Publié le 27 Septembre 2021

          L’automne est décidément arrivé, aucun doute, et, tirés de sa petite pile d'albums réjouissants, Lectures Italiennes va vous en présenter quelques-uns qui aideront les enfants à conserver le dynamisme et la joie de l'été. Et vous, adultes, en bénéficierez par rebond. 

          Pour aujourd'hui, voilà:

 

c'est une histoire peu banale. À l'origine, une chèvre ( la capra) et un banc (la panca).  Irrémédiablement prisonniers l'un de l'autre par la vertu d'un scioglilingua [cholili-ngoua- le fameux son gli est très difficile pour un palais français, c'est un l mouillé un peu comme celui de million], un scioglilingua, donc, qui porte en français le joli nom de "virelangue" - "Les chaussettes de l'archiduchesse...", en somme.

          Tous les lecteurs, toutes les lectrices  italiennes l'ont déjà, entretemps,  répété  deux ou trois fois... Pour la chèvre, c'est soit "sur le banc", "sopra la panca", et alors tout va bien pour elle, "la capra campa". Mais si c'est "sous le banc", "sotto la panca", malheur, la chèvre crève tout bonnement, "la capra crepa".  Essayez donc de le dire de plus en plus vite:

Sopra la panca, la capra campa / Sotto la panca, la capra crepa"...

 

 

          Et c'est ainsi depuis... des siècles peut-être. Mais c'était sans compter avec la poésie, sous la plume (ou le clavier, oui...) de Giusi QUARENGHI: il lui a suffi de changer deux petites lettres, et voici "campa" qui devient "canta". Et, pour éviter toute équivoque, elle affirme dès la table des matières initiale, puis en pleine  page: page 9 : "La capra canta sopra e sotto la panca" (inutile de traduire, n'est-ce pas?) et page 41: La capra canta e bene campa anche senza panca" - la chèvre chante et vit tout à fait bien même sans banc"....

          Le maléfice est rompu, la chèvre est libre de chanter, et avec elle la voix des enfants qui se sentiront autorisés, eux aussi, à chanter, à mettre en mots toutes leurs émotions, leur vécu. À suivre avec jubilation la voix de la poésie, pour ensuite se lancer eux aussi, "puisque la chèvre le fait...".

          Ce recueil de poésies, nous le devons aux éditions des souris qui peignent, les  TOPIPITTORI qui vous sont désormais familiers, dans la collection qui porte bien son nom: Parola Magica [mÀdjica]. Relié dans sa couverture cartonnée, son format de 14 x 19 cm le fait tenir aisément  dans la main de l'adulte qui lit, mais est aussi d'accès facile pour les petites mains qui feuilletteront ses 80 pages colorées (et solides) pour choisir laquelle des poésies sera au menu du jour.

 

          Sera-ce la joie d'une journée un peu folle  : " Con le scarpe /sulla testa - avec mes chaussures / sur la tête ... dico piano / a tutto il mondo / che io oggi / son contenta - je dis doucement / au monde entier / que moi, aujourd'hui / je suis contente"  ?

 

           Sera-ce la grande colère qui m'envahit et que je ne sais pas gouverner ? 

" Furia, furia, sempre e adesso... - Fureur, fureur, maintenant et toujours..."

 

 

          Ou encore mes réflexions sur le ciel et sa place  dans le monde? " Il fatto è che i monti / lo tengono lassù / -il cielo voglio dire - Le fait est que les montagnes / le tiennent posé là-haut - c'est du ciel que je parle, hein?-...

 

 

        Et pourquoi pas de la lune, dans le ciel ? "Luna maga luna / strega luna cùllami -  lune lune magicienne / sorcière de lune, berce-moi..."

 

    

          Mais tout aussi bien de ma tante Mirella et de sa nostalgie pour la pluie de son pays natal : "Ma a volte la nostalgia / la punge dentro gli occhi / Allora... - Mais parfois la nostalgie / la pique à l'intérieur des yeux. / Alors..."

          Et pourquoi pas la poésie des "Bambine e bambini di tutte le età / siamo noi il patrimonio dell'umanità- Filles et garçons de tout âge / c'est nous le patrimoine de l'humanité"... qui rappelle en conclusion que "(siamo) fratelli e sorelle di un certo Pinocchio.... (nous sommes ) frères et sœurs d'un certain Pinocchio..."

 

 

 

          Vous n'avez là, vous vous en doutez, qu'un petit échantillon des trente-six poésies offertes par Giusi Quarenghi à ses lectrices et lecteurs. Mais vous avez compris que son sujet est la parole des enfants, l'expression de leurs émotions, quelles qu'elles soient. Qu'elles concernent la famille, avec ses incompréhensions (" Voi dite che sono distratta / ma..." - Vous, vous dites que je suis distraite/ mais..."), ou avec ses sentiments intenses ("Il mio papà c'è sempre... - Mon papa est toujours là") ; les peurs de la nuit, ou de la mort, à dompter; les relations avec les animaux, chiens, chats ... ou loups ... ; avec les plantes et la nature, comme cette étonnante bambina-orto, petite-fille-jardin (potager...) qui plante ..."semi d'orzo e di ruchetta / dentro l'orlo della gonna - des graines d'orge et de roquette / dans l’ourlet de (sa) jupe"... Avec l'air, le vent, l'eau - ah, les flaques d'eau, le pozzanghere [potsà-nguéré]... Mais aussi le contact de l'eau de mer -  Avec les racines... Les douleurs de la maladie...  Et encore...  Et aussi ... Selon la formule désormais consacrée, je vous laisse découvrir la richesse de ce recueil.

         Pour bien comprendre la force de ces "chansons caprines", voici, en commençant par la dernière, les trois citations que l'auteure a mises en exergue:

De Franz KAFKA :

                " Le cose comuni sono per se stesse miracoli", - les choses communes sont en soi des miracles"   

De Antonio PORTA:

                 "Faccio poesia per vendicare tutti i bambini, quelli presenti, quelli passati (compreso me stesso), e quelli futuri, perchè ai bambini viene impedito di reinventare linguisticamente il mondo come invece vorrebbero" - Je fais de la poésie pour venger tous les enfants, les enfants présents, les enfants passés (moi y compris), et les enfants futurs, car on empêche les enfants de ré-inventer linguistiquement le monde, comme ils voudraient le faire".

De Anne  SEXTON :

                    "Uova e parole vanno maneggiate con cura.

                     Una volta rotte non si possono riparare"                 

"Les œufs et les mots doivent être maniés avec soin. / Une fois cassés, on ne peut plus les réparer"

         

          Si vous voulez approfondir le rapport de Giusi QUARENGHI avec les mots, et pour peu que vous lisiez l'italien (...), prenez le temps de voir ce qu'elle écrivait sur le blog des éditeurs, en mai 2021, au moment de la sortie de La Capra Canta. C'est une poetessa à part entière, qu'elle écrive pour les enfants ou pour les adultes - par exemple Basuràda, chez Book Editore, 2017, dans la collection "écritures extra ordinaires, scritture extra ordinarie" (Descendre assez bas sur la page pour trouver la notice de ce livre).

          Ce n'est pas ici le lieu de faire une analyse métrique des poésies de La Capra Canta, leur richesse et leur musicalité ressort déjà d'une "simple" lecture, et les enfants y sont sensibles, autant, sinon plus,  que les grands.

 

 

          Enfin, est-il nécessaire d'ajouter quoi que ce soit au sujet des illustrations de Lucio SCHIAVON ? Vous les voyez sur les images ici reproduites, vous pouvez en admirer d'autres sur le site de l'illustrateur vénitien. Et, une fois encore, je laisse la parole à Giusi Quarenghi, qui le dit bien mieux que n'importe qui:

“ Ogni pagina è più grande dei suoi centimetri, si allarga come uno zoom; a volte esplode, a volte sprofonda, sempre ti porta con sé, I colori sono scorte e fulmini di luce e buio che il soggetto sia paesaggio o creatura, questa diventa paesaggio e quello ha fisionomie da vivo. Gli animali sono energia e danza, e se paiono voler fare gli aggressivi hanno qualcosa che dice che è per gioco. Non c’è ombra di didascalia e di descrizione, il disegno riesce a far muovere il testo, non lo lascia com’è e non gli sta addosso. Alla fine, ero sciolta come una bustina di effervescente che ha trovato un bicchiere d’acqua, come un golf liberato dall’ infeltrimento contenta e graziata da un mondo tanto bislacco e strampalato da meritarsi tutta la mia fiducia “ .

