Publié le 5 Février 2019

  • DINOBOOK, texte de Dino TICLI, illustrations de Enrico MACCHIAVELLO, éditions
    Coccolebooks.Nous connaissons tous au moins un ou une passionnée de dinosaures, et les publications sur le sujet ne manquent pas. L'album-cahier publié par Coccolebooks, avec le sous-titre de alla scoperta dei dinosauri - qui se passe de traduction - y tient bien sa place. Il se présente comme un guide qui va accompagner les enfants dans leur exploration du monde des "géants du passé".  Il peuvent se voir, en abyme, sur le dessin de couverture, accompagnés du Professor Ulisse, le mentor de toute la collection.  Page après page, ils vont "rencontrer" les différents monstres, avoir des informations très exactes sur eux, que Dino TICLI personalise dans un style parlé agile. Mais aussi, dès les pages 6 et 7, ils peuvent entrer dans des jeux qui les aideront à mémoriser, et les rendront actifs. Ce livre peut donc être utilisé à deux niveaux: avec les 6-9 ans, essentiellement pour regarder les images et jouer; et pour les 9-11 ans qui réclament des informations plus scientifiques. Enrico MACCHIAVELLO  est très à l'aise dans son sujet, lui qui aime dessiner les monstres de toute nature.

         Octobre 2016, 88 pages, 12 €, ISBN 9788898346646

PÊLE-MÊLE 2 : Lus et appréciés : Vers 7 ou 8 ans :
  • FAME DI PANE  (Faim de pain), textes de Giusi QUARENGHI et Alessandra MASTRANGELO, illustrations de Daniela VILLA, pour les éditions SLOW FOOD, collection "Per mangiarti meglio" (pour mieux te manger...).            C'était un pari ambitieux de vouloir faire tenir quasiment six mille
    ans d'histoire du pain dans à peine soixante-dix pages : pari tenu.  Nous partons des témoignages d'une ménagère nonagénaire et d'un boulanger  même pas trentenaire, qui fait un pain "à l'ancienne" et semble aussi poète. L'histoire se déroule en chapitre rapides, fluides, souvent une double-page, et des titres où jouent les mots - "Il pane comincia di notte", la nuit des temps outre la nuit du boulanger. Ou bien: " Pane: fame e libertà", variante combien plus riche que le fameux "pain, amour et fantaisie" des années '50 (qui s'en souvient encore? ).  Le texte pose des questions avant d'apporter des connaissances, avec une légèreté et une précision qui doit sans doute beaucoup au travail à quatre mains des deux auteures.  On y trouve les suppositions des archéologues; les mythes et légendes et les rites tout autour du monde, les plus connues et les plus extraordinaires; les rapport du pain avec les quatre éléments, qui ici deviennent six : "pour faire du pain il faut... terre, eau, air, mains, feu et temps";  un tour du monde des mots; pour arriver à un véritable guide à la dégustation du pain. Sans oublier deux artistes travaillant sur l'objet pain. Pour finir - mais ce peut être un début pour les jeunes lectrices et lecteurs - sur des recettes et des propositions d'activités pour aller au-delà de la quotidianité du pain. Et tout cela dans un livre souple et maniable, bien dans la ligne de l'art de vivre de l'éditeur, l'association devenue internationale, SLOW FOOD.  On devine dès la couverture que le coup de crayon de l'illustratrice Daniela VILLA, qui joue sur le hors-champ, le mouvement, les couleurs vives mais pas criardes, le mélange du très gros plan, et de l'infime détail, rend cette lecture encore plus délectable. A partir de 7 ans, gourmandes et gourmands en redemanderont. Tant et si bien que le livre, publié en 2009, a été réédité en 2016.

         Mai 2016, 72 pages, 26 x 23 cm broché, 14 €, ISBN: 888499439X

 

(à suivre......)

 

POST SCRIPTUM:  La PAGE : ANDERSEN, LA REVUE  a été mise à jour, jetez-y un oeil!

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Publié le 31 Janvier 2019

  • DOV'È LA CASA DELL'AQUILA?  - texte et illustrations de Fabian NEGRIN, chez ORECCHIO
    ACERBO.          Ce grand album se prête admirablement à la lecture à haute voix tout en montrant les images: elles sont grandes, souvent en double page, faisant entrer le jeune spectateur autant dans un panorama que près d'un petit détail. Le petit héros n'hésite pas à se lancer seul dans la montagne pour sauver la vie de l'aigle royal.   Mais où habite-t-il donc, cet aigle?  Plusieurs albums de Negrin ont été traduits en français, on connaît son style étonnant, entre réalisme naturaliste et onirisme presque fantastique. Il y a longtemps que je ne vous avais plus parlé de la maison d'édition à "l'oreille verte = pas mûre", Orecchio Acerbo: profitez de l'occasion pour flâner dans son catalogue très original. Octobre 2017, 28 pages,   23,5x29,5 cm,  14 €                ISBN9788899064679                                                                                                         
  • SCRÌVILA, LA GUERRA - de Luigi DAL CIN, illustrations de Simona MULAZZANI, chez KITE EDIZIONI.                                                                 Le sous-titre est: Grande Guerra, pìccole pagine.
    Un père rentré vivant de la Grande Guerre offre à son fils un cahier et l'invite à raconter sa guerre: celle d'un enfant resté chez lui avec sa seule grand'mère, et qui affronte la faim et les difficultés  liées à l'occupation austro-hongroise.  Luigi Dal Cin s'est basé sur des documents authentiques pour donner voix à cet enfant, dans un texte dense et qui sonne juste. Simona Mulazzani a choisi de l'illustrer dans un style "enfantin", où les yeux et les couleurs sont très expressifs. Et de même que, dans l'histoire, la lecture de ce cahier par les parents et la grand'mère libérera la parole des adultes, de même la lecture du livre aidera les enfants ( "à partir de 6 ans"),  à poser leurs questions sur la guerre.
  • Septembre 2016, seconde édition mai 2018, 40 pages, format 16x24 cm, 14€,

    ISBN

    978-88-67450-18-3

( À suivre...)

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Publié le 28 Janvier 2019

Je me permets de vous répéter ce que je disais en introduction du premier Pêle-Mêle:

Vous avez dû vous en rendre compte, Lectures Italiennes ne vous tient pas au courant des nouvelles parutions. Elles sont nombreuses, et "ensevelissent" en quelques années de beaux albums qui restent pourtant au catalogue. Ce sont ces titres, peut-être pas rencontrés au moment de leur parution,  que je veux rappeler avant qu'ils ne disparaissent. Les nouveautés ont beaucoup d'autres lieux de recension.

Vous le savez, l'espace de Lectures Italiennes reste modeste.

