Publié le 24 Janvier 2022

Nouvelle année, nouvel atlas! Le troisième de la collection offerte par l'éditeur GIRALANGOLO, celui du petit bonhomme qui court voir ce qu'il y a derrière le coin de la rue. Même éditeur, même auteur, même illustrateur.

Vous n'avez sûrement pas oublié le tout premier, le brun : celui des aventures en compagnie d'Emilio SALGÀRI.

Puis, l'année suivante, son jumeau, le bleu: une plongée dans les lieux des grands classiques.

 

 

Celui de cette année endosse un beau rouge dynamique. Toujours le même soin dans la réalisation, le dos toilé et son titre gravé en blanc, la couverture cartonnée de grande robustesse qui supporte les recherches un peu frénétiques... Le même graphisme, évidemment, pour la couverture, avec comme un rappel de celles de l'éditeur  HETZEL qui commença, vous le savez, son activité en 1837, et fut le principal éditeur de Jules Verne : ses éditions originales sont toujours recherchées.  La référence à Hetzel est d'autant plus pertinente que ce nouvel atlas est dédié, vous l'avez remarqué au premier coup d’œil, rien moins qu'à Jules VERNE et ses "Voyages extraordinaires". Le titre s'étire, prometteur en cascade:

"Atlas des VOYAGES  EXTRAORDINAIRES et des moyens de transport insolites pour les réaliser (sans compter les villes bizarres et les engins des plus curieux) - Avec des extraits des œuvres de JULES VERNE, Chevalier de la Légion d'Honneur."   

Remarquons au passage que Verne avait été promu "Officier" de la Légion d'Honneur. En faire un "Chevalier" permet une plus grande symétrie avec son "collègue" et "voisin d'atlas", Salgari.

 

 

          Le choix de Verne de la part de Roveda n'est pas étonnant, quand on a constaté, autour de Salgari,  à quel point il se passionne pour le roman d'aventures et de voyages. Malgré les différences notables entre les deux hommes, à commencer par leurs âges et leurs modes de vie - "voyages d'encre" de Salgari,, voyages réels de Verne -  ils ont entraîné l'un et l'autre, dès la parution de leur premier roman, et jusqu'à aujourd'hui, quantité de lectrices et de lecteurs sur les routes terrestres et maritimes du globe, dans leur langue originale, puis par des traductions dans le monde entier. L'univers de Verne étant par ailleurs encore plus vaste que celui de Salgari, puisqu'il nous entraîne aussi bien au centre de la Terre qu'au fond des océans, ou dans l'espace.

          Trois pages d'introduction, ici aussi, pour donner toutes ses dimensions à l’œuvre présentée, pour faire mesurer, même sommairement, l'ampleur à la fois de l'imagination de Verne, mais aussi de sa culture scientifique: " Immaginazione e fantasia vanno a braccetto con geografia e scienza; il ricorso di Verne al fantastico, immaginare cose mai viste e fino ad allora impossibili, è, infatti, sempre nutrito da una curiosità ben informata dell'autore sulle novità tecnico-scientifiche e le acquisizioni geografico-astronomiche del proprio tempo" - "L'inventivité et l'imagination vont la main dans la main avec la géographie et la science; le recours de Verne au fantastique, imaginer des choses jamais vues et jusqu'alors impossibles, se nourrit toujours, en effet, de la  curiosité de l'auteur qui s'informe sans cesse sur les nouveautés tecnico-scientifiques et les progrès géographiques et astronomiques de son temps".

 

La ville flottante de "L'île à hélice" 1895.

          Et puis, toujours comme dans les atlas précédents, c'est le départ: "TUTTI A BORDO !", avec le choix de la stratégie: feuilleter et se laisser captiver par les images d'abord, ou /puis choisir une destination, sur le planisphère ou dans le sommaire qui ouvre l'atlas. Pour chaque texte, on a la destination (... Africa... Oceani ...Sistema solare....), le titre de l'extrait - créé pour l’atlas -, et le titre italien du roman dont l'extrait est tiré. Dans le cours du livre, par contre, le titre italien du roman est toujours suivi du titre français et de la date de sa première parution.

          Les illustrations de Marco PACI  (déjà mises en œuvre dans l'article consacré au monde sous-marin de Vingt Mille Lieux sous les mers, dans le deuxième atlas ) s'adaptent fort bien à la grande diversité des pays et des modes de transports mis en scène par VERNE dans ses romans.                                                                                                       

 

 

 

              ...Tant la simplicité de la roulotte de la famille Cascabel - mais le décor qu'elle traverse est menaçant, par la dimension des sapins et plus encore des montagnes qui l'entourent - (César Cascabel, 1890)...

 

 

 

 

 

 

... que la complexité mystérieuse du fond de l'océan où évolue le sous-marin du Capitaine Nemo  (Vingt Mille Lieux sous les mers, 1871)...

 

 

 

                 

...Tant les espaces glacés du Grand Nord, traversés au galop par les attelages de traîneaux , qui traversent également la double-page consacrée au Pays des fourrures (1873), avec les subtils effets évoqués par le texte, du soleil, bas sur l'horizon, et de ses reflets sur la neige  (le blanc étant réservé, on s'en doute, au texte et aux croquis dont nous allons préciser le rôle)...

 

                      ...que le monde fantastique de la jungle des Indes, avec sa moiteur et sa lumière végétale, ses ruines fantômes, sous la domination de sa Seigneurie le Tigre, mais traversé, lui aussi, bien que l'évocation en soit lointaine, par un train à vapeur qui emmène et protège les humains du Tour du monde en quatre-vingts jours (1873)... 

                                                                                                                                                                       

Cette somptueuse image s'étalant sur trois pages, le tiers de droite se rabattant sur le tiers central.

 

 

 

 

 

 

On la découvre en dépliant l'extraordinaire et facétieux éléphant Kiouni qui transporte Philéas Fogg et Sir Francis Cromarty dans leurs cacolets, ainsi que les joyeuses cabrioles du valet Passepartout.

 

 

 

 

 

           Vous avez ici, grâce aux images que, une fois encore, les éditions Giralangolo nous offrent - un grand merci à Raffaella B.-  une idée de la richesse magnifique du travail de Marco PACI dans ce nouvel ouvrage et du soin des reproductions dans l'album.

 

 

          Une fois encore, le travail d'Anselmo Roveda était très délicat: quels romans choisir parmi les soixante et quelques de la série des Voyages Extraordinaires? Une fois déterminés les romans, quel passage, qui, en une vingtaine de lignes, puisse donner une idée du caractère de chacun d'eux , et l'envie de le lire en entier? Et encore: quelle succession choisir dans leur présentation ?

             La succession semble chronologique (presque toujours). Mais ce n'est pas pure chronologie que de commencer cette invitation au voyage par le superbe texte du début de Cinq semaines en ballon (1863), où, malgré les inévitables données techniques de l'altitude de vol du ballon, la description de la vue aérienne (encore exceptionnelle dans ces années-là,ne l'oublions pas) de l'île de Zanzibar, des couleurs, des sons devenus petit à petit simples vibrations, le tout dans un silence que nous ne connaissons plus, est de la pure poésie... Silence rompu par le cri de joie du jeune serviteur Joe:" Quanto è bello!"  .

                 Une autre caractéristique de la suite des textes est l'effet de surprise, de contraste, lorsque l'on tourne la page: par exemple, après le vaste ciel lumineux  où évolue le ballon à peine cité, voici un trio, encore à pied et à cheval dans un paysage d'herbe et de montagnes, sauvages, où il semble faire froid. Mais... ouvrez cette image, et, comme l'annonce le titre, vous vous retrouvez dans les entrailles de la terre (voir deux images en-dessous). Un peu plus loin, vous passez des mers arctiques à l'espace autour de la lune....

                     Ou encore d'une "leçon de baleine" donnée par le Capitaine Hull, au jeune Dick, en plein océan - Un capitaine de quinze ans ( 1878) ...

...à une description terrifiante d'une ville exclusivement minière et sidérurgique, la Stahlstadt des Cinq cents millions de la Bégum (1879)...

          Il faut vraiment aller y voir, une page après l'autre, pendant soixante-six pages...