"Chaque page est plus grande que ses centimètres, elle s’élargit comme un zoom : parfois elle explose, parfois elle s’abîme, elle t’emmène toujours avec elle. Les couleurs sont des stocks et des éclairs de lumière et d’ombre, que le sujet soit un paysage ou une créature : la créature devient paysage, et celui-ci prend des airs de vivant. Les animaux sont énergie et danse, et s’ils semblent vouloir faire leurs agressifs, ils ont quelque chose qui dit que c’est un jeu. Il n’y a pas l’ombre d’une explication ou d’une description, le dessin arrive à faire bouger le texte, il ne le laisse pas tel quel, il ne pèse pas dessus. À la fin, j’étais liquéfiée comme un comprimé effervescent qui a trouvé un verre d’eau, comme un pull libéré du feutrage, contente et absoute par ce monde si farfelu, si extravagant qu’il mérite toute ma confiance ".

 

LA CAPRA CANTA

Textes: Giusi QUARENGHI,  illustrations: Lucio SCHIAVO

Éditions TOPIPITTORI

MAI 2021

80 pages, 16 €

ISBN: 9788833700694

Âge: 5 ans / 7 ans

 

 

 

UN GRAND MERCI AUX SOURIS QUI PEIGNENT POUR LES IMAGES

et à la Souris chargée de Presse, Lisa, toujours réactive et disponible.

POST SCRIPTUM

Pour qui souhaite retrouver les articles sur d'autres œuvres de Giusi QUARENGHI  :

2013: Io sono il cielo che nevica azzurro

2014 : Sonno gigante, sonno piccino

2016 : des contes

2020: Io ti domando       (deux articles)

 

 

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Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #A VOIX HAUTE

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Publié le 25 Juillet 2021

            Des voix s'élèvent ici ou là: "Encore une Divine Comédie "pour les jeunes"! N'y en a-t-il pas déjà suffisamment? Pour tous les âges? Faut-il forcément  sacrifier au septième centenaire?"

        Certes, il y en a déjà. Un nombre certain. Si vous avez envie d'approfondir ce point, jetez un coup d’œil sur cet article de G.Antonelli, paru dans le Corriere della Sera du 03 janvier 2021: il réfléchit sur "la vieille question: peut-on simplifier Dante?". Lisez aussi cet autre (où apparaît le lien précédent - Merci à la Revue ANDERSEN qui nous a rendu ces trésors accessibles dans son numéro de mai, comme je vous le signalais dans L.I. du 18 mai dernier -). Il date de mars, et s'intitule "In bella prosa o in versi diversi. La Commedia per i piccoli", de Cristiana De Santis. Ces deux articles me semblent bien informés, au vu des livres que j'ai pu feuilleter, et posent bien les problèmes.

          Malgré cette richesse déjà existante, il m'a semblé important que Lectures Italiennes vous parle de la contribution de l'éditeur LAPIS. Parce qu'une bibliothèque scolaire ou publique se doit de permettre aux jeunes lectrices et lecteurs d'avoir des présentations diverses d'un même classique.

          Cette lecture de la Divine Comédie par Arianna PUNZI pour le texte et Desideria GUICCIARDINI pour les illustrations est belle, dans sa simplicité:

 

   

          Arianna PUNZI se fait la voix du poète-voyageur Dante, qui invite la "cara lettrice" et le "caro lettore" (chère lectrice, cher lecteur) à le suivre dans sa traversée des trois royaumes de l'au-delà.  Elle procède par étapes-chapitres, chacune avec son titre - à la manière des romans d’aventure: "Dove Dante si smarrisce..." (Où Dante se perd...), "Dove Sapia l'invidiosa parla con Dante" (Où l'envieuse Sapia..."), " Dove Cacciaguida rivela a Dante il destino che lo aspetta" (Où Cacciaguida révèle à Dante le destin qui l'attend)....

           De cette façon, la lectrice, le lecteur peuvent focaliser leur attention sur l'épisode et les noms des protagonistes rencontrés par Dante (ils les retrouveront dans un dictionnaire, en fin de volume, qui donne quelques indications, historiques ou mythologiques et les pages où ils sont cités). Chaque chapitre comporte aussi, en ouverture, le numéro du ou des chants du Poème original où cet épisode est raconté, et une terzina liée au thème retenu. Le tout imprimé avec des caractères très lisibles, une mise en page aérée qui rendent la lecture sereine. Voyez vous-même dans cet extrait reproduit - descendez en dessous de la page blanche qui s'affiche d'abord... Vous y trouvez le début du livre, avec une vie de Dante synthétisée en une page pertinente, une préface, et des réflexions de l'auteure sur les raisons de lire Dante aujourd'hui.

          Nous évoquerons plus loin l'articulation entre le texte et les illustrations. Chaque chapitre s'étend sur 2/3 à 5/6 pages. 90 pages (illustrations comprises), pour l'Enfer, 71 pour le Purgatoire, et 71 pour le Paradis. Sans oublier trois "cartes" en couleurs des trois royaumes - dont on regrette seulement que le pli de reliure au milieu altère un peu la lisibilité. Un volume de 264 pages,  au format 14,4 x 20,8 cm, couverture souple plastifiée. On a pu critiquer ce choix en le trouvant "pas très digne"..., mais à l'usage, nous avons un livre robuste que l'on pourra glisser "dans son sac à dos - nello zaino", et emporter à lire cet été où bon nous semble, à la plage (comme Grazia Gotti, quitte à ramener du sable entre ses pages), autant que chez les amis qui nous ont invités.

 

 Qu'est-ce qui permet au récit de A.Punzi d'être aussi fascinant que celui de Dante lui-même? Pourquoi arrive-t-on à la suivre sans être impressionné par la sacralité littéraire du texte, mais en étant emporté par l'aventure?

Sans doute est-ce à la fois sa connaissance intime du poème (c'est une universitaire qui aime enseigner; elle est philologue et médiéviste, passionnée par la Divine Comédie;  mais aussi mère et grand'mère-conteuse), et le choix qu'elle a fait pour ce  texte,destiné aux jeunes "à partir de huit ans", mais que des adultes peuvent lire avec plaisir et profit. Elle a choisi de se concentrer sur les rencontres de Dante, les conversations qu'il a, dans chacun des royaumes, avec ses amis - le musicien Casella , Forese Donati...-, ses ancêtres, des hommes ou femmes célèbres - Ulysse, Manfredi, les poètes antiques...-, des personnages historiques, souvent ennemis - des papes, Farinata degli Uberti...-,  des florentins comme Ciacco le goinfre, ou Belacqua, le luthier paresseux..., celles et ceux qu'il découvre - comme Francesca da Rimini et son amant Paolo Malatesta. Sans parler des saints, surtout au Paradis, et de ses deux guides: Virgile d'abord, puis Beatrice. Chacune de ces rencontres est vécue par Dante, et racontée par Arianna Punzi, avec toute la gamme des émotions humaines, des plus effrayantes aux plus exaltantes, qu'il vit dans son corps. Chacune de ces rencontres,  chacune de ces conversations le fait évoluer, mieux comprendre les humains à qui il veut ensuite raconter dignement son expérience. Et la lectrice, le lecteur, le suit sur ce chemin. Et cela, l'auteure le dit très bien : " Trasuda vita, questo testo", "c'est la vie qui se dégage, de ce texte, elle en sort par tous les pores..."

          Si vous avez déjà une pratique du texte de Dante, vous serez frappés, frappées par la musicalité-soeur du texte d'Arianna PUNZI. Nous ne saurions analyser de façon plus technique cette réalisation, mais c'est là l'une des grandes qualités de cette Divina Commedia. Et qu'importe si la terzina choisie pour introduire le chapitre reste mystérieuse. C'est la voix musicale de Dante lui-même qui est ici convoquée, et qui peut donner, qui devrait donner au lecteur, à la lectrice, l'envie de s'approcher par la suite du texte original ainsi "apprivoisé". Arianna Punzi parle de son travail de façon intéressante (comme toujours, toutes mes excuses aux non-italianistes...) dans deux interviews: ici, elle est seule, pendant presque 6 minutes.  Là, interrogée avec vivacité par Grazia GOTTI, elle s'étend d'avantage et partage la parole avec l'illustratrice Desideria GUICCIARDINI, dans un entretien fort riche d'environ une heure trente.