Pour vous signaler, même sommairement, des livres ou des albums que j'ai appréciés mais ne peux vous présenter en détail, je vous proposerai de temps à autre ces pêle-mêle. Toutefois, pour faciliter la lecture, en particulier pour les responsables de bibliothèques, je regrouperai les titres par tranches d'âge. Pure comodité, car vous savez bien que ce n'est pas une notion "scientifique".

 

 

A PARTIR DE 3 OU 4 ANS :

  • Luisa MATTIA et MOOK:          PRIMA DI ME     (Avant moi)        aux éditions TOPIPITTORI
       
  • Un grand petit album, pour les grandes questions que se posent les petits enfants. "Qu'y avait-il avant moi? Qu'est-ce que j'étais, avant? Où j'étais, avant?". Toutes questions qu'ils se posent vraiment, et Luisa Mattia les a observés pendant des ateliers pas forcément dédiés à ce thème, a parlé avec eux, a regardé leurs dessins, et a laissé lentement mûrir son texte.  Pour lequel elle a trouvé un rythme d'une grande force expressive. C'est ce qu'elle explique sur le blog des éditeurs - que vous connaissez déjà: comme toujours, tapez le nom des Souris qui peignent, Topipittori, sur la fenêtre "recherche" de cette page, en haut à droite, et vous irez sur les pages qui en ont déjà parlé ici - (une fois encore, je regrette pour les lectrices et lecteurs qui ne maîtrisent pas l'italien...). Vous y trouverez aussi le témoignage d'un instituteur qui a fait entrer l'album dans sa classe. Les illustrateurs, Francesca Crisafulli et Carlo Nannetti alias Mook, n'ont pas manqué de courage eux non plus, et le résultat est convainquant.

         Année 2016, 32 pages,   16 €       ISBN: 9788898523337

 

  • Silvia GEROLDI et Serena VIOLAHAIKU, poesie per quattro stagioni più una (... pour quatre saisons plus
    une)  aux éditions LAPIS.                     L'illustratrice, Serena Viola, a dédié l'album "Alle cose che si sentono ma non si vedono    (aux choses que l'on sent mais que l'on ne voit pas)". Le haïku, cette forme de poésie de trois vers qui, dans sa version occidentale, comptent cinq syllabes, puis sept, puis cinq, se prête particulièrement bien à ces "photographies" de la beauté des petites choses.  L'illustration en taches de couleurs vives, crayon et feutre, très dynamiques et essentielles, accompagne bien le mouvement de la poésie tout en laissant ouverte la porte de l'imagination.   

         Octobre 2017, 98 pages, relié,  14,50 €.

 

  • Nicola CINQUETTI  et  Gek TESSARO  QUANDO NOÈ CADDE DALL'ARCA ( Lorsque Noé tomba de l'Arche), aux éditions LAPIS.                          L'histoire de l'Arche de Noé, comme le rappellent les deux premiers quatrains - car c'est une histoire en vers, 11 pieds et rimes plates AA/BB, s'il vous plaît, de la plume de Nicola Cinquetti, auteur pas mal traduit en français - cette histoire, donc, nous pensons tous la connaître. Et bien là, nous allons avoir des suprises: Noé tombe à l'eau, et alors...... C'est vraiment une histoire à suspens, qui se prête parfaitement à une joyeuse lecture à haute voix,  par épisodes. D'autant plus que le format allongé de l'album donne toute leur place aux illustrations panoramiques de Gek Tessaro que vous connaissez bien maintenant. Toujours aussi drôles et inventives, mélange de collages et d'à-plats de couleurs très vives, elles donnent vie aux animaux et au monde de l'eau, tout en aventures. Excellente idée de l'éditeur d'avoir republié en 2017 cet album de 2013.

         2013,  32 pages, cartonné, 14,50 €      

 

 

  • Toti SCIALOJA, présenté par Teresa BUONGIORNO :  TRE CHICCHI DI MOCA (trois grains de café - comme c'est plus plat, n'est-ce pas?). N'oubliez pas: tré kìkki.......

 Aux éditions? ...  LAPIS , encore - Non non, je les ai tous achetés pour les lire, ou ils m'ont été offerts par des amis/e! -  Nous avons là des textes historiques, écrits dans les années 60 et 70 du XX° siècle, par le peintre, poète, enseignant puis directeur des Beaux-Arts de Rome - où il a vécu toute sa vie, de 1914 à 1998 - Toti Scialoja.

Quel régal que ces poèmes, sortes de nonsense et limericks, brefs, rythmés et délirants, pleins d'assonances et de jeux de mots, autour d'animaux - comme le morse ( il tricheco) ou le phoque (la foca) du poème qui donne son nom à l'album. Ou autour de noms de villes, de la "zanzara di Zanzibàr" au "tàfano di Porto Santo Stèfano", du moustique au taon en passant par la taupe, le loir, le crapaud, l'escargot et j'en passe. Il les avait écrits pour ses petits-enfants, et illustrés ensuite de sa main.  L'adulte qui les lit aujourd'hui aux enfants en jouit tout autant qu'eux. Merci à Teresa BUONGIORNO, infatigable auteure et mémoire de la littérature de jeunesse italienne, pour la réédition de ces poèmes et leur présentation.

             2002, puis 2005, et enfin 2011,        couverture cartonnée,   26 pages, 12 €     ISBN 88-87546-57-6

 

 

(... à suivre...)

 

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Publié le 20 Décembre 2018

      La barque de Lectures Italiennes est restée en cale sèche pendant  presque tout 2018. La voilà à nouveau prête à reprendre ses pérégrinations dans les albums de jeunesse italiens.

      Et, pour filer la métaphore, et s'évader de l'hiver imminent, pourquoi ne pas partir pour un voyage imagé et imaginaire sur les traces des corsaires et des pirates, flibustiers et autres boucaniers, créés par Emilio SALGÀRI, le romancier d'aventures qui voyagea par sa plume, entre la fin du XIX siècle et le début du XX, sans jamais quitter le nord de l'Italie,essentiellement Vérone et Turin? Le grand succès de ses différents cycles de romans ne se dément pas, pour preuve, par exemple, la publication en juin 2017, chaque semaine, avec le Corriere della Sera et Tutto sport, de 22 de ces romans. Vous pourrez lire un article du Corriere fort bien documenté sur l'oeuvre de Salgàri  ici.

      Cependant, il peut être difficile de s'y retrouver, dans ce foisonnement d'aventures. Par où commencer? Qui est qui? Et, une fois que l'on est mordu: est-ce que je continue cette série-là, ou j'en essaie une autre, avec un autre héros? Ou encore: ces îles, ces personnages, ont-ils vraiment existé? Et c'est là qu'entre en jeu LA carte des MilleunaMappa, cette idée géniale, n'ayons pas peur du mot, des éditions EDT GIRALANGOLO et de l'editor Luisella ARZANI,  avec Pino PACE. Ce n'est pas pour rien que, en 2012, ils ont reçu le Premio Andersen du meilleur projet éditorial.

