Publié le 30 Avril 2022

          Dès les premiers jours de la guerre en Ukraine, la poésie de Gianni RODARI LA LUNA DI KIEV est devenue virale. Elle a été partagée des milliers de fois sur les réseaux sociaux, des " grands quotidiens" s'en sont emparés, ont tenté des explications... Le fait est que cette poésie, déjà célèbre mais un peu oubliée entretemps, tirée du recueil des années Cinquante Filastrocche in cielo e in terra - De la terre et du ciel - a été ressentie "comme un talisman, une prière, un symbole", pour reprendre les mots de Paolo Di Paolo dans La Repubblica-Cultura du 12 mars 2022.

Chissà se la luna                                                                                Qui sait si la lune
di Kiev                                                                                                 de Kiev
è bella                                                                                                  est aussi belle
come la luna di Roma,                                                                     que la lune de Rome,
chissà se è la stessa                                                                          qui sait si c'est la même
o soltanto sua sorella…                                                                    ou bien juste sa sœur...

"Ma son sempre quella!                                                                  "Mais je suis toujours la même!
– la luna protesta –                                                                           - proteste la lune-
non sono mica                                                                                   je ne suis quand même pas
un berretto da notte                                                                         un bonnet de nuit
sulla tua testa!                                                                                   sur ta tête!

Viaggiando quassù                                                                            En voyageant là-haut
faccio lume a tutti quanti,                                                                j'éclaire tout le monde
dall’India al Perù,                                                                              de l'Inde jusqu'au Pérou
dal Tevere al Mar Morto,                                                                du Tibre à la Mer Morte
e i miei raggi viaggiano                                                                    et mes rayons voyagent
senza passaporto".                                                                           sans passeport".

            Et Orietta Fatucci, éditrice de Einaudi Ragazzi, a eu l'idée d'en faire un album illustré dont les bénéfices seront entièrement reversés à la Croix Rouge Italienne pour l'Ukraine. Il sera traduit en au moins dix langues - basque, bulgare, croate, castillan, catalan, galicien, géorgien, grec, anglais et roumain - et chaque édition participera à l'action d'une association caritative en Ukraine.

          L’illustratrice, Beatrice Alemagna, enthousiaste, a accepté immédiatement et a réalisé les planches en une semaine. L'imprimeur également, malgré les difficultés actuelles à s'approvisionner en papier, a donné la priorité absolue à ce livre, qui a pu être lancé le 12 avril. Et s'est très vite retrouvé dans les dix livres les plus vendus, toutes librairies confondues...

 

LA LUNA DI KIEV, toutes les références (et trois illustrations) ICI

Pour approfondir l'histoire de cette poésie (en italien...)

L'édition française de Filastrocche in cielo e in terra, dans le catalogue de l'éditeur Rue du Monde, à la page 36: Collection  Graines de mots: De la terre et du ciel.

 

...ET PUIS...

 

IL CUSTODE DEL BOSCO - LE GARDIEN DU BOIS - : un livre bilingue venu de Kharkiv.

Une autre histoire relie une maison d’édition italienne, Il Castoro, à une maison d’édition ukrainienne, Ranok, située à Kharkiv. Ecoutons Andreina Speciale, responsable du bureau des droits chez Il Castoro : « Ce sont des collègues ; nous nous entendions d’habitude chaque semaine ; ils ont traduit plusieurs titres de notre catalogue. Pendant les premières semaines, nous avions perdu le contact, maintenant nous arrivons à les avoir au téléphone. Les bureaux sont vides, naturellement, mais chacun d’eux essaie de travailler comme il peut, depuis les refuges, quand il y a de l’électricité et du réseau pour transmettre des dossiers. » Même des dossiers très lourds, comme ceux d’un livre à imprimer.  L’un de ces dossiers est parti pour l’Italie. Car, pour soutenir Ranok, Il Castoro a décidé de traduire un album illustré, Il custode del bosco – Le gardien du bois de Oleksij Cherepanov. Il est sorti en librairie ce 28 avril, en édition bilingue italien-ukrainien, pour favoriser la rencontre entre les enfants italiens et les enfants ukrainiens, et la connaissance de leurs langues et de leurs alphabets respectifs.

Il sera distribué, en Italie, dans toutes les librairies et les boutiques en ligne, au prix de 10€. Somme qui sera entièrement reversée à Refugees Welcome Italia.

Le livre : « un enfant décide de s’aventurer dans le bois pour peindre, et tout en marchant, il apprécie la beauté de la nature et expérimente les merveilles de l’imagination. Il voit le gardien du bois dans un oiseau, des elfes joyeux qui vivent dans l’herbe, des esprits majestueux dans les nuages, et son imagination lui fait même rencontrer une licorne. L’enfant dessine ses aventures et, après s’être rempli les yeux et le cœur, il rentre chez lui heureux et inspiré. Une histoire qui nous apprend à regarder, à découvrir la beauté de la terre et de la nature, dont nous faisons tous partie. »

L’auteur et illustrateur : « Oleksij Cherepanov est originaire de la ville de Kharkiv. Il a fait ses études à l’Institut d’Art de Kharkiv, département d’art graphique. Après son diplôme, il a commencé à travailler dans l’illustration des livres. Il s’occupe essentiellement d’illustrer des encyclopédies sur les animaux et des livres pour les enfants. Il utilise des aquarelles et des crayons. Il a travaillé avec plus de vingt éditeurs du monde entier. »

Refugees Welcome Italia :  c’est une association née en 2015 pour promouvoir l’insertion des personnes réfugiées à travers l’accueil dans des familles, l’accompagnement et le soutien (« mentoring »).       www.refugees-welcome.it

 

IL CUSTODE DEL BOSCO

De Oleksij CHEREPANOV

Traduction de Lorenzo Pompeo.    32 pages        10€       Âge : à partir de 4 ans

Éditions IL CASTORO

    

                                                                                                                                                   

       

 

   

        Tout en voyant ces livres, je ne peux  m'empêcher de me souvenir d'une des premières images de la guerre en Ukraine à la télévision: une femme encore jeune, blessée au visage par des éclats de verre, le vent faisait voleter ses pansements mal collés: elle errait dans la rue  et disait:" Jamais je n'aurais cru vivre ça... Avec les enfants, nous écrivions des poèmes sur la guerre... Et maintenant...".

C'était à Kiev?  Il y a deux mois?

                        

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Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #Temps présent

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Publié le 6 Avril 2022

          Trouver un livre qui puisse, l'espace d'un moment, apaiser l'angoisse née des nouvelles de la guerre, celle en Ukraine, la plus proche, et celles qui sévissent à bas bruit dans le reste du monde... Qui nous emmène ailleurs, pour reprendre notre souffle et retrouver la force de regarder en face l'actualité.

          Les pages de PROMENADE  - titre en français dans (presque) toutes les versions, dont l'originale, la version coréenne - ont cette vertu. Vous l'avez peut-être déjà rencontré, dans sa version française. Une succession de tableaux dont le protagoniste est le livre. Et quelques mots en pied de page. C'est suffisant. Quel que soit l'âge de la lectrice, du lecteur, enfant ou adulte, la magie opère.

          Car JUNGHO LEE est un magicien, un peintre dont la peinture peut être reproduite dans un livre. Pour parler du livre...  Ce n'est pas sans raison que, en 2016, cet album et son auteur ont été récompensés du prestigieux prix du WORLD ILLUSTRATION AWARDS.

Les quelques mots du poète et écrivain BERNARD  FRIOT (nous le connaissons déjà..) dans la version française comme dans la version italienne, ne sont pas superflus, ils sont la voix du livre, ou suggèrent des interprétations imprévues.

 

Tu as trouvé l'entrée. Bon.