 

          Desideria GUICCIARDINI, l'autre atout de cette réalisation. Elle ne nous est pas inconnue, nous avons déjà apprécié son travail, très différent, en juillet 2019, dans Cartoline dall'Italia. Elle est passionnante à découvrir dans l'entretien cité plus haut (là...). Y a-t-il  nom et  prénom plus florentins que ceux qu'elle porte? Et passer les dix premières années de sa vie à quelques 50 mètres de la statue de Dante, place Santa Croce, est-ce que ça dispose à s'intéresser à son œuvre? Pas du tout, c'est presque le contraire: l'aspect farouche - 

 elle  dit "aria grifagna"... - du poète lui suscite plutôt de l’antipathie,  et dans sa famille, au contraire des souvenirs jusqu'ici entendus, la Divine Comédie ne fait pas partie des lectures, ni pour les parents, ni pour les grands-parents. C'est donc bien l'artiste qui s'intéresse au texte d'Arianna Punzi (Témoignage vers les 53:55 minutes dans l'interview).  

          Il est aussi tout à fait intéressant de l'entendre parler de la recherche qu'elle a effectuée avant d'accepter ce travail: les très nombreux illustrateurs de la Divina Commedia, à travers le temps et les pays (c'est vers la 20ième minute). Et comment, dans un premier temps, cet héritage pléthorique avait risqué de l'écraser.

Puis elle s'est lancée, en suivant les étapes du voyage pour mieux rester fidèle au récit. Le résultat est une image pleine page toutes les deux ou trois pages de texte. Image qui explicite davantage les émotions du récit que les péripéties du voyage.

Pour l'Enfer, à titre d'exemple:

 

 

 

- Chant 1 : "Où Dante se perd...". Vous retrouvez ici l'image de la couverture, mais Dante est maintenant prisonnier des arbres qui lui barrent toute possibilité de retour, et il en est conscient.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chant 26 : "Où Ulysse raconte son dernier voyage". Il est arrivé avec son bateau et ses quelques compagnons, aux confins du monde connu, le détroit de Gibraltar,  les "Colonnes d'Hercule", "là où Hercule avait marqué les limites que l'homme pouvait explorer" . Passer ce seuil signifie plonger dans l'inconnu total, et aussi ne pas respecter l'interdit.

L'une des rencontres les plus intenses et les plus célèbres de l'Enfer.

 

 

 

Pour le Purgatoire:

 

 

- Chant 2 : "Où Dante retrouve un chantre de ses amis"

Sur cette première image, voici " l'ange nocher, très lumineux" qui passe sur une "embarcation légère". Il amène les âmes qui vont entreprendre leur voyage de purification au Purgatoire.

Quelle économie de moyens pour rendre la légèreté, la luminosité, le mouvement ascendant et en même temps le but, prendre pied sur l'île du Purgatoire.

 

 

 

 

 

 

- Chant 3: "Où Manfred raconte..." .

Après avoir écouté le récit de l'âme du fils de l'empereur Frédéric II, Virgile et Dante reprennent l'escalade de "la paroi rocheuse, gigantesque, très raide" qui les mènera, - s'aidant "des pieds et des mains", à la terrasse supérieure .

 

 

- Chants 28 à 32 : "Où Dante retrouve Béatrice".

"...une dame avec un voile blanc et une robe rouge parée d'un manteau vert..."

Une pure apparition, sans les éléments qui "distraient" de la rencontre: le pré fleuri et parfumé qui précède la forêt de l’Éden, au sommet du Purgatoire, stylisée dans ces deux cyprès (arbre toscan par excellence...). Ni le char traîné par un griffon. Ces éléments arriveront à la page suivante.

Après tous les sites minéraux des terrasses du Purgatoire, traités en tons de terre, d'ocre, de nuances de violet, une lumière apaisée qui suggère l'espace au dessus, le Paradis auquel Béatrice va conduire le poète.

 

 

Pour le Paradis:

 

 

- Chapitre 32 - 33 : "Où Dante accède à la vision de Dieu"

Comment illustrer "la béatitude totale et absolue" causée par la contemplation de la lumière divine? Ces "trois cercles de différentes couleurs qui se reflétaient  l'un dans l'autre, comme un arc-en-ciel brille dans un autre arc-en-ciel, et le troisième semblait un feu allumé également par l'un et l'autre" ?

Après cette" vision extraordinaire", "l'imagination et aussi la mémoire (de Dante) furent frappés par un éclair et ne purent soutenir de voler à une telle hauteur. Et les forces (lui) manquèrent".

 

 

Tout au long du récit du Paradis, les gradations de lumière, les ballets de plus en plus étourdissants des cohortes d'élus, et la musique qui en émane éblouissent tant le voyageur que celles et ceux qui le suivent. C'est sans doute la partie la plus difficile à illustrer, et Desideria Guicciardini a magistralement joué sur la couleur,  tout en gardant une sobriété qui rappelle le monde des mosaïques  médiévales - pensons à Rome ou à Ravenne où Dante finit sa vie.

          Non, cette Divina Commedia "de plus" n'est vraiment pas superflue, elle ouvrira à la lecture de l’œuvre originale, et enrichira la sensibilité aux images des lecteurs et lectrices, jeunes ou moins jeunes.

La Divina Commedia

texte de Arianna PUNZI, illustrations de Desideria GUICCIARDINI

Éditions LAPIS, collection CLASSICI -  20 mai 2021

264 pages, format 14,4 x 20,8 cm                14, 90 €

Couverture flexible

Âge: à partir de 8 ans

ISBN 9788878748217
UN GRAND MERCI, ENCORE, AUX ÉDITIONS LAPIS,

pour les images ici reproduites,

et en particulier à AGNESE E., attachée de presse d'une efficacité souriante très précieuse.

 

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Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #CLASSIQUES

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Publié le 9 Juillet 2021

 

          C'était le 25 juin 2021, quelques jours après le début de l'été. Comme chaque année depuis 40 ans, le jury du prix Andersen  -il mondo dell'infanzia ( le monde de l'enfance) a rendu public  son choix parmi les séries de trois finalistes déjà révélées.

Sans même entrer dans tous les détails des motivations, ce choix nous donne un aperçu de l'état du monde de l'édition de la littérature de jeunesse en Italie.  Pour les 13 ouvrages primés, on trouve:

- 8 auteur/es italien/nes, 6 illustrateur/trices italien/nes

- 1 auteur anglais

- 1 auteur et 1 illustrateur canadiens

- 2 auteurs français et 1 illustratrice française

- 1 auteur suédois

- 1 illustratrice russe

          Pour donner un aperçu à toutes les lectrices et tous les lecteurs de ce blog, pour chaque ouvrage primé, vous trouverez le titre et quelques mots clés des motivations du jury, ainsi qu'un lien vers la page de présentation ( ... en italien, bien sûr...)  - où, souvent, vous pourrez voir une petite vidéo de réponse des auteurs et/ou illustrateurs récompensé/es.

            

Io sono foglia de Angelo Mozzillo – ill. de Marianna Balducci, Bacchilega Junior

"Précision et délicatesse... Projet insolite... Grâce et ironie..."

 

 

Murdo de Alex Cousseau – ill. de Éva Offredo – trad. de Simone Barillari, L’ippocampo Ragazzi

" Absurde et enchantement, humour et surprise... œuvre ouverte..."

 

 

I tre funerali del mio cane de Guillaume Guéraud, trad. de Flavio Sorrentino, Biancoenero

" Dosage d'humour et de sérieux, avec une délicatesse maîtrisée..."

 

 

La scimmia dell’assassino de Jakob Wegelius – trad. de Laura Cangemi, Iperborea

"Aventure... écho des grands classiques...Grande qualité de l'écriture..."

 

Senza una buona ragione de Benedetta Bonfiglioli, Pelledoca

"Style affilé...lucidité devant une réalité cruelle... suspens efficace..."

 

 

Il Gallinario de Barbara Sandri, Francesco Giubbilini – ill. de Camilla Pintonato, Quinto Quarto

"Équilibre plaisant et original entre la vulgarisation et la composition de l'objet livre"

 


Occhio ladro de Chiara Carminati et Massimiliano Tappari, Lapis

"...heureux mariage de langages et formes différentes... constante implication de lectrices et lecteurs..."

 

 

François Truffaut. Il bambino che amava il cinema de Luca Tortolini – ill. de Victoria Semykina, Kite

" illustrations pleines de verve et d'élégance, ...dialogue attachant et serré entre le récit et les images..."

 

Fiori di città de JonArno Lawson – ill. de Sydney Smith, Pulce

"...sensibilité peu commune... narration "silencieuse" riche de petits miracles et de poésie..."

 

Girotondo de Sergio Rossi – ill. de Agnese Innocente, Il Castoro

"...originalité de transposition d'un classique de la littérature dramaturgique ... sensibilité de l'adolescence contemporaine..."  - B.D.

 

  Il ragazzo del fiume de Tim Bowler – trad. de Carola Proto, Mondadori

"... intense et émouvante...le rapport entre générations, de façon authentique et nouvelle..."
 