 

 

 

 

      Regardons-y de plus près. Voici un étui de carton souple, de 13 sur 23 cm, épaisseur 1 cm. Il nous renseigne sur le sujet de la carte, l'auteur et l'illustrateur qui l'ont réalisée, et quelques indications au verso, comme sur une quatrième de couverture.

Facile à emporter, facile à ranger. Mais surtout, facile à ouvrir pour en extraire LA fameuse carte de 66 x 98 cm, "infroissable, imperméable, indestructible". Prête à être emportée partout. Pour un lecteur adulte, pas facile de trouver une table bien grande et vide pour l'y déplier à l'aise. Mais pour un jeune lecteur, garçon ou fille, quelle joie de l'étaler dans sa chambre et de se coucher dessus pour commencer à l'explorer. On peut aussi imaginer la suspendre au mur, de sa chambre, de sa classe, de la bibliothèque. D'abord une face, puis, quand  on en a fait le tour, l'autre.

 

 

 

 

 

 

 

     Ensuite, ce sera à chacun de déterminer sa tactique. D'abord les images, ou d'abord les articles d'information? D'abord l'Océan Indien ou d'abord la mer des Caraïbes? D'abord les bateaux? D'abord les personnages? Il y en a pour tous les goûts, et, chose précieuse, tous les niveaux de lecture.

    

 

L'illustrateur Marco PASCHETTA a choisi un style d'images alerte, où les personnages sont tous en mouvement. Les îles représentées, dans le style des anciennes cartes marines, une végétation stylisée et quelques animaux emblématiques: un grand singe, ou le Tigre, qui ne pouvait manquer, pour les aventures de Sandokan dans les îles de Malaisie. Les bateaux, acteurs importants des romans, sont présentés en grand format.

Pour les notices d'information qui entourent les cartes des deux océans, ou occupent le verso du document, l'illustrateur a choisi de "reproduire" des pages de livres anciens, et des "portraits" des protagonistes, qu'il réunit aussi, comme sur une scène de théâtre à la fin de la représentation, pour se faire applaudir par le public. On apprécie l'humour qui règne dans ces images. Un exemple: cette représentation de l'auteur, Emilio Salgàri, en "capitaine"-batelier debout sur une toute petite barque voguant sur une mer...d'encre. Il godille à l'aide d'un...porte-plume géant. Son regard est perdu au loin, au-dessus de son immancable moustache à la Humbert Premier. Il navigue entre deux rives exotiques, Mais, quand on les scrute un peu, on reconnaît,sur la rive gauche, les Arènes de Vérone perdues dans une jungle où affleure une mystérieuse statue, et, sur la rive droite, envahie de lianes, la Mole Antonelliana, équivalent, pour Turin,  de la Tour Eiffel. Voyez plutôt:

 

 

     Humour et synthèse, connaissance sérieuse de l'oeuvre  et capacité d'en expliciter les traits essentiels, tout en restant accessible aux lecteurs - disons à partir de 10/11 ans . Ce sont des qualités semblables qu'il faut aux rédacteurs des MilleunaMappa. Et Anselmo ROVEDA, pour ce Salgari, ne déçoit pas.

Il résume, sur de "vieux manuscrits" comme on en fabrique dans les jeux d'enfants, les

péripéties des premiers romans des deux cycles principaux: celui de SANDOKAN, le pirate malais, d'un côté, et du CORSAIRE NOIR des Antilles de l'autre. Tâche délicate vu la prolifération des aventures, mais fidélement menée à bien. Et il souligne aussi que la FIN de chacun des premiers romans n'est que la première étape de bien d'autres histoires. Il légende également les deux cartes, en expliquant les lieux principaux, et leur réalité géographique ou imaginaire, dans l'ensemble de l'oeuvre du capitaine-écrivain.

     Sur l'autre face de la carte, les portraits des protagonistes sont légendés, pour les    

principaux, de citations pertinentes, et alléchantes. Et le "copié-collé" de pages présente l'auteur, les deux cycles, avec titres et dates de publication, approfondit les différences entre les termes "pirates", "corsaires", "flibustiers" et "boucaniers" - le lecteur devient plus savant que le capitaine Haddock lui-même...

La vie de Salgàri évoquée en même pas trente lignes, c'était presque une gageure: Roveda l'a fait. Il sait suggérer le style de vie de l'auteur, la montée du succès, l'existence de sa famille. Et ne cache pas les épreuves, les malversations de certains éditeurs et les insatisfactions qui le conduiront, "comme un personnage tragique de ses livre, (à mettre) fin à sa vie". Une vulgarisation sérieuse et accessible. Précieuse.

 

           Des MILLEUNA MAPPA, il y en a bien d'autres. Pour différents âges. Pour différents centres d'intérêt. Rédigées par divers auteurs. Illustrées par divers crayons. Jetez un oeil sur ce panorama, vous y trouverez sans doute votre bonheur ou celui de vos petites lectrices et petits lecteurs. Et vous pourrez toujours chercher plus d'informations sur le site de EDT GIRALANGOLO

 

 

                 

MERCI À LUISELLA ARZANI POUR LES IMAGES D'ILLUSTRATION!

 

 

 

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Publié dans #VULGARISATION

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Publié le 6 Janvier 2018

        Pour fêter LA BEFANA en ce 6 janvier 2018, je vous propose la lectures d'un petit roman historique de 92 pages que nous proposent les éditions Coccole Books.

Son auteur: Anselmo ROVEDA. (pour les nouveaux, et les autres aussi d'ailleurs, tapez ce nom dans la fenêtre "Recherche" tout en haut à droite de l'écran, vous aurez les liens sur toutes les lectures de lui faites sur Lectures Italiennes).

Son titre: Gastaldo.                

 

Est-ce Gastaldo, le gamin batailleur qui fonce vers nous sur la couverture, devant une armée de... le premier mot qui m'est venu était "lansquenets" - lanzichenecchi" (prononcer "la-ntsikenekki") et la lecture m'a donné raison -  ?

Oui et non.

Non, car Gastaldo n'est pas du tout un va-t-en-guerre.

Oui, car il est en mission au milieu de la guerre.

Mais reprenons par le début: Gastaldo vit dans le nord de ce qui n'est pas encore l'Italie, au beau milieu de ce que les historiens appellent "les guerres d'Italie" - si l'on veut des précisions, on les a, le roman se passe de 1518 à 1525 -

 Il a 6 ou 7 ans quand une attaque de soldats mercenaires dans son village le laisse orphelin. Il est recueilli par Mastro Claudio, un forgeron devenu armurier, passionné par son métier, et qui en secret travaille à la réalisation d'une arquebuse.

