Publié le 1 Mai 2021

                Permettez-moi de commencer par trois anecdotes :

  • D'abord, une rencontre: des amis-voyageurs, au tout début de 2020, trouvent ceci au détour d'une allée, dans un parc de la ville de Buenos Aires: le monument date de 1921. On peut lire sur le bas du buste la citation: "Liberta (sic) va cercando" ("Il est à la recherche de la liberté"), citation du  très célèbre vers 71 du premier chant du PURGATOIRE.
Merci à D. et N. Q.

 

  • Ensuite, un repas de noces. Nous sommes dans un bourg de l'Est de la France, qui abrite une forte communauté du Nord-Est de l'Italie. Le marié est italien, la mariée française. La tablée, à majorité italienne. On y entend surtout le dialecte italien, et celui de l'endroit où se passe cette histoire. En attendant l'arrivée de la pièce montée, un convive lance : - " Barba (tonton), ci reciti qualcosa di Dante ( Dà-nté) ? ( tu nous dis quelque chose de Dante?"). À l'autre bout de la table, un grand vieillard relève la tête et : "- Dante ? Alighieri ?" - "Sì, sì!".  Il se lève solennellement, balaie la salle du regard, et commence à dire... un chant célèbre de la Divine Comédie, tranquille et concentré. Il a fait sien ce texte, et les convives avec lui.
  • Et enfin un souvenir d'enfance raconté par un des grands "lecteurs" de la Divine Comédie, dont vous allez faire connaissance, si ce n'est déjà fait : Vittorio SERMONTI. Il raconte cet épisode dans l'introduction à sa lecture de l'Enfer. On est en 1940, c'est le premier été de guerre, il a 11 ans. Son père ("un avocat d'origines très modestes") fait étudier l'Enfer de Dante à ses deux frères jumeaux, de quatre ans plus âgés, pour préparer une hypothétique rentrée. N'ayant rien de mieux à faire,  "le gamin"  suit ces leçons. Et même si (ou parce que...) il ne comprend pas un traître mot de ce texte, qui sera suivi, les étés suivants, par le Purgatoire et le Paradis, ( "... et la faim..." ),  l'enfant est fasciné par ce qu'il entend.
Portrait par Botticelli. Reproduction inversée

 

  Il est évident que, en cette année 2021, les étagères des librairies et des bibliothèques publiques (et privées) italiennes débordent de textes du poète, de commentaires, d'essais - e chi più ne ha più ne metta -  Ces pages n'entendent pas vous guider dans cette "forêt obscure", ce n'est pas leur vocation. Mais plutôt partager avec vous quelques "passeurs" qui m'ont aidée à entrer dans le grand poème. Ce sont, surtout, des voix, et nous reviendrons sur ce point, fondamental pour la Divina Commedia.

 

            Premier entre tous, donc, Vittorio SERMONTI ( Rome, 1929-2016). Pour des raisons techniques, liées à ma plate-forme d'hébergement, je ne peux pas vous mettre un lien direct, mais  un site lui est consacré: www.vittoriosermonti.it . Homme d'une culture et d'une énergie peu communes (il ne s'est pas consacré uniquement à la Divine Comédie...), de 1987 à 1992, il enregistre pour la radio RAI3 l'ensemble des cent chants de la Comédie, qu'il explicite d'abord avant de les lire. Son objectif est "simple":  "permettre à n'importe quel italien doté d'une culture moyenne, d'intelligence et d'un peu de passion de parcourir le plus grand livre jamais écrit en italien sans interrompre continuellement cette aventure pour s'approvisionner en informations, explications et variantes dans les notes de bas de page".

Et, en effet, avec sa lecture de l'Enfer, il tient en haleine un public nombreux et  très varié

pendant trente-quatre soirs de suite. Puis ce sera le Purgatoire en 1990 et le Paradis en 1993. Ces lectures, il les fera aussi en public, aux quatre coins de l'Italie et du monde, jusqu'en 2007. Et elles seront plusieurs fois publiées,  et toujours disponibles, en livres. Il est précieux d'avoir des textes de référence, pour un poème de la dimension de la Commedia.  Sermonti a une grande culture, ses explications sont fouillées, mais restent toujours accessibles, voir plus haut.