 

"De quoi nous parlent les livres ? Que nous murmurent-ils? Où nous emmènent-ils?  Il y a un grand livre au sommet d'une colline, la couverture est un ciel étoilé... Le livre, entr'ouvert, révèle une lumière diffuse. Une fillette ouvre un passage entre les pages: c'est l'accès à un monde magique, riche de détails inattendus, où les livres ne sont pas des livres: ce sont des ailes, des phares, des miroirs d'eau, des maisons, des parts de gâteau à savourer... C'est le début d'un voyage à travers des images fabuleuses, métaphores visuelles de la magie qui se crée quand l'énergie d'un livre s'empare de nous."

 

Noir, brouillard, tempête. N'aie pas peur. Je suis là avec toi. Tu me vois?

 "Entre images oniriques et images métaphoriques, ce livre dilate l’imagination à l'infini. On peut choisir de le lire en séquences, tout comme un voyage initiatique qui avance par étapes. Mais on peut aussi ouvrir une page au hasard, et accueillir ce qu'elle nous inspire. Les enfants seront transportés par les images et en chercheront les sens cachés, se demandant quel monde merveilleux peut bien les attendre à la page suivante".

 

Il était une fois. Dis-le. Plusieurs fois. Tu verras...

           Vous avez remarqué que les lignes qui précèdent emploient plus d'une fois le mot "voyage" dans leur description de l'album. Mais il ne faut pas oublier que l'auteur - résistons au tic de l'appeler Le Magritte coréen..., même si c'est pertinent - a choisi le terme de PROMENADE, qui a été conservé aussi bien dans la version italienne qu'anglaise ou allemande (seuls les Espagnols ont traduit, Paseo). C'est un terme paisible, à l'image du petit pêcheur d'étoiles ici reproduit.

          Et à l'image des autres, visibles sur les 48 pages de l'album - lui-même en grand format, 23,5 x 34 cm - Vous trouverez presque toutes les reproductions de ces images sur le site officiel de JUNGHO LEE (ce sont les quatre premières séries d'images). Ou encore, vous verrez le livre feuilleté sur cette vidéo de présentation de l'éditeur italien Lapis, l'éditeur au crayon blanc (Comme d'habitude, sauter la pub au début de la vidéo...)

          Mais, vous le savez, rien ne vaut la présence réconfortante d'un album d'encre et de papier, et sa solide couverture de carton.

  

                                                                      Version italienne:

PROMENADE de Jungho LEE et Bernard FRIOT (adaptation du texte).

ÉDITIONS LAPIS, 12 novembre 2020

Hors collection - 48 pages (sans pagination) - Cartonné

23,5 x 34 cm - 15,10€         Tous âges

ISBN   9788878747845

 

 

 

 

 

Version française :

PROMENADE de Jungho LEE et Bernard FRIOT (adaptation du texte).

Éditions MILAN, 2017

Collection: Encore + d'histoires, Tome 01.

ISBN: 978-2-7459-9172-0              16,50€

 

 

 

 

 

 

 

Quelques compléments:

  • Les passages entre guillemets sont empruntés au site de LAPIS (merci, Agnese, pour les images également), ainsi qu'au catalogue de la bi.GE.met ( équivalent de la "bibliothèque Départementale" du territoire de Gênes - merci Donatella).
  • À propos de l'édition coréenne: le titre est en français, puis, évidemment, traduit en coréen. Or la traduction coréenne a deux sens: "promenade" (sanchek, quand les deux "syllabes" sont réunies); et, ce qui est le cas ici, "le livre acheté" quand les deux "syllabes" sont séparées (san chek)... Merci à l'amie Sun Nyéo K.,  qui enseigne à Séoul et est spécialiste de littérature de jeunesse, qu'elle traduit du français en coréen.
  • Pour rester, c'est si rare, dans le coréen, un coup d’œil au blog de Jungho Lee, pour le dépaysement... encore une promenade...

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Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #ILLUSTRATION

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Publié le 16 Mars 2022

          Nous sommes en 1962. Dans un ... non, même pas "dans", mais "pas loin" d'un village de montagne perdu (quelque part dans les Apennins?) qui répond au nom de Roccascura - Noirfortin, ou bien Rochenoire... - , terre âpre où vivent des éleveurs de moutons et des cultivateurs de pommes de terre. Luisa MATTIA connaît bien ces terres du centre et du Sud de l'Italie. Vous avez pu en avoir quelques exemples dans ses Racconti d'estate présentés ici en septembre 2020. Dans Dimmi quello che non so, le paysage n'est pas au premier plan, mais la voix narrative, celle du jeune Elmo, y est sensible, et il l'évoque parfois, comme ce lever de soleil d'hiver, pages 30 et 31; six lignes suffisent:

"Il mattino dopo, Elmo si alzò che il sole stava appena salendo. Dalle finestre di casa sua, ne vedeva i primi bagliori mentre la valle si tingeva di un azzurro luminoso e le stelle, ancora visibili, sembravano palpitare, tanto erano vicine. Il cielo di Roccascura era così: basso, luminoso, emozionante - Le matin suivant,  le soleil pointait à peine quand Elmo se leva . Depuis ses fenêtres, il voyait ses premières lueurs, et la vallée devenait d'un bleu lumineux et les étoiles, encore visibles, semblaient palpiter tant elles étaient proches. Il était comme ça, le ciel de Roccascura: bas, lumineux, émouvant".

 

          Pourquoi 1962? C'est l'année, en Italie, de l'institution de la Scuola Media Unificata, l'école pour tous, obligatoire jusqu'à 14 ans  (en France, le Collège Unique attendra 1974).  Les deux jeunes protagonistes du roman, Elmo ("Di Gianfrancesco Guglielmo") et Maria ("Bonaventura Maria, di Morando e D'Angelo Caterina, madre a me ..."), ont 11 ans, c'est leur dernière année de primaire, mais la nouvelle que "à Rome, on écrivait une loi  qui disait : tous les enfants, tous tous, doivent aller à l'école et apprendre le plus possible, jusqu'en "terza media"         (équivalent de notre quatrième), cette nouvelle, relayée par l'instituteur - il Signor Maestro Marco Tullio Proietti, avec son chapeau et son écharpe autour du cou - donne beaucoup d'espoir à certains élèves.

            Dans cette classe unique, installée tant bien que mal dans une ancienne étable du père de Elmo (pour être plus proche des élèves qui viennent de la montagne), où l'instituteur doit faire apporter lui-même un poêle en fonte, et les élèves fournir le bois de chauffage, où les bancs sont faits de bric et de broc - mais le père de Elmo, Raffaele le berger, lui en a fabriqué un vrai, avec un trou pour l'encrier, de quoi poser ses livres, et appuyer ses pieds...- l'histoire va nous faire suivre, parmi différents garçons, Elmo; et Maria, la seule fille.

          Si la soif de connaissance, l'intelligence et le courage leur sont communs, ils sont dans deux familles très différentes. Celle de Elmo, si elle n'est pas riche, n'est pas dans la misère. La maison est chauffée, il y a régulièrement à manger, les deux parents, chacun à sa façon, aiment et encouragent leur fils. Ils veulent pour lui un avenir moins précaire que celui de berger, et le poussent affectueusement à l'étude. Ils essaient même d'apprendre un peu de ce que leur fils étudie à la maison. Raffaele et Giuseppa sont chaleureux sans mièvrerie, ils savent être sévères, mais jamais injustes. Luisa Mattia nous les fait connaître  surtout à travers leurs dialogues. Et puis ils ont, chez eux, un "cassetto dei desideri", un tiroir des envies, où chacun des trois peut mettre le petit papier sur lequel il a écrit ce qu'il aimerait acheter. Pour plus tard, pour rêver... Elmo, ce jour-là, en revenant du marché, écrit "una gonna a fiori per la mamma", "une jupe à fleurs pour maman".

 

        

  Celle de Maria... Maria a-t-elle une famille? Non, elle est orpheline de mère, et vit avec son père, Morando,

colérique et brutal, qui ne se déplace jamais sans son couteau à la ceinture. Il vit de sa production de pommes de terre. Maria lui prépare ses casse-croûtes et ramasse les patates. Elle est "utile"; il pense, comme la majorité des villageois, que "le femmine stanno a casa e vanno alle stalle  e ai campi", "les femmes restent à la maison, vont aux étables et aux champs".