Il chargera Gastaldo devenu adolescent d'aller porter son invention au très célèbre chef de mercenaires Giovanni Delle Bande Nere - Jean des Bandes Noires -. Les péripéties de cet aventureux voyage le mèneront à participer, à son corps défendant, et du côté des Espagnols de Charles Quint, à la fameuse bataille de Pavie des 23 et 24 février 1525, où fut fait prisonnier le roi de France François Ier. Ne croyez pas que je sois experte en histoire, j'ai trouvé toutes ces informations dans les 10 pages d' "approfondimenti e curiosità" de la fin du livre.

 

 

          - Mais enfin, me direz-vous, est-ce bien pertinent de proposer un livre de guerres et d'armes pour cette fête de l'Epiphanie, en cette période que l'on aimerait d'échanges de douceurs?

- Douceurs souhaitées, certes. Mais les nouvelles du monde...?  Mais la commémoration, le 7 janvier, de l'attentat à Charlie Hebdo?

          Et puis surtout: Gastaldo n'est pas qu' une histoire de guerre. C'est l'enfance et l'adolescence d'un garçon plongé sans l'avoir choisi dans un pays parcouru de long en large par des bandes armées, mais qui trouve aussi dans sa nouvelle vie quotidienne des trésors de bonté et d'intelligence.

On aime ce Mastro Claudio, sévère au grand coeur, et artisan passionné et passionnant.

On aime Sara, la gouvernante qui mène la maison après le décès de la mère de famille, Sara qui organise la vie quotidienne en y faisant participer tous les enfants, Sara qui comprend la douleur muette de Gastaldo (Aldo, comme elle l'appelle vite) et sait l'apaiser d'un geste discret.

Sara qui accomplit "une magie": une fois par semaine, et c'est un très grand secret qui doit le rester, elle sort "un livre sacré" et lit aux enfants émerveillés " la vie de Jésus et les histoires des prophètes". Et c'est une double magie, car non seulement c'est une femme quisait lire, chose inouïe, mais elle parle aussi français. Le lecteur adulte pensera aux protestants vaudois.

           Gastaldo n'est pas qu'une histoire de guerre car l'auteur, à son habitude, recrée la vie quotidienne de ses héros, les maisons, le mobilier, la nourriture, les plantes, les bruits, les odeurs. Les paysages. Les mots échangés.

Il nous fait partager l'évolution de Gastaldo, son émancipation progressive quand il commence à voyager pour livrer les réalisations  de son patron, que son territoire géographique s'élargit, qu'il rencontre, en particulier, une troupe de quatre saltimbanques, dont "Miriam la danzatrice", qui n'a "même pas une demi-douzaine d'années de plus que lui". Miriam qui fait partie de ses rêves de futur, une fois la bataille finie: "rencontrer Miriam et voir la mer".

        

 

    Et enfin les six pages qui racontent la bataille de Pavie vécue par Gastaldo sont dignes d'un bon film historique, et viennent mettre le mot "fin" au suspens créé par la dangereuse misssion confiée à notre héros.

 

 

            - Tout cela est bel et bon, mais l'Arioste?

- L'Arioste, au moment de la bataille de Pavie, a 51 ans, il vit à la cour de Ferrare, à environ 200 km de Pavie. Lui qui a tant chanté les chevaliers, les batailles au corps à corps, les duels, la hardiesse, il se rend bien compte que l'arrivée des armes à feu change complètement la donne et les valeurs dans les batailles.

Et il a des vers pour le dire, dans le Roland Furieux, au chant IX, que Anselmo Roveda met en exergue de son roman historique: le boulet de canon est ce qui "arde, abatte, apre e fracassa" - brûle, abat, ouvre, fracasse" tout ce qu'il touche. Roland, parmi ses aventures, vole au secours d'Olimpia, contesse de Hollande, dans un épisode très complexe dont l'arquebuse est l'instrument. Roland le trouve diabolique, et avant de reparir sur les traces d'Angélique, il fait jeter à la mer, là où elle est le plus profonde, ce "maledetto, abominoso ordigno," - "cet engin maudit, abominable", sorti des mains de Belzébuth. Et au chant XI, l'Arioste raconte comment, quelques siècles plus tard - son siècle à lui, celui des "guerres d'Italie" -  les armes à feu ressurgissent et sèment la désolation de par le monde.Et il les invective pendant deux huitains véhéments. (Dessin véhément, lui aussi, de Grazia Nidasio, dans l'édition dont nous parlions)

Gastaldo ne sait pas qu'il  vient de vivre une bataille historique. Ses lecteurs, jeunes et moins jeunes (l'éditeur préconise "de 9 à 11 ans", puis "de 12 à 99 ans...) le comprennent fort bien.

 

GASTALDO    de Anselmo ROVEDA

Coccole Books edizioni sept. 2017

92 pages       9,90 €          ISBN 9788898346776

 

 

 

                                           

Cette BEFANA  est l'oeuvre de Antonietta MANCA . Merci à elle!

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Publié dans #ROMAN HISTORIQUE

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Publié le 30 Décembre 2017

2 - Autour du ROLAND FURIEUX

avec Luigi DAL CIN

et

Pia VALENTINIS

 

 

LES CLASSIQUES - 1 -2: L'ARIOSTE ET LE ROLAND FURIEUX, trois auteurs et deux illustratrices

        Et les plus jeunes? Pourront-ils approcher les aventures de ORLANDO FURIOSO? Oui, dès 7 ans, grâce à l'initiative prise par les musées de FERRARE - ville natale de Ludovico ARIOSTO - au Palazzo dei Diamanti.  ( Version française de Wikipedia si vous tapez "Palais des Diamants à Ferrare" sur Google )

        C'était en 2016, la ville célébrait les 500 ans de la première édition de L'ORLANDO FURIOSO, par une somptueuse exposition : "Cosa vedeva Ariosto quando chiudeva gli occhi" - " Ce que voyait Arioste lorsqu'il fermait les yeux", du 24 septembre 2016 au 8 janvier 2017. Mais n'allez peut-être pas tout de suite vous promener sur le site de l'expo, attendez pour le visiter, car vous allez  plonger dans un monde de tableaux, de vidéos, d'informations (hélas, uniquement en italien, mais une info  en français ici) d'où vous ne sortirez pas de sitôt.

Occupons-nous d'abord du livre.

        Car l'initiative s'adressa aussi aux plus jeunes - et, comme d'habitude, aux adultes qui les entourent. Et c'est ainsi que Luigi DAL CIN pour le texte et Pia VALENTINIS pour les illustrations créèrent un "petit livre" magique. Un grand "petit livre" magique.

A commencer par son titre:

ORLANDO PAZZO / NEL MAGICO PALAZZO

 Il y a Roland qui est "pazzo",  "fou" (fou furieux) dans un palais enchanté, "màgico". Dans LE palais màgico..

Est-ce Palazzo dei Diamanti? Pour le visiteur de l'expo, oui, sans aucun doute.