 

           Une autre qualité à souligner, que l'on trouvait déjà dans la mise en page des atlas 1 et 2: c'est le rôle des croquis, comme vous pouvez le constater sur la double (triple car l'illustration est dépliée...) page ci-dessus. Ces croquis pourraient avoir été réalisés par les voyageurs, en préparation, ou en journal de leur voyage. Ils illustrent le texte de Verne, pas forcément la lettre de l'extrait choisi, mais son contexte, et la précision scientifique de l'auteur soulignée plus haut. Ici, pour explorer le centre de la terre, une paire de chaussures très robustes, un "déclinomètre" ou "boussole de déclinaison" (comment faisions-nous avant Wikipédia???), et, (pour l'éclairage?), une "pile Bunsen", une "bobine de Ruhmkorff" et un "tube de Geissler" avec ses électrodes et son serpentin interne... Plus, en bas, une "boussole d'inclinaison"... De quoi ravir les jeunes savantes et les jeunes savants ... Là encore, c'est pareil à chacune des seize destinations proposées.

                Enfin, il faut souligner la qualité de la traduction des extraits, réalisée par Roveda pour l'Atlas. Il me semble qu'elle apporte au texte de Verne, parfois un peu "rêche" malgré son enthousiasme, une musicalité qui le rend apte à une lecture à haute voix convaincante.

                 On pourrait imaginer une lecture dans le cadre de cours d'italien langue étrangère, pour adultes avancés, qui en tireraient grand plaisir. Et même à de plus jeunes apprenants? Ce qui est certain, c'est que cet Atlas constitue, pour l'école italienne, un album qui complète à merveille les livres de textes "officiels".

                 Pour compléter l'information des lectrices et lecteurs de tout âge, à la fin du volume on trouve, "a propòsito delle storie", une notice qui donne le résumé de chaque titre. C'est précieux, car si certains titres sont universellement connus - grâce souvent aux films qui en ont été tirés ... Vingt mille lieues sous les mers ...Le tour du monde en quatre-vingts jours, etc... - d'autres le sont beaucoup moins ... Le pays des fourrures... Robur-le-Conquérant...La maison à vapeur...

Et on peut dire qu'il y en a pour tous les goûts. Explorez votre Médiathèque favorite!

 

             Quittons-nous sur la citation retenue pour clore ce voyage en compagnie de Jules VERNE:

"Si possono sfidare le leggi dell'uomo  -  On peut défier les lois humaines

ma non si può resistere alle leggi della natura - mais on ne peut résister aux lois de la nature

Ventimila leghe sotto il mare - Vingt mille lieues sous les mers

 

 

 

ATLANTE DEI VIAGGI STRAORDINARI  DI JULES VERNE

a cura di Anselmo ROVEDA , illustrazioni Marco PACI

EDT - GIRALANGOLO EDITORE  - 4 novembre 2021

66 pages - Relié  - à partir de 7 ans - 19€50

EAN: 9788859279204

 

 

 

 

Pour approfondir (en italien...):

Une présentation par Anselmo ROVEDA, pour la RAI.

 

QUE L'ANNÉE 2022 NOUS SOIT BONNE,

À NOUS TOUTES ET TOUS.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #VOYAGES

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Publié le 21 Décembre 2021

          Les vœux de Lectures Italiennes vous sont apportés, cette année, par la Notte di Natale, la Nuit de Noël, chantée par Giusi Quarenghi et dessinée par Lucio Schiavon dans le recueil "La capra canta".

           C'est un peu une assistante du Père Noël / Babbo Natale, ou une estafette de la Befana, sans qu'elle en ait les moyens traditionnels - ni le traîneau de l'un, ni le balai de l'autre. Elle s'affaire à monter et descendre à toute vitesse les escaliers des immeubles, au risque de se prendre les pieds dans son sac et de faire une mauvaise chute. Métaphore d'une agitation peut-être hors de propos pour cette nuit particulière?

          Mais un enfant veille, il l'invite à entrer chez lui aussi (ou chez elle?), et l'exhorte à se calmer un peu. Et en effet, elle tombe, la nuit de Noël, et se casse à moitié le nez. Par bonheur, l'enfant a un sparadrap pour la soigner, et lui fait quelques còccole ( câlins) pour la réconforter.

          Et il (elle?) lui propose même, pour la prochaine fois, de la véhiculer... à bicyclette!

 

 Faites bon accueil à la Nuit de Noël!

Qu'elle vous soit sereine et joyeuse!

Un merci-de-Noël supplémentaire aux éditions TOPIPITTORI pour l'image.

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Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #A VOIX HAUTE

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Publié le 20 Décembre 2021

          Certaines, certains ont déjà  les cadeaux qu'elles ou ils offriront. Pour celles et ceux "de la dernière minute" - en n'oubliant pas qu'après Noël vient Nouvel An, puis, surtout, LA BEFANA... -, voici deux sélections, très différentes, de livres à offrir à des enfants.

  •  Celle des libraires de jeunesse: dans le cadre de la campagne #ilmiolibropernatale2021, la revue ANDERSEN a recueilli les  conseils de quelque 70 libraires de toute l'Italie, histoire aussi de rappeler combien ce métier est important, qui demande passion, résistance, écoute et inventivité.

          Sur la page  en question du site de la revue, vous trouverez des planches, chacune de 20 photos, de libraires avec leur livre. Il vous suffira de cliquer sur la première photo pour la voir s'afficher en grand format, avec une légende explicitant le choix. Une petite flèche qui apparaît quand la souris se promène sur le bord droit de la photo vous permettra de passer de l'une à l'autre des 20 sans revenir à la planche initiale (je ne l'avais pas vue tout de suite...). Une fois terminée la 1, vous passez à la 2, à la 3, à la 4. Outre le livre conseillé, cette galerie de portraits de libraires dans leur librairie est intéressante par sa variété. Les noms des librairies sont aussi parlants.

  • L'autre initiative vient des éditions TOPIPITTORI.

Elle remonte à la publication, en 2015, d'un texte se présentant de façon originale comme des fiches dans un étui: elles énumèrent  "avec passion et clarté", sous la plume de Giovanna ZOBOLI et Giulia SAGRAMOLA,   20 BUONE RAGIONI PER REGALARE UN LIBRO A UN BAMBINO (20 bonnes raisons d'offrir un livre à un enfant).

 

En souvenir de ce texte que, six ans plus tard, elles ne renient absolument pas, les éditrices, en novembre 2021, conseillent des ouvrages de leur catalogue, en les regroupant par centre d'intérêt, ce qui peut être une bonne aide. Même si vous n'avez pas d'achats à faire, la lecture en est plaisante et instructive.

 

 

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Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #PAS LU - MAIS...

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Publié le 18 Décembre 2021

On ne présente plus Chantal ROBILLARD: reportez-vous à l'article de mars 2021,  pour  son recueil de poèmes "Dentelles des reflets de Venise".

 Voici maintenant son pendant : nouvelles, poèmes et photographies, toujours. Le plus simple est de laisser la parole à la quatrième de couverture:

          " Lorsque la mer est sur le point d'envahir quais et rues, des sirènes retentissent dans tout Venise pour prévenir du danger habitants, pêcheurs, commerçants, touristes.  Mais les sirènes de la lagune, ce sont aussi ces êtres mi-humains mi-poissons qui hantent, dit-on, les eaux turbides de la Sérénissime.

Des brumes de la lagune surgit alors une Venise fantasmée, lacustre, alanguie frileusement sur ses pieux de bois. Quand se répandent l'acqua alta, le mauvais temps, le brouillard, que souffle le méchant vent de la bora, Venise se métamorphose.

Les Dentelles des sirènes de la lagune sont chantées ici par l'auteure sous forme de nouvelles, en contrepoint aux Dentelles des reflets de Venise, ses poèmes sur la vie quotidienne des Vénitiens. La voyageuse se promène en rêvant sur les rives ou les canaux, ancrée (encrée!)  dans l’imaginaire. Le passé de la Sérénissime et ses références littéraires sourdent alors: Cendrillon et le beau marin Corto Maltese croisent sous les embruns le Juif errant, une sirène poursuit Marco Polo en partance pour les mers de Chine. Et les astronautes en route vers de nouvelles planètes, sous d'autres cieux, emportent Venise dans leurs rêves les plus chers...

Ville hybride entre terre et mer, Venise est une merveille fragile, unique dans notre univers, que Chantal Robillard, dentelière des mots, nous réenchante ici avec onirisme."

                   Préférerez-vous suivre la dentelière Cenerèntola/Cendrillon dans sa déambulation fiévreuse , racontée en une prose entrecoupée de "motifs musicaux" poétiques qui donnent couleur et rêve à l'histoire?

Ou bien, comme moi,  vous prendrez-vous de passion pour cet incroyable Pépé Berto, oncle mythique de la narratrice, qui met sa famille bien en peine lorsqu'il disparaît et qui, en fait, est lui aussi un deviseur du monde?

