" [i-nvita-nté]: Sa couverture cartonnée facile à ouvrir, son dos toilé d'un jaune bouton-d'or, comme les quatre pages de garde, incitent à le feuilleter.

 

      Et à retrouver, à l'intérieur, le même type de "petits dessins" que sur la couverture, au milieu de blocs de texte très lisibles, sur des pages de papier bien robuste.

   

       Quel est donc ce livre, publié en 2020 par nos Souris qui peignent, TOPIPITTORI ? Giusi QUARENGHI y présente/raconte/traduit quarante-neuf épisodes de la Bible hébraïque, l'Ancien Testament de la Bible chrétienne. De Adam et Eve à Jonas, à travers des personnages aux noms généralement connus - Abraham...

Jacob... Moïse...Debora... Judith - et d'autres beaucoup moins - Jotham...Schiphra et Pua... Gédéon... Naomi-. Chaque épisode précise le libre de la Bible où il apparaît, et les numéros des chapitres. Les citations du texte "original" (en appendice, l'auteure consacre sept pages aux différentes versions et traductions de la Bible, selon les religions et les époques, et elle indique à quelle version elle se réfère pour les citations) sont en italique, pour bien les distinguer du récit. Qui est fort précieux, car il n'est pas donné à tout lecteur ou lectrice de ne pas se noyer dans la richesse du texte originel. L'auteure en a commencé la lecture à quarante ans passés, grâce à des rencontres dont elle parle dans un écrit paru en septembre 2020 sur le site de l'éditeur, au moment de la parution de "IO TI DOMANDO" . Ce texte, intitulé Di chi sono le parole? (A qui appartiennent les mots) est très éclairant sur la naissance et le sens de cet ouvrage. Les italophones peuvent déjà le lire ICI. Vous pourrez en lire une traduction entre Noël et Nouvel An sur Lectures Italiennes.

       Dans le récit, on retrouve la Giusi Quarenghi conteuse: vivacité du rythme, précision des mots, même s'ils restent simples. Des pages faites pour une lecture à haute voix. Un exemple: la page sur "Babel et les diversités":  deux lignes suffisent pour faire ressortir l'orgueil et la détermination des "fils des fils des fils de Noé". Puis Dieu descend "du ciel avec ses anges pour jeter un coup d’œil de plus près" , et se fâche de ce

que les hommes n'ont pas respecté les accords d'après le déluge:" Est-ce que je n'avais pas dit aux hommes de repeupler toute la terre, de partout? Pourquoi se sont-ils tous arrêtés dans cet endroit, à faire tous la même chose? Ce n'est pas comme ça qu'ils feront naître un monde meilleur que le précédent, et il faut qu'ils le comprennent vite fait. Je vais confondre leurs langues. Je vais provoquer de l'incompréhension entre eux, afin qu'ils trouvent le temps de penser, de construire des accords, et pas ces fichues  tours!". L'endroit où la langue devint plein de langues fut appelé Babel, Babele, Babylone, ce que veut dire "confuse", "mélangée". Sans une langue pour se comprendre, travailler ensemble était compliqué. Et les hommes commencèrent à s'en aller sur les routes du monde et ils devinrent soixante-dix peuples avec soixante-dix langues, une variété infinie."

          Dans un premier temps, donc, rappeler les histoires de la Bible à des lecteurs qui, souvent, n'en ont qu'une connaissance sommaire, voire inexistante, et leur permettre, entre autres choses, de comprendre tant de tableaux et de fresques de l'art européen, au fil des siècles, et particulièrement en Italie.

        

            Le récit, cependant, n'est peut-être pas le moment le plus essentiel de la lecture. Un texte si ancien, passé par tant de temps, de langues, de traditions religieuses (je vous renvoie, une fois encore, au texte cité plus haut "Di chi sono le parole?"), n'a cessé et continue d'interroger celui ou celle qui s'y plonge. Et c'est là qu'il faut s'arrêter un peu sur le titre de ce livre: "Io ti domando", je te demande. D'habitude, vous murmurez, pour dire votre perplexité "Io mi domando, je me demande", ça se passe entre vous et vous. Dans cette lecture, on passe à deux: "io" et "ti". "Je" pose des questions. À qui? À celui ou celle qui l'accompagne dans sa lecture ? Au livre ? À Dieu ? L'important, dit Giusi Quarenghi, ce sont les questions, plus que les réponses. Et elle met en exergue de son livre une citation de R.M.Rilke, tirée des Lettres à un jeune poète:

"Sois patient avec tout ce qu'il y a d'irrésolu dans ton cœur. Et tâche d'aimer les questions elles-mêmes.".

Interroger le texte, et se laisser interroger par lui. Aussi, après chaque récit, voici, en nombre variable, imprimées en rouge, un certain nombre de questions. Jusqu'à vingt et une sur les deux premiers chapitres de la Genèse," Da Niente a Io-Tu", De Rien à Moi-Toi, racontés en une trentaine de lignes. Plus souvent, une dizaine. L'auteure donne des réponses, bien sûr, ou des commentaires à la question, ou pose d'autres questions, sans rien de figé. Il faut dire qu'elle a enrichi sa lecture du texte biblique: la liste des "lectures qui (l')ont accompagnée" rempli bien six pages. Des auteurs de toutes époques et toutes nationalités. Qui, à leur tour, vont provoquer des réflexions, susciter de nouvelles questions... sans que, pour autant, le texte de l'auteure ne soit pédant. C'est en effet d'abord à des jeunes qu'elle entend s'adresser.

"Pourquoi, alors, ne pas mettre les jeunes ("ragazzi") en contact avec cette lecture, en dehors de toute intention qui ne soit la connaissance du texte? Pourquoi ne pas se mettre à lire, avec eux, ensemble, puis parler, écouter et parler, écouter et discuter? Parfois en accompagnant également la lecture de commentaires déjà écrits, et d' interprétations déjà existantes, pour élargir la recherche de sens, la possibilité de continuer le commentaire et ajouter des interprétations" (Di chi sono le parole).