Pour notre Roland, non (quoique, indirectement... mais cela nous emmènerait trop loin). L'idée féconde de Luigi Dal Cin (conteur émérite que nous avons déjà rencontré, tapez son nom dans la petite fenêtre Recherche, en haut à droite de cet écran, vous reverrez les pages de Lectures Italiennes qui parlent de lui; idem pour Pia Valentinis), son idée, donc, est de partir de l'épisode du palais enchanté du magicien Atlant - nous sommes, dans le poème, au chant XII.  Et il l'explique au lecteur, dans le huitain très "ariostesque" qui ouvre le livre:

 

 

"Dans le palais  enchanté d'Atlant, chacun poursuit son plus grand désir.......

...............

... et ce qui se passe dans cette somptueuse merveille, au fond, nous ressemble un peu".

        Tous les mots sont importants, et tous sont immédiatement compréhensibles par un jeune lecteur (est-il utile de préciser, une fois pour toutes, en ces temps de polémique sur l'"écriture inclusive", que pour moi, "un jeune lecteur" est un jeune humain, garçon ou fille, qui lit...). Chaque mot: "Insegue" - poursuit; "desiderio" - désir; "sontuosa"- somptueuse; "meraviglia" - merveille (et émerveillement); "rassomiglia" - ressemble; "ci rassomiglia" - nous ressemble.

        Le Roland Furieux est le poème de la poursuite: au centre Angelica qui fuit, et tous ses soupirants qui la poursuivent. Leurs trajectoires se croisent et s'écartent, créant une géographie toute particulière, sur laquelle se greffent d'autres histoires, d'autres poursuites, d'autres désirs.

Et comme ils vont tous se croiser dans le palais enchanté, Luigi Dal Cin en profite pour nous les présenter et nous raconter leur histoire particulière. Ainsi nous saurons d'où vient Roland, avec son épée Durandal ("Durlindana") et son cheval  Bride d'or ("Brigliadoro").  Qui est Angélique, la belle princesse indifférente. Nous rencontrerons la guerrière chrétienne à la blanche armure, Bradamante, et le vaillant guerrier païen Roger ("Ruggiero")  - qui a aussi délivré Angélique d'un monstre marin et s'est "perdu" sur l'île de la magicienne Alcine.Et aussi le jeune Astolphe à la recherche de son destrier... Tous arrivés "par hasard" dans ce château ensorcelé, tous persuadés que ce qu'ils  cherchent y est, alors que ce n'est qu'un labyrinthe d'illusions dont ils sont prisonniers.

 

        A l'intérieur de ce château, comme dans tout le poème, les enchanteurs et les magiciennes ne manquent pas, avec leurs protégés et leurs ennemis. Ni les objets magiques: l'anneau d'Angélique, qui rend invisible quand on le met en bouche, et révèle les enchantements; le livre d'Astolphe, sorte de manuel des sortilèges et de leurs antidotes; son cor au son "orrìbile e terrificante" qui permet la dissolution du palais enchanté.

        En somme, Dal Cin, comme Calvino, a fait un choix d'épisodes déterminants - comment la froide Angélique tombe éperdument amoureuse du jeune Médor; comment le malheureux Roland,

errant à sa poursuite, apprend cet amour et en devient littéralement fou furieux, réduit à l'état de force brute.

Comment ses amis, les paladins de l'empereur Charlemagne (Re Carlo) envoient Astolphe sur son hippogriphe au paradis terrestre d'où, accompagné de l'évangéliste Jean, sur un char de feu, ils se rendent sur la lune, dans la vallée "delle cose perdute", l'équivalent des "objets trouvés", en quelque sorte. Ils y trouvent, parmi une multitude de choses, la raison de Roland enfermée dans une petite fiole.

        En quarante pages, Dal Cin donne à ses lecteurs une image fidèle du texte de l'Arioste.

Fidèle aussi par le style qu'il adopte.  Pour reprendre ses propres mots, "une prose poétique pleine de rimes, d'assonances, de répétitions, d'enjambements", toutes techniques utilisées par le poète de Ferrare. "Orlando pazzo nel magico palazzo" est un vrai régal à lire à voix haute, c'est déjà perceptible dans le titre.

 

        Vous avez vu, tout en lisant ces lignes, les reproductions des illustrations de Pia VALENTINIS.  Qu'elle soit ici chaleureusement remerciée de nous les avoir prêtées. Est-il besoin de souligner l'empathie qui existe entre l'illustratrice, l'histoire et la version qu'en donne Dal Cin?

Dès le dessin de couverture, l'extravagant plumet doré du paladin donne le mouvement de la course. Quitte à être, quelques pages plus loin, comme une réplique de la blonde chevelure d'une Angélique pimbêche

Roland et les paladins en armure ont quelque chose à la fois des chevaliers de la tapisserie de  Bayeux, et des marionettes siciliennes de l'Opera dei Pupi. Ils se déplacent dans un décor de théâtre. Et les regards échangés par les protagonistes (quelques traits de noir) valent tous les discours.

Cela n'empêche pas Valentinis, le cas échéant, de faire appel à un écho des escaliers de M.C. Escher, parfaite image du labyrinthe de l'illusion, ou aux "diamants" du palais éponyme de Ferrare.

J'ai déjà souligné le huitain qui ouvre le livre, auquel correspond celui qui le referme:

E ora, amico,che il racconto qui è finito,       Et maintenant, ami, que le récit finit ici

che, finalmente, la guerra si è conclusa,      que, finalement, la guerre est terminée

che cosa resta? ..........                                que reste-t-il?..........

......                                                                 ..............

     Resta Ariosto, la giocosa sua regìa,                 Il reste l'Arioste, la gaîté de sa réalisation,

restano ancora amore, sogno, fantasìa...    il reste encore l'amour, le rêve, l'imagination...

          Ne croyez-vous pas que quiconque aura vu, lu, feuilleté, entendu cette version de l'histoire du Roland Furieux ne l'oubliera plus et aura envie, avec le temps, de s'en approcher d'avantage? J'en suis, quant à moi, persuadée.

  Mais il me reste à vous faire un aveu: raisonnablement, je n'aurais pas dû vous signaler ce livre. Pour la raison - triste raison - qu'il est, semble-t-il, aujourd'hui épuisé. Pourtant, en m'adressant à la librairie par correspondance qui diffuse à l'étranger les publications de l'éditeur Fondazione Ferrara Arte, Libro Co j'ai réussi à en avoir deux exemplaires. C'est le miracle réalisé par donatella@libroco.it  qui a cherché, et trouvé. Vous pouvez essayer... Il vous en coûtera 16 € plus le port.

 

       Cette dernière lecture de 2017, je vous la dédie, à toutes et tous, afin que

(restino) ancora amore, sogno, fantasia....

Belle et bonne année 2018!