Ce recueil aussi gracieux que son jumeau, se déguste, en ce début d'hiver morose et angoissé, comme une pâtisserie dans un café vénitien  - pourquoi pas Al Todaro tout juste rénové, avec vue sur San Giorgio au-delà des vitres, et pourquoi pas avec un chocolat chaud, una cioccolata calda?

Ne boudez pas votre plaisir.

Chantal ROBILLARD: Dentelles des sirènes de la lagune

éditions Astérion

  • Broché ‏ : ‎ 81 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 1326770853
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-1326770853
  • Dimensions ‏ : ‎ 19 x 0.51 x 19 cm
  • 12 €

 

 

 

 

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Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #LU ET APPRECIE

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Publié le 12 Novembre 2021

          Regards perplexes: " Mais... nous le connaissons déjà, celui-là..." .Certes, rappelez-vous, c'était "in italiano", dans le second épisode de Prom'nons-nous dans Florence. L'auteure présente le livre, et le spectacle qui en est né au Museo Marino Marini, puis "hors les murs". (Détail pratique, beaucoup de ces vidéos You Tube commencent par des pubs que l'on peut sauter en cliquant sur un tout petit rectangle, sur la droite...)

          Pour celles et ceux qui ne pratiquent pas l'italien, ou qui sont réfractaires aux documents vidéo, il était juste de revenir sur cet album. Son appareil iconographique peut suffire à une compréhension et à une utilisation. ... Malgré l'absence des poésies ...  Se mettre à l'italien, avant même de danser avec l'art...

 

 

 

         DANZANDO CON L'ARTE, en dansant avec l'art est, en effet, un livre d'histoire de l'art. De l'art du XXe siècle, en l’occurrence, avec quelques pas dans le XXIe. Les jeunes ("à partir de 7 ans"...) y feront connaissance avec des œuvres de 31 artistes, dont ils peuvent voir les portraits dessinés en page de garde par Giorgia ATZENI, avec noms, dates et nom du mouvement artistique auquel ils ou elles ont appartenu. Une série de regards qui ne laissent pas indifférent.

          Puis, on entre "dans le musée", un grand mur blanc sur lequel sont posées les reproductions, et les poésies qui les commentent. Au tout premier plan - système qui a été repris dans "Prima e Poi" - une mince bande de plancher donne la profondeur, et permet aux visiteurs de ... danser. Car, dans ce musée, les enfants entrent. Et pas "sur la pointe des pieds, et en silence", non! Ils y entrent avec leur boom-box, leurs ballons, leurs patins à roulettes, pour "danser" les œuvres exposées, comme la fillette de la couverture.

         

          Chaque double page présente une ou plusieurs reproductions d’œuvres d'un, d'une ou de plusieurs artistes, choisis car ils ont en commun un concept de l'art moderne: équilibre, rythme, corps et matière, synesthésie, intersections, mouvement...., 17 en tout, pour être exacts.

           Ce concept est rendu accessible à la fois par  une poésie rythmée de Teresa PORCELLA,  qui "commente" l’œuvre et la met en relation avec le vécu des enfants, et par les enfants-visiteurs dessinés avec beaucoup d'humour et de sens du mouvement par Giorgia ATZENI.

 

          Regardez, par exemple, la page Equilibrio, avec deux tableaux de Ellsworth KELLY et une sculpture de Louise BOURGEOIS. La poésie est un quatrain en rimes AA BB, dont vous accepterez, j'espère, une traduction ... artisanale, juste pour donner l'idée:

È quando ogni sforzo si fa leggerezza / è il dritto e il rovescio di ogni carezza / è un bacio tra i corpi senza spreco di pelle / è quando anche il cielo va in punta di stelle.

C'est quand le moindre effort devient légèreté / c'est le droit et l'envers de la moindre caresse / les corps dans un baiser sans que la peau s'étale / c'est quand le ciel aussi marche sur les étoiles.

Vous avez remarqué la petite libellule?

 

          Ou encore la première page, pour Pablo PICASSO et Natalia GONCHAROVA :

Rivoluzione

C'est quand un monde entier change, et sans ambages, / c'est dessiner en pièces un être ou un visage. // C'est dire fermement qu'une femme est altière / même si son portrait a l'air d'une cafetière. // C'est penser qu'un musée est pour ses amateurs / et qu'on peut y entrer quand on est un sauteur.

Les petits danseurs ne se le font pas dire deux fois!

Ce qui frappe dans les dessins, c'est à la fois le rendu du mouvement, et l'extrême concentration des enfants, suggérée par la façon qu'a Giorgia ATZENI de desssiner les yeux. Et la présence d’éléments  "pour rire", comme la libellule d'equilibrio, ou encore un escargot, un coq et une poule, une araignée, un pot de tomates-cerises.... : ils détendent l'atmosphère si le lecteur-visiteur est trop pris par l'intensité de la nouveauté.

          DANZANDO CON L'ARTE est un livre-ressource, on pourra choisir la page du jour selon toute sorte de critères. Le texte donnera naissance à des questions et commentaires, des préférences se feront jour.  Les gourmands de précisions historiques pourront se référer à la frise chronologique, à la fin de l'album, avant de se lancer dans des recherches approfondies.

          L'étape suivante sera le passage à l'action: "Ora tocca a te!", maintenant c'est à toi, à toi de préparer une petite salle de musée personnel, sur une double-page vide prévue pour. En tournant la page, on trouve d'un côté une série de termes proposés par les auteures, et de l'autre six reproductions à découper - en l'absence de ressources personnelles - et à installer autour d'un des termes choisis. Il ne reste plus que ... à écrire sa propre poésie... les après-midi d'hiver maussades seront bien occupés...

 

          Le spectacle DANZANDO CON L'ARTE monté par Teresa PORCELLA, avec ses complices que vous avez vus autour du livre précédent, est un aboutissement de travaux d'ateliers au Museo Marino Marini. La mise en musique des poésies leur donne une nouvelle dimension. Ce serait beau de pouvoir les trouver rassemblées et y avoir accès, même sans le spectacle, pour enrichir les lectures particulières. La chanson des Intersezioni, les intersections aussi bien abstraites de Anni ALBERS dans Textile que figuratives du Kiosque publicitaire de Fortunato DEPERO, tous deux de 1926, cette chanson se prête particulièrement à être chantée en choeur  pour aider les apprenants, elle a le même charisme que, mettons,  le Volare de Domenico Modugno. Vous l'entendez pendant le générique de fin du second épisode de Prom'nons-nous dans Florence cité plus haut. Et aussi ci-dessous.  

INTERSEZIONI, chanté par Teresa Porcella

       

   Et enfin, pour illustrer combien cette approche d'un art réputé "difficile" peut mener sur des chemins imprévus, un petit échantillon du concept d'equilibrio interprété par les deux jongleurs et artistes de rue de la compagnie BEGHERÈ , toujours à l'occasion du spectacle. Vous pouvez aussi les voir répéter dans la vidéo précédente.

        DANZANDO CON L'ARTE, textes de Teresa PORCELLA, illustrations de Giorgia ATZENI, graphisme et  mise en page de Ignazio FULGHESU                       

Editions LIBRIVOLANTI, collection LIBRARTE, 2019,  44 pages, relié, 14,90€

EAN  9788894365030

 

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Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #À LIRE ET À CHANTER

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Publié le 12 Novembre 2021

          Retour à la "petite pile d'albums réjouissants"  citée dans le dernier article. Lectures Italiennes en extrait  deux pour vous. L'auteure en est la même, Teresa PORCELLA. L'illustratrice aussi: Giorgia ATZENI. Mais ils sont différents dans leur esprit et leur réalisation.

         Commençons par  PRIMA E POI, D'abord et ensuite.  

Ce titre est le détournement d'une expression très courante :  "Prima o poi lo dirò....", "Un jour ou l'autre je le dirai...". Et, comme souvent, il suffit d'une seule lettre pour changer tout. Et revenir au sens initial des deux adverbes.

          C'est du temps qu'il est question. Tout instant de la vie, tout "ici et maintenant" comporte un "avant" et un "après", sans que l'intéressé ou l’intéressée en ait toujours conscience. On a envie de dire "un enfant moins que tout autre", mais, au fond, bien des adultes aussi. Les quatre vers de prologue qui apparaissent dans une sorte de pleine lune suggèrent l'idée, de façon un peu mystérieuse, du Temps qui aide le cœur à se libérer du froid, du givre des rancœurs et des peurs...

               Prima e Poi /  Poi e Prima / dentro il Tempo / il cuore sbrina

       D'abord et ensuite / ensuite et d'abord / à l'intérieur du Temps / le cœur dégivre

        

          L'auteure fait explorer aux enfants ce "d'abord", puis cet "ensuite" dans la vie quotidienne, sous cinq rubriques: Fratelli et sorelle (Frères et sœurs ), Genitori in viaggio (parents en voyage), Piante e animali di compagnia (plantes et animaux de compagnie), Fuori di casa (hors de chez soi), et Diventare grandi (devenir grands).