Et, de toute façon, proclame-t-il "questa è figlia a me",  Elle, c'est ma fille, elle est  à moi".... Peu importe qu'elle ait envie de s'instruire. Il vient chaque fois la rechercher brutalement à l'école.

          Toute l'histoire sera donc cette lutte entre l'envie d'apprendre de Maria, que Elmo va aider, car lui pense que tous les enfants, "tous, tous", ont droit à l'instruction; et les tentatives de son père pour la garder dans sa condition de servante. Ce ne sera pas un parcours facile.

      

   

Maria a des dispositions pour apprendre, avec, cependant, un terrible handicap: l'écriture, la plume qui bave son encre sur les pages du cahier et les perce en un rien de temps. Et, si l'on peut faire ses devoirs au crayon de papier, il est totalement exclu pour l'examen qui permettra d'aller en "sixième".

 

 

 

           Et c'est là qu'entre en jeu le dernier "personnage" de ce roman, décisif pour l'avenir de Maria, mais tellement nouveau alors : le stylo à bille (le Bic en français, la Biro en italien...). Quel enfant, aujourd'hui, quel jeune, quel adulte même peut encore imaginer l’écriture d'avant le stylo à bille?

           Le passeur de la nouveauté est le papetier qui vient au marché de la ville où les parents d'Elmo vendent leurs fromages. Et il est prêt à échanger une de ces incroyables nouveautés contre "due caciotte", deux petits fromages frais... Mais...

          Le titre, quant à lui, DIMMI QUELLO CHE NON SO - Dis-moi ce que je ne sais pas -, est aussi bien demande du lecteur, de la lectrice au livre, des parents d'Elmo à leur fils, et surtout demande de Maria a Elmo. Il insiste sur l'élément "échange entre pairs" : pour Maria, Elmo est un meilleur enseignant que l'instituteur, il a plus d'intuition, il comprend sa situation et ses difficultés. Il a instinctivement compris ce que pratiquent divers pédagogues du XXe siècle, de Célestin Freinet en France à Mario Lodi ou Don Milani en Italie, pour ne donner que quelques exemples.

           Il ne sera pas difficile, pour une jeune lectrice, un jeune lecteur autour de onze ans, de s'identifier avec ces deux "héros", grâce à l'art consommé du récit de Luisa MATTIA, et aux rebondissements de l'action. Sans oublier une typographie très claire, une mise en page qui divise le récit en petites unités. Et bien évidemment, vous l'avez compris, grâce aux illustrations d'Otto GABOS : à travers ses dessins à la fois réalistes et inspirés du style des BD, comme réalisés au stylo à bille, précisément, il plonge lecteurs et lectrices dans un monde qu'ils n'ont (presque) pas connu, mais qui leur devient vite familier. En particulier le visage si attachant de Maria, mis en premier plan sur la couverture.

          Maria dont on se rappellera la danse, dans l'école déserte à l'aube, devant le tableau, malgré ses gros souliers d'homme, pour mimer l'écriture qu'elle ne maîtrise pas encore :

          Le livre DIMMI QUELLO CHE NON SO  est sorti en mars 2019, on ne connaissait pas encore le Covid, et pourtant, déjà alors, c'était un livre précieux, qui rappelait aux jeunes d'aujourd'hui que la recherche de la connaissance peut être une bataille. Après les vicissitudes des deux années de Covid19, les confinements, les cours par vidéo, la DAD et autres Ddi, dans une école très bouleversée et déstabilisée, la lecture de ce livre attachant pourra peut-être ouvrir des espaces de discussion utiles, et redonner courage et dynamisme.

           Une dernière information: Dimmi quello che non so est publié dans la collection RIVOLUZIONE, Cambiamenti in corso d'opera - Révolutions, changements en chantier - " Une collection pour parcourir, avec qui change chaque jour, les jours qui ont marqué les changements de tous" -  Idée et réalisation de Teresa Porcella.

         

DIMMI QUELLO CHE NON SO de Luisa MATTIA, illustrations Otto GABOS

Editeur: LibriVolanti                  Collection: Rivoluzioni

Année d'édition: 2019              220 pages         Illustré, broché

À partir de 11 ans                    

 

 

 
 

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Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #TEMPS PRESENT

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Publié le 24 Janvier 2022

Nouvelle année, nouvel atlas! Le troisième de la collection offerte par l'éditeur GIRALANGOLO, celui du petit bonhomme qui court voir ce qu'il y a derrière le coin de la rue. Même éditeur, même auteur, même illustrateur.

Vous n'avez sûrement pas oublié le tout premier, le brun : celui des aventures en compagnie d'Emilio SALGÀRI.

Puis, l'année suivante, son jumeau, le bleu: une plongée dans les lieux des grands classiques.

 

 

Celui de cette année endosse un beau rouge dynamique. Toujours le même soin dans la réalisation, le dos toilé et son titre gravé en blanc, la couverture cartonnée de grande robustesse qui supporte les recherches un peu frénétiques... Le même graphisme, évidemment, pour la couverture, avec comme un rappel de celles de l'éditeur  HETZEL qui commença, vous le savez, son activité en 1837, et fut le principal éditeur de Jules Verne : ses éditions originales sont toujours recherchées.  La référence à Hetzel est d'autant plus pertinente que ce nouvel atlas est dédié, vous l'avez remarqué au premier coup d’œil, rien moins qu'à Jules VERNE et ses "Voyages extraordinaires". Le titre s'étire, prometteur en cascade:

"Atlas des VOYAGES  EXTRAORDINAIRES et des moyens de transport insolites pour les réaliser (sans compter les villes bizarres et les engins des plus curieux) - Avec des extraits des œuvres de JULES VERNE, Chevalier de la Légion d'Honneur."   

Remarquons au passage que Verne avait été promu "Officier" de la Légion d'Honneur. En faire un "Chevalier" permet une plus grande symétrie avec son "collègue" et "voisin d'atlas", Salgari.

 

 

          Le choix de Verne de la part de Roveda n'est pas étonnant, quand on a constaté, autour de Salgari,  à quel point il se passionne pour le roman d'aventures et de voyages. Malgré les différences notables entre les deux hommes, à commencer par leurs âges et leurs modes de vie - "voyages d'encre" de Salgari,, voyages réels de Verne -  ils ont entraîné l'un et l'autre, dès la parution de leur premier roman, et jusqu'à aujourd'hui, quantité de lectrices et de lecteurs sur les routes terrestres et maritimes du globe, dans leur langue originale, puis par des traductions dans le monde entier. L'univers de Verne étant par ailleurs encore plus vaste que celui de Salgari, puisqu'il nous entraîne aussi bien au centre de la Terre qu'au fond des océans, ou dans l'espace.

          Trois pages d'introduction, ici aussi, pour donner toutes ses dimensions à l’œuvre présentée, pour faire mesurer, même sommairement, l'ampleur à la fois de l'imagination de Verne, mais aussi de sa culture scientifique: " Immaginazione e fantasia vanno a braccetto con geografia e scienza; il ricorso di Verne al fantastico, immaginare cose mai viste e fino ad allora impossibili, è, infatti, sempre nutrito da una curiosità ben informata dell'autore sulle novità tecnico-scientifiche e le acquisizioni geografico-astronomiche del proprio tempo" - "L'inventivité et l'imagination vont la main dans la main avec la géographie et la science; le recours de Verne au fantastique, imaginer des choses jamais vues et jusqu'alors impossibles, se nourrit toujours, en effet, de la  curiosité de l'auteur qui s'informe sans cesse sur les nouveautés tecnico-scientifiques et les progrès géographiques et astronomiques de son temps".

 

La ville flottante de "L'île à hélice" 1895.

          Et puis, toujours comme dans les atlas précédents, c'est le départ: "TUTTI A BORDO !", avec le choix de la stratégie: feuilleter et se laisser captiver par les images d'abord, ou /puis choisir une destination, sur le planisphère ou dans le sommaire qui ouvre l'atlas. Pour chaque texte, on a la destination (... Africa... Oceani ...Sistema solare....), le titre de l'extrait - créé pour l’atlas -, et le titre italien du roman dont l'extrait est tiré. Dans le cours du livre, par contre, le titre italien du roman est toujours suivi du titre français et de la date de sa première parution.