 

 

 

 

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Publié le 19 Décembre 2017

1 - Ludovico ARIOSTO et Italo CALVINO

illustrés par

Grazia NIDASIO

LES CLASSIQUES - 1 -1: L'ARIOSTE ET LE ROLAND FURIEUX, trois auteurs et deux illustratrices

                  L'Orlando Furioso de Ludovico  ARIOSTO est le prototype même du "classique". Les lycéens italiens l'étudient dans ce qui équivaut à notre classe de Première. Le souvenir qui leur en reste, d'après des témoignages recueillis il y a peu, est souvent bien vague...

Des vers entiers de l'Arioste sont passés dans le domaine public, récupérés même parfois par la publicité: "  Le donne, i cavalier, l'arme, gli amori"....... - " Je chante les dames, les chevaliers, les armes, les amours"... Ou encore d'autres qui sont devenus des quasi-proverbes: "Oh gran bontà dei cavalieri antiqui" ( "ô l'admirable loyauté des chevaliers de jadis!") - ou bien:  "ecco il giudicio uman come spesso erra". ( "et voilà comme le jugement humain est sujet à l'erreur")..Les prénoms des héros, au delà du paladin Roland devenu fou furieux, et des autres, repris des chansons de geste, comme Renaud, sont devenus célèbres, à commencer par Angélique et  Médor, Rodomont,  Bradamante et Roger, Astolphe et son hippogriffe....

Et, au fil des siècles, il a suscité des tableaux, des opéras, des pièces de théâtre - comment oublier la mise en scène de Luca RONCONI en 1976, que l'on a pu voir en France aussi, au Théâtre de Nations en 1970?

Oui, mais encore? Peut-on entrer dans un poème épique du XVIième siècle, avec ses 46 chants et ses 38.736 vers (à en croire Wikipédia...) comme dans un roman d'aventures?

Et pourtant, quelle aventure! Quel monde où se croisent les chevauchées des paladins des deux camps à la poursuite de la belle Angélique,princesse chinoise (duCathay), à travers de vastes forêts, qui peuvent cacher des châteaux enchantés comme des cabanes de bergers; mais aussi des océans peuplés de monstres marins prêts à dévorer les belles jeunes filles qui lui sont sacrifiées; et puis l'incroyable voyage de l'anglais Astolphe sur la Lune pour récupérer la raison perdue de Roland; et puis les guerres entre les armées de Charlemagne et celles des Sarrasins...et puis les duels .. et puis...Il faut un guide pour ne pas se décourager, et pour éviter de réduire le poème génial de l'Arioste à un patchwork d'épisodes.

Et, ce guide, nous l'avons. Nous l'avons en italien, depuis 1970, grâce à la clairvoyance de l'éditeur Giulio EINAUDI qui, dans l'introduction à " Orlando furioso di Ludovico Ariosoto raccontato da Italo Calvino con una scelta del poema", pose très bien le problème:" (nous voulons suivre la route) de la rencontre du classique et de l'imagination contemporaine, non pas à travers le commentaire d'un critique, mais à travers le récit d'un auteur d'aujourd'hui.". Il définit également le public auquel s'adresse son initiative, "... surtout (les) jeunes, pour leur grand appétit de  voyages de reconnaissance (dans la littérature), parallèlement et bien au-delà de l'école".

Et nous l'avons en français depuis 1982. Un classique au carré, toujours réédité aujourd'hui.

 

 

                   Italo CALVINO  nous fait d'abord une introduction,  historique  et littéraire, claire et complète, lisible par la plupart, d'une trentaine de pages. On la lira avant le poème, ou bien après, ou pas du tout, selon son degré d'inquiétude intellectuelle ou sa soif d'aventures.

Puis il nous raconte le poème, en le divisant en chapitres auxquels il donne des titres, pour nous aider à nous y retrouver (Angélique poursuivie... L'île d'Alcine... Le palais enchanté... Duel triple à Lampedusa...). Il a fait un choix dans le foisonnement des chants et des "ottave rime", les "huitains" qui constituent le poème.Il raconte ce qui se passe entre chaque épisode, et il explicite ce que disent les vers ensuite cités. Il excelle à partager son admiration pour le poète et son immense plaisir de lecteur. Pendant les 350 pages environ que dure l'aventure, vous ne l'abandonnez pas d'une semelle. Il a d'ailleurs appelé le poème "un grande affresco western"....

                Il faudrait encore dire la particularité des vers de l'Arioste, cette construction savante et légère à la fois en groupes de huit vers, qui tisse le récit de façon dynamique. Et leur grande musicalité et leur "souplesse", qu'aucune traduction, je crois, ne rendra vraiment. C'est pourquoi il est essentiel que Calvino, après le récit explicatif, nous fasse entrer directement dans le poème. Et là, les non italianistes sont un peu pénalisés...Un peu seulement.

 

              Sans doute, tout ce que je viens de vous exposer là, une  bonne partie d'entre vous le sait déjà fort bien. Les différentes éditions de la lecture par Calvino du Roland Furieux de l'Arioste sont sans doute présentes dans de nombreuses bibliothèques... souvent d'adultes.

Mais voilà qu'en 2009, les éditions Mondadori transforment le "classique au carré" en un "classique au cube", en demandant à l'illustratrice que vous connaissez bien maintenant (voir le 16 décembre 2016), Grazia NIDASIO, de raconter par son trait à la fois le poème et le récit qu'en fait Calvino. Et le texte  révèle toute sa pétillance! Sa lecture devient accessible aux jeunes qui n'auraient pas eu la patience de suivre simplement les mots. L'humour et l'ironie de Grazia Nidasio rencontrent avec un bonheur non dissimulé ceux de Calvino et ceux de l'Arioste.

 

Notez que les reproductions que j'ai trouvées pour illustrer cet article ne rendent absolument pas justice à l'art de Grazia Nidasio. Le volume mesure 15,2 x 23,4 cm, ce qui est un beau format pour les images, mais les photos reproduites gomment la richesse de la technique mixte qu'elle emploie la plupart du temps.

LES CLASSIQUES - 1 -1: L'ARIOSTE ET LE ROLAND FURIEUX, trois auteurs et deux illustratrices

 Sur la revue en ligne Arabeschi, sur le numéro 3 de janvier à juin 2014, Giorgio Bacci fait parler Grazia Nidasio de son métier d'illustratrice, et c'est tout à fait passionnant - pardon une fois encore pour les non-italianistes - Grazia Nidasio  raconte, elle aussi, comment elle s'est replongée, par un été pluvieux, dans le Roland Furieux raconté par Calvino. Elle partage complètement sa lecture, elle l'explicite. 

Puis elle parle de son travail d'illustration, des références qui lui sont venues, de la frustration qu'elle a ressentie à ne pas  voir publiés tous ses dessins - impératifs éditoriaux obligent - de son espoir de continuer ce travail sur le Roland Furieux....