 

Bella ciao. Il canto della Resistenza – illustr. de Lorena Canottiere, Einaudi Ragazzi

"... revendique les valeurs des luttes de la Libération... images qui unissent finesse et vigueur, métaphores, sens du féérique... note de D.Aristarco... actualité et fortune de ce chant de rébellion".

 

La Divina Commedia. Inferno - un popup de Massimo Missiroli et Paolo Rambelli

"...générosité et intelligence de réalisation précieuse en mode pop-up... nouvelles vies pour les images éternelles de Gustave Doré... Hommage multi-médial aux premières versions cinématographiques de la Comédie. "

 

Et encore, si vous voulez tout, tout savoir : la meilleure collection narrative; la meilleure auteurela meilleure illustratrice; acteurs de la culture pour l'enfance et aussi ; la librairie du Prix Gianna et Roberto Denti; et enfin le super Prix Andersen GUALTIERO SCHIAFFINO.

 

BUON QUARANTESIMO COMPLEANNO,

BON QUARANTIÈME ANNIVERSAIRE,

ANDERSEN !!!!

Depuis 40 ans, la boussole et le compagnon/la compagne de route de toute personne s'intéressant, travaillant pour la promotion de la lecture à tous les niveaux de l’enfance et de la jeunesse. Belle et longue route !!!!

 

 

 

 

 

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Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #TEMPS PRESENT

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Publié le 25 Mai 2021

          Ce grand album (24 x 32,1 cm) porte un sous-titre tout à fait pertinent: " Il primo passo nella selva oscura". Dans "la forêt obscure", certes,  c'est un des termes les plus facilement associés à "Divine Comédie"; mais le "premier pas" de qui? 

          Eh bien, à la fois le premier pas de l'auteur et héros du poème, Dante, que l'on voit sur la couverture, silhouette reconnaissable à son manteau rouge et à sa couronne de lauriers, exprimant sa stupeur d'un geste des deux mains; et à la fois le premier pas de la lectrice, du lecteur. Il, elle se lance dans l'aventure de ce texte qui peut inspirer crainte et révérence, a priori "forêt obscure" aussi, qui s'est de plus chargé de sens tout au long des sept siècles de son existence.

             Daniele ARISTARCO et Marco SOMÀ tracent un double chemin de lecture qui convient à différents tempéraments, se prête à différentes vitesses, qui permet en tout cas à chacune, à chacun d’avancer à son rythme.  Chaque double-page présente:

- à droite,  une étonnante image en pleine page de Marco Somà. Dix-neuf images qui nous emmènent à travers les trois règnes, avec Dante. Toujours, en bas à droite, un cartouche,  petit billet à peine déplié, portant, sous le titre de la Cantica ( Inferno, Purgatorio, Paradiso) et le numéro du chant d'origine, une terzina, ce groupe de trois vers de onze syllabes qui sont les "briques"  composant les chants de la Divine Comédie. C'est là que l'on apprécie pleinement le grand format de l'album, l'illustration de la terzina a tout l'espace requis pour se déployer et passer même sur la page de gauche.

- À gauche, plus ou moins englobé dans le dessin, le récit d'Aristarco. Il est indépendant de l'illustration, il va son chemin par paragraphes plus ou moins longs, nécessitant parfois, mais pas toujours, de tourner la page pour continuer la lecture, scandée par des titres intermédiaires ( ... Les doutes d'un jeune lecteur....Histoire d'un titre... Beatrice.... La partition...) . Quand je dis qu'il est indépendant, images et texte parlent du même sujet, bien sûr, les images créant l'atmosphère du voyage dont Aristarco parle aux jeunes lecteurs.  

          C'est donc d'abord le récit en images qui s'impose. Marco Somà a choisi de représenter les acteurs de la Divine Comédie par des animaux anthropomorphes pour deux raisons (c'est ce qu'il explique en particulier dans une rencontre en ligne en direction des écoles où les deux auteurs dialoguent avec une journaliste et répondent aux questions posées par les élèves): - d'une part, ces animaux permettent plus facilement à toute sorte de lecteurs de s'identifier, c'est une façon de rendre le poème encore plus universel. - D'autre part il reprend là une tradition que l'on trouve dans l’œuvre de peintres comme Jérôme Bosch ou Matthias Grünewald, pour ne citer qu'eux. Sans oublier le monde des miniaturistes du XIVe siècle.  Les variations sont innombrables, tant à l'intérieur de chaque Cantica qu'en passant de l'une à l'autre. Il y a déjà là l'occasion de longues explorations, interrogations, dialogues. L’expression des sentiments entre le Poète et son guide, par exemple, puis entre Dante et Beatrice. Aucune scène, que ce soit en Enfer ou au Paradis, n'est statique, nous sommes emportés avec Dante et Virgile, puis Beatrice.  Et vient ensuite l'envie d'en savoir plus.

           L'effroi de l'Enfer est exprimé ici par le vide, cette sorte de désert (voir encore le dialogue cité plus haut) où poussent de rares et inquiétants  végétaux, des arbres torturés, peuplés d'oiseaux de cauchemar, et l'effet est convaincant.  Mais le regard rencontre aussi des motifs qui le font "sortir" de "l'autre monde": le voile qui enveloppe le couple de Paolo et Francesca, un peu à la façon de celui qui entoure le créateur au plafond de la Sixtine; ou encore la superbe tête de bélier grec de Ulysse, et le cheval-Diomède, tous deux encore toujours dans l'élan de leurs aventures. Ainsi, mutatis mutandis, Dante campe-t-il, tout au long de son poème, pour relier le lecteur au monde qu'il connaît, de petits tableaux de la vie quotidienne: les flocons de neige larges et silencieux, le vol de lucioles dans la nuit d'été, le chantier de gondoles vénitien...

           

          Le même fond s'adoucit au Purgatoire, il se peuple de rochers de lapis-lazuli, les animaux nous sont plus familiers, et l'ange-ours qui accueille les deux voyageurs garde une porte, écho de celles de Giotto ou de Duccio dans la peinture florentine.

             Au Paradis, par contre, nous volons dans un ciel de couleur tendre, semé de nuages où se posent les voyageurs et les âmes qui les accueillent. Les animaux sont connus, et bienveillants. Avec, toujours, ce mouvement incessant qui pousse Dante vers le haut en compagnie de Beatrice.

            Les adultes ne sont pas en reste dans l'appréciation de cette partie de l'album, même si (surtout si?) ils ne lisent pas l'italien. Pourvu qu'ils se procurent  une traduction : avec les références du cartouche, et celles, plus précises encore, de la dernière page, (qui explicitent les situations illustrées, pour les italophones)  ils pourront chercher la traduction de la terzina, et apprécier le choix de l'illustrateur. Adultes ou pas, d'ailleurs.  Si l'on a déjà une certaine familiarité avec le texte, ces illustrations bousculent et font émerger de nouvelles nuances.

 

              Daniele ARISTARCO, quant à lui, a fait le choix, comme Dante, de s'adresser directement à son lecteur, à sa lectrice, et de partager l'histoire de sa rencontre avec La Divine Comédie. À l'âge de neuf ans, lui aussi. Il raconte sa curiosité, sa perplexité, sa toute première lecture - presque clandestine, en pleine nuit, dans ce livre "trop grand, et lourd", descendu difficilement d'un rayon élevé de la bibliothèque familiale, qu'il pose  "sur la table de noyer". Et c'est "debout, tout tremblant", dans un murmure, qu'il lit les quatre premières terzine les plus célèbres de la littérature. Et il s'ensuit, pour lui, "un mystérieux silence".

               Petit à petit, Aristarco explicite les enjeux de ce voyage dans l'outre-tombe, en liaison avec les questions qu'il faut bien appeler "métaphysiques" que se posait le jeune lecteur qu'il était alors,  les peurs, pas seulement dans "la forêt obscure", les épreuves, le "cône de lumière" de la raison... Et il rassure, tel un nouveau Virgile, le lecteur, la lectrice d'aujourd'hui, éclaire " l'histoire d'un titre " (Comédie? Divine?), souligne l'harmonie extraordinaire de la construction du poème, et le sens de cette harmonie, évoque la question de la "réalité" de ce voyage, en le reliant à Beatrice, et donc en parlant aussi du Purgatoire et du Paradis. Il ose faire approcher ses lecteurs ( une fois encore, pas que les jeunes) du thème de la recherche de la connaissance, des mots adaptés pour l'exprimer, du "visage de Dieu". Et en conclut à la nécessité de lire à voix haute, pour soi ou pour un auditoire, l'incomparable musique des vers de cette Divine Comédie. 