          Les illustrations de Marco PACI  (déjà mises en œuvre dans l'article consacré au monde sous-marin de Vingt Mille Lieux sous les mers, dans le deuxième atlas ) s'adaptent fort bien à la grande diversité des pays et des modes de transports mis en scène par VERNE dans ses romans.                                                                                                       

 

 

 

              ...Tant la simplicité de la roulotte de la famille Cascabel - mais le décor qu'elle traverse est menaçant, par la dimension des sapins et plus encore des montagnes qui l'entourent - (César Cascabel, 1890)...

 

 

 

 

 

 

... que la complexité mystérieuse du fond de l'océan où évolue le sous-marin du Capitaine Nemo  (Vingt Mille Lieux sous les mers, 1871)...

 

 

 

                 

...Tant les espaces glacés du Grand Nord, traversés au galop par les attelages de traîneaux , qui traversent également la double-page consacrée au Pays des fourrures (1873), avec les subtils effets évoqués par le texte, du soleil, bas sur l'horizon, et de ses reflets sur la neige  (le blanc étant réservé, on s'en doute, au texte et aux croquis dont nous allons préciser le rôle)...

 

                      ...que le monde fantastique de la jungle des Indes, avec sa moiteur et sa lumière végétale, ses ruines fantômes, sous la domination de sa Seigneurie le Tigre, mais traversé, lui aussi, bien que l'évocation en soit lointaine, par un train à vapeur qui emmène et protège les humains du Tour du monde en quatre-vingts jours (1873)... 

                                                                                                                                                                       

Cette somptueuse image s'étalant sur trois pages, le tiers de droite se rabattant sur le tiers central.

 

 

 

 

 

 

On la découvre en dépliant l'extraordinaire et facétieux éléphant Kiouni qui transporte Philéas Fogg et Sir Francis Cromarty dans leurs cacolets, ainsi que les joyeuses cabrioles du valet Passepartout.

 

 

 

 

 

           Vous avez ici, grâce aux images que, une fois encore, les éditions Giralangolo nous offrent - un grand merci à Raffaella B.-  une idée de la richesse magnifique du travail de Marco PACI dans ce nouvel ouvrage et du soin des reproductions dans l'album.

 

 

          Une fois encore, le travail d'Anselmo Roveda était très délicat: quels romans choisir parmi les soixante et quelques de la série des Voyages Extraordinaires? Une fois déterminés les romans, quel passage, qui, en une vingtaine de lignes, puisse donner une idée du caractère de chacun d'eux , et l'envie de le lire en entier? Et encore: quelle succession choisir dans leur présentation ?

             La succession semble chronologique (presque toujours). Mais ce n'est pas pure chronologie que de commencer cette invitation au voyage par le superbe texte du début de Cinq semaines en ballon (1863), où, malgré les inévitables données techniques de l'altitude de vol du ballon, la description de la vue aérienne (encore exceptionnelle dans ces années-là,ne l'oublions pas) de l'île de Zanzibar, des couleurs, des sons devenus petit à petit simples vibrations, le tout dans un silence que nous ne connaissons plus, est de la pure poésie... Silence rompu par le cri de joie du jeune serviteur Joe:" Quanto è bello!"  .

                 Une autre caractéristique de la suite des textes est l'effet de surprise, de contraste, lorsque l'on tourne la page: par exemple, après le vaste ciel lumineux  où évolue le ballon à peine cité, voici un trio, encore à pied et à cheval dans un paysage d'herbe et de montagnes, sauvages, où il semble faire froid. Mais... ouvrez cette image, et, comme l'annonce le titre, vous vous retrouvez dans les entrailles de la terre (voir deux images en-dessous). Un peu plus loin, vous passez des mers arctiques à l'espace autour de la lune....

                     Ou encore d'une "leçon de baleine" donnée par le Capitaine Hull, au jeune Dick, en plein océan - Un capitaine de quinze ans ( 1878) ...

...à une description terrifiante d'une ville exclusivement minière et sidérurgique, la Stahlstadt des Cinq cents millions de la Bégum (1879)...

          Il faut vraiment aller y voir, une page après l'autre, pendant soixante-six pages...

 

           Une autre qualité à souligner, que l'on trouvait déjà dans la mise en page des atlas 1 et 2: c'est le rôle des croquis, comme vous pouvez le constater sur la double (triple car l'illustration est dépliée...) page ci-dessus. Ces croquis pourraient avoir été réalisés par les voyageurs, en préparation, ou en journal de leur voyage. Ils illustrent le texte de Verne, pas forcément la lettre de l'extrait choisi, mais son contexte, et la précision scientifique de l'auteur soulignée plus haut. Ici, pour explorer le centre de la terre, une paire de chaussures très robustes, un "déclinomètre" ou "boussole de déclinaison" (comment faisions-nous avant Wikipédia???), et, (pour l'éclairage?), une "pile Bunsen", une "bobine de Ruhmkorff" et un "tube de Geissler" avec ses électrodes et son serpentin interne... Plus, en bas, une "boussole d'inclinaison"... De quoi ravir les jeunes savantes et les jeunes savants ... Là encore, c'est pareil à chacune des seize destinations proposées.

                Enfin, il faut souligner la qualité de la traduction des extraits, réalisée par Roveda pour l'Atlas. Il me semble qu'elle apporte au texte de Verne, parfois un peu "rêche" malgré son enthousiasme, une musicalité qui le rend apte à une lecture à haute voix convaincante.

                 On pourrait imaginer une lecture dans le cadre de cours d'italien langue étrangère, pour adultes avancés, qui en tireraient grand plaisir. Et même à de plus jeunes apprenants? Ce qui est certain, c'est que cet Atlas constitue, pour l'école italienne, un album qui complète à merveille les livres de textes "officiels".

                 Pour compléter l'information des lectrices et lecteurs de tout âge, à la fin du volume on trouve, "a propòsito delle storie", une notice qui donne le résumé de chaque titre. C'est précieux, car si certains titres sont universellement connus - grâce souvent aux films qui en ont été tirés ... Vingt mille lieues sous les mers ...Le tour du monde en quatre-vingts jours, etc... - d'autres le sont beaucoup moins ... Le pays des fourrures... Robur-le-Conquérant...La maison à vapeur...

Et on peut dire qu'il y en a pour tous les goûts. Explorez votre Médiathèque favorite!

 

             Quittons-nous sur la citation retenue pour clore ce voyage en compagnie de Jules VERNE:

"Si possono sfidare le leggi dell'uomo  -  On peut défier les lois humaines

ma non si può resistere alle leggi della natura - mais on ne peut résister aux lois de la nature

Ventimila leghe sotto il mare - Vingt mille lieues sous les mers

 

 

 

ATLANTE DEI VIAGGI STRAORDINARI  DI JULES VERNE

a cura di Anselmo ROVEDA , illustrazioni Marco PACI

EDT - GIRALANGOLO EDITORE  - 4 novembre 2021

66 pages - Relié  - à partir de 7 ans - 19€50

EAN: 9788859279204

 

 

 

 

Pour approfondir (en italien...):

Une présentation par Anselmo ROVEDA, pour la RAI.

 

QUE L'ANNÉE 2022 NOUS SOIT BONNE,

À NOUS TOUTES ET TOUS.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #VOYAGES

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Publié le 21 Décembre 2021

          Les vœux de Lectures Italiennes vous sont apportés, cette année, par la Notte di Natale, la Nuit de Noël, chantée par Giusi Quarenghi et dessinée par Lucio Schiavon dans le recueil "La capra canta".

           C'est un peu une assistante du Père Noël / Babbo Natale, ou une estafette de la Befana, sans qu'elle en ait les moyens traditionnels - ni le traîneau de l'un, ni le balai de l'autre. Elle s'affaire à monter et descendre à toute vitesse les escaliers des immeubles, au risque de se prendre les pieds dans son sac et de faire une mauvaise chute. Métaphore d'une agitation peut-être hors de propos pour cette nuit particulière?