 

           Dans ce projet, la tâche de l'illustrateur était délicate. Guido CARABOTTOLO a réfléchi et hésité pendant un an et demi, dit-il, avant d'accepter, puis il a encore fallu démarrer, trouver le bon format, étroitement lié à la mise en page. Il a d'abord travaillé en noir et blanc, la couleur est venue ensuite. Son style si particulier, qui, parfois, fait penser aux peintures rupestres est particulièrement adapté à ces textes.  Ils permettent d'apprivoiser leur masse, d'anticiper certaines atmosphères, de se reposer entre deux réflexions. Mais aussi, ces images feront naître, peut-être, de nouvelles questions... Une grande réussite.

             Vous ne lirez pas, je pense, IO TI DOMANDO comme un roman. Vous ne le partagerez peut-être pas d'emblée. Ou peut-être que si. C'est un livre qui vous accompagnera certainement longtemps. Grâce, aussi, aux trois pages d'introduction que l'auteure partage avec sa lectrice, son lecteur, et vers lesquelles on peut revenir souvent; avant de s'envoler, plus tard, vers l'une ou l'autre version du texte original.

 

IO TI DOMANDO    de Giusi QUAREGNGHI et Guido SCARBOTTOLO

Editions TOPIPITTORI, collection Grilli per la testa

Publié en 2020, 328 pages, 20 €

à partir de 7 ans

ISBN: 9788833700380

MERCI à TOPIPITTORI pour les illustrations ici reproduites.

 

 Bonnes lectures de Noël à chacune et chacun

 

 

 

 

 

 

 

 

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Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #CLASSIQUES, #A VOIX HAUTE

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Publié le 8 Décembre 2020

          Luisa MATTIA avait déjà emmené ses tout jeunes lecteurs (l'éditeur disait "à partir de 7 ans", mais les 4 / 5 ans devraient déjà apprécier le partage) sur un plateau de cinéma rêvé, dans COME IN UN FILM (voir deux posts plus bas, c'était le 20 septembre dernier).

          Cette fois, en association avec Janna CARIOLI, c'est sur un vrai tournage, historique, qu'elle accompagne  les 10-12 ans. Et nous avec. Non, elles ne réalisent pas un documentaire, mais créent un "polar" digne de ce nom à partir d'éléments réels. Un alerte "giallo", comme les italiens les appellent, dont l'intrigue n'ira pas jusqu'au "noir", bien que la collection où ce petit roman est publié s'intitule

             Nous sommes à Rome - oui, au moins l'une des deux auteures se définit comme "romana de Roma"-, à l'été 1952. La protagoniste, Flora Marinoni, seize ans, n’a qu'un rêve: devenir une star, Flora Del Mar... Et grâce à sa tante, la zia Dora, experte maquilleuse et coiffeuse ("trucco e parrucco") rien moins qu'à ... Cinecittà, elle vient d'obtenir, en ce mois de juin, un petit rôle de figurante dans un péplum. Il faut un début à tout! Une chute malencontreuse (qui entraîne une partie du décor en carton-pâte) la fait fuir, mais sa tante va rattraper la situation en acceptant de la prendre comme "assistante".

               Et c'est ainsi que Flora se retrouve sur un tournage très célèbre. Pendant lequel a lieu le vol d'un bijou. Sa tante est accusée, et emmenée sur le champ en garde à vue. Flora doit à tout prix prouver son innocence en démasquant le voleur (ou la voleuse). Elle a attiré l'attention de deux garçons de son âge, parmi les travailleurs précaires qui gravitent sur un plateau de cinéma:  le "titi romain" Vittorio, et le "beau gosse" , Louis. Lequel des deux l'aidera efficacement dans sa recherche? La tante sera-t-elle disculpée? Le bijour retrouvé? Telle est l'intrigue policière de Mistero sul set, littéralement: Mystère sur le tournage.

 

                  Je vois un peu d'impatience se manifester parmi vous: "-QUEL tournage? ". Réfléchissez (c'est peut-être déjà fait...): Cinecittà, Rome, été 1952, tournage très célèbre. Mais oui, vous y êtes, c'est bien de ROMAN HOLLIDAY, VACANZE ROMANE que nous parlons. On l'apprend à la page 16 du roman , mais la couverture nous mettait déjà sur la voie:

 

 

 

 

  une fille et un garçon sur un scooter ( une Vespa?), devant le Colisée...  ou ailleurs dans Rome...

 

            L'intrigue va nous faire suivre ce tournage "de l'intérieur", par les yeux d'une profane. Flora s’intéresse au cinéma, c'est sûr, voit des films, mais seulement dans les salles "di terza visione" ( les cinémas de quartier),

les seules que sa famille puisse se permettre;  elle regarde les couvertures de la toute nouvelle revue "Cinema Nuovo" et sans doute celles des hebdomadaires exposés chez le marchand de journaux... Et elle rêve, elle aussi, d'y voir apparaître sa photo, comme elle a vu celle de cette nouvelle actrice pas vraiment connue, mais "carina", mignonne, une certaine Audrey Hepburn, qui vient d'arriver à Rome où elle va jouer aux côtés du "bellissimo attore americano Gregory Peck".

            Ce sera l'occasion de se faire une idée concrète d'un tournage, en 1952,  à Cinecittà, mais aussi en "extérieur", dans des palais romains ou le long des rues d'une des capitales du tourisme international. Les jeunes d'aujourd'hui n'en ont qu'une idée très approximative.

          Et voici la cohorte des métiers nécessaires à la réalisation d'un film: bien sûr, le réalisateur et son        

assistant, mais aussi une foule d'autres - outre les acteurs et actrices, évidemment...- :" attrezzisti, direttori di scena, inservienti, tecnici del suono, operatori alla macchina da presa, servi di scena, trucco e parrucco…", sans parler du "responsable des figurants", du costumier ou de la costumière ( Lucrezia), et leurs aides (dont Louis), jusqu'à celui qui distribue les paniers-repas et les boissons (Vittorio), etc...etc... Qui se donne la peine de lire, à la fin d'un film, les génériques interminables?