              Daniele Aristarco, qui fréquente beaucoup les classes et connaît les collégiens et lycéens actuels, les prend au sérieux et les croit capables de cette lecture. Pas de "toute la Divine Comédie", pas tout de suite. Mais aborder cette lecture, sans crainte de rester prisonnier de la "forêt obscure".

Et les questions posées par ces mêmes jeunes lecteurs au cours de l'émission signalée plus haut montrent qu'il ne se trompe pas.

               Un album hors du commun.

 

 

La DIVINA COMMEDIA - Il primo passo nella selva oscura

de Daniele ARISTARCO, illustré par Marco SOMÀ

Einaudi Ragazzi 

à partir de 7 ans

Format: 24 x 32,1 cm       48 pages      16 €

 

 

 

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Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #CLASSIQUES

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Publié le 18 Mai 2021

           Quel âge ont-ils donc, ces "piccoli" et ces "piccole"? Nous en reparlerons à l'occasion de chacun des livres encore à présenter.

            Aujourd'hui, je voudrais simplement partager avec vous un témoignage étonnant trouvé au cours des lectures "dantesques", nombreuses, mises à disposition de ses lecteurs par la revue ANDERSEN (voir la rubrique PAGES, dans la colonne de droite, si vous ne connaissez pas...), et par Lorenzo COVERI qui signe un article dans le numéro de mai - 382- . L'article est en avant-première sur le site de la revue, et bénéficie de toute sorte de liens, en particulier sur l'Académie Treccani déjà citée précédemment.  Je vous le recommande vraiment, on peut le lire par chapitres, et on y fait plein de découvertes.

             Comme l'histoire, justement, que nous raconte Carmela CAMODECA. Ce n'est pas un texte de circonstance,  il a été écrit en 2016. Et Madame CAMODECA précise d'emblée qu'elle ne veut pas faire de cet épisode un cas emblématique, simplement elle témoigne. Sa petite-fille de trois ans et trois mois a été confiée à ses grands-parents pour un mois. Le premier soir elle n'arrive pas à s'endormir et pleure à chaudes larmes, nostalgie de la séparation d'avec ses parents sans doute. La nonna  Carmela essaie, pour la consoler, tout son répertoire de berceuses, historiettes, câlins, sans aucun succès. De guerre lasse, sans trop savoir pourquoi, elle commence à réciter à la fillette, à voix basse, le fameux premier chant de l'Enfer de la Divine Comédie, "jusqu'au vers 90"... Et, stupeur, la fillette arrête de pleurer et écoute dans la pénombre. Et quand la grand-mère s'arrête, elle dit, d'une petite voix: " Tu me racontes celle d'avant?". Bis de la nonna, qui, cette fois-ci, malgré la pénombre, y met un peu plus de conviction et de mimiques.

               Pendant une dizaine de soirs de suite, la fillette réclame "Nel mezzo del cammin". Et elle commence à demander le sens de certains mots du poème, "selva", "pelago", en redemandant plusieurs fois, comme un jeu. Puis voilà que, à force de répéter, nonna Carmela se trompe, elle remplace un mot par un synonyme. Intervention de la petite: "Tu as dit....", et la grand-mère doit restituer le mot exact.

              À l'étape suivante, elle a l'idée de faire écouter à sa petite-fille ce même chant dit par Roberto Benigni, et elle laisse l'enregistrement filer jusqu'à la fin. Les fois suivantes, quand elle approche du vers 90 où elle s'arrête d'habitude, petite voix:" Et tu ne t'arrêtes pas, hein, tu continues!"...

              Nouvelle surprise quand elle entend sa petite-fille, pendant qu'elle joue, ou pendant la toilette du soir, se réciter à mi-voix des morceaux du poème, avec des inexactitudes, certes, mais toujours le bon rythme et la bonne rime.

              Madame CAMODECA, qui s'est par ailleurs spécialisée dans l’enseignement de l'italien langue étrangère à l'université de Sienne, cherche dans les caractéristiques stylistiques du Chant I ce qui a pu frapper ainsi l'attention de cette petite enfant, et c'est un chapitre très intéressant que je vous laisse découvrir (avec mes habituelles excuses auprès des lectrices et lecteurs qui ne lisent pas l’italien...).

              Sa conclusion, nous y reviendrons dans les prochaines recensions: " Ayons confiance dans la langue de Dante, laissons sa poésie parler directement. Les petits enfants n'ont pas peur des mots qu'ils ne connaissent pas, ils sont intrigués, amusés; ou bien, comme dans le cas que j'ai rapporté ici, ils perçoivent inconsciemment sa limpidité, sa force émotive, et même -mais je m'avance...- sa valeur esthétique."

 

 

 

 

 

 

 

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Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #CLASSIQUES, #A VOIX HAUTE

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Publié le 15 Mai 2021

Pourquoi commencer par un livre de sciences?  Parce que, dans Lectures Italiennes, vous avez déjà rencontré l'auteur, Luca NOVELLI, et avez pu apprécier ses talents de vulgarisateur, tant quand il fit puis raconta son voyage sur les traces de Darwin que lorsqu'il présentait Marie Curie ou Konrad Lorentz dans sa collection LAMPI DI GENIO.

Nous y voilà, les éclairs de génie! Comment contester, pour Dante, le génie? Et les éclairs de génie présents dans toute son œuvre? NOVELLI ne pouvait pas laisser passer cette commémoration sans y apporter sa pierre scientifique. Et de  nous présenter Dante et les sciences infernales selon le schéma éprouvé,  depuis vingt ans cette année, de sa collection chez la triestine Editoriale Scienza. En 113 pages et 18 (courts) chapitres ( vous pouvez feuilleter le livre sur le site en lien plus haut), les lectrices et les lecteurs - à partir de 8 ans, et sans limite d'âge supérieure - vont faire connaissance avec la Florence, l'Italie, et l'Europe de la fin du XIIIe et du début du XIVe siècle, où Dante naît, vit, étudie, écrit, aime, s'engage, écrit, est banni, écrit et meurt, déjà célèbre, et toujours exilé, il y a 700 ans.

 

Le schéma est toujours un peu le même, les lectrices et les lecteurs s'y retrouvent bien: d'abord, une double page d'introduction:

"...toutes les choses ont un ordre entre elles"

"Méprisant, mégalo, génial. Un nez encombrant.  Dante est connu dans le monde entier comme l'auteur de la Divine Comédie, voyage extraordinaire qui lui fait visiter l'Enfer, escalader la montagne du Purgatoire et monter au Paradis. Le plus grand des poètes par définition, il est le père de la langue des italiens. Il a été ambassadeur, persécuté politique, condamné au bûcher et inscrit à la Corporation des Médecins et Pharmaciens. Dans sa Divine Comédie, un vrai éclair de génie, Dante n'est pas que poète, il vulgarise aussi les connaissances de son temps, qui, déjà à l'époque, semblaient étranges, voire infernales... "

                                                                                     Puis DANTE prend la parole pour  annoncer le contenu du livre - petits dessins à l'appui, dès le début. Suit une grande carte "Le monde de Dante il y a 700 ans". Poétique plus que géographique. Chaque chapitre est introduit par une page d'informations historiques, ou sur la société florentine, illustrées de dessins non humoristiques ou de reproduction d'images d'époque.

          Le récit de DANTE, à la première personne, couvre tout le temps de sa vie, en s'arrêtant sur son enfance et son adolescence.  Les petits dessins qui font le style de NOVELLI - traits essentiels qui donnent le mouvement, humour dans le dessin même - s'intercalent entre les morceaux de texte, rendant la lecture plus aisée pour les plus jeunes.  Ainsi les vicissitudes historiques traversées par Florence et ses habitants, les fameuses luttes entre Guelfes et Gibelins, entre la Papauté et l'Empire, les guerres comme les détails de la vie quotidienne deviennent accessibles, car racontés par le protagoniste.

        Pas de simplification abusive. Les moments décisifs sont bien soulignés, les personnages importants bien présentés et nommés, tant pour l'aspect de sa vie familiale, de sa vie intellectuelle, de son engagement politique que de sa longue errance d'exilé. La lectrice, le lecteur comprennent comment l'écriture de la Divine Comédie ( et de quelques-uns de ses autres textes ) s'insèrent dans le tissu de sa vie.