          Mais un enfant veille, il l'invite à entrer chez lui aussi (ou chez elle?), et l'exhorte à se calmer un peu. Et en effet, elle tombe, la nuit de Noël, et se casse à moitié le nez. Par bonheur, l'enfant a un sparadrap pour la soigner, et lui fait quelques còccole ( câlins) pour la réconforter.

          Et il (elle?) lui propose même, pour la prochaine fois, de la véhiculer... à bicyclette!

 

 Faites bon accueil à la Nuit de Noël!

Qu'elle vous soit sereine et joyeuse!

Un merci-de-Noël supplémentaire aux éditions TOPIPITTORI pour l'image.

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Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #A VOIX HAUTE

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Publié le 20 Décembre 2021

          Certaines, certains ont déjà  les cadeaux qu'elles ou ils offriront. Pour celles et ceux "de la dernière minute" - en n'oubliant pas qu'après Noël vient Nouvel An, puis, surtout, LA BEFANA... -, voici deux sélections, très différentes, de livres à offrir à des enfants.

  •  Celle des libraires de jeunesse: dans le cadre de la campagne #ilmiolibropernatale2021, la revue ANDERSEN a recueilli les  conseils de quelque 70 libraires de toute l'Italie, histoire aussi de rappeler combien ce métier est important, qui demande passion, résistance, écoute et inventivité.

          Sur la page  en question du site de la revue, vous trouverez des planches, chacune de 20 photos, de libraires avec leur livre. Il vous suffira de cliquer sur la première photo pour la voir s'afficher en grand format, avec une légende explicitant le choix. Une petite flèche qui apparaît quand la souris se promène sur le bord droit de la photo vous permettra de passer de l'une à l'autre des 20 sans revenir à la planche initiale (je ne l'avais pas vue tout de suite...). Une fois terminée la 1, vous passez à la 2, à la 3, à la 4. Outre le livre conseillé, cette galerie de portraits de libraires dans leur librairie est intéressante par sa variété. Les noms des librairies sont aussi parlants.

  • L'autre initiative vient des éditions TOPIPITTORI.

Elle remonte à la publication, en 2015, d'un texte se présentant de façon originale comme des fiches dans un étui: elles énumèrent  "avec passion et clarté", sous la plume de Giovanna ZOBOLI et Giulia SAGRAMOLA,   20 BUONE RAGIONI PER REGALARE UN LIBRO A UN BAMBINO (20 bonnes raisons d'offrir un livre à un enfant).

 

En souvenir de ce texte que, six ans plus tard, elles ne renient absolument pas, les éditrices, en novembre 2021, conseillent des ouvrages de leur catalogue, en les regroupant par centre d'intérêt, ce qui peut être une bonne aide. Même si vous n'avez pas d'achats à faire, la lecture en est plaisante et instructive.

 

 

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Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #PAS LU - MAIS...

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Publié le 18 Décembre 2021

On ne présente plus Chantal ROBILLARD: reportez-vous à l'article de mars 2021,  pour  son recueil de poèmes "Dentelles des reflets de Venise".

 Voici maintenant son pendant : nouvelles, poèmes et photographies, toujours. Le plus simple est de laisser la parole à la quatrième de couverture:

          " Lorsque la mer est sur le point d'envahir quais et rues, des sirènes retentissent dans tout Venise pour prévenir du danger habitants, pêcheurs, commerçants, touristes.  Mais les sirènes de la lagune, ce sont aussi ces êtres mi-humains mi-poissons qui hantent, dit-on, les eaux turbides de la Sérénissime.

Des brumes de la lagune surgit alors une Venise fantasmée, lacustre, alanguie frileusement sur ses pieux de bois. Quand se répandent l'acqua alta, le mauvais temps, le brouillard, que souffle le méchant vent de la bora, Venise se métamorphose.

Les Dentelles des sirènes de la lagune sont chantées ici par l'auteure sous forme de nouvelles, en contrepoint aux Dentelles des reflets de Venise, ses poèmes sur la vie quotidienne des Vénitiens. La voyageuse se promène en rêvant sur les rives ou les canaux, ancrée (encrée!)  dans l’imaginaire. Le passé de la Sérénissime et ses références littéraires sourdent alors: Cendrillon et le beau marin Corto Maltese croisent sous les embruns le Juif errant, une sirène poursuit Marco Polo en partance pour les mers de Chine. Et les astronautes en route vers de nouvelles planètes, sous d'autres cieux, emportent Venise dans leurs rêves les plus chers...

Ville hybride entre terre et mer, Venise est une merveille fragile, unique dans notre univers, que Chantal Robillard, dentelière des mots, nous réenchante ici avec onirisme."

                   Préférerez-vous suivre la dentelière Cenerèntola/Cendrillon dans sa déambulation fiévreuse , racontée en une prose entrecoupée de "motifs musicaux" poétiques qui donnent couleur et rêve à l'histoire?

Ou bien, comme moi,  vous prendrez-vous de passion pour cet incroyable Pépé Berto, oncle mythique de la narratrice, qui met sa famille bien en peine lorsqu'il disparaît et qui, en fait, est lui aussi un deviseur du monde?

Ce recueil aussi gracieux que son jumeau, se déguste, en ce début d'hiver morose et angoissé, comme une pâtisserie dans un café vénitien  - pourquoi pas Al Todaro tout juste rénové, avec vue sur San Giorgio au-delà des vitres, et pourquoi pas avec un chocolat chaud, una cioccolata calda?

Ne boudez pas votre plaisir.

Chantal ROBILLARD: Dentelles des sirènes de la lagune

éditions Astérion

  • Broché ‏ : ‎ 81 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 1326770853
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-1326770853
  • Dimensions ‏ : ‎ 19 x 0.51 x 19 cm
  • 12 €

 

 

 

 

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Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #LU ET APPRECIE

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Publié le 12 Novembre 2021

          Regards perplexes: " Mais... nous le connaissons déjà, celui-là..." .Certes, rappelez-vous, c'était "in italiano", dans le second épisode de Prom'nons-nous dans Florence. L'auteure présente le livre, et le spectacle qui en est né au Museo Marino Marini, puis "hors les murs". (Détail pratique, beaucoup de ces vidéos You Tube commencent par des pubs que l'on peut sauter en cliquant sur un tout petit rectangle, sur la droite...)

          Pour celles et ceux qui ne pratiquent pas l'italien, ou qui sont réfractaires aux documents vidéo, il était juste de revenir sur cet album. Son appareil iconographique peut suffire à une compréhension et à une utilisation. ... Malgré l'absence des poésies ...  Se mettre à l'italien, avant même de danser avec l'art...

 

 

 

         DANZANDO CON L'ARTE, en dansant avec l'art est, en effet, un livre d'histoire de l'art. De l'art du XXe siècle, en l’occurrence, avec quelques pas dans le XXIe. Les jeunes ("à partir de 7 ans"...) y feront connaissance avec des œuvres de 31 artistes, dont ils peuvent voir les portraits dessinés en page de garde par Giorgia ATZENI, avec noms, dates et nom du mouvement artistique auquel ils ou elles ont appartenu. Une série de regards qui ne laissent pas indifférent.

          Puis, on entre "dans le musée", un grand mur blanc sur lequel sont posées les reproductions, et les poésies qui les commentent. Au tout premier plan - système qui a été repris dans "Prima e Poi" - une mince bande de plancher donne la profondeur, et permet aux visiteurs de ... danser. Car, dans ce musée, les enfants entrent. Et pas "sur la pointe des pieds, et en silence", non! Ils y entrent avec leur boom-box, leurs ballons, leurs patins à roulettes, pour "danser" les œuvres exposées, comme la fillette de la couverture.