          Voici la pagaille qui semble régner sur le plateau, jusqu'aux magiques "Ciak..." et "azione !". Et les reprises exténuantes de la même scène. Et la chaleur infernale qui sévit sous les projecteurs, augmentée encore par la température de cet été 52... Flora observe avec attention tout ce monde nouveau qu'elle ne soupçonnait pas dans son rêve d'actrice. Elle découvre que les scènes ne sont pas tournées dans l'ordre chronologique de l'histoire, par exemple ...

          Puis il y aura les scènes plus rares tournées dans trois des palais historiques - a Palazzo Brancaccio, e poi a Palazzo Barberini e a Palazzo Colonna - où, d'ailleurs, une Flora ou un Vittorio ne sont jamais entrés, la Journée du Patrimoine n'ayant pas encore été inventée... Ou bien celle en "extérieur nuit" (pour remédier à la canicule), sur le radeau-dancing sur le Tibre, presque sous le pont de Castel Sant'Angelo.

     

            Les quelques scènes du film évoquées dans le roman sont judicieusement choisies et nos trois jeunes héros y sont insérés avec beaucoup de naturel.

             L'enquête pour retrouver le ou la coupable permet de sortir du tournage, et d'entrer dans la vie quotidienne de la Rome des années 50. Flora et Vittorio habitent des quartiers populaires de la première périphérie, et leur enquête va les mener aussi dans des quartiers de baraquements pour ne pas dire de bidonvilles. On prend les transports en commun, le tram et son bruit de ferraille, ou les camionnettes privées qui apparaissent comme par enchantement en cas de grève, quand on n'a ni vélo ni scooter... On entrera chez des commerçants, acheter (pour les besoins de l’enquête...) trois cigarettes Aurora, plus chics que les Nazionali... Si l'on a faim, on pourra s'acheter un supplì al telefono (à cause des fils de fromage...) dans une rosticceria. Pour la soif et la gourmandise, c'est la "grattachecca", rivale romaine de la granita sicilienne...

             Mistero sul set tricote ces différents fils avec ceux de la personnalité des protagonistes, jamais simpliste, même pour les personnages secondaires. Là encore, l'histoire personnelle de chacun va conduire la lectrice ou le lecteur contemporains au contact de réalités qu'il ne connaît pas.

Dora, la tante, a vécu, à Rome,  les années de guerre, quand les habitants des quartiers populaires détruits par les bombardements de 1943  avaient été été relogés par les Américains, en 1944,  dans les vastes studios de Cinecittà provisoirement abandonnés. 

Vittorio distribue les paniers-repas pour gagner sa vie, mais sa vraie passion est la photo. Pour l'instant, il photographie clandestinement sur les tournages, grâce à son petit appareil discret, en espérant pouvoir vendre quelques clichés à des revues. Un vrai paparazzo en herbe, même si le terme ne sera inventé par Fellini que dans les années 70.  Lectrices et lecteurs vont découvrir, au fil de quelques pages émues, à l'heure des tirages photos à partir d'une clé USB, la magie du développement manuel dans la "camera oscura", où  Flora sera aussi admise - l'ampoule blanche et l'ampoule rouge, "le révélateur", les bassines où le papier était mis à tremper, l'image qui apparaissait petit à petit dans la lueur rouge, les tirages mis à sécher sur la ficelle, tenus par des pinces à linge...- souvenirs que certaines et certains d'entre vous ont peut-être aussi, en dehors de l'usage qu'en ont fait quelques cinéastes.  C'est cette passion de Vittorio, et l'acuité de son œil   de photographe,  qui vont permettre de trouver qui a volé le bijou. Mais c'est aussi grâce aux photos qu'il a prises de Flora qu'il comprendra le sentiment qui est né entre eux, et qu'il deviendra er fidanzato de Flora!

                Grégory Peck, sa cordialité et ses espadrilles, William Wyler et son cigare sont bien présents.  Évidemment, c'est la personnalité de Audrey Hepburn qui rayonne - bien que toujours discrète - dans l'intrigue. Comme elle parle l'italien, elle échange quelques mots avec Flora pendant que la zia Dora la coiffe ou la maquille: "Flora sgranò gli occhi. Ma come? Audrey Hepburn parlava la loro lingua ? – Sono stata in Italia con mio padre, quando ero bambina. A Roma, anche – spiegò".(Flora ouvrit de grands yeux. Quoi? Audrey Hepburn parlait leur langue? - Je suis venue en Italie avec mon père, quand j'étais petite. A' Rome aussi - précisa-t-elle).  La sympathie qui naît est très vraisemblable, et la lectrice (surtout elle...) attend, comme Flora, les moments où elles vont se rapprocher. Flora révise l'image qu'elle se faisait des stars, et gardera de cette aventure l’immanquable photo dédicacée, avec cette dédicace vraiment personnelle: «Take care of your dreams», "prends soin de tes rêves", message important pour une adolescente qui découvre un monde nouveau.

                 Bref, ce "petit" roman de 207 pages, quand même, est une réussite et séduira sans doute les jeunes qui le liront.  Il peut aussi donner bien des satisfaction à des adultes qui apprennent l'italien: la richesse de son style leur apportera beaucoup, même s'il leur faudra parfois s'armer d'un dictionnaire....

Vous pouvez lire une vingtaine des premières pages ici : cliquez sur "Leggi un estratto".

 

Janna CARIOLI et Luisa MATTIA:

MISTERO SUL SET   - Editeur PIEMME collection Il Battello a Vapore. Giallo e Nero

Format de poche

Publié le 20/10/2020             207 pages      11€,90

Isbn 9788856677560

 

                                                                                                      

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Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #ROMAN PSYCHOLOGIQUE

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Publié le 23 Octobre 2020

          100 ans, oui, ce 23 octobre. Si la mort ne l'avait fauché en avril 1980. Qu'aurait-il dit, écrit, sur ses cents ans, le Maestro? Doublement "Maestro": l'instituteur "maestro Gianni", pendant un moment.