On peut les trouver maintenant en livres audio: un coffret, 700 ans obligent, ou trois volumes , chez l’éditeur d'audiolivres EMONS : La Commedia di Dante, raccontata e letta da Vittorio Sermonti. Il est aussi présent sur Youtube. Sa diction très claire, expressive - sans cette théâtralité qui rendait  insupportable la lecture de Vittorio Gassman - marque la mémoire.

Merci à Madame Ripa di Meana Sermonti pour cette photo.

 

          L'autre lecteur incontournable de La Divina Commedia, vous le savez, c'est Roberto BENIGNI. Un accès au texte tout autre . On est entre toscans, Benigni tutoie Dante, il lui écrit une lettre, il publie un livre "Il mio Dante"...D'une part, l'acteur est l'héritier de toute une tradition toscane ancienne de joutes oratoires en vers. Les biographes du poète (Boccace entre autres) racontent comment, dès que la première Cantica fut rendue publique (on ne peut pas encore dire "publiée"), elle fut lue et mémorisée par de simples florentins.  Vous pouvez approfondir cet aspect en consultant un des articles (merci à la revue ANDERSEN d'avoir mis à la disposition de tous ce trésor d'informations) consacrés à Dante par la fondation Treccani (celle de l'Encyclopédie héponyme).

             Benigni s'est approprié un nombre impressionnant de chants de la Commedia, qu'il récite, "a memoria" (vous l'avez vu et entendu au Quirinal ce 25 mars - cf article précédent). On peut cependant contester le titre donné à ses grandes représentations, celles de Florence, devant la basilique de Santa Croce  et la statue du poète, en 2006 et 2012,  reprises ensuite un peu partout dans le monde: TUTTO DANTE. Ce n'est pas 'tutto", c'est tout l'Enfer, le dernier chant du Purgatoire et le dernier du Paradis. Il y a toutes les autres œuvres du poète. On peut faire la fine bouche devant sa façon de jouer le "bouffon" pendant ses représentations. Cependant, le bouffon est un personnage médiéval - Dario Fo nous l'avait rappelé - et Benigni crée, au delà de sa prestation personnelle, une attention au texte de Dante qui donne envie d'y retourner voir, dans les livres. Il sait aussi, d'ailleurs, avoir des moments graves, sinon recueillis. Par exemple ce chant un de l'Enfer, à Florence, ici sous-titré de la traduction de Jacqueline Risset; c'était il y a ... une quinzaine d'années. On trouve facilement en librairie les coffrets (5 coffrets de 3 DVD chacun) du TUTTO DANTE. Pour ne pas parler des ressources de youtube....

        

                 Également, en bilingue, les enregistrements des "Lecturae Dantis" de la Vita Nova  par l'acteur Cristiano Nocera déjà signalées précédemment : elles sont au nombre de six maintenant.

 

Une des illustrations de BOTTICELLI pour le Paradis

 

  Oh gioia! oh ineffabile allegrezza!                                       O joie! ô ineffable allégresse !

  oh vita intègra d’amore e di pace!                                        ô vie entière d'amour et de paix!                 

 oh sanza brama sicura ricchezza!                                          ô richesse assurée sans convoitise!

 (Paradiso XXVII, 7-9).                                                          (Traduction de Jacqueline RISSET)

 

                    Dante pourrait être la lecture d’une vie, mais chacune, chacun peut y trouver des moments rares, même sans "tout" lire. En ne négligeant pas le Purgatoire, ni le Paradis. Et si l'entreprise vous effraie, commencez par les albums à destination des plus jeunes, certains sont des chefs-d’œuvre.

                   À suivre.................

 

 

Lire la suite

Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #CLASSIQUES

Repost0

Publié le 8 Avril 2021

                        C'est sans doute l'une des images de Dante et sa Divine Comédie les plus célèbres, les plus reproduites, peinte en 1465, 144 ans après la mort du poète, par un certain Domenico di Michelino, sur un mur de la nef du Duomo de Florence, Santa Maria del Fiore. 

                        Qu'en est-il du poète florentin et de son œuvre, en cette année 2021 où se commémore, dans le monde entier,  le sept centième anniversaire de sa mort ? Peut-être "les grands", les adultes qui vont accompagner les plus jeunes dans la découverte des initiatives éditoriales (certaines déjà anciennes et toujours de valeur) qui leur sont destinées voudront-ils d'abord rafraîchir leurs souvenirs scolaires ou universitaires, ou aborder pour la première fois ce Classique des classiques. Vous vous rappelez Calvino:" On appelle classiques les livres qui constituent une richesse pour qui les a lus et aimés; mais qui constituent une richesse tout aussi grande pour qui se réserve la chance de les lire pour la première fois dans les meilleures conditions pour les déguster".