Dans chaque thème, deux situations : Fratello minore et sorella maggiore (Petit frère et grande sœur); Papà in viaggio et Mamma in viaggioPesce rosso et Pianta grassa (Poisson rouge et plante grasse); A scuola d'inverno et Domenica in montagna (À l'école en hiver, et dimanche en montagne); Nonno e la signora bianca (Pépé et la dame blanche); Dolore (douleur); et Innamorarsi (s'énamourer...convient pour le masculin et pour le féminin...)

Et pour chaque situation, deux poèmes, un PRIMA et un POI.

Et pour chaque poème, une double page, le texte à gauche et l'image à droite, inséparables, nous y reviendrons.

       

La lectrice, le lecteur - ils peuvent avoir 10/12 ans, peut-être moins, pour la lecture du soir à haute voix? - elle, il choisira, selon le thème qui l'inspire ou l'intrigue - ne suivra pas forcément les pages, qui ne sont d'ailleurs pas numérotées.  Commencera-t-on forcément par "prima"? Pas sûr. Mais ne pas séparer les deux moments, sans doute.

 

          L'idée du recueil est de ne pas parler du "maintenant", "Ora", mais de le laisser imaginer à partir du Prima et du Poi. Pour en parler avec un autre interlocuteur-lecteur, ou laisser les mots,  les images, les rimes faire leur chemin.

  L'une des richesses de Prima e Poi est la grande variété de ses formes poétiques. Des presque-sonnets pour les frères et sœurs "avant", et un petit quatrain vif pour "l’après".  Des onomatopées -percussions pour le trop-plein d'émotions causé par l'absence de papà, ou le retour de la mamma. Un calligramme pour la plante grasse "avant"...  Un long récit, rythmé et rimé, du dimanche matin, avant le départ pour la montagne (Arriva alle sei di mattina... elle arrive à six heures du matin) avec ses préparatifs, ses odeurs, la famille toute entière, symbolisée par "il cane Gastone / con quella allegria scema / e senza ragione..." (le chien Gaston, avec sa joie un peu bête, et sans raison), cette joie "disordinata e incerta", désordonnée et incertaine, que le petit garçon apprécie plus que tout, dans l’attente des trésors de la forêt. Et qui se reflète dans son double, la longue réflexion, rythmée et rimée, sur les trésors qu'il a volés à la forêt ou que cette dernière lui a offerts, "poi"...

 

Mais aussi bien la rapidité lapidaire des contradictions de l'amour nouveau, "prima":

Non litighiamo! / Litighiamo. (Pas de disputes! / Des disputes.)

Non ti chiamo! / Ti chiamo. ( J' t'appelle pas! / Je t'appelle.)

Non.......... / Ti amo

 

 

          Les illustrations de Giorgia ATZENI, vous l'avez constaté, sont à la fois sobres et claires. Les enfants évoluent sur une sorte de plateau  scénique , dont le fond est généralement blanc.  L'atmosphère est créée par les couleurs qui "portent" les protagonistes, et donnent la profondeur.  Seuls quelques objets significatifs le meublent : -  les légumes du grand-père, sous la lampe rouge comme un soleil, que ses mains, qui manient le couteau comme elles ont manié les outils du jardin, offrent au petit-fils. - le petit meuble des livres qui servent aussi à ... être à la hauteur aux amoureux, "intellectuels-mais-pas-trop" -Le confort de la maison du dimanche suggéré par le papier peint - par ailleurs présent dans le poème. ... etc...etc...

            Elles ne renvoient pas à des lieux définis, ni à une époque précise. On pourrait dire "le monde occidental du XXe siècle", un peu éloigné dans la mémoire - un clin d’œil à la "ligne claire" des BD de Hergé et ses élèves? Elles laissent la place aux émotions des enfants contemporains, sans les contraindre dans une forme  déterminée.

          Certains éléments de l'image sont repris au trait, discrètement, comme des dessins d'enfants, mais présents, sur la page du poème.

          En deux images,  Giorgia ATZENI  peut suggérer toute une histoire, sans l'imposer toutefois. Prenons par exemple le thème de l'école en hiver, "hors de chez soi". D'abord, c'est le passage de la chaleur douillette de la maison au froid de la rue, compensé par la vue du copain de banc, et le projet d'un échange imprévu. Le geste que fait le garçon pour tendre sa bille à son ami surprend ce dernier, qui n'est pas encore prêt à la prendre (Prima..). Ce même geste sera repris par la mamma, à la sortie de l'école, mais cette fois, c'est elle qui tend, et le protagoniste est prêt à recevoir ce cadeau-métaphore de l'amour maternel: une sorte de bille, mais comestible, un pain blanc et fumant, à la ricotta, ...chaud(s), moelleux, rond(s). / Parfait(s), comme des mondes en miniature" (Poi...). Fidélité de l'image au texte, sans redondance.

 

 

   N'imaginez toutefois pas l'illustratrice évoluer dans un "monde occidental du XXe siècle"... Elle enseigne dans des quartiers dits "difficiles" de Cagliari et autour, comme remplaçante, avec tout ce que cela comporte d'angoisse et de liberté. Si cet aspect d'une expérience d'enseignement vous intéresse (in italiano...), allez voir dans le blog de nos amies les souris qui peignent.  Elle y raconte son métier avec une verve qui dénote une énergie remarquable.   

             Question de rythme, vous avez compris que, pour Teresa PORCELLA, la poésie écrite n'est jamais loin de la poésie chantée. Et que le chant porte à la danse et à la représentation. Il était logique, donc, que PRIMA E POI  devienne un spectacle, que l'on a pu voir à Florence, sur la terrasse unique de VILLA BARDINI, avec en arrière-fond les toits de Florence, la tour de Palazzo Vecchio et le ballon captif de la Coupole de Brunelleschi. C'était en août 2020, au cours du Festival La  Città dei Lettori. Teresa Porcella était accompagnée, à la guitare, par Gianni CAMMILLI, et aidée pour la technique par l'Association Scioglilibro qui ne vous est pas inconnue. Ne boudez pas votre plaisir. Quand vous serez à Florence, montez voir VILLA BARDINI, ses collections, son parc, ses panoramas, presque rien que pour vous. Et si c’est en août , La  Città dei Lettori....

                PRIMA E POI,  c'est aussi un spectacle théâtral "en salle", ainsi le 22 octobre 2021 à Colle Val d'Elsa.

                 Rien d'étonnant, alors, que le livre ait été distingué lors de la 23ième édition du Concorso nazionale di poesia "Oreste Pelagatti - Città di Civitella del Tronto,  qu'il a remporté ex aequo avec les "Rime buie" de Bruno TOGNOLINI). Qui plus est, il sera, comme le vainqueur de chaque année, traduit et publié en braille par l'Unione Italiana Ciechi e Ipovedenti sezione di Teramo.

Un prix qui fait aussi  connaître l'une de ces petites villes des Abruzzes pleines de caractère et pas défigurées par le tourisme de masse.

 

 

 

 

PRIMA E POI,

textes de Teresa PORCELLA, illustrations de Giorgia ATZENI, 

graphisme Ignazio FULGHESU

  BACCHILEGA JUNIOR EDITORE,   2020,  64 pages, relié, 16 €

EAN:  9788869421150            ISBN:8869421155      

                           

Prima è Poi / Poi è Prima / zitto in mezzo / Ora rima

D’abord est Ensuite / Ensuite est d'Abord / en silence, entr'eux deux / Maint'nant fait le raccord

 

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Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #À VOIX HAUTE

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Publié le 27 Septembre 2021

          L’automne est décidément arrivé, aucun doute, et, tirés de sa petite pile d'albums réjouissants, Lectures Italiennes va vous en présenter quelques-uns qui aideront les enfants à conserver le dynamisme et la joie de l'été. Et vous, adultes, en bénéficierez par rebond. 

          Pour aujourd'hui, voilà:

 

c'est une histoire peu banale. À l'origine, une chèvre ( la capra) et un banc (la panca).  Irrémédiablement prisonniers l'un de l'autre par la vertu d'un scioglilingua [cholili-ngoua- le fameux son gli est très difficile pour un palais français, c'est un l mouillé un peu comme celui de million], un scioglilingua, donc, qui porte en français le joli nom de "virelangue" - "Les chaussettes de l'archiduchesse...", en somme.