         

          Chaque double page présente une ou plusieurs reproductions d’œuvres d'un, d'une ou de plusieurs artistes, choisis car ils ont en commun un concept de l'art moderne: équilibre, rythme, corps et matière, synesthésie, intersections, mouvement...., 17 en tout, pour être exacts.

           Ce concept est rendu accessible à la fois par  une poésie rythmée de Teresa PORCELLA,  qui "commente" l’œuvre et la met en relation avec le vécu des enfants, et par les enfants-visiteurs dessinés avec beaucoup d'humour et de sens du mouvement par Giorgia ATZENI.

 

          Regardez, par exemple, la page Equilibrio, avec deux tableaux de Ellsworth KELLY et une sculpture de Louise BOURGEOIS. La poésie est un quatrain en rimes AA BB, dont vous accepterez, j'espère, une traduction ... artisanale, juste pour donner l'idée:

È quando ogni sforzo si fa leggerezza / è il dritto e il rovescio di ogni carezza / è un bacio tra i corpi senza spreco di pelle / è quando anche il cielo va in punta di stelle.

C'est quand le moindre effort devient légèreté / c'est le droit et l'envers de la moindre caresse / les corps dans un baiser sans que la peau s'étale / c'est quand le ciel aussi marche sur les étoiles.

Vous avez remarqué la petite libellule?

 

          Ou encore la première page, pour Pablo PICASSO et Natalia GONCHAROVA :

Rivoluzione

C'est quand un monde entier change, et sans ambages, / c'est dessiner en pièces un être ou un visage. // C'est dire fermement qu'une femme est altière / même si son portrait a l'air d'une cafetière. // C'est penser qu'un musée est pour ses amateurs / et qu'on peut y entrer quand on est un sauteur.

Les petits danseurs ne se le font pas dire deux fois!

Ce qui frappe dans les dessins, c'est à la fois le rendu du mouvement, et l'extrême concentration des enfants, suggérée par la façon qu'a Giorgia ATZENI de desssiner les yeux. Et la présence d’éléments  "pour rire", comme la libellule d'equilibrio, ou encore un escargot, un coq et une poule, une araignée, un pot de tomates-cerises.... : ils détendent l'atmosphère si le lecteur-visiteur est trop pris par l'intensité de la nouveauté.

          DANZANDO CON L'ARTE est un livre-ressource, on pourra choisir la page du jour selon toute sorte de critères. Le texte donnera naissance à des questions et commentaires, des préférences se feront jour.  Les gourmands de précisions historiques pourront se référer à la frise chronologique, à la fin de l'album, avant de se lancer dans des recherches approfondies.

          L'étape suivante sera le passage à l'action: "Ora tocca a te!", maintenant c'est à toi, à toi de préparer une petite salle de musée personnel, sur une double-page vide prévue pour. En tournant la page, on trouve d'un côté une série de termes proposés par les auteures, et de l'autre six reproductions à découper - en l'absence de ressources personnelles - et à installer autour d'un des termes choisis. Il ne reste plus que ... à écrire sa propre poésie... les après-midi d'hiver maussades seront bien occupés...

 

          Le spectacle DANZANDO CON L'ARTE monté par Teresa PORCELLA, avec ses complices que vous avez vus autour du livre précédent, est un aboutissement de travaux d'ateliers au Museo Marino Marini. La mise en musique des poésies leur donne une nouvelle dimension. Ce serait beau de pouvoir les trouver rassemblées et y avoir accès, même sans le spectacle, pour enrichir les lectures particulières. La chanson des Intersezioni, les intersections aussi bien abstraites de Anni ALBERS dans Textile que figuratives du Kiosque publicitaire de Fortunato DEPERO, tous deux de 1926, cette chanson se prête particulièrement à être chantée en choeur  pour aider les apprenants, elle a le même charisme que, mettons,  le Volare de Domenico Modugno. Vous l'entendez pendant le générique de fin du second épisode de Prom'nons-nous dans Florence cité plus haut. Et aussi ci-dessous.  

INTERSEZIONI, chanté par Teresa Porcella

       

   Et enfin, pour illustrer combien cette approche d'un art réputé "difficile" peut mener sur des chemins imprévus, un petit échantillon du concept d'equilibrio interprété par les deux jongleurs et artistes de rue de la compagnie BEGHERÈ , toujours à l'occasion du spectacle. Vous pouvez aussi les voir répéter dans la vidéo précédente.

        DANZANDO CON L'ARTE, textes de Teresa PORCELLA, illustrations de Giorgia ATZENI, graphisme et  mise en page de Ignazio FULGHESU                       

Editions LIBRIVOLANTI, collection LIBRARTE, 2019,  44 pages, relié, 14,90€

EAN  9788894365030

 

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Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #À LIRE ET À CHANTER

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Publié le 12 Novembre 2021

          Retour à la "petite pile d'albums réjouissants"  citée dans le dernier article. Lectures Italiennes en extrait  deux pour vous. L'auteure en est la même, Teresa PORCELLA. L'illustratrice aussi: Giorgia ATZENI. Mais ils sont différents dans leur esprit et leur réalisation.

         Commençons par  PRIMA E POI, D'abord et ensuite.  

Ce titre est le détournement d'une expression très courante :  "Prima o poi lo dirò....", "Un jour ou l'autre je le dirai...". Et, comme souvent, il suffit d'une seule lettre pour changer tout. Et revenir au sens initial des deux adverbes.

          C'est du temps qu'il est question. Tout instant de la vie, tout "ici et maintenant" comporte un "avant" et un "après", sans que l'intéressé ou l’intéressée en ait toujours conscience. On a envie de dire "un enfant moins que tout autre", mais, au fond, bien des adultes aussi. Les quatre vers de prologue qui apparaissent dans une sorte de pleine lune suggèrent l'idée, de façon un peu mystérieuse, du Temps qui aide le cœur à se libérer du froid, du givre des rancœurs et des peurs...

               Prima e Poi /  Poi e Prima / dentro il Tempo / il cuore sbrina

       D'abord et ensuite / ensuite et d'abord / à l'intérieur du Temps / le cœur dégivre

        

          L'auteure fait explorer aux enfants ce "d'abord", puis cet "ensuite" dans la vie quotidienne, sous cinq rubriques: Fratelli et sorelle (Frères et sœurs ), Genitori in viaggio (parents en voyage), Piante e animali di compagnia (plantes et animaux de compagnie), Fuori di casa (hors de chez soi), et Diventare grandi (devenir grands).

Dans chaque thème, deux situations : Fratello minore et sorella maggiore (Petit frère et grande sœur); Papà in viaggio et Mamma in viaggioPesce rosso et Pianta grassa (Poisson rouge et plante grasse); A scuola d'inverno et Domenica in montagna (À l'école en hiver, et dimanche en montagne); Nonno e la signora bianca (Pépé et la dame blanche); Dolore (douleur); et Innamorarsi (s'énamourer...convient pour le masculin et pour le féminin...)

Et pour chaque situation, deux poèmes, un PRIMA et un POI.

Et pour chaque poème, une double page, le texte à gauche et l'image à droite, inséparables, nous y reviendrons.

       

La lectrice, le lecteur - ils peuvent avoir 10/12 ans, peut-être moins, pour la lecture du soir à haute voix? - elle, il choisira, selon le thème qui l'inspire ou l'intrigue - ne suivra pas forcément les pages, qui ne sont d'ailleurs pas numérotées.  Commencera-t-on forcément par "prima"? Pas sûr. Mais ne pas séparer les deux moments, sans doute.

 

          L'idée du recueil est de ne pas parler du "maintenant", "Ora", mais de le laisser imaginer à partir du Prima et du Poi. Pour en parler avec un autre interlocuteur-lecteur, ou laisser les mots,  les images, les rimes faire leur chemin.