                          Lectures Italiennes voudrait donc, aujourd'hui, vous donner - ou redonner- quelques pistes pour ce faire. C'est le 8 avril 1300, Vendredi Saint de l'année du premier Jubilé, en effet, que Dante raconte avoir entamé son voyage de trois jours dans les trois règnes de l'au-delà. Il le raconte, vous le savez,  dans les trois Cantiche (Cà-ntiké) de son œuvre majeure, mais pas unique, LA DIVINA COMMEDIA.

Dante lecteur, détail des fresques de Luca Signorelli dans le dôme d'Orvieto.Reproduction inversée

                 

                  Certes, nous aurions pu commencer le 25 mars, le DANTEDÌ. 

- Dantedì ? - Oui, comme il y a le "giovedì", jour de Jupiter (ou "jeudi"), il y a et y aura, depuis 2020, le  DANTEDÌ, jour de Dante, qui verra, une fois par an, par décision du gouvernement italien,  célébré le poète dans le monde entier. Cette date du 25 mars, jour de l'Annunciazione, était, à Florence, au XIII siècle, le premier jour de l'année. Nous ne nous prononçons pas sur son rapport avec l’œuvre de Dante. En cette année du septième centenaire de sa mort, il y a eu une célébration officielle au Palais du Quirinal, qu'un certain nombre d'entre vous ont probablement suivie en direct sur RAI 1.

Grâce à youtube, le document reste à notre disposition.  Il contient, outre la présentation officielle du poète et du septième centenaire de sa mort, un film documentaire d'un peu plus de 8 minutes,  bien fait, projeté dans la "Salle des Cuirassiers" du palais du Quirinal, devant le Président de la République Sergio MATTARELLA et ses invités. Un groupe de musiciens exécute deux chansons de l'époque de Dante, avec instruments anciens, très beau moment, à 1 mn du début, puis à 19:16 (pour qui ne voudrait pas suivre tous les discours...). Et enfin, à 21:28, arrive Roberto BENIGNI, à la fois joyeux comme il sait l'être, et ému, qui va, à son habitude,  expliciter, puis dire le 25ième chant du Paradis. 

L'ensemble dure 47 minutes.

 

 

 

          Que conseiller comme lectures en français?

         

Il y a le travail de la poétesse Jacqueline RISSET, décédée en 2014, qui, dans son DANTE, UNE VIE, trace un panorama passionné, très documenté, mais cependant accessible, de la vie et de l’œuvre du poète, édité chez FLAMMARION en 1995.

 

 

On lui doit également une traduction intégrale de la DIVINE COMÉDIE, toujours chez Flammarion, qui vient de faire une réédition, et, comme de plus en plus souvent, vous pouvez feuilleter le début de l'ouvrage sur le site.

 

 

 

ACTES SUD, quand à eux, ont publié le mois dernier en un seul volume la traduction nouvelle de Danièle ROBERT, travail qui a duré de 2016 à 2021. Il existe aussi une version bilingue, et une version en trois livres, un pour chaque Cantica. Vous trouverez sur la page du catalogue en lien des vidéos d'interviews de la traductrice, et sur le Net, beaucoup de documents sur elle et son travail. Et, surtout, vous pourrez lire des passages des différents livres, et en particulier, l'introduction à l'Enfer où l'auteure explicite ses choix méthodologiques, mais aussi Le Purgatoire  et  Le Paradis.

 

 

FLAMMARION, encore, vient de publier une traduction de l'ouvrage de l'historien médiéviste italien Alessandro BARBERO : DANTE . La vraie vie de Dante. On en parle beaucoup, en Italie comme en France; on peut suivre diverses interviews de lui sur le Net. Sur la page du catalogue en lien, vous pourrez lire l'introduction de Barbero à son livre, et en feuilleter les premières pages, cela semble intéressant.

POST SCRIPTUM: le 10 avril, à la Maison de la Poésie-Scène littéraire, à Paris, a eu lieu, dans le cadre du festival ITALISSIMO, une conversation entre Fabio Gambaro et Alessandro BARBERO, autour de son livre sur "la vraie vie de Dante".  Elle dure un peu plus d'une heure et est très éclairante sur l'approche de Dante qu'a Alessandro Barbero. En français, naturellement.