          L'aspect scientifique de DANTE se dégage au fur et à mesure de la lecture. Je laisse la parole à Luca NOVELLI dans sa présentation du livre:  "... (pour Dante) il est bien clair que la terre est ronde et que, aux antipodes, on ne tombe pas dans le vide la tête en bas. Il sait très bien que le Soleil se lève d'abord à Jérusalem et puis - une heure plus tard - à Florence. Il met avec justesse la Lune, Mars et Vénus dans les ciels entre nous et le Soleil. Pour lui, la  lumière est de nature divine, mais il connaît et "vulgarise" les lois de la réflexion et de la réfraction. Il n'y a pas de frontières entre science et philosophie. Pour Dante, tout est "savoir", tout est "connaissance". Une belle leçon pour certains hommes de lettres de notre temps qui se vantent de ne rien comprendre à la science..."

              Les ressources de ce Lampo di genio ne s'arrêtent pas là. Vous trouverez encore un DIZIONARIETTO INFERNALE qui, en 56 termes, de Alchimie à Virgile, et toujours illustré, définit les termes scientifiques, les noms propres, les termes historiques qui sont employés dans le cours du récit. Ce peut être autant Lumière que Gustave Doré, ou Moyen-Âge, Anges ou Démonologie, ou  Baptistère de Florence.

                Sans oublier une drôlatique, mais pertinente, Interview à Messire Dante Alighieri (clin d’œil, peut-être à la célèbre interview  impossible d'Umberto Eco à Beatrice Portinari?)

                 Pour terminer sur une présentation de l'auteur, et des autres volumes de Lampi di Genio, et même des pages libres pour ses propres notes, "Appunti".

              Que pouvaient être les "mots de la fin" sinon ceux que DANTE met dans la bouche d'Ulysse, rencontré au chant XXVI de l'Enfer, l'un des plus connus. Pour convaincre ses compagnons d'aventure de passer le détroit de Gibraltar et partir à la découverte du monde inconnu, Ulysse leur lance :" Vous ne fûtes pas faits pour vivre comme des bêtes, mais pour suivre vertu et connaissance".

             Là encore, NOVELLI ajoute sa touche, en donnant une dernière fois la parole aux deux diables qui n'ont pas lâché Dante d'une semelle dès le début du livre ( sont-ce Malacoda et Scarmiglione, ou Alichino et Calcabrina, ou bien Farfarello et Rubicante, quelques-uns des démons rencontrés par Dante et Virgile dans le 8e cercle, 5e bolge ?) :

- Il parle pour nous? - Il parle pour toi!

Dante e le infernali scienze.

Auteur et illustrateur: Luca NOVELLI   chez  Editoriale scienza

Format: 13 x 19,8 cm        128 pages       9,90 €

Disponible en version eBook          Date de publication: janvier 2021

ISBN: 9788893930956

UN GRAND MERCI À EDITORIALE SCIENZA POUR LES IMAGES D'ILLUSTRATION.

POUR APPROFONDIR, EN ITALIEN:

  • Une interview  écrite de Luca Novelli sur son Dante, et aussi sur la vulgarisation.
  • Une conversation avec Luca Novelli, sur son œuvre, dont ce Dante, où apparaît toute sa passion pour la vulgarisation.

 

 

 

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Rédigé par Lecturesitaliennes

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Publié le 1 Mai 2021

                Permettez-moi de commencer par trois anecdotes :

  • D'abord, une rencontre: des amis-voyageurs, au tout début de 2020, trouvent ceci au détour d'une allée, dans un parc de la ville de Buenos Aires: le monument date de 1921. On peut lire sur le bas du buste la citation: "Liberta (sic) va cercando" ("Il est à la recherche de la liberté"), citation du  très célèbre vers 71 du premier chant du PURGATOIRE.
Merci à D. et N. Q.

 

  • Ensuite, un repas de noces. Nous sommes dans un bourg de l'Est de la France, qui abrite une forte communauté du Nord-Est de l'Italie. Le marié est italien, la mariée française. La tablée, à majorité italienne. On y entend surtout le dialecte italien, et celui de l'endroit où se passe cette histoire. En attendant l'arrivée de la pièce montée, un convive lance : - " Barba (tonton), ci reciti qualcosa di Dante ( Dà-nté) ? ( tu nous dis quelque chose de Dante?"). À l'autre bout de la table, un grand vieillard relève la tête et : "- Dante ? Alighieri ?" - "Sì, sì!".  Il se lève solennellement, balaie la salle du regard, et commence à dire... un chant célèbre de la Divine Comédie, tranquille et concentré. Il a fait sien ce texte, et les convives avec lui.
  • Et enfin un souvenir d'enfance raconté par un des grands "lecteurs" de la Divine Comédie, dont vous allez faire connaissance, si ce n'est déjà fait : Vittorio SERMONTI. Il raconte cet épisode dans l'introduction à sa lecture de l'Enfer. On est en 1940, c'est le premier été de guerre, il a 11 ans. Son père ("un avocat d'origines très modestes") fait étudier l'Enfer de Dante à ses deux frères jumeaux, de quatre ans plus âgés, pour préparer une hypothétique rentrée. N'ayant rien de mieux à faire,  "le gamin"  suit ces leçons. Et même si (ou parce que...) il ne comprend pas un traître mot de ce texte, qui sera suivi, les étés suivants, par le Purgatoire et le Paradis, ( "... et la faim..." ),  l'enfant est fasciné par ce qu'il entend.
Portrait par Botticelli. Reproduction inversée

 

  Il est évident que, en cette année 2021, les étagères des librairies et des bibliothèques publiques (et privées) italiennes débordent de textes du poète, de commentaires, d'essais - e chi più ne ha più ne metta -  Ces pages n'entendent pas vous guider dans cette "forêt obscure", ce n'est pas leur vocation. Mais plutôt partager avec vous quelques "passeurs" qui m'ont aidée à entrer dans le grand poème. Ce sont, surtout, des voix, et nous reviendrons sur ce point, fondamental pour la Divina Commedia.

 

            Premier entre tous, donc, Vittorio SERMONTI ( Rome, 1929-2016). Pour des raisons techniques, liées à ma plate-forme d'hébergement, je ne peux pas vous mettre un lien direct, mais  un site lui est consacré: www.vittoriosermonti.it . Homme d'une culture et d'une énergie peu communes (il ne s'est pas consacré uniquement à la Divine Comédie...), de 1987 à 1992, il enregistre pour la radio RAI3 l'ensemble des cent chants de la Comédie, qu'il explicite d'abord avant de les lire. Son objectif est "simple":  "permettre à n'importe quel italien doté d'une culture moyenne, d'intelligence et d'un peu de passion de parcourir le plus grand livre jamais écrit en italien sans interrompre continuellement cette aventure pour s'approvisionner en informations, explications et variantes dans les notes de bas de page".

Et, en effet, avec sa lecture de l'Enfer, il tient en haleine un public nombreux et  très varié

pendant trente-quatre soirs de suite. Puis ce sera le Purgatoire en 1990 et le Paradis en 1993. Ces lectures, il les fera aussi en public, aux quatre coins de l'Italie et du monde, jusqu'en 2007. Et elles seront plusieurs fois publiées,  et toujours disponibles, en livres. Il est précieux d'avoir des textes de référence, pour un poème de la dimension de la Commedia.  Sermonti a une grande culture, ses explications sont fouillées, mais restent toujours accessibles, voir plus haut.

On peut les trouver maintenant en livres audio: un coffret, 700 ans obligent, ou trois volumes , chez l’éditeur d'audiolivres EMONS : La Commedia di Dante, raccontata e letta da Vittorio Sermonti. Il est aussi présent sur Youtube. Sa diction très claire, expressive - sans cette théâtralité qui rendait  insupportable la lecture de Vittorio Gassman - marque la mémoire.

Merci à Madame Ripa di Meana Sermonti pour cette photo.

 

          L'autre lecteur incontournable de La Divina Commedia, vous le savez, c'est Roberto BENIGNI. Un accès au texte tout autre . On est entre toscans, Benigni tutoie Dante, il lui écrit une lettre, il publie un livre "Il mio Dante"...D'une part, l'acteur est l'héritier de toute une tradition toscane ancienne de joutes oratoires en vers. Les biographes du poète (Boccace entre autres) racontent comment, dès que la première Cantica fut rendue publique (on ne peut pas encore dire "publiée"), elle fut lue et mémorisée par de simples florentins.  Vous pouvez approfondir cet aspect en consultant un des articles (merci à la revue ANDERSEN d'avoir mis à la disposition de tous ce trésor d'informations) consacrés à Dante par la fondation Treccani (celle de l'Encyclopédie héponyme).