  L'une des richesses de Prima e Poi est la grande variété de ses formes poétiques. Des presque-sonnets pour les frères et sœurs "avant", et un petit quatrain vif pour "l’après".  Des onomatopées -percussions pour le trop-plein d'émotions causé par l'absence de papà, ou le retour de la mamma. Un calligramme pour la plante grasse "avant"...  Un long récit, rythmé et rimé, du dimanche matin, avant le départ pour la montagne (Arriva alle sei di mattina... elle arrive à six heures du matin) avec ses préparatifs, ses odeurs, la famille toute entière, symbolisée par "il cane Gastone / con quella allegria scema / e senza ragione..." (le chien Gaston, avec sa joie un peu bête, et sans raison), cette joie "disordinata e incerta", désordonnée et incertaine, que le petit garçon apprécie plus que tout, dans l’attente des trésors de la forêt. Et qui se reflète dans son double, la longue réflexion, rythmée et rimée, sur les trésors qu'il a volés à la forêt ou que cette dernière lui a offerts, "poi"...

 

Mais aussi bien la rapidité lapidaire des contradictions de l'amour nouveau, "prima":

Non litighiamo! / Litighiamo. (Pas de disputes! / Des disputes.)

Non ti chiamo! / Ti chiamo. ( J' t'appelle pas! / Je t'appelle.)

Non.......... / Ti amo

 

 

          Les illustrations de Giorgia ATZENI, vous l'avez constaté, sont à la fois sobres et claires. Les enfants évoluent sur une sorte de plateau  scénique , dont le fond est généralement blanc.  L'atmosphère est créée par les couleurs qui "portent" les protagonistes, et donnent la profondeur.  Seuls quelques objets significatifs le meublent : -  les légumes du grand-père, sous la lampe rouge comme un soleil, que ses mains, qui manient le couteau comme elles ont manié les outils du jardin, offrent au petit-fils. - le petit meuble des livres qui servent aussi à ... être à la hauteur aux amoureux, "intellectuels-mais-pas-trop" -Le confort de la maison du dimanche suggéré par le papier peint - par ailleurs présent dans le poème. ... etc...etc...

            Elles ne renvoient pas à des lieux définis, ni à une époque précise. On pourrait dire "le monde occidental du XXe siècle", un peu éloigné dans la mémoire - un clin d’œil à la "ligne claire" des BD de Hergé et ses élèves? Elles laissent la place aux émotions des enfants contemporains, sans les contraindre dans une forme  déterminée.

          Certains éléments de l'image sont repris au trait, discrètement, comme des dessins d'enfants, mais présents, sur la page du poème.

          En deux images,  Giorgia ATZENI  peut suggérer toute une histoire, sans l'imposer toutefois. Prenons par exemple le thème de l'école en hiver, "hors de chez soi". D'abord, c'est le passage de la chaleur douillette de la maison au froid de la rue, compensé par la vue du copain de banc, et le projet d'un échange imprévu. Le geste que fait le garçon pour tendre sa bille à son ami surprend ce dernier, qui n'est pas encore prêt à la prendre (Prima..). Ce même geste sera repris par la mamma, à la sortie de l'école, mais cette fois, c'est elle qui tend, et le protagoniste est prêt à recevoir ce cadeau-métaphore de l'amour maternel: une sorte de bille, mais comestible, un pain blanc et fumant, à la ricotta, ...chaud(s), moelleux, rond(s). / Parfait(s), comme des mondes en miniature" (Poi...). Fidélité de l'image au texte, sans redondance.

 

 

   N'imaginez toutefois pas l'illustratrice évoluer dans un "monde occidental du XXe siècle"... Elle enseigne dans des quartiers dits "difficiles" de Cagliari et autour, comme remplaçante, avec tout ce que cela comporte d'angoisse et de liberté. Si cet aspect d'une expérience d'enseignement vous intéresse (in italiano...), allez voir dans le blog de nos amies les souris qui peignent.  Elle y raconte son métier avec une verve qui dénote une énergie remarquable.   

             Question de rythme, vous avez compris que, pour Teresa PORCELLA, la poésie écrite n'est jamais loin de la poésie chantée. Et que le chant porte à la danse et à la représentation. Il était logique, donc, que PRIMA E POI  devienne un spectacle, que l'on a pu voir à Florence, sur la terrasse unique de VILLA BARDINI, avec en arrière-fond les toits de Florence, la tour de Palazzo Vecchio et le ballon captif de la Coupole de Brunelleschi. C'était en août 2020, au cours du Festival La  Città dei Lettori. Teresa Porcella était accompagnée, à la guitare, par Gianni CAMMILLI, et aidée pour la technique par l'Association Scioglilibro qui ne vous est pas inconnue. Ne boudez pas votre plaisir. Quand vous serez à Florence, montez voir VILLA BARDINI, ses collections, son parc, ses panoramas, presque rien que pour vous. Et si c’est en août , La  Città dei Lettori....

                PRIMA E POI,  c'est aussi un spectacle théâtral "en salle", ainsi le 22 octobre 2021 à Colle Val d'Elsa.

                 Rien d'étonnant, alors, que le livre ait été distingué lors de la 23ième édition du Concorso nazionale di poesia "Oreste Pelagatti - Città di Civitella del Tronto,  qu'il a remporté ex aequo avec les "Rime buie" de Bruno TOGNOLINI). Qui plus est, il sera, comme le vainqueur de chaque année, traduit et publié en braille par l'Unione Italiana Ciechi e Ipovedenti sezione di Teramo.

Un prix qui fait aussi  connaître l'une de ces petites villes des Abruzzes pleines de caractère et pas défigurées par le tourisme de masse.

 

 

 

 

PRIMA E POI,

textes de Teresa PORCELLA, illustrations de Giorgia ATZENI, 

graphisme Ignazio FULGHESU

  BACCHILEGA JUNIOR EDITORE,   2020,  64 pages, relié, 16 €

EAN:  9788869421150            ISBN:8869421155      

                           

Prima è Poi / Poi è Prima / zitto in mezzo / Ora rima

D’abord est Ensuite / Ensuite est d'Abord / en silence, entr'eux deux / Maint'nant fait le raccord

 

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Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #À VOIX HAUTE

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Publié le 27 Septembre 2021

          L’automne est décidément arrivé, aucun doute, et, tirés de sa petite pile d'albums réjouissants, Lectures Italiennes va vous en présenter quelques-uns qui aideront les enfants à conserver le dynamisme et la joie de l'été. Et vous, adultes, en bénéficierez par rebond. 

          Pour aujourd'hui, voilà:

 

c'est une histoire peu banale. À l'origine, une chèvre ( la capra) et un banc (la panca).  Irrémédiablement prisonniers l'un de l'autre par la vertu d'un scioglilingua [cholili-ngoua- le fameux son gli est très difficile pour un palais français, c'est un l mouillé un peu comme celui de million], un scioglilingua, donc, qui porte en français le joli nom de "virelangue" - "Les chaussettes de l'archiduchesse...", en somme.

          Tous les lecteurs, toutes les lectrices  italiennes l'ont déjà, entretemps,  répété  deux ou trois fois... Pour la chèvre, c'est soit "sur le banc", "sopra la panca", et alors tout va bien pour elle, "la capra campa". Mais si c'est "sous le banc", "sotto la panca", malheur, la chèvre crève tout bonnement, "la capra crepa".  Essayez donc de le dire de plus en plus vite:

Sopra la panca, la capra campa / Sotto la panca, la capra crepa"...

 

 

          Et c'est ainsi depuis... des siècles peut-être. Mais c'était sans compter avec la poésie, sous la plume (ou le clavier, oui...) de Giusi QUARENGHI: il lui a suffi de changer deux petites lettres, et voici "campa" qui devient "canta". Et, pour éviter toute équivoque, elle affirme dès la table des matières initiale, puis en pleine  page: page 9 : "La capra canta sopra e sotto la panca" (inutile de traduire, n'est-ce pas?) et page 41: La capra canta e bene campa anche senza panca" - la chèvre chante et vit tout à fait bien même sans banc"....

          Le maléfice est rompu, la chèvre est libre de chanter, et avec elle la voix des enfants qui se sentiront autorisés, eux aussi, à chanter, à mettre en mots toutes leurs émotions, leur vécu. À suivre avec jubilation la voix de la poésie, pour ensuite se lancer eux aussi, "puisque la chèvre le fait...".