 

Enfin, je vous signale un site qui me semble bien fait: LA DIVINE COMÉDIE, par un journaliste visiblement passionné par son sujet, Marc MENTRÉ.

 

Et pour écouter?

           Les ressources sont nombreuses. Voulez-vous savoir, en quatre minutes et en français,  "pourquoi il faut lire la Divine Comédie de Dante" ? Carlo OSSOLA, entre autre professeur au Collège de France, vous l'expose dans une petite vidéo de France Culture.

            Ce n'est qu'un des nombreux documents que met à notre disposition France Culture sur le thème de LA DIVINE COMÉDIE : selon vos intérêts et le temps dont vous disposez, vous aurez l'embarras du choix.

             Il y a aussi d'autres œuvres du poète florentin. Par exemple LA VITA NOVA. Vous pouvez en découvrir une lecture en quatre épisodes (pour le moment) grâce à l'Istituto Italiano di Cultura de Strasbourg, et à Cristiano NOCERA, qui a également donné de belles lectures de la Divine Comédie, qui ne sont, que je sache, pas (pas encore?) en ligne.

 

Dans un prochain post, vous aurez quelques pistes en italien, avant d'aborder les livres et albums qui permettent aux enfants et aux jeunes de se familiariser avec LE poète.

DANTE par GIOTTO, dans un fragment de fresque au Bargello de Florence. Reproduction inversée.

 

Lire la suite

Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #CLASSIQUES

Repost0

Publié le 24 Mars 2021

             Cette Lecture Italienne sera un peu différente des précédentes: la présentation des livres passera par

des documents vidéos, et nous les découvrirons en partant de visites  au petit, mais si riche, MUSEO MARINO MARINI de Florence. Un musée où, même en dehors des temps de pandémie, vous ne risquez pas de devoir jouer des coudes pour admirer les œuvres exposées.  Un musée de sculptures et peintures  de la première moitié du XX siècle, toutes œuvres de l'artiste toscan né en 1901 et mort en 1980.

              Ce programme est orchestré par Teresa PORCELLA et l’association SCIOGLILIBRO ("chollilibro"...) dont nous reparlerons un peu plus tard.

               Chaque prom'nade commence dans le musée, avec divers guides adaptés aux petits comme aux grands visiteurs, suivant un thème qui sera illustré par des lectures, de la musique "dal vivo", des danses, puis des ateliers d'activités, manuelles ou numériques; quelques visites aussi dans le cœur de la ville, pour y découvrir en particulier des images d'Art Urbain ou d'autres surprises. Le tout joyeusement mis en rythme et en musique, avec des pauses-commentaires en "fumetto" ou bulles de BD particulièrement réussies.  Et les graines d'artiste sont invitées, dans le sillage des ateliers, à envoyer leurs productions sur le site de l'association.

Le tout sur une durée d'entre 35 minutes  et une heure chaque fois. Il n'est pas nécessaire, je crois, de regarder chaque vidéo de A à Z (il y en aura 7 en tout...), on peut explorer et approfondir, dans un premier temps, ce qui nous met le plus en appétit... Lectures Italiennes se sent un peu confuse de réserver ces trésors aux seuls italophones... On rêve d'une machine- interpréte, en un clic ... Vous qui ne maîtrisez pas (pas encore) l’italien, vous aurez quand même beaucoup de belles choses où promener vos yeux, et vos oreilles aussi...

Vous êtes prêtes? Prêts?

Premier épisodeMoi, je vais au Musée Marino Marini, pour y découvrir le musée, bien sûr, ses statues et un trésor caché, la Cappella Ruccellai et son Tempietto de la Renaissance. Vous irez aussi retrouver l'incomparable façade de Santa Maria Novella, le "bel San Giovanni" de Dante (le Baptistère et sa Porta del Paradiso), et puis une petite bibliothèque historique à l’intérieur du Palazzo Strozzi ... Le livre présenté s'intitule LA MOSTRA IN MOSTRA (L'expo s'expose), viaggio dietro le quinte di una galleria d'arte contemporanea, (voyage dans les coulisses d'une galerie d'art contemporain), publié par CARTHUSIA en 2010, à partir de 9 ans.

 

Épisode 2: Danser avec l'art et avec Clet.  On y suit des ateliers qui ont eu lieu dans l'espace superbe de la

 

crypte du Museo Marino Marini, et l'élaboration d'un spectacle musical, avec jongleur et acrobate, à partir du livre : Danzando con l'arte, publié en 2019 par LIBRARTE, pour une lecture à partir de 7 ans. Démarche intéressante, chansons et musiques qui emportent.