Mais surtout le Maestro, celui qui mène l'orchestre, qui donne à découvrir à chacun, qui est reconnu, dans le monde entier maintenant, le Maestro RODARI ! Qui parmi vous ne l'a jamais rencontré, au moins comme  nom? Très peu, sans doute.

          On vous l'a lu, vous l'avez appris par cœur:

                 Un melone / andava a Frosinone./ Incontrò una pera / che andava a Voghera.                            /  Si dissero buongiorno? / No, perché era sera.

Quelque chose comme:

          Un melon / s'en allait à Meudon. / Il rencontra une poire / qui s'en allait à   Issoire. /                       Ils se donnèrent le bonjour ? / Non, parce que c’était le soir .

Une de ces comptines /Filastrocche devenues si célèbres que les sites sur internet les donnent comme "comptines populaires", oubliant complètement le nom de leur auteur.

 

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Portrait de Gianni RODARI en "homme à l'oreille verte", d'après la poésie "Un signore maturo con un orecchio acerbo" / "Un monsieur mûr avec une oreille verte", dans Parole per giocare / Des mots pour jouer - 1979. Hommage de Fabian NEGRIN à RODARI, pour la couverture du n°365 (sept.2019) de la revue ANDERSEN.

     

 

         Vous l'avez dévoré comme lectrice ou lecteur: les mésaventures des deux jumeaux, Marco et Mirko et leurs inséparables marteaux 

(Marco e Mirko contro la banda del talco, entre autres) ; l'incroyable match de foot qui met aux prises deux magiciens, un pour l'équipe du Barbarano, l'autre pour celle de l'Angleprusse :  (I maghi dello stadio, ovvero Il Barbarano contro l'Inghilprussia); et 24 autres nouvelles plus réjouissantes et folles les unes que les autres, toutes "écrites à la machine" : Novelle fatte a macchina. Sorties en un volume en 1973! Nouvelles à la machine, en 2001. Dans toutes les bonnes médiathèques...

 

Ou encore, pour moi le chef-d’œuvre des chefs d’œuvres de "fantasia", d'imagination: l'histoire du Baron Lambert, (voyez/écoutez comme en parle Olivier Barrot dans Un livre Un jour). Publiée en 1978, on la relit aujourd'hui avec le même rire et la même admiration pour les trouvailles de Rodari qui s'est laissé inspirer à la fois  par la poésie de l'île de San Giulio, sur le Lac d'Orta, en face de sa ville natale d'Omegna, et par son plaisir à jouer avec les mots : C'era due volte il Barone Lamberto, ovvero i misteri dell'isola di San Giulio. Vous ne pouvez pas ne pas en trouver une édition, qu'elle soit italienne ou française, il a été édité et réédité moult fois: Il était deux fois le Baron Lambert. Comme le précédent, pour les lectrices et lecteurs de 12 à 102 ans.

             À votre tour vous l'avez fait connaître à vos enfants ou petits-enfants, à vos élèves...

        

           Si vous voulez rafraîchir votre mémoire, je laisse la parole, en français,  à Francesca VINCIGUERRA sur le blog  La Bibliothèque Italienne, elle est à la fois concise et précise . En italien, vous trouverez une riche documentation réunie par les organisateurs des festivités du centième anniversaire, les éditeurs Edizioni EL, Einaudi Ragazzi et Emme Edizioni: 100 GIANNI RODARI

         Vous pourrez y trouver aussi bien une biographie "illustrée";  des textes mis en chansons; un catalogue de six pages de toutes ses œuvres ( qui fait quatre pages pour celui des traductions françaises sur le site de Ricochet).

         Des éditions spéciales pour ce centième anniversaire: avant tout, LE texte irremplaçable où Rodari explicite ses "méthodes" d'écriture et de création d'histoires, traduit lui aussi dans un grand nombre de langues: GRAMMATICA DELLA FANTASìA , introduzione all'arte di inventare storie / GRAMMAIRE DE L'IMAGINATION : à son propos Calvino a parlé de "poésie pour les pédagogues" et de "pédagogie pour les poètes"....

Mais aussi les trois plus célèbres:  Il barone Lamberto; Filastrocche in cielo e in terra  (apparemment pas traduit en français); et Favole al telefono / Histoires au téléphone (à partir de six ans).

             Édition du centenaire aussi pour une des nouvelles "faites à la machine", PIANOFORTE BILL,  savoureuse parodie de western où le cowboy au cheval blanc transporte son piano sur un cheval noir, et, au bivouac, joue Bartók, Beethoven ou Chopin, et les paysans de la vallée (du Mignone, on n'est pas au Far West...) apprécient. Il y a un méchant shérif qui n'aime pas le piano, des épouvantails qui disparaissent, etc etc.. Vous pouvez, ici, feuilleter quelques pages de ce nouvel album.

             Pour terminer ce court hommage aux cent ans de Gianni RODARI, vous pouvez regarder cette création théâtrale réalisée à Gênes pendant le confinement: "C'era due volte il Maestro Rodari". Les comédiens de la compagnie Cielo di Carta / Ciel de Papier se sont laissés guider par leur FANTASÌA. Même si vous ne comprenez pas l'italien, regardez cette Commedia dell'Arte, cet hommage un peu déjanté.

"Tutti gli usi della parola a tutti,

non perchè tutti siano artisti, ma perchè nessuno sia schiavo"

Grammatica della fantasia

"Toutes les utilisations des mots pour tout le monde,

non pas pour que tout le monde devienne artiste,

mais pour que personne ne soit esclave"

 

 

 

 

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Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #TEMPS PRESENT

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Publié le 20 Septembre 2020

 

     

        

  Cette fois-ci, il nous faudra peut-être changer notre façon de  lire. Aborder l'album comme si nous étions la petite fille de la couverture, sans nous arrêter sur le titre, ni sur les dédicaces. Entrer directement dans l'histoire, comme si nous étions Nina à la jupe rose, et sa balle rouge Nanì. Elles  savent còrrere, saltare, rotolare, rimbalzare - courir, sauter, rouler, rebondir, ne se quittent presque jamais, et vont se retrouver dans de drôles de situations.