             Benigni s'est approprié un nombre impressionnant de chants de la Commedia, qu'il récite, "a memoria" (vous l'avez vu et entendu au Quirinal ce 25 mars - cf article précédent). On peut cependant contester le titre donné à ses grandes représentations, celles de Florence, devant la basilique de Santa Croce  et la statue du poète, en 2006 et 2012,  reprises ensuite un peu partout dans le monde: TUTTO DANTE. Ce n'est pas 'tutto", c'est tout l'Enfer, le dernier chant du Purgatoire et le dernier du Paradis. Il y a toutes les autres œuvres du poète. On peut faire la fine bouche devant sa façon de jouer le "bouffon" pendant ses représentations. Cependant, le bouffon est un personnage médiéval - Dario Fo nous l'avait rappelé - et Benigni crée, au delà de sa prestation personnelle, une attention au texte de Dante qui donne envie d'y retourner voir, dans les livres. Il sait aussi, d'ailleurs, avoir des moments graves, sinon recueillis. Par exemple ce chant un de l'Enfer, à Florence, ici sous-titré de la traduction de Jacqueline Risset; c'était il y a ... une quinzaine d'années. On trouve facilement en librairie les coffrets (5 coffrets de 3 DVD chacun) du TUTTO DANTE. Pour ne pas parler des ressources de youtube....

        

                 Également, en bilingue, les enregistrements des "Lecturae Dantis" de la Vita Nova  par l'acteur Cristiano Nocera déjà signalées précédemment : elles sont au nombre de six maintenant.

 

Une des illustrations de BOTTICELLI pour le Paradis

 

  Oh gioia! oh ineffabile allegrezza!                                       O joie! ô ineffable allégresse !

  oh vita intègra d’amore e di pace!                                        ô vie entière d'amour et de paix!                 

 oh sanza brama sicura ricchezza!                                          ô richesse assurée sans convoitise!

 (Paradiso XXVII, 7-9).                                                          (Traduction de Jacqueline RISSET)

 

                    Dante pourrait être la lecture d’une vie, mais chacune, chacun peut y trouver des moments rares, même sans "tout" lire. En ne négligeant pas le Purgatoire, ni le Paradis. Et si l'entreprise vous effraie, commencez par les albums à destination des plus jeunes, certains sont des chefs-d’œuvre.

                   À suivre.................

 

 

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Rédigé par Lecturesitaliennes

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Publié le 8 Avril 2021

                        C'est sans doute l'une des images de Dante et sa Divine Comédie les plus célèbres, les plus reproduites, peinte en 1465, 144 ans après la mort du poète, par un certain Domenico di Michelino, sur un mur de la nef du Duomo de Florence, Santa Maria del Fiore. 

                        Qu'en est-il du poète florentin et de son œuvre, en cette année 2021 où se commémore, dans le monde entier,  le sept centième anniversaire de sa mort ? Peut-être "les grands", les adultes qui vont accompagner les plus jeunes dans la découverte des initiatives éditoriales (certaines déjà anciennes et toujours de valeur) qui leur sont destinées voudront-ils d'abord rafraîchir leurs souvenirs scolaires ou universitaires, ou aborder pour la première fois ce Classique des classiques. Vous vous rappelez Calvino:" On appelle classiques les livres qui constituent une richesse pour qui les a lus et aimés; mais qui constituent une richesse tout aussi grande pour qui se réserve la chance de les lire pour la première fois dans les meilleures conditions pour les déguster".

                          Lectures Italiennes voudrait donc, aujourd'hui, vous donner - ou redonner- quelques pistes pour ce faire. C'est le 8 avril 1300, Vendredi Saint de l'année du premier Jubilé, en effet, que Dante raconte avoir entamé son voyage de trois jours dans les trois règnes de l'au-delà. Il le raconte, vous le savez,  dans les trois Cantiche (Cà-ntiké) de son œuvre majeure, mais pas unique, LA DIVINA COMMEDIA.

Dante lecteur, détail des fresques de Luca Signorelli dans le dôme d'Orvieto.Reproduction inversée

                 

                  Certes, nous aurions pu commencer le 25 mars, le DANTEDÌ. 

- Dantedì ? - Oui, comme il y a le "giovedì", jour de Jupiter (ou "jeudi"), il y a et y aura, depuis 2020, le  DANTEDÌ, jour de Dante, qui verra, une fois par an, par décision du gouvernement italien,  célébré le poète dans le monde entier. Cette date du 25 mars, jour de l'Annunciazione, était, à Florence, au XIII siècle, le premier jour de l'année. Nous ne nous prononçons pas sur son rapport avec l’œuvre de Dante. En cette année du septième centenaire de sa mort, il y a eu une célébration officielle au Palais du Quirinal, qu'un certain nombre d'entre vous ont probablement suivie en direct sur RAI 1.

Grâce à youtube, le document reste à notre disposition.  Il contient, outre la présentation officielle du poète et du septième centenaire de sa mort, un film documentaire d'un peu plus de 8 minutes,  bien fait, projeté dans la "Salle des Cuirassiers" du palais du Quirinal, devant le Président de la République Sergio MATTARELLA et ses invités. Un groupe de musiciens exécute deux chansons de l'époque de Dante, avec instruments anciens, très beau moment, à 1 mn du début, puis à 19:16 (pour qui ne voudrait pas suivre tous les discours...). Et enfin, à 21:28, arrive Roberto BENIGNI, à la fois joyeux comme il sait l'être, et ému, qui va, à son habitude,  expliciter, puis dire le 25ième chant du Paradis. 

L'ensemble dure 47 minutes.

 

 

 

          Que conseiller comme lectures en français?

         

Il y a le travail de la poétesse Jacqueline RISSET, décédée en 2014, qui, dans son DANTE, UNE VIE, trace un panorama passionné, très documenté, mais cependant accessible, de la vie et de l’œuvre du poète, édité chez FLAMMARION en 1995.

 

 

On lui doit également une traduction intégrale de la DIVINE COMÉDIE, toujours chez Flammarion, qui vient de faire une réédition, et, comme de plus en plus souvent, vous pouvez feuilleter le début de l'ouvrage sur le site.

 

 

 

ACTES SUD, quand à eux, ont publié le mois dernier en un seul volume la traduction nouvelle de Danièle ROBERT, travail qui a duré de 2016 à 2021. Il existe aussi une version bilingue, et une version en trois livres, un pour chaque Cantica. Vous trouverez sur la page du catalogue en lien des vidéos d'interviews de la traductrice, et sur le Net, beaucoup de documents sur elle et son travail. Et, surtout, vous pourrez lire des passages des différents livres, et en particulier, l'introduction à l'Enfer où l'auteure explicite ses choix méthodologiques, mais aussi Le Purgatoire  et  Le Paradis.

 

 

FLAMMARION, encore, vient de publier une traduction de l'ouvrage de l'historien médiéviste italien Alessandro BARBERO : DANTE . La vraie vie de Dante. On en parle beaucoup, en Italie comme en France; on peut suivre diverses interviews de lui sur le Net. Sur la page du catalogue en lien, vous pourrez lire l'introduction de Barbero à son livre, et en feuilleter les premières pages, cela semble intéressant.

POST SCRIPTUM: le 10 avril, à la Maison de la Poésie-Scène littéraire, à Paris, a eu lieu, dans le cadre du festival ITALISSIMO, une conversation entre Fabio Gambaro et Alessandro BARBERO, autour de son livre sur "la vraie vie de Dante".  Elle dure un peu plus d'une heure et est très éclairante sur l'approche de Dante qu'a Alessandro Barbero. En français, naturellement.

 

Enfin, je vous signale un site qui me semble bien fait: LA DIVINE COMÉDIE, par un journaliste visiblement passionné par son sujet, Marc MENTRÉ.

 

Et pour écouter?

           Les ressources sont nombreuses. Voulez-vous savoir, en quatre minutes et en français,  "pourquoi il faut lire la Divine Comédie de Dante" ? Carlo OSSOLA, entre autre professeur au Collège de France, vous l'expose dans une petite vidéo de France Culture.

            Ce n'est qu'un des nombreux documents que met à notre disposition France Culture sur le thème de LA DIVINE COMÉDIE : selon vos intérêts et le temps dont vous disposez, vous aurez l'embarras du choix.

             Il y a aussi d'autres œuvres du poète florentin. Par exemple LA VITA NOVA. Vous pouvez en découvrir une lecture en quatre épisodes (pour le moment) grâce à l'Istituto Italiano di Cultura de Strasbourg, et à Cristiano NOCERA, qui a également donné de belles lectures de la Divine Comédie, qui ne sont, que je sache, pas (pas encore?) en ligne.

 

Dans un prochain post, vous aurez quelques pistes en italien, avant d'aborder les livres et albums qui permettent aux enfants et aux jeunes de se familiariser avec LE poète.