          Tous les lecteurs, toutes les lectrices  italiennes l'ont déjà, entretemps,  répété  deux ou trois fois... Pour la chèvre, c'est soit "sur le banc", "sopra la panca", et alors tout va bien pour elle, "la capra campa". Mais si c'est "sous le banc", "sotto la panca", malheur, la chèvre crève tout bonnement, "la capra crepa".  Essayez donc de le dire de plus en plus vite:

Sopra la panca, la capra campa / Sotto la panca, la capra crepa"...

 

 

          Et c'est ainsi depuis... des siècles peut-être. Mais c'était sans compter avec la poésie, sous la plume (ou le clavier, oui...) de Giusi QUARENGHI: il lui a suffi de changer deux petites lettres, et voici "campa" qui devient "canta". Et, pour éviter toute équivoque, elle affirme dès la table des matières initiale, puis en pleine  page: page 9 : "La capra canta sopra e sotto la panca" (inutile de traduire, n'est-ce pas?) et page 41: La capra canta e bene campa anche senza panca" - la chèvre chante et vit tout à fait bien même sans banc"....

          Le maléfice est rompu, la chèvre est libre de chanter, et avec elle la voix des enfants qui se sentiront autorisés, eux aussi, à chanter, à mettre en mots toutes leurs émotions, leur vécu. À suivre avec jubilation la voix de la poésie, pour ensuite se lancer eux aussi, "puisque la chèvre le fait...".

          Ce recueil de poésies, nous le devons aux éditions des souris qui peignent, les  TOPIPITTORI qui vous sont désormais familiers, dans la collection qui porte bien son nom: Parola Magica [mÀdjica]. Relié dans sa couverture cartonnée, son format de 14 x 19 cm le fait tenir aisément  dans la main de l'adulte qui lit, mais est aussi d'accès facile pour les petites mains qui feuilletteront ses 80 pages colorées (et solides) pour choisir laquelle des poésies sera au menu du jour.

 

          Sera-ce la joie d'une journée un peu folle  : " Con le scarpe /sulla testa - avec mes chaussures / sur la tête ... dico piano / a tutto il mondo / che io oggi / son contenta - je dis doucement / au monde entier / que moi, aujourd'hui / je suis contente"  ?

 

           Sera-ce la grande colère qui m'envahit et que je ne sais pas gouverner ? 

" Furia, furia, sempre e adesso... - Fureur, fureur, maintenant et toujours..."

 

 

          Ou encore mes réflexions sur le ciel et sa place  dans le monde? " Il fatto è che i monti / lo tengono lassù / -il cielo voglio dire - Le fait est que les montagnes / le tiennent posé là-haut - c'est du ciel que je parle, hein?-...

 

 

        Et pourquoi pas de la lune, dans le ciel ? "Luna maga luna / strega luna cùllami -  lune lune magicienne / sorcière de lune, berce-moi..."

 

    

          Mais tout aussi bien de ma tante Mirella et de sa nostalgie pour la pluie de son pays natal : "Ma a volte la nostalgia / la punge dentro gli occhi / Allora... - Mais parfois la nostalgie / la pique à l'intérieur des yeux. / Alors..."

          Et pourquoi pas la poésie des "Bambine e bambini di tutte le età / siamo noi il patrimonio dell'umanità- Filles et garçons de tout âge / c'est nous le patrimoine de l'humanité"... qui rappelle en conclusion que "(siamo) fratelli e sorelle di un certo Pinocchio.... (nous sommes ) frères et sœurs d'un certain Pinocchio..."

 

 

 

          Vous n'avez là, vous vous en doutez, qu'un petit échantillon des trente-six poésies offertes par Giusi Quarenghi à ses lectrices et lecteurs. Mais vous avez compris que son sujet est la parole des enfants, l'expression de leurs émotions, quelles qu'elles soient. Qu'elles concernent la famille, avec ses incompréhensions (" Voi dite che sono distratta / ma..." - Vous, vous dites que je suis distraite/ mais..."), ou avec ses sentiments intenses ("Il mio papà c'è sempre... - Mon papa est toujours là") ; les peurs de la nuit, ou de la mort, à dompter; les relations avec les animaux, chiens, chats ... ou loups ... ; avec les plantes et la nature, comme cette étonnante bambina-orto, petite-fille-jardin (potager...) qui plante ..."semi d'orzo e di ruchetta / dentro l'orlo della gonna - des graines d'orge et de roquette / dans l’ourlet de (sa) jupe"... Avec l'air, le vent, l'eau - ah, les flaques d'eau, le pozzanghere [potsà-nguéré]... Mais aussi le contact de l'eau de mer -  Avec les racines... Les douleurs de la maladie...  Et encore...  Et aussi ... Selon la formule désormais consacrée, je vous laisse découvrir la richesse de ce recueil.

         Pour bien comprendre la force de ces "chansons caprines", voici, en commençant par la dernière, les trois citations que l'auteure a mises en exergue:

De Franz KAFKA :

                " Le cose comuni sono per se stesse miracoli", - les choses communes sont en soi des miracles"   

De Antonio PORTA:

                 "Faccio poesia per vendicare tutti i bambini, quelli presenti, quelli passati (compreso me stesso), e quelli futuri, perchè ai bambini viene impedito di reinventare linguisticamente il mondo come invece vorrebbero" - Je fais de la poésie pour venger tous les enfants, les enfants présents, les enfants passés (moi y compris), et les enfants futurs, car on empêche les enfants de ré-inventer linguistiquement le monde, comme ils voudraient le faire".

De Anne  SEXTON :

                    "Uova e parole vanno maneggiate con cura.

                     Una volta rotte non si possono riparare"                 

"Les œufs et les mots doivent être maniés avec soin. / Une fois cassés, on ne peut plus les réparer"

         

          Si vous voulez approfondir le rapport de Giusi QUARENGHI avec les mots, et pour peu que vous lisiez l'italien (...), prenez le temps de voir ce qu'elle écrivait sur le blog des éditeurs, en mai 2021, au moment de la sortie de La Capra Canta. C'est une poetessa à part entière, qu'elle écrive pour les enfants ou pour les adultes - par exemple Basuràda, chez Book Editore, 2017, dans la collection "écritures extra ordinaires, scritture extra ordinarie" (Descendre assez bas sur la page pour trouver la notice de ce livre).

          Ce n'est pas ici le lieu de faire une analyse métrique des poésies de La Capra Canta, leur richesse et leur musicalité ressort déjà d'une "simple" lecture, et les enfants y sont sensibles, autant, sinon plus,  que les grands.

 

 

          Enfin, est-il nécessaire d'ajouter quoi que ce soit au sujet des illustrations de Lucio SCHIAVON ? Vous les voyez sur les images ici reproduites, vous pouvez en admirer d'autres sur le site de l'illustrateur vénitien. Et, une fois encore, je laisse la parole à Giusi Quarenghi, qui le dit bien mieux que n'importe qui:

“ Ogni pagina è più grande dei suoi centimetri, si allarga come uno zoom; a volte esplode, a volte sprofonda, sempre ti porta con sé, I colori sono scorte e fulmini di luce e buio che il soggetto sia paesaggio o creatura, questa diventa paesaggio e quello ha fisionomie da vivo. Gli animali sono energia e danza, e se paiono voler fare gli aggressivi hanno qualcosa che dice che è per gioco. Non c’è ombra di didascalia e di descrizione, il disegno riesce a far muovere il testo, non lo lascia com’è e non gli sta addosso. Alla fine, ero sciolta come una bustina di effervescente che ha trovato un bicchiere d’acqua, come un golf liberato dall’ infeltrimento contenta e graziata da un mondo tanto bislacco e strampalato da meritarsi tutta la mia fiducia “ .

"Chaque page est plus grande que ses centimètres, elle s’élargit comme un zoom : parfois elle explose, parfois elle s’abîme, elle t’emmène toujours avec elle. Les couleurs sont des stocks et des éclairs de lumière et d’ombre, que le sujet soit un paysage ou une créature : la créature devient paysage, et celui-ci prend des airs de vivant. Les animaux sont énergie et danse, et s’ils semblent vouloir faire leurs agressifs, ils ont quelque chose qui dit que c’est un jeu. Il n’y a pas l’ombre d’une explication ou d’une description, le dessin arrive à faire bouger le texte, il ne le laisse pas tel quel, il ne pèse pas dessus. À la fin, j’étais liquéfiée comme un comprimé effervescent qui a trouvé un verre d’eau, comme un pull libéré du feutrage, contente et absoute par ce monde si farfelu, si extravagant qu’il mérite toute ma confiance ".