          Tout ça, "c'est la faute à la balle", ou plutôt non,  la faute de cette vitre qui se trouvait sur la trajectoire de la balle et qui a cassé, forcément. Nina est entrée juste pour la récupérer, et s'est retrouvée dans un drôle de lieu, avec de drôles de personnes.  

          La balle devient un lien entre elle et celles et ceux qu'elle rencontre. L'un a l'air de la lui confisquer, un autre la ramasse et la lui rend, la balle saute dans une vieille camionnette qui démarre, heureusement pas bien vite. Nina court après, suivie de la dame qui l'a consolée un moment auparavant (on l'avait maquillée comme un clown, et elle a horreur du maquillage); la camionnette s'arrête brutalement, mais Nina a déjà récupéré sa balle et roule avec elle par terre...

          ...pour se retrouver aux pieds d'un...gigante GIGANTESCO...un géant dont l'attention va être détournée par ... un tizio con i sàndali, una tunichetta di pelle che gli copriva le mutande e la… spada in mano! - un type en sandales, une petite tunique de peau au ras des fesses, et... une épée à la main!

          Si bien qu'elle commence à s'étonner de ce pays où tout le monde est déguisé, comme si c'était tout le temps Carnaval.

          Avec tout ça, elle ne sait toujours pas où est la sortie, et elle va encore rencontrer un motocycliste qui veut l'emmener au(sic) Kansas City, un cow-boy (un pistolero, c'est mieux...) à cheval, et toujours pas de Palla Nanì, sa balle rouge un peu désobéissante en l’occurrence.

          Grosse émotion, inquiétude, peur même, que Nina combat en chantant des airs qu'elle invente. Puis joie de retrouver sa balle entre les mains de deux messieurs très rigolos  avec qui elle commence une folle danse, avant que cette infatigable Palla ne se sauve à nouveau.

          Nouvelle course poursuite qui l'amène dans une "sorte de grand champ", une "piazza", où se sauve un bonhomme  qui court, saute, tombe et roule ... comme une balle,  poursuivi par un taureau énorme qui a l'air d'aimer jouer à la balle. Nina lui lance donc sa balle rouge, et la voilà elle aussi à courir derrière eux. Mais elle trouve monotone de tourner ainsi en rond...

          ... Vous pourrez découvrir par vous-même la suite: sachez qu'il y aura un autre géant gigantesque, la balle qui s'envolera très très haut, une "mamma" (pas la sienne) qui lui donnera un goûter (de pain et de sucre). Et, quand Nina et Nanì parleront de rentrer, elle appellera  ("Marcello, cam iar!" ...) un "uomo bello, con sciarpa rossa e cappello - un homme, beau avec son écharpe rouge et son chapeau" qui lui offrira un album...

          Fin de l'histoire. Et dire qu'elle  voulait "juste reprendre sa balle!".

Nina a vécu des aventures, des émotions diverses, comme dans un rêve. La bambina ou le bambino qui ont partagé son histoire avec vous qui lisiez  vont commencer à se poser et à vous poser des questions.

 

          Et c'est là que vous allez enfin pouvoir vous abandonner à votre jubilation de cinéphile, comme l'ont fait Luisa MATTIA et l'illustratrice Daniela TIENI. Il n'est que de lire leurs deux dédicaces:

- "Aux petites salles de quartier qui m'ont révélé la beauté du cinéma", pour Luisa, et

- "A' tous les réalisateurs qui ont su m'emmener ailleurs", pour Daniela.

          Nina n'était pas dans un rêve, mais bien "comme dans un film". Dans des studios de Cinecittà qui auraient aboli le lieu et le temps.... Vous allez reprendre, un moment rien que pour vous, les épisodes les uns après les autres, et vous amuser à identifier les rencontres de Nina. Certaines sont évidentes - lampanti -  comme le Charlot ci-dessus - oui, mais dans quel film? -. D'autres le sont moins, et c'est un des charmes de ce petit livre. Rassurez-vous, dans l'album qu'offre Marcello, l'uomo bello, con sciarpa rossa e cappello à Nina, il y a la clé de toutes les apparitions - mais pas le titre des films, il faut quand même vous laisser des occasions de recherche, non?

          Ensuite, selon l'âge, la curiosité, la culture cinématographique des jeunes lectrices et lecteurs, votre propre envie de partager, les stratégies seront diverses. Et certains, certaines, s'empareront de Come in un film sans avoir besoin de votre médiation. Les sites de libraires disent "à partir de 7 ans", mais la palette est bien plus large, je pense.

          Luisa Mattia y fait allusion dans un entretien accordé à TV2000 le 9 mars 2020: si elle a été enchantée dans son enfance par la magie du cinéma, le noir dans la salle, l'image et le son qui envahissent l'espace, et en même temps la communion avec tous les spectateurs - je ne peux m'empêcher de vous renvoyer, une fois encore, au précieux "Viva la libbertà", l'autobiographie de son enfance dont je vous parlais précédemment, et où un chapitre, savoureux, est consacré, justement, al cìnema -, pour beaucoup de jeunes d'aujourd'hui, le film se regarde sur un écran individuel, télé ou portable, ou smartphone.

          L'album Come in un film recrée la magie du cinéma en salle, en faisant entrer dans des scènes célèbres du cinéma du XXe siècle, sans idées préconçues.

          Grâce à la capacité de l'auteure de s'identifier avec son héroïne et de nous faire apprécier sa vivacité, son indépendance, son imparable logique: en particulier dans de courts moments de pause, les "pensierini", terme difficilement traduisible. C'étaient (est-ce toujours?), dans les premières classes du primaire italien,  de mini-rédaction d'une phrase ou deux, dont la maîtresse donnait le thème,  et qui avaient souvent une connotation moralisatrice. Nina, pour faire le point dans cette avalanche de surprises, se met à faire elle aussi de ces mini-réflexions, qui sont imprimées en rouge, avec indication de "fin" avant de reprendre le récit.