Pourtant, je trouve ce livre richement illustré: deux illustrations en couleurs, pleine page, en moyenne, par chapitre; de plus petites, insérées dans une page. Plus d'incroyables petits dessins au crayon,  dans les marges -"des notes, des anecdotes visuelles, comme faites pendant le cours par un élève distrait" , dit-elle -  qui animent la lecture de façon directe, très juste et très drôle. Tantôt, c'est Calvino, commodément installé dans un arbre - comme son héros Cosimo, le Baron Perché - , tout pris par sa lecture. Tantôt un petit motif, poisson, oiseau, main de chevalier, saynète, un vrai régal.

 Bienheureux ceux qui, en mars 2012, à Bologne d'abord, puis à Ferrare, ville natale du poète, ont pu voir, dans la maison - la casa di Ariosto - où il a vécu la dernière partie de sa vie, les originaux des illustrations que nous venons d'évoquer.

Quel Institut Culturel nous les donnera à voir en France?

      

 

 

Cette édition chez Mondadori, cartonnée, avec une jacquette, avec ses 408 pages illustrées, est destinée, selon l'éditeur aux "10 à 14 ans": encore un cas où l'indication de tranche d'âge n'est pas pertinente. C'est un livre pour les adultes autant que pour les jeunes, je dirais à partir de 12 ans. Chacun pourra en faire son miel.

Et, en conclusion, la parole est à Calvino:  «Il Furioso è un libro unico nel suo genere e può essere letto senza fare riferimento a nessun altro libro precedente o seguente: è un universo a sè,  in cui si può viaggiare in lungo e in largo, entrare, uscire, perdercisi. Ariosto sembra un poeta limpido, ilare e senza problemi, eppure resta misterioso: nella sua ostinata maestria a costruire ottave su ottave sembra occupato soprattutto a nascondere se stesso" - "Le Furieux est un livre unique en son genre, et on peut le lire sans se référer à aucun autre livre qui le précède ou le suive: c'est un univers en soi, où l'on peut voyager en long et en large, entrer, sortir, s'y perdre. Arioste semble être un poète limpide, hilare et sans problèmes, et pourtant il reste mystérieux: dans la maîtrise obstinée qu'il met à construire ses huitains l'un après l'autre, il semble surtout occupé à se cacher lui-même".

ORLANDO FURIOSO, di LUDOVICO ARIOSTO,

raccontato da Italo CALVINO e illustrato da GRAZIA NIDASIO

 

Mondadori, 2009  -  408 pages -  ISBN 978880459387 - 26 €

Il existe une édition de poche:

ORLANDO FURIOSO, di LUDOVICO ARIOSTO,

raccontato da Italo CALVINO e illustrato da GRAZIA NIDASIO

Mondadori 2012 - collection Oscar Junior - broché, couverture souple  - 428 pages - 12 €

 

 

Le prochain article vous présentera un album récent sur le Roland Furieux,

pour les plus jeunes cette fois :

"ORLANDO PAZZO NEL MAGICO PALAZZO".

A bientôt!

 

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Publié le 19 Décembre 2017

LES CLASSIQUES

  Italo Calvino nous a déjà  expliqué "Pourquoi lire les classiques",  c'est un texte que l'on trouve dans moult bibliothèques, et qui est constamment réédité, y compris en poche, et en traduction française, depuis 1981. C'est un texte qui est lui-même devenu "un classique", et je vous y renvoie.

 "Les classiques", nous sommes censés les avoirs étudiés au collège ou au lycée. Les avons-nous subis ou les avons-nous lus? Et quand nous les avons enseignés, notre enthousiasme a-t-il suffi pour ouvrir la porte à la lecture? Et ceux qui ne les ont pas rencontrés  à l'école, ont-ils quelque chance d'y accéder? Et puis quels classiques? Et qui "décrète" les classiques?  La réflexion est vaste, et il n'est évidemment pas question ici de la traiter comme telle.

Je voudrais, dans les articles qui suivront pendant quelque temps, vous présenter des solutions très diverses  adoptées par des écrivains et/ou des illustrateurs, et des éditeurs italiens contemporains pour apprivoiser l'approche de textes classiques de la culture italienne, qu'il s'agisse de La Vita Nuova ou de La Divine Comédie de Dante Alighieri,  des  nouvelles de Boccace, du Roland Furieux de l'Arioste ou des Fiancés d'Alessandro Manzoni.

Vous accepterez bien de les rencontrer, de façon tout à fait a-didactique, par ordre… alphabétique? Parce que l'Arioste est mon préféré?

Et puis certaines et certains d'entre vous auront sans doute d'autres "classiques" et leurs approches à nous signaler. Nous vous attendons. A bientôt!

 

LES CLASSIQUES

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Publié le 14 Septembre 2017

Je m'apprêtais à vous faire part avec joie de la réédition, chez Coccole Books, du livre de Anselmo Roveda, dont le titre original était "E vallo a spiegare a Nino - Essaie donc d'expliquer ça à Nino". C'était en 2011.

Même format, même texte, mêmes qualités. Des caractères d'impression plus lisibles. Un titre aplati, plus immédiatement informatif: " Nino e la mafia".  Dommage. Je ne changerais cependant pas un iota à ce que j'écrivais sur ce livre en juin 2012.

   Et les mêmes illustrations de Gianni DE CONNO, un peu différemment réparties, mais toujours aussi pertinentes, belles dans leur méditation colorée, irremplaçables.

Et voilà qu'Anselmo Roveda nous apprend sur son blog Comeparole, le 8 septembre dernier, la disparition de l'illustrateur. Bien trop tôt. Nous ne verrons plus de nouveaux dessins de lui. Et il n'aura pas vu cette nouvelle édition de son travail.

 

 

Il nous reste son oeuvre, présente autant en France qu'en Italie, et dans tous les pays du monde je crois, tant était grand son rayonnement. Un exemple pour tous: l'extraordinaire grand album Poèmes à la Lune. Mais il y a tous les autres, dont ceux dont je vous ai parlé ici même: Le colleur d'affiches de l'ATTACCHINO, ou la châtelaine de C'ERA LASSÙ AL CASTELLOJ'ai du mal à vous envoyer sur son site, qu'il ne complètera plus. Mais vous y verrez l'ampleur de son travail, et tous les signes de reconnaissance qu'il a reçus pour ses oeuvres. Vous pourrez voyager dans ses planches mystérieuses et poétiques. Et revenir à ses livres, quand vous le voudrez.

 

 

 

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Rédigé par lecturesitaliennes

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Publié le 14 Septembre 2017

Non, je ne vais pas vous dire hélaslesvacancesonterminées. Mais pour prolonger la luminosité de l'été, proposons à nos écoliers nouvellement rentrés de drôles d'histoires, façon d'oublier un instant les méfaits de la pluie, du vent et des alertes météo qui affectent l'Italie, et pas qu'elle. S'ils ont entre 9 et 11 ans, ils aimeront les lire seuls, mais vous pourrez aussi les partager avec eux dès 6/7 ans.