 

LA CAPRA CANTA

Textes: Giusi QUARENGHI,  illustrations: Lucio SCHIAVO

Éditions TOPIPITTORI

MAI 2021

80 pages, 16 €

ISBN: 9788833700694

Âge: 5 ans / 7 ans

 

 

 

UN GRAND MERCI AUX SOURIS QUI PEIGNENT POUR LES IMAGES

et à la Souris chargée de Presse, Lisa, toujours réactive et disponible.

POST SCRIPTUM

Pour qui souhaite retrouver les articles sur d'autres œuvres de Giusi QUARENGHI  :

2013: Io sono il cielo che nevica azzurro

2014 : Sonno gigante, sonno piccino

2016 : des contes

2020: Io ti domando       (deux articles)

 

 

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Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #A VOIX HAUTE

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Publié le 25 Juillet 2021

            Des voix s'élèvent ici ou là: "Encore une Divine Comédie "pour les jeunes"! N'y en a-t-il pas déjà suffisamment? Pour tous les âges? Faut-il forcément  sacrifier au septième centenaire?"

        Certes, il y en a déjà. Un nombre certain. Si vous avez envie d'approfondir ce point, jetez un coup d’œil sur cet article de G.Antonelli, paru dans le Corriere della Sera du 03 janvier 2021: il réfléchit sur "la vieille question: peut-on simplifier Dante?". Lisez aussi cet autre (où apparaît le lien précédent - Merci à la Revue ANDERSEN qui nous a rendu ces trésors accessibles dans son numéro de mai, comme je vous le signalais dans L.I. du 18 mai dernier -). Il date de mars, et s'intitule "In bella prosa o in versi diversi. La Commedia per i piccoli", de Cristiana De Santis. Ces deux articles me semblent bien informés, au vu des livres que j'ai pu feuilleter, et posent bien les problèmes.

          Malgré cette richesse déjà existante, il m'a semblé important que Lectures Italiennes vous parle de la contribution de l'éditeur LAPIS. Parce qu'une bibliothèque scolaire ou publique se doit de permettre aux jeunes lectrices et lecteurs d'avoir des présentations diverses d'un même classique.

          Cette lecture de la Divine Comédie par Arianna PUNZI pour le texte et Desideria GUICCIARDINI pour les illustrations est belle, dans sa simplicité:

 

   

          Arianna PUNZI se fait la voix du poète-voyageur Dante, qui invite la "cara lettrice" et le "caro lettore" (chère lectrice, cher lecteur) à le suivre dans sa traversée des trois royaumes de l'au-delà.  Elle procède par étapes-chapitres, chacune avec son titre - à la manière des romans d’aventure: "Dove Dante si smarrisce..." (Où Dante se perd...), "Dove Sapia l'invidiosa parla con Dante" (Où l'envieuse Sapia..."), " Dove Cacciaguida rivela a Dante il destino che lo aspetta" (Où Cacciaguida révèle à Dante le destin qui l'attend)....

           De cette façon, la lectrice, le lecteur peuvent focaliser leur attention sur l'épisode et les noms des protagonistes rencontrés par Dante (ils les retrouveront dans un dictionnaire, en fin de volume, qui donne quelques indications, historiques ou mythologiques et les pages où ils sont cités). Chaque chapitre comporte aussi, en ouverture, le numéro du ou des chants du Poème original où cet épisode est raconté, et une terzina liée au thème retenu. Le tout imprimé avec des caractères très lisibles, une mise en page aérée qui rendent la lecture sereine. Voyez vous-même dans cet extrait reproduit - descendez en dessous de la page blanche qui s'affiche d'abord... Vous y trouvez le début du livre, avec une vie de Dante synthétisée en une page pertinente, une préface, et des réflexions de l'auteure sur les raisons de lire Dante aujourd'hui.

          Nous évoquerons plus loin l'articulation entre le texte et les illustrations. Chaque chapitre s'étend sur 2/3 à 5/6 pages. 90 pages (illustrations comprises), pour l'Enfer, 71 pour le Purgatoire, et 71 pour le Paradis. Sans oublier trois "cartes" en couleurs des trois royaumes - dont on regrette seulement que le pli de reliure au milieu altère un peu la lisibilité. Un volume de 264 pages,  au format 14,4 x 20,8 cm, couverture souple plastifiée. On a pu critiquer ce choix en le trouvant "pas très digne"..., mais à l'usage, nous avons un livre robuste que l'on pourra glisser "dans son sac à dos - nello zaino", et emporter à lire cet été où bon nous semble, à la plage (comme Grazia Gotti, quitte à ramener du sable entre ses pages), autant que chez les amis qui nous ont invités.

 

 Qu'est-ce qui permet au récit de A.Punzi d'être aussi fascinant que celui de Dante lui-même? Pourquoi arrive-t-on à la suivre sans être impressionné par la sacralité littéraire du texte, mais en étant emporté par l'aventure?

Sans doute est-ce à la fois sa connaissance intime du poème (c'est une universitaire qui aime enseigner; elle est philologue et médiéviste, passionnée par la Divine Comédie;  mais aussi mère et grand'mère-conteuse), et le choix qu'elle a fait pour ce  texte,destiné aux jeunes "à partir de huit ans", mais que des adultes peuvent lire avec plaisir et profit. Elle a choisi de se concentrer sur les rencontres de Dante, les conversations qu'il a, dans chacun des royaumes, avec ses amis - le musicien Casella , Forese Donati...-, ses ancêtres, des hommes ou femmes célèbres - Ulysse, Manfredi, les poètes antiques...-, des personnages historiques, souvent ennemis - des papes, Farinata degli Uberti...-,  des florentins comme Ciacco le goinfre, ou Belacqua, le luthier paresseux..., celles et ceux qu'il découvre - comme Francesca da Rimini et son amant Paolo Malatesta. Sans parler des saints, surtout au Paradis, et de ses deux guides: Virgile d'abord, puis Beatrice. Chacune de ces rencontres est vécue par Dante, et racontée par Arianna Punzi, avec toute la gamme des émotions humaines, des plus effrayantes aux plus exaltantes, qu'il vit dans son corps. Chacune de ces rencontres,  chacune de ces conversations le fait évoluer, mieux comprendre les humains à qui il veut ensuite raconter dignement son expérience. Et la lectrice, le lecteur, le suit sur ce chemin. Et cela, l'auteure le dit très bien : " Trasuda vita, questo testo", "c'est la vie qui se dégage, de ce texte, elle en sort par tous les pores..."

          Si vous avez déjà une pratique du texte de Dante, vous serez frappés, frappées par la musicalité-soeur du texte d'Arianna PUNZI. Nous ne saurions analyser de façon plus technique cette réalisation, mais c'est là l'une des grandes qualités de cette Divina Commedia. Et qu'importe si la terzina choisie pour introduire le chapitre reste mystérieuse. C'est la voix musicale de Dante lui-même qui est ici convoquée, et qui peut donner, qui devrait donner au lecteur, à la lectrice, l'envie de s'approcher par la suite du texte original ainsi "apprivoisé". Arianna Punzi parle de son travail de façon intéressante (comme toujours, toutes mes excuses aux non-italianistes...) dans deux interviews: ici, elle est seule, pendant presque 6 minutes.  Là, interrogée avec vivacité par Grazia GOTTI, elle s'étend d'avantage et partage la parole avec l'illustratrice Desideria GUICCIARDINI, dans un entretien fort riche d'environ une heure trente.

 

          Desideria GUICCIARDINI, l'autre atout de cette réalisation. Elle ne nous est pas inconnue, nous avons déjà apprécié son travail, très différent, en juillet 2019, dans Cartoline dall'Italia. Elle est passionnante à découvrir dans l'entretien cité plus haut (là...). Y a-t-il  nom et  prénom plus florentins que ceux qu'elle porte? Et passer les dix premières années de sa vie à quelques 50 mètres de la statue de Dante, place Santa Croce, est-ce que ça dispose à s'intéresser à son œuvre? Pas du tout, c'est presque le contraire: l'aspect farouche - 

 elle  dit "aria grifagna"... - du poète lui suscite plutôt de l’antipathie,  et dans sa famille, au contraire des souvenirs jusqu'ici entendus, la Divine Comédie ne fait pas partie des lectures, ni pour les parents, ni pour les grands-parents. C'est donc bien l'artiste qui s'intéresse au texte d'Arianna Punzi (Témoignage vers les 53:55 minutes dans l'interview).  

          Il est aussi tout à fait intéressant de l'entendre parler de la recherche qu'elle a effectuée avant d'accepter ce travail: les très nombreux illustrateurs de la Divina Commedia, à travers le temps et les pays (c'est vers la 20ième minute). Et comment, dans un premier temps, cet héritage pléthorique avait risqué de l'écraser.