 

 

          Et grâce, tout autant, aux images créées par Daniela TIENI pour donner corps à l'histoire.  Vous pouvez apprécier, sur son site, presque toutes les illustrations de Come in un film. Ce qui frappe, c'est la variété des atmosphères, grâce à la variété des techniques utilisées; le mouvement partout présent; les couleurs parfois éclatantes - le cheval blanc du pistolero, l'habit chamarré du toréro qui fuit - parfois mystérieuses comme un rêve - la balle rouge dans l'espace noir, puis la même balle rouge au-dessus du superbe taureau noir -, parfois simplement réalistes (presque...) - la scène de la mamma-Sophia Loren entourée des enfants qui jouent dans la rue.

Pour les cinéphiles en herbe et les inconditionnels du grand écran.            

Come in un film, de Luisa Mattia, illustrations de Daniela TIENI

Editeur : Lapis        Collection: Lapislazzuli     février 2020

Relié, 46 pages, format: 26 x 26 cm, 14,50€

ISBN 9788878747432

 

Toujours un grand merci à LAPIS pour les images ici reproduites.

 

Post-Scriptum 1: "Luisa Mattia aime l'été et le cinéma..." Le titre "Racconti d'estate", est-ce un clin d’œil au film franco-italien de 1958 ... Racconti d'estate (en français Femmes d'un été) où les acteurs principaux ne sont rien moins que Alberto Sordi, Michèle Morgan et Marcello Mastroianni....?

Post-scriptum 2: Puisque nous parlons de cinéma italien en France, n'oubliez pas que c'est l'époque des deux festivals: celui d'ANNECY à partir de demain et celui de VILLERUPT dans un mois. En liens, les différents programmes.

Post-Scriptum 3: Cet article est le centième paru dans Lectures Italiennes. Un remerciement ému à Chantal R. qui me mit le pied à l'étrier en 2011...

"FIN DES POST-SCRIPTUM ( scripta?)"

         

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Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #A VOIX HAUTE

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Publié le 6 Septembre 2020

 Luisa MATTIA aime l'été.

Deux indices:

          - dans l’autobiographie de son enfance - vous savez, cette collection chez les Souris qui Peignent, TOPIPITTORI, où les auteurs, auteures, illustratrices et autres éditeurs racontent leur enfance et leur adolescence, (gli anni in tasca) - celle de Luisa s'appelle Viva la libbertà (sic) - eh bien, la photographie qui illustre la page de titre montre un bébé hilare dans sa petite robe fleurie et ses chaussons tricotés, avec comme légende: "La prima estate della mia vita", le premier été de ma vie  (C'est le dixième titre présenté sur le catalogue).

          - et surtout, elle a écrit, en 2014, L'isola di Arcangelo, pour l'éditeur Beisler. Vous vous rappellerez peut-être de mon coup de foudre pour ce grand "petit roman". C'était en octobre 2015.

          Ses nouveaux RACCONTI D'ESTATE, publiés aux éditions LAPIS n'étonnent donc pas, dans une production par ailleurs extrêmement riche et variée, chez différents éditeurs italiens.  Vous avez peut-être même lu déjà certains de ses romans en traduction française (et pas que).  Des récits d'été, donc, pour l'été, publiés en juillet 2020.

Ce serait faire injure à l'auteure que de craindre les clichés de l'été, mais il y a déjà eu tant et tant de romans, de films, de tubes de l'été... Comment innover sur ce thème? En s'adressant à de jeunes lectrices et lecteurs "à partir de 9 ans" ?

 

 

          Luisa MATTIA  a choisi de raconter dix histoires, à dix dates différentes du XXe siècle, dans des endroits différents d'Italie et du monde, créant ainsi une très personnelle "chronique estivale" de ce siècle. Chaque "racconto" a donc un titre, et les indications de date et de lieu: "DIMMI DOVE STA IL MARE, 1905 – Italia meridionale "; ou bien : " MAI PIÙ TI LASCIO, 1940 – Roma "; ou encore: " PIEDI GROSSI, 2001 – Stoccolma, Svezia ".

          Dans chaque histoire, une fille et un garçon: de petits enfants, comme Pupa et Carletto, qui jouent au sable sur la plage de Ostia, en 1960; des enfants de 10/12 ans, comme Lucia, Saverio et les autres, qui voudraient voir la mer à Chioggia en 1956; des adolescents comme Wilma et Sven, à la piscine de Stockholm le 11 septembre 2001; de jeunes adultes qui travaillent déjà, comme Wanda et Alberto, à Rome en 1940.... Chaque fois, c'est le moment de la découverte, ou de la confirmation, de l'amour. Un amour qui va prendre des tonalités différentes suivant les protagonistes, leur époque, leur lieu de vie. Chaque fois, la lecture nous fait entrer dans cette histoire particulière, avec les sensations, les sentiments, les réactions de l'entourage. Raconté, chaque fois, en 8 à 12 pages, essentielles et riches pourtant.

          C'est là le défi de la nouvelle, du racconto. L'auteure, qui s'est mesurée dans un premier temps avec la dimension du roman,  s'est donné là un nouveau défi, très réussi au dire de tous ses lecteurs et lectrices - de tout âge, il faut le préciser, car les adultes lisent ces Racconti d'estate avec autant de plaisir que les plus jeunes. Vous pouvez suivre une conversation - en italien - entre elle et l'auteur et animateur de télévision Armando Traversa, au moment de la sortie du livre.

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          Pour vous donner une idée un peu plus concrète de ces nouvelles, arrêtons-nous un moment sur l'incipit de la première : Dimmi dove sta il mare, dis-moi où est la mer, 1905, Italie méridionale.