DANTE par GIOTTO, dans un fragment de fresque au Bargello de Florence. Reproduction inversée.

 

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Publié le 24 Mars 2021

             Cette Lecture Italienne sera un peu différente des précédentes: la présentation des livres passera par

des documents vidéos, et nous les découvrirons en partant de visites  au petit, mais si riche, MUSEO MARINO MARINI de Florence. Un musée où, même en dehors des temps de pandémie, vous ne risquez pas de devoir jouer des coudes pour admirer les œuvres exposées.  Un musée de sculptures et peintures  de la première moitié du XX siècle, toutes œuvres de l'artiste toscan né en 1901 et mort en 1980.

              Ce programme est orchestré par Teresa PORCELLA et l’association SCIOGLILIBRO ("chollilibro"...) dont nous reparlerons un peu plus tard.

               Chaque prom'nade commence dans le musée, avec divers guides adaptés aux petits comme aux grands visiteurs, suivant un thème qui sera illustré par des lectures, de la musique "dal vivo", des danses, puis des ateliers d'activités, manuelles ou numériques; quelques visites aussi dans le cœur de la ville, pour y découvrir en particulier des images d'Art Urbain ou d'autres surprises. Le tout joyeusement mis en rythme et en musique, avec des pauses-commentaires en "fumetto" ou bulles de BD particulièrement réussies.  Et les graines d'artiste sont invitées, dans le sillage des ateliers, à envoyer leurs productions sur le site de l'association.

Le tout sur une durée d'entre 35 minutes  et une heure chaque fois. Il n'est pas nécessaire, je crois, de regarder chaque vidéo de A à Z (il y en aura 7 en tout...), on peut explorer et approfondir, dans un premier temps, ce qui nous met le plus en appétit... Lectures Italiennes se sent un peu confuse de réserver ces trésors aux seuls italophones... On rêve d'une machine- interpréte, en un clic ... Vous qui ne maîtrisez pas (pas encore) l’italien, vous aurez quand même beaucoup de belles choses où promener vos yeux, et vos oreilles aussi...

Vous êtes prêtes? Prêts?

Premier épisodeMoi, je vais au Musée Marino Marini, pour y découvrir le musée, bien sûr, ses statues et un trésor caché, la Cappella Ruccellai et son Tempietto de la Renaissance. Vous irez aussi retrouver l'incomparable façade de Santa Maria Novella, le "bel San Giovanni" de Dante (le Baptistère et sa Porta del Paradiso), et puis une petite bibliothèque historique à l’intérieur du Palazzo Strozzi ... Le livre présenté s'intitule LA MOSTRA IN MOSTRA (L'expo s'expose), viaggio dietro le quinte di una galleria d'arte contemporanea, (voyage dans les coulisses d'une galerie d'art contemporain), publié par CARTHUSIA en 2010, à partir de 9 ans.

 

Épisode 2: Danser avec l'art et avec Clet.  On y suit des ateliers qui ont eu lieu dans l'espace superbe de la

 

crypte du Museo Marino Marini, et l'élaboration d'un spectacle musical, avec jongleur et acrobate, à partir du livre : Danzando con l'arte, publié en 2019 par LIBRARTE, pour une lecture à partir de 7 ans. Démarche intéressante, chansons et musiques qui emportent.

On y découvre aussi comment l'artiste de rue Clet détourne les panneaux de signalisation routière dans les petites rues du cœur de la ville. Et comment en réaliser soi-même.

 

 

 

 

Épisode 3: Chevaux et cavaliers: l'imagination galope en compagnie de Gek Tessaro . Où l'on croise Don Quichotte et sa Rossinante, avec d'excellentes lectures de Mario Pietramala. De quoi retourner vite à ses classiques. Le thème du cheval est fondamental chez Marino Marini, voir le petit livre MATTO COME UN CAVALLO qui parle de son travail.

 

Mais "matto", fou, se réfère aussi à...Don Quichotte, bien sûr. Et dans le monde des livres dits "de jeunesse", qui d'autre a cette relation intime avec le cheval et sa folie, sinon Gek TESSARO ? On lui doit, entre autres, Il Cuore di Chisciotte, "voyage visionnaire et poétique à travers l'oeuvre de Cervantes", pour CARTHUSIA en 2011. Le livre inclut le DVD du spectacle éponyme. L’exemple même de livre "pour tous les âges"  Et le même Tessaro répond ici à une interview où il explique à la fois sa technique de dessin des deux mains, et son amour des chevaux.  . Bien sûr, la prom'nade se termine à la recherche de statues équestres florentines, qui ne manquent pas.

 

 

 

Épisode 4: Marino Marini étrusque: les Pomones.  Dans chaque épisode, on peut lire des citations de Marino Marini. Celles-ci ont trait à sa relation avec les Étrusques: il se dit "étrusque" lui-même, et a sculpté  plusieurs statues de Pomona, la nymphe des jardins. Mario PIETRAMALA  nous fait une lecture du récit d'OVIDE, dans les Métamorphoses, où Pomone résiste à la cour empressée du dieu des jardins Vertumne, jusqu'à ce qu'il trouve une ruse. Épisode maintes fois illustré en peinture, dont la vidéo nous montre différentes reproductions. Et pour que les jeunes visiteurs ne soient pas en reste, Gaia NANNI  leur lit la version contemporaine écrite par Giovanni NUCCI dans Flora e Zefiro e altre storie, un classique de 1999 chez Mondadori, avec des illustrations faites pour l'occasion par Martina D'ARPINO. Et les ateliers y mettent du leur. On y apprend, entre autre, à "transporter", grâce à un logiciel, les Pomones de notre choix dans des paysages florentins (ou autres...).

 

Et, en prime et en avant-première, pour vous, la couverture de l'épisode 5 qui sera mis en ligne ce samedi 27, avant les deux derniers les samedis suivants : Un mistero al museo.....

 

          Si l'on peut reprocher à ces vidéos quelques peccadilles techniques (prise de vue tremblée, prise de son pas toujours nette), mais vraiment peu, on ne peut qu'admirer le travail réalisé par les associés de SCIOGLILIBRO. En jouant avec l'expression "scioglilingua", ces jeux du type "les chaussettes de l’archiduchesse...", ou "sopra la panca la capra campa..." destinés à "délier la langue", Scioglilibro organise, à Florence (et à Cagliari), toute sorte d'activités autour de la lecture,  avec toute sorte de partenaires, pour "délier le livre" et "attacher le lecteur". Sous la houlette enjouée, je l'ai déjà dit, de Teresa PORCELLA. 

           Voilà matière à affronter les couvre-feu ou confinement

encore devant nous! 

                                       Et les saisons qui suivront...

              

P.S. Pour des raisons techniques, qui me semblent mystérieuses (http// contre https//), je n'ai pu vous mettre le lien habituel où il suffit de cliquer, tant pour le site de Scioglilibro que pour celui de Gek Tessaro. Mais vous pouvez les copier-coller dans votre page de recherche depuis ici.

Pour Scioglilibro, savoir qui ils/elles sont, leurs buts, leurs programmes, leurs réalisations:                              http://www.scioglilibro.it/

Pour Gek Tessaro, un site qui est une mine de découvertes:  

  http://www.gektessaro.it/

 

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Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #TEMPS PRESENT

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Publié le 17 Mars 2021

             

 

            "Dentelles des Reflets de Venise" n'est pas un "livre de jeunesse"?  Il n'y a pas d'âge pour lire les poèmes.

          Ces poèmes ne sont pas en italien? Quoi de plus italien que Venise? Et pour une fois, ceux qui ne maîtrisent pas la langue de Goldoni ne seront pas pénalisés.

           N'a-t-on pas déjà beaucoup écrit sur Venise? C'est une réalité inépuisable, tant pour les textes que pour les images. L'auteure, Chantal ROBILLARD, aime et connaît la ville et l'a photographiée hors des sentiers battus.

           Elle aime aussi la poésie, et pour aiguillonner son inspiration, elle travaille en suivant les contraintes formelles de l'OULIPO (Ouvroir de Littérature Potentielle) . Une façon de ne pas tomber dans la banalité, de redonner de la vigueur aux images qui viennent spontanément à l'esprit. Une (un?) journaliste du quotidien  Dernières Nouvelles d'Alsace a parfaitement présenté ce riche petit recueil, aussi je lui laisse la parole, ICI.

             Jusqu'à ce que nous retrouvions tous et toutes notre liberté de voyager, vous avez largement le temps de préparer un itinéraire vénitien rien qu'à vous et aux petites et petits voyageurs qui vous accompagneront.  Les Dentelles vous y aideront.

 

 

 

 

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Rédigé par Lecturesitaliennes

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