Puis elle s'est lancée, en suivant les étapes du voyage pour mieux rester fidèle au récit. Le résultat est une image pleine page toutes les deux ou trois pages de texte. Image qui explicite davantage les émotions du récit que les péripéties du voyage.

Pour l'Enfer, à titre d'exemple:

 

 

 

- Chant 1 : "Où Dante se perd...". Vous retrouvez ici l'image de la couverture, mais Dante est maintenant prisonnier des arbres qui lui barrent toute possibilité de retour, et il en est conscient.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chant 26 : "Où Ulysse raconte son dernier voyage". Il est arrivé avec son bateau et ses quelques compagnons, aux confins du monde connu, le détroit de Gibraltar,  les "Colonnes d'Hercule", "là où Hercule avait marqué les limites que l'homme pouvait explorer" . Passer ce seuil signifie plonger dans l'inconnu total, et aussi ne pas respecter l'interdit.

L'une des rencontres les plus intenses et les plus célèbres de l'Enfer.

 

 

 

Pour le Purgatoire:

 

 

- Chant 2 : "Où Dante retrouve un chantre de ses amis"

Sur cette première image, voici " l'ange nocher, très lumineux" qui passe sur une "embarcation légère". Il amène les âmes qui vont entreprendre leur voyage de purification au Purgatoire.

Quelle économie de moyens pour rendre la légèreté, la luminosité, le mouvement ascendant et en même temps le but, prendre pied sur l'île du Purgatoire.

 

 

 

 

 

 

- Chant 3: "Où Manfred raconte..." .

Après avoir écouté le récit de l'âme du fils de l'empereur Frédéric II, Virgile et Dante reprennent l'escalade de "la paroi rocheuse, gigantesque, très raide" qui les mènera, - s'aidant "des pieds et des mains", à la terrasse supérieure .

 

 

- Chants 28 à 32 : "Où Dante retrouve Béatrice".

"...une dame avec un voile blanc et une robe rouge parée d'un manteau vert..."

Une pure apparition, sans les éléments qui "distraient" de la rencontre: le pré fleuri et parfumé qui précède la forêt de l’Éden, au sommet du Purgatoire, stylisée dans ces deux cyprès (arbre toscan par excellence...). Ni le char traîné par un griffon. Ces éléments arriveront à la page suivante.

Après tous les sites minéraux des terrasses du Purgatoire, traités en tons de terre, d'ocre, de nuances de violet, une lumière apaisée qui suggère l'espace au dessus, le Paradis auquel Béatrice va conduire le poète.

 

 

Pour le Paradis:

 

 

- Chapitre 32 - 33 : "Où Dante accède à la vision de Dieu"

Comment illustrer "la béatitude totale et absolue" causée par la contemplation de la lumière divine? Ces "trois cercles de différentes couleurs qui se reflétaient  l'un dans l'autre, comme un arc-en-ciel brille dans un autre arc-en-ciel, et le troisième semblait un feu allumé également par l'un et l'autre" ?

Après cette" vision extraordinaire", "l'imagination et aussi la mémoire (de Dante) furent frappés par un éclair et ne purent soutenir de voler à une telle hauteur. Et les forces (lui) manquèrent".

 

 

Tout au long du récit du Paradis, les gradations de lumière, les ballets de plus en plus étourdissants des cohortes d'élus, et la musique qui en émane éblouissent tant le voyageur que celles et ceux qui le suivent. C'est sans doute la partie la plus difficile à illustrer, et Desideria Guicciardini a magistralement joué sur la couleur,  tout en gardant une sobriété qui rappelle le monde des mosaïques  médiévales - pensons à Rome ou à Ravenne où Dante finit sa vie.

          Non, cette Divina Commedia "de plus" n'est vraiment pas superflue, elle ouvrira à la lecture de l’œuvre originale, et enrichira la sensibilité aux images des lecteurs et lectrices, jeunes ou moins jeunes.

La Divina Commedia

texte de Arianna PUNZI, illustrations de Desideria GUICCIARDINI

Éditions LAPIS, collection CLASSICI -  20 mai 2021

264 pages, format 14,4 x 20,8 cm                14, 90 €

Couverture flexible

Âge: à partir de 8 ans

ISBN 9788878748217
UN GRAND MERCI, ENCORE, AUX ÉDITIONS LAPIS,

pour les images ici reproduites,

et en particulier à AGNESE E., attachée de presse d'une efficacité souriante très précieuse.

 

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Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #CLASSIQUES

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Publié le 9 Juillet 2021

 

          C'était le 25 juin 2021, quelques jours après le début de l'été. Comme chaque année depuis 40 ans, le jury du prix Andersen  -il mondo dell'infanzia ( le monde de l'enfance) a rendu public  son choix parmi les séries de trois finalistes déjà révélées.

Sans même entrer dans tous les détails des motivations, ce choix nous donne un aperçu de l'état du monde de l'édition de la littérature de jeunesse en Italie.  Pour les 13 ouvrages primés, on trouve:

- 8 auteur/es italien/nes, 6 illustrateur/trices italien/nes

- 1 auteur anglais

- 1 auteur et 1 illustrateur canadiens

- 2 auteurs français et 1 illustratrice française

- 1 auteur suédois

- 1 illustratrice russe

          Pour donner un aperçu à toutes les lectrices et tous les lecteurs de ce blog, pour chaque ouvrage primé, vous trouverez le titre et quelques mots clés des motivations du jury, ainsi qu'un lien vers la page de présentation ( ... en italien, bien sûr...)  - où, souvent, vous pourrez voir une petite vidéo de réponse des auteurs et/ou illustrateurs récompensé/es.

            

Io sono foglia de Angelo Mozzillo – ill. de Marianna Balducci, Bacchilega Junior

"Précision et délicatesse... Projet insolite... Grâce et ironie..."

 

 

Murdo de Alex Cousseau – ill. de Éva Offredo – trad. de Simone Barillari, L’ippocampo Ragazzi

" Absurde et enchantement, humour et surprise... œuvre ouverte..."

 

 

I tre funerali del mio cane de Guillaume Guéraud, trad. de Flavio Sorrentino, Biancoenero

" Dosage d'humour et de sérieux, avec une délicatesse maîtrisée..."

 

 

La scimmia dell’assassino de Jakob Wegelius – trad. de Laura Cangemi, Iperborea

"Aventure... écho des grands classiques...Grande qualité de l'écriture..."

 

Senza una buona ragione de Benedetta Bonfiglioli, Pelledoca

"Style affilé...lucidité devant une réalité cruelle... suspens efficace..."

 

 

Il Gallinario de Barbara Sandri, Francesco Giubbilini – ill. de Camilla Pintonato, Quinto Quarto

"Équilibre plaisant et original entre la vulgarisation et la composition de l'objet livre"

 


Occhio ladro de Chiara Carminati et Massimiliano Tappari, Lapis

"...heureux mariage de langages et formes différentes... constante implication de lectrices et lecteurs..."

 

 

François Truffaut. Il bambino che amava il cinema de Luca Tortolini – ill. de Victoria Semykina, Kite

" illustrations pleines de verve et d'élégance, ...dialogue attachant et serré entre le récit et les images..."

 

Fiori di città de JonArno Lawson – ill. de Sydney Smith, Pulce

"...sensibilité peu commune... narration "silencieuse" riche de petits miracles et de poésie..."

 

Girotondo de Sergio Rossi – ill. de Agnese Innocente, Il Castoro

"...originalité de transposition d'un classique de la littérature dramaturgique ... sensibilité de l'adolescence contemporaine..."  - B.D.

 

  Il ragazzo del fiume de Tim Bowler – trad. de Carola Proto, Mondadori

"... intense et émouvante...le rapport entre générations, de façon authentique et nouvelle..."
 

 

Bella ciao. Il canto della Resistenza – illustr. de Lorena Canottiere, Einaudi Ragazzi

"... revendique les valeurs des luttes de la Libération... images qui unissent finesse et vigueur, métaphores, sens du féérique... note de D.Aristarco... actualité et fortune de ce chant de rébellion".

 

La Divina Commedia. Inferno - un popup de Massimo Missiroli et Paolo Rambelli

"...générosité et intelligence de réalisation précieuse en mode pop-up... nouvelles vies pour les images éternelles de Gustave Doré... Hommage multi-médial aux premières versions cinématographiques de la Comédie. "

 

Et encore, si vous voulez tout, tout savoir : la meilleure collection narrative; la meilleure auteurela meilleure illustratrice; acteurs de la culture pour l'enfance et aussi ; la librairie du Prix Gianna et Roberto Denti; et enfin le super Prix Andersen GUALTIERO SCHIAFFINO.