          Ce recueil de poésies, nous le devons aux éditions des souris qui peignent, les  TOPIPITTORI qui vous sont désormais familiers, dans la collection qui porte bien son nom: Parola Magica [mÀdjica]. Relié dans sa couverture cartonnée, son format de 14 x 19 cm le fait tenir aisément  dans la main de l'adulte qui lit, mais est aussi d'accès facile pour les petites mains qui feuilletteront ses 80 pages colorées (et solides) pour choisir laquelle des poésies sera au menu du jour.

 

          Sera-ce la joie d'une journée un peu folle  : " Con le scarpe /sulla testa - avec mes chaussures / sur la tête ... dico piano / a tutto il mondo / che io oggi / son contenta - je dis doucement / au monde entier / que moi, aujourd'hui / je suis contente"  ?

 

           Sera-ce la grande colère qui m'envahit et que je ne sais pas gouverner ? 

" Furia, furia, sempre e adesso... - Fureur, fureur, maintenant et toujours..."

 

 

          Ou encore mes réflexions sur le ciel et sa place  dans le monde? " Il fatto è che i monti / lo tengono lassù / -il cielo voglio dire - Le fait est que les montagnes / le tiennent posé là-haut - c'est du ciel que je parle, hein?-...

 

 

        Et pourquoi pas de la lune, dans le ciel ? "Luna maga luna / strega luna cùllami -  lune lune magicienne / sorcière de lune, berce-moi..."

 

    

          Mais tout aussi bien de ma tante Mirella et de sa nostalgie pour la pluie de son pays natal : "Ma a volte la nostalgia / la punge dentro gli occhi / Allora... - Mais parfois la nostalgie / la pique à l'intérieur des yeux. / Alors..."

          Et pourquoi pas la poésie des "Bambine e bambini di tutte le età / siamo noi il patrimonio dell'umanità- Filles et garçons de tout âge / c'est nous le patrimoine de l'humanité"... qui rappelle en conclusion que "(siamo) fratelli e sorelle di un certo Pinocchio.... (nous sommes ) frères et sœurs d'un certain Pinocchio..."

 

 

 

          Vous n'avez là, vous vous en doutez, qu'un petit échantillon des trente-six poésies offertes par Giusi Quarenghi à ses lectrices et lecteurs. Mais vous avez compris que son sujet est la parole des enfants, l'expression de leurs émotions, quelles qu'elles soient. Qu'elles concernent la famille, avec ses incompréhensions (" Voi dite che sono distratta / ma..." - Vous, vous dites que je suis distraite/ mais..."), ou avec ses sentiments intenses ("Il mio papà c'è sempre... - Mon papa est toujours là") ; les peurs de la nuit, ou de la mort, à dompter; les relations avec les animaux, chiens, chats ... ou loups ... ; avec les plantes et la nature, comme cette étonnante bambina-orto, petite-fille-jardin (potager...) qui plante ..."semi d'orzo e di ruchetta / dentro l'orlo della gonna - des graines d'orge et de roquette / dans l’ourlet de (sa) jupe"... Avec l'air, le vent, l'eau - ah, les flaques d'eau, le pozzanghere [potsà-nguéré]... Mais aussi le contact de l'eau de mer -  Avec les racines... Les douleurs de la maladie...  Et encore...  Et aussi ... Selon la formule désormais consacrée, je vous laisse découvrir la richesse de ce recueil.

         Pour bien comprendre la force de ces "chansons caprines", voici, en commençant par la dernière, les trois citations que l'auteure a mises en exergue:

De Franz KAFKA :

                " Le cose comuni sono per se stesse miracoli", - les choses communes sont en soi des miracles"   

De Antonio PORTA:

                 "Faccio poesia per vendicare tutti i bambini, quelli presenti, quelli passati (compreso me stesso), e quelli futuri, perchè ai bambini viene impedito di reinventare linguisticamente il mondo come invece vorrebbero" - Je fais de la poésie pour venger tous les enfants, les enfants présents, les enfants passés (moi y compris), et les enfants futurs, car on empêche les enfants de ré-inventer linguistiquement le monde, comme ils voudraient le faire".

De Anne  SEXTON :

                    "Uova e parole vanno maneggiate con cura.

                     Una volta rotte non si possono riparare"                 

"Les œufs et les mots doivent être maniés avec soin. / Une fois cassés, on ne peut plus les réparer"

         

          Si vous voulez approfondir le rapport de Giusi QUARENGHI avec les mots, et pour peu que vous lisiez l'italien (...), prenez le temps de voir ce qu'elle écrivait sur le blog des éditeurs, en mai 2021, au moment de la sortie de La Capra Canta. C'est une poetessa à part entière, qu'elle écrive pour les enfants ou pour les adultes - par exemple Basuràda, chez Book Editore, 2017, dans la collection "écritures extra ordinaires, scritture extra ordinarie" (Descendre assez bas sur la page pour trouver la notice de ce livre).

          Ce n'est pas ici le lieu de faire une analyse métrique des poésies de La Capra Canta, leur richesse et leur musicalité ressort déjà d'une "simple" lecture, et les enfants y sont sensibles, autant, sinon plus,  que les grands.

 

 

          Enfin, est-il nécessaire d'ajouter quoi que ce soit au sujet des illustrations de Lucio SCHIAVON ? Vous les voyez sur les images ici reproduites, vous pouvez en admirer d'autres sur le site de l'illustrateur vénitien. Et, une fois encore, je laisse la parole à Giusi Quarenghi, qui le dit bien mieux que n'importe qui:

“ Ogni pagina è più grande dei suoi centimetri, si allarga come uno zoom; a volte esplode, a volte sprofonda, sempre ti porta con sé, I colori sono scorte e fulmini di luce e buio che il soggetto sia paesaggio o creatura, questa diventa paesaggio e quello ha fisionomie da vivo. Gli animali sono energia e danza, e se paiono voler fare gli aggressivi hanno qualcosa che dice che è per gioco. Non c’è ombra di didascalia e di descrizione, il disegno riesce a far muovere il testo, non lo lascia com’è e non gli sta addosso. Alla fine, ero sciolta come una bustina di effervescente che ha trovato un bicchiere d’acqua, come un golf liberato dall’ infeltrimento contenta e graziata da un mondo tanto bislacco e strampalato da meritarsi tutta la mia fiducia “ .

"Chaque page est plus grande que ses centimètres, elle s’élargit comme un zoom : parfois elle explose, parfois elle s’abîme, elle t’emmène toujours avec elle. Les couleurs sont des stocks et des éclairs de lumière et d’ombre, que le sujet soit un paysage ou une créature : la créature devient paysage, et celui-ci prend des airs de vivant. Les animaux sont énergie et danse, et s’ils semblent vouloir faire leurs agressifs, ils ont quelque chose qui dit que c’est un jeu. Il n’y a pas l’ombre d’une explication ou d’une description, le dessin arrive à faire bouger le texte, il ne le laisse pas tel quel, il ne pèse pas dessus. À la fin, j’étais liquéfiée comme un comprimé effervescent qui a trouvé un verre d’eau, comme un pull libéré du feutrage, contente et absoute par ce monde si farfelu, si extravagant qu’il mérite toute ma confiance ".

 

LA CAPRA CANTA

Textes: Giusi QUARENGHI,  illustrations: Lucio SCHIAVO

Éditions TOPIPITTORI

MAI 2021

80 pages, 16 €

ISBN: 9788833700694

Âge: 5 ans / 7 ans

 

 

 

UN GRAND MERCI AUX SOURIS QUI PEIGNENT POUR LES IMAGES

et à la Souris chargée de Presse, Lisa, toujours réactive et disponible.

POST SCRIPTUM

Pour qui souhaite retrouver les articles sur d'autres œuvres de Giusi QUARENGHI  :

2013: Io sono il cielo che nevica azzurro

2014 : Sonno gigante, sonno piccino

2016 : des contes

2020: Io ti domando       (deux articles)

 

 

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Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #A VOIX HAUTE

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