 

 

C'est Daniela VALENTE, la vaillante directrice de la maison d'édition calabraise Coccole Books, qui nous les offre. Vous la connaissez déjà : pour ne parler que des livres dont elle est l'auteure (l'autrice, en italien, c'est plus joli, non?), rappelez-vous, le mulet Giardino et sa "vie d'âne". Ou encore la Mamma Farfalla, la maman-papillon.

Ici, ce sont de drôles d'histoires, STRANE STORIE, mais l'important est peut-être DI MARE. Des histoires de la mer. La couverture de Antonio BOFFA se passe d'adjectifs. Nous y reviendrons.

En réalité, ce sont des histoires à l'intérieur d'une histoire.

La narratrice, Giulia, a neuf ans,  sa maison donne sur la plage, et l'incipit nous plonge immédiatement dans l'atmosphère:" Je vis dans un village de bord de mer, où l'odeur des embruns pénètre jusque dans les maisons et parfume les choses" - "Vivo in un paese di mare, dove l'odore di salsedine arriva fin dentro le case e profuma le cose".

Chaque matin, au petit déjeuner, son père et elle racontent leurs rêves, même (surtout?) quand ils sont loufoques. La maman est plus ancrée dans le réel; elle attend un bébé, et Giulia craint la concurrence de ce (ou cette) futur nouveau-venu. Il y a aussi un grand-père (il nonno) qui vit tout près de la famille et raconte à sa petite-fille toute sorte d'histoires, de "drôles d'histoires", justement, dont Giulia n'arrive pas à démêler si elles sont vraies ou pure invention. Elles ont en tout cas la vertu de pacifier la fillette quand elle est inquiète ou triste.

 

 

Il lui raconte l'histoire du Chasseur de Fourmis - Il Cacciatore di Formiche, inspirée par un village en ruines réellement existant, mais aussi  hommage à  une nouvelle célèbre d'Italo Calvino: La formica Argentina;  sans compter le réel problème de l'invasion de la fourmi d'Argentine sur les côtes méditerranéennes.

 

Puis celle de la belle Teresa, napolitaine experte, dans l'entreprise de son père, en feux d'artifices, et de son amoureux calabrais Ciccio venu faire son service militaire à Naples. Le père de Teresa va-t-il laisser partir sa fille? Et c'est "Un amore scoppiettante - Un amour qui fait des étincelles".

 

Et encore l'histoire de Salvatore, l'homme plié en deux - L'Uomo Curvo, qui inexplicablement, sans avoir l'air d'un clochard, vit dans un vieux garage avec une vieille Fiat 600 qu'il sort parfois. C'était un voisin du nonno, et il réserve quelques surprises.

 

 

 

Sans oublier l'histoire du pêcheur qui raconte au grand-père la légende de la rascasse, si laide, mais d'une belle couleur rose, - et si bonne dans la soupe de poissons. Histoire en abyme de la lavandière laide "comme une rascasse", mais avec des yeux superbes, changée en poisson pour échapper à sa vie de labeur. C'est l'histoire de Occhi Bellinom que les pêcheurs siciliens de l'île de Favignana donnent en vrai à une rascasse locale.

 

Quatre histoires mi-réelles, mi-fantastiques : elles enrichissent le quotidien de Giulia, qui nous le raconte à grands traits: le parfum du pain chez le boulanger, qui descend "dal naso alla pancia", "du nez jusqu'au ventre"; les jours de marché en bord de mer où elle accompagne sa mère et observe avec ravissement les goûts, les couleurs, les voix. Puis l'attente de la petite soeur, et comment, petit à petit, grâce à l'attention de ses parents qui l'impliquent dans les préparatifs, elle l'accepte, en idée d'abord, puis en réalité. Et les travaux de jardinage  avec l'indispensable nonno, occasions de vraies leçons de philosophie de la vie: elle ne comprend pas toujours tout, mais ce sont des moments privilégiés pour elle.  Autre moment privilégié, les promenades en bord de mer pour faire des concours de ricochets quand le nonno voit que sa petite fille n'a pas le moral, qu'elle est "storta", littéralement "tordue".Et puis la voisine Clementina, les robes extravagantes qu'elle se coud elle-même et sa riche bibliothèque où Giulia va emprunter de plus en plus de livres avec un appétit croissant.  Et d'autres instants encore, de la naissance de Rossella, la petite soeur, à la mort du grand-père, à ce qui reste de son esprit dans son jardin, et sur son cerisier préféré. Et puis..... vos jeunes lecteurs vous raconteront le reste.

Toutes choses que l'auteure-Giulia raconte avec des mots simples et fluides. On sent que Daniela Valente s'est appuyée sur des histoires vécues, des personnages rencontrés, observés de son regard sensible et attentif.

L'objectif  de Coccole Books, depuis sa création,  est d'offrir à ses lecteurs, quel que soit leur âge, de petits livres de qualité: qualité du papier, clarté et grande lisibilité des caractères, et illustration soignée. Ce programme  a toujours été respecté, pour les Strane Storie di Mare en particulier, dont les illustrations ont été confiées à Antonio BOFFA.

La couverture que vous voyez ici frappe par sa simplicité et sa profondeur théâtrale, l'impression de rêve et pourtant les détails quotidiens - le linge qui sèche, les barques tirées au sec en attente de partir à la pêche, la fillette qui va traverser la placette avec son cerceau. Et toute cette variation de bleu, sommes-nous la nuit? La lune dans le ciel semble le dire. Et l'incroyable petit bateau de papier, objet de rêve lui aussi. Mais peut-être est-ce une île, un rocher, qui sait?

Boffa a très bien saisi l'essence de ce récit, et a réalisé quatre grandes illustrations en double page, pour les quatre histoires.

Vous en avez vues deux plus haut (Merci à Daniela Valente), et pouvez vous faire une idée, d'autant plus qu'elles ne sont pas coupées, comme dans le livre, par la séparation des deux pages. Comme de grandes tapisseries, où les personnages, bien que "à plat", sont pleins de mouvement,  mais dans une sorte de silence rêveur. Même pour l'image des feux d'artifice, qui est ma préférée et que vous découvrirez le jour où vous aurez le livre entre les mains.

STRANE STORIE DI MARE,    écrit par Daniela VALENTE, illustré par Antonio BOFFA,

Coccole Books, avril 2017, 76 pages, 9€,90.

Cette lecture est dédiée à notre amie Hélène R., grande lectrice et passeuse de livres, italiens et français aussi, qui est partie lire dans les étoiles. Adieu, Hélène!

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Rédigé par lecturesitaliennes

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