 

BUON QUARANTESIMO COMPLEANNO,

BON QUARANTIÈME ANNIVERSAIRE,

ANDERSEN !!!!

Depuis 40 ans, la boussole et le compagnon/la compagne de route de toute personne s'intéressant, travaillant pour la promotion de la lecture à tous les niveaux de l’enfance et de la jeunesse. Belle et longue route !!!!

 

 

 

 

 

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Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #TEMPS PRESENT

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Publié le 25 Mai 2021

          Ce grand album (24 x 32,1 cm) porte un sous-titre tout à fait pertinent: " Il primo passo nella selva oscura". Dans "la forêt obscure", certes,  c'est un des termes les plus facilement associés à "Divine Comédie"; mais le "premier pas" de qui? 

          Eh bien, à la fois le premier pas de l'auteur et héros du poème, Dante, que l'on voit sur la couverture, silhouette reconnaissable à son manteau rouge et à sa couronne de lauriers, exprimant sa stupeur d'un geste des deux mains; et à la fois le premier pas de la lectrice, du lecteur. Il, elle se lance dans l'aventure de ce texte qui peut inspirer crainte et révérence, a priori "forêt obscure" aussi, qui s'est de plus chargé de sens tout au long des sept siècles de son existence.

             Daniele ARISTARCO et Marco SOMÀ tracent un double chemin de lecture qui convient à différents tempéraments, se prête à différentes vitesses, qui permet en tout cas à chacune, à chacun d’avancer à son rythme.  Chaque double-page présente:

- à droite,  une étonnante image en pleine page de Marco Somà. Dix-neuf images qui nous emmènent à travers les trois règnes, avec Dante. Toujours, en bas à droite, un cartouche,  petit billet à peine déplié, portant, sous le titre de la Cantica ( Inferno, Purgatorio, Paradiso) et le numéro du chant d'origine, une terzina, ce groupe de trois vers de onze syllabes qui sont les "briques"  composant les chants de la Divine Comédie. C'est là que l'on apprécie pleinement le grand format de l'album, l'illustration de la terzina a tout l'espace requis pour se déployer et passer même sur la page de gauche.

- À gauche, plus ou moins englobé dans le dessin, le récit d'Aristarco. Il est indépendant de l'illustration, il va son chemin par paragraphes plus ou moins longs, nécessitant parfois, mais pas toujours, de tourner la page pour continuer la lecture, scandée par des titres intermédiaires ( ... Les doutes d'un jeune lecteur....Histoire d'un titre... Beatrice.... La partition...) . Quand je dis qu'il est indépendant, images et texte parlent du même sujet, bien sûr, les images créant l'atmosphère du voyage dont Aristarco parle aux jeunes lecteurs.  

          C'est donc d'abord le récit en images qui s'impose. Marco Somà a choisi de représenter les acteurs de la Divine Comédie par des animaux anthropomorphes pour deux raisons (c'est ce qu'il explique en particulier dans une rencontre en ligne en direction des écoles où les deux auteurs dialoguent avec une journaliste et répondent aux questions posées par les élèves): - d'une part, ces animaux permettent plus facilement à toute sorte de lecteurs de s'identifier, c'est une façon de rendre le poème encore plus universel. - D'autre part il reprend là une tradition que l'on trouve dans l’œuvre de peintres comme Jérôme Bosch ou Matthias Grünewald, pour ne citer qu'eux. Sans oublier le monde des miniaturistes du XIVe siècle.  Les variations sont innombrables, tant à l'intérieur de chaque Cantica qu'en passant de l'une à l'autre. Il y a déjà là l'occasion de longues explorations, interrogations, dialogues. L’expression des sentiments entre le Poète et son guide, par exemple, puis entre Dante et Beatrice. Aucune scène, que ce soit en Enfer ou au Paradis, n'est statique, nous sommes emportés avec Dante et Virgile, puis Beatrice.  Et vient ensuite l'envie d'en savoir plus.

           L'effroi de l'Enfer est exprimé ici par le vide, cette sorte de désert (voir encore le dialogue cité plus haut) où poussent de rares et inquiétants  végétaux, des arbres torturés, peuplés d'oiseaux de cauchemar, et l'effet est convaincant.  Mais le regard rencontre aussi des motifs qui le font "sortir" de "l'autre monde": le voile qui enveloppe le couple de Paolo et Francesca, un peu à la façon de celui qui entoure le créateur au plafond de la Sixtine; ou encore la superbe tête de bélier grec de Ulysse, et le cheval-Diomède, tous deux encore toujours dans l'élan de leurs aventures. Ainsi, mutatis mutandis, Dante campe-t-il, tout au long de son poème, pour relier le lecteur au monde qu'il connaît, de petits tableaux de la vie quotidienne: les flocons de neige larges et silencieux, le vol de lucioles dans la nuit d'été, le chantier de gondoles vénitien...

           

          Le même fond s'adoucit au Purgatoire, il se peuple de rochers de lapis-lazuli, les animaux nous sont plus familiers, et l'ange-ours qui accueille les deux voyageurs garde une porte, écho de celles de Giotto ou de Duccio dans la peinture florentine.

             Au Paradis, par contre, nous volons dans un ciel de couleur tendre, semé de nuages où se posent les voyageurs et les âmes qui les accueillent. Les animaux sont connus, et bienveillants. Avec, toujours, ce mouvement incessant qui pousse Dante vers le haut en compagnie de Beatrice.

            Les adultes ne sont pas en reste dans l'appréciation de cette partie de l'album, même si (surtout si?) ils ne lisent pas l'italien. Pourvu qu'ils se procurent  une traduction : avec les références du cartouche, et celles, plus précises encore, de la dernière page, (qui explicitent les situations illustrées, pour les italophones)  ils pourront chercher la traduction de la terzina, et apprécier le choix de l'illustrateur. Adultes ou pas, d'ailleurs.  Si l'on a déjà une certaine familiarité avec le texte, ces illustrations bousculent et font émerger de nouvelles nuances.

 

              Daniele ARISTARCO, quant à lui, a fait le choix, comme Dante, de s'adresser directement à son lecteur, à sa lectrice, et de partager l'histoire de sa rencontre avec La Divine Comédie. À l'âge de neuf ans, lui aussi. Il raconte sa curiosité, sa perplexité, sa toute première lecture - presque clandestine, en pleine nuit, dans ce livre "trop grand, et lourd", descendu difficilement d'un rayon élevé de la bibliothèque familiale, qu'il pose  "sur la table de noyer". Et c'est "debout, tout tremblant", dans un murmure, qu'il lit les quatre premières terzine les plus célèbres de la littérature. Et il s'ensuit, pour lui, "un mystérieux silence".

               Petit à petit, Aristarco explicite les enjeux de ce voyage dans l'outre-tombe, en liaison avec les questions qu'il faut bien appeler "métaphysiques" que se posait le jeune lecteur qu'il était alors,  les peurs, pas seulement dans "la forêt obscure", les épreuves, le "cône de lumière" de la raison... Et il rassure, tel un nouveau Virgile, le lecteur, la lectrice d'aujourd'hui, éclaire " l'histoire d'un titre " (Comédie? Divine?), souligne l'harmonie extraordinaire de la construction du poème, et le sens de cette harmonie, évoque la question de la "réalité" de ce voyage, en le reliant à Beatrice, et donc en parlant aussi du Purgatoire et du Paradis. Il ose faire approcher ses lecteurs ( une fois encore, pas que les jeunes) du thème de la recherche de la connaissance, des mots adaptés pour l'exprimer, du "visage de Dieu". Et en conclut à la nécessité de lire à voix haute, pour soi ou pour un auditoire, l'incomparable musique des vers de cette Divine Comédie. 

              Daniele Aristarco, qui fréquente beaucoup les classes et connaît les collégiens et lycéens actuels, les prend au sérieux et les croit capables de cette lecture. Pas de "toute la Divine Comédie", pas tout de suite. Mais aborder cette lecture, sans crainte de rester prisonnier de la "forêt obscure".

Et les questions posées par ces mêmes jeunes lecteurs au cours de l'émission signalée plus haut montrent qu'il ne se trompe pas.

               Un album hors du commun.

 

 

La DIVINA COMMEDIA - Il primo passo nella selva oscura

de Daniele ARISTARCO, illustré par Marco SOMÀ

Einaudi Ragazzi 

à partir de 7 ans

Format: 24 x 32,1 cm       48 pages      16 €

 

 

 

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Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #CLASSIQUES

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