          C'est le moment de parler des illustrations de ce recueil. Elles sont l’œuvre, tout comme la couverture, de Lorenzo TERRANERA. Il intervient avec une image, en noir et blanc,  pour introduire chaque récit;  plus pour créer une ambiance que pour "illustrer" au sens classique du terme. Que nous dit-il, ici, de cette "Italie méridionale" aux premières années du siècle? L'implacable soleil de l'été (remarquez l'ombre du linge qui sèche sur une terrasse, à gauche de l'image); mais, au vu des ombres, nous sommes tôt le matin ou tard le soir.  La place de la religion ( visiblement, on se prépare à une procession). Monsieur le curé un peu comme un metteur en scène qui lit son scénario...Le petit garçon dont le texte nous apprend qu'il s'appelle Crocifisso - comme celui qu'il est chargé de porter - et qu'il n'aime pas ça. Il a l'air cependant bien décidé à le porter haut, malgré ses pieds nus, il est en train de démarrer. La fillette qui lui fait face, aussi "haute" (comme trois pommes) que lui, est, elle, plus statique - et elle a des chaussures-  alors que sa bannière vole au vent. Nous saurons qu'elle s'appelle ...Santina.

          Voilà les protagonistes campés, mais cette histoire de procession qui va monter en haut de la montagne, pour demander la pluie, nous réserve bien des surprises. Nous imaginons parfaitement la pauvreté qui règne dans le village - c'est souvent le curé qui donne du pain à son enfant de chœur pour qu'il le rapporte chez lui; Nennè-Nino vit  avec toute sa famille dans une seule pièce, avec les poules et l'âne- Mais aucun misérabilisme, Nino a une énergie vitale qui le fait courir dans la montagne et parfois crier de joie  .

          Et du haut de la montagne... on voit la mer, qu'aucun membre de la famille n'a jamais vue:

" Pare che il mare sia un posto benedetto dove, se metti le mani a conca, dall’acqua saltano fuori i pesci e ti vengono incontro e tu li mangi fino a che non ne puoi più. Io non lo so com’è fatto il mare. Nessuno di noi lo sa. Qui stiamo arrampicati tra il monte e la palude. «C’è il sale» mi ha detto nonno. «Nell’acqua c’è il sale» e pure questa è una benedizione, perché il sale costa tanto e bisogna risparmiare ".

"Il paraît que la mer est un endroit bénit: si tu fais une cuvette avec tes deux mains, les poissons sautent hors de l'eau, ils viennent vers toi, et tu en manges à n'en plus pouvoir. Moi, je ne sais pas comment c'est fait, la mer. Aucun de nous le sait.  Ici, on est accroché entre la montagne et les marais. "Y a du sel", m'a dit grand-père. "Dans l'eau, y a du sel", et ça aussi c'est une bénédiction,  le sel c'est cher, et il faut l'économiser."

          C'est de la mer que viendra la surprise. Pour Nino et Santina, et pour nous qui lisons.

 

 

           Pour chaque nouvelle, la voix est différente, donc le style aussi. Et le choix des détails: les vêtements, les maillots de bain par exemple:

- le terrible maillot de bain de laine tricoté - avec amour, bien sûr-, par la nonna, la mamie -: il est rouge, avec de grosses bretelles, il gratte horriblement, et il va se révéler, dans l'eau, bien dangereux....   C'est L'amour instantané - Amore a prima vista, 1960, Lido di Ostia.

- le superbe maillot que Astrid trouve le courage d'aller s'acheter avec son argent de poche, pour séduire son Johnnybello quand son père aura construit la piscine dont elle rêve, dans leur jardin; c'est Un trou dans le jardin - Un buco in giardino -, 1959, Pennsylvanie

- la jupe à fleurs qui devient d'abord pantalon, pour aller au lycée -c'est permis maintenant-  puis bikini - toujours cousus-main par Catherine, en une nuit- pour aller en sortie scolaire à Deauville, et épater Daniel-qui-ne-la-regarde-pas. On est en 1969, Noi due, à Deauville.

- et encore bien d'autres...

          Les détails fourmillent, comme le craquement des chaussures du voisin de palier de Wanda, dont elle est amoureuse non encore déclarée: elle a inventé un mot pour ça (lo stridolìo), car elle s'y connaît, son père est cordonnier, c'est un bruit de "chaussures neuves, en cuir, qui semblent dire au monde:"Regardez-nous, nous sommes des chaussures neuves dans lesquelles marchent des pieds heureux".

          Ainsi, chaque histoire est vraisemblable, ancrée dans une réalité historique, géographique et sociale que Luisa Mattia  connaît. Par expérience: elle s'est parfois inspirée de son propre vécu, comme la presque noyade de Amore a prima vista, qui ressemble à ce qu'elle raconte pour elle dans Viva la Libbertà. Ou le coup de foudre entre les deux voisins de palier, Wanda et Alberto de  Mai più ti lascio - 1940 - Roma, qui est un peu l'histoire de ses parents. Ou bien, ce sont des lieux qu'elle a visités. Soit elle s'est soigneusement documentée. Tout ce travail, elle le raconte dans une interview radiophonique que vous pouvez écouter ici.

 

 

          Il faut souligner, enfin, que la date, l'année choisies ne déterminent pas totalement l'histoire mise en scène. Sven, le suédois, trouve le courage de parler à Wilma dans le moment de désarroi que le spectacle de l'attaque aux tours de New York, retransmise par Cnn, provoque dans le groupe qui s'entraîne à la piscine, à Stockholm. En 1974, Beatriz emmène Joao à Lisbonne pour voir "la mer océan", "il mare oceano", et le rayon vert, certes, mais surtout pour demander au "generale De Carvalho, quello dei garofani" - le général De Carvalho, celui des œillets" d'empêcher que l'on enferme son ami handicapé Joao. Le lecteur, la lectrice adulte feront aisément le lien entre les dates et les histoires, les plus jeunes poseront peut-être des questions.

Ou peut-être pas, mais ces Racconti d'estate laisseront certainement des traces dans leurs souvenirs. Et, comme le héros du troisième récit, elles et ils seront persuadés que l'estate torna sempre, l'été revient toujours,  que ce soit en 1934 ou en 2021.

     Racconti d'Estate de Luisa MATTIA 

      Illustrations de Lorenzo TERRANERA

      Éditions LAPIS, juillet 2020.

      128 pages - 10 €

      ISBN: 9788878747678

       à partir de 9 ans

 

 

 

 

 

         MERCI AUX ÉDITIONS LAPIS POUR LES ILLUSTRATIONS

 

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Rédigé par Lecturesitaliennes

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Publié le 31 Août 2020

 

 

 

...Lectures Italiennes se prépare à reprendre...

Merci à Donatella C. pour cette photo!

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Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #Temps présent

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Publié le 22 Juin 2020

          C'était en avril, en plein confinement. Nous avions lu ensemble l'album Dimmi, et je vous avais promis plus de renseignements sur la maison d'édition indépendante au nom si insolite: PULCI VOLANTI,  Puces volantes.

Les semaines ont volé, comme les Pulci, mais nous voilà à nouveau pour essayer d'en savoir plus.

 

          Pourquoi Pulci, des puces?

La maison d'édition est née en 2017, en même temps que l'association culturelle du même nom. Bien consciente, dès sa naissance, d'être une entité petite, dans un monde éditorial déjà très rempli.

D'où l'idée de la puce, la pulce. En réalité, les Pulci sont deux, et elles ont bien mis trois ans de réflexion et de discussions avant de se définir et de se lancer. Mais elles se sont senties pulci, aussi, par leur vocation à titiller les lecteurs et lectrices, à ne pas les laisser s'endormir sur des textes ronronnants, mais à les stimuler dans la recherche de moyens pour exprimer leurs émotions personnelles.  Une sorte de "poil à gratter", dirions-nous.

 

Va pour Pulci.

D'habitude, une puce, ça saute. Pourquoi celles-ci volent-elles? Déjà parce qu'elles vivent et travaillent dans deux régions différentes d'Italie, et ont donc constitué une rédaction en ligne.

Dans le même temps, elles espèrent emmener leur lectorat dans leur vol, sur les ailes des livres publiés (Les puces auraient des ailes?).

Elles sont complémentaires: Alessia BATTAGLIA est auteure et Chiara BONGIOVANNI illustratrice. Toutes deux sont éducatrices,  et animent des ateliers avec des enfants et des jeunes de tout âge, mais aussi les adultes qui les accompagnent, à travers les écoles, les bibliothèques et autres lieux de sociabilité.

           Quelle sorte de livres?

- " Des livres non-livres, libri non-libri."

 

 

                                                      

 

Les Pulci Volanti veulent des livres  écologiques, innovants, qui instaurent une relation transversale et soient des instruments éducatifs, pour faire naître chez les petits comme les grands le désir d'exprimer leurs émotions les plus secrètes.

Précisons que ce que je vous dirai de quelques albums, à titre d'exemple, n'est pas le fruit d'une observation directe, je n'ai eu "que" DIMMI entre les mains, mais il y a le catalogue, et des recensions. Vous pouvez vous faire votre propre idée.

  • Des livres écologiques: c'est une exigence que l'on trouve à toutes les étapes de la réalisation.  Dans le choix du papier (sensible dans DIMMI) ; pour l'impression: leur typographie est certifiée, et italienne, et elle fait réaliser la reliure dans un atelier d'insertion, dans une prison.
  • Des livres innovants : à côté d'albums classiques comme celui que vous connaissez, il y a, par exemple, la première collection:  i SOGNALIBeRI, jeu sur le terme segnalibro, signet, marque-page - référence au format de cette collection,      

    qui devient SOGNAlibro, "rêve-page"; puis libro, livre, devient LIBeRO, libre. L'album a été démonté, et vous avez entre les mains une collection de 18 marque-pages de 6 x 20 cm, regroupés en trois paquets, pour trois histoires différentes. Sauf que le lecteur, la lectrice, pourront les mélanger, pour créer à leur tour leur propre histoire, ou leurs histoires; il y a même une page blanche pour noter sa création préférée. Si les possibilités combinatoires des récits ont déjà été explorées par d'illustres auteurs, elles n'avaient pas encore été appliquées de façon si simple et si maniable, et si poétique.  Ces "rêve-pages" favorisent aussi les échanges entre les personnes, enfants, adolescents, voire adultes, qui les manient, les racontent, les interprètent. Ce n'est pas la moindre de leurs qualités que d'instaurer cette

  • relation transversale.

  • L'innovation se manifeste autrement dans un album comme IL SOGNO DI MAX, le rêve de Max. Outre que cette histoire est sans paroles (silent book, en italien dans le texte...), le sens de "lecture" des pages varie au fil de l'histoire: si la couverture est verticale, on passe ensuite à l'horizontale pour la sortie de l'école de Max, l'éléphant, pour revenir à la verticale lorsqu'il s'envole en compagnie de son ballon rouge... Ce n'est jamais gratuit,  voyez vous-mêmes . Si vous lisez l'italien, la  présentation de l'album sur le blog Leggere insieme a mamma e papà me semble convaincante.  

       

 

  • Ou encore, dans la collection ConRispondenze  que vous avez vue avec DIMMI, deux histoires
    parallèles: une en mots et une en images, Quando il bosco dorme, Lorsque le bois dort,  de nos deux Pulci Alessia et Chiara: le texte et les dessins sont séparés, grâce à une solution pratique de type "accordéon". Une histoire de peur apprivoisée.

 

 

  • On devine facilement combien ces objets-livres peuvent devenir des instruments éducatifs sans jamais rien perdre de leur poésie ni de leur originalité.

 

En espérant que le corona virus n'aura en rien entamé leur bel enthousiasme,  souhaitons long vol à cette jeune maison d'édition indépendante.

 

 

Et un été rempli de lectures , italiennes et pas seulement,  à vous.  

Comme disait Boccace:

"A ciascuno come più gli aggrada",

à chacune, à chacun comme il lui plaira.

 

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