On y découvre aussi comment l'artiste de rue Clet détourne les panneaux de signalisation routière dans les petites rues du cœur de la ville. Et comment en réaliser soi-même.

 

 

 

 

Épisode 3: Chevaux et cavaliers: l'imagination galope en compagnie de Gek Tessaro . Où l'on croise Don Quichotte et sa Rossinante, avec d'excellentes lectures de Mario Pietramala. De quoi retourner vite à ses classiques. Le thème du cheval est fondamental chez Marino Marini, voir le petit livre MATTO COME UN CAVALLO qui parle de son travail.

 

Mais "matto", fou, se réfère aussi à...Don Quichotte, bien sûr. Et dans le monde des livres dits "de jeunesse", qui d'autre a cette relation intime avec le cheval et sa folie, sinon Gek TESSARO ? On lui doit, entre autres, Il Cuore di Chisciotte, "voyage visionnaire et poétique à travers l'oeuvre de Cervantes", pour CARTHUSIA en 2011. Le livre inclut le DVD du spectacle éponyme. L’exemple même de livre "pour tous les âges"  Et le même Tessaro répond ici à une interview où il explique à la fois sa technique de dessin des deux mains, et son amour des chevaux.  . Bien sûr, la prom'nade se termine à la recherche de statues équestres florentines, qui ne manquent pas.

 

 

 

Épisode 4: Marino Marini étrusque: les Pomones.  Dans chaque épisode, on peut lire des citations de Marino Marini. Celles-ci ont trait à sa relation avec les Étrusques: il se dit "étrusque" lui-même, et a sculpté  plusieurs statues de Pomona, la nymphe des jardins. Mario PIETRAMALA  nous fait une lecture du récit d'OVIDE, dans les Métamorphoses, où Pomone résiste à la cour empressée du dieu des jardins Vertumne, jusqu'à ce qu'il trouve une ruse. Épisode maintes fois illustré en peinture, dont la vidéo nous montre différentes reproductions. Et pour que les jeunes visiteurs ne soient pas en reste, Gaia NANNI  leur lit la version contemporaine écrite par Giovanni NUCCI dans Flora e Zefiro e altre storie, un classique de 1999 chez Mondadori, avec des illustrations faites pour l'occasion par Martina D'ARPINO. Et les ateliers y mettent du leur. On y apprend, entre autre, à "transporter", grâce à un logiciel, les Pomones de notre choix dans des paysages florentins (ou autres...).

 

Et, en prime et en avant-première, pour vous, la couverture de l'épisode 5 qui sera mis en ligne ce samedi 27, avant les deux derniers les samedis suivants : Un mistero al museo.....

 

          Si l'on peut reprocher à ces vidéos quelques peccadilles techniques (prise de vue tremblée, prise de son pas toujours nette), mais vraiment peu, on ne peut qu'admirer le travail réalisé par les associés de SCIOGLILIBRO. En jouant avec l'expression "scioglilingua", ces jeux du type "les chaussettes de l’archiduchesse...", ou "sopra la panca la capra campa..." destinés à "délier la langue", Scioglilibro organise, à Florence (et à Cagliari), toute sorte d'activités autour de la lecture,  avec toute sorte de partenaires, pour "délier le livre" et "attacher le lecteur". Sous la houlette enjouée, je l'ai déjà dit, de Teresa PORCELLA. 

           Voilà matière à affronter les couvre-feu ou confinement

encore devant nous! 

                                       Et les saisons qui suivront...

              

P.S. Pour des raisons techniques, qui me semblent mystérieuses (http// contre https//), je n'ai pu vous mettre le lien habituel où il suffit de cliquer, tant pour le site de Scioglilibro que pour celui de Gek Tessaro. Mais vous pouvez les copier-coller dans votre page de recherche depuis ici.

Pour Scioglilibro, savoir qui ils/elles sont, leurs buts, leurs programmes, leurs réalisations:                              http://www.scioglilibro.it/

Pour Gek Tessaro, un site qui est une mine de découvertes:  

  http://www.gektessaro.it/

 

Lire la suite

Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #TEMPS PRESENT

Repost0

Publié le 17 Mars 2021

             

 

            "Dentelles des Reflets de Venise" n'est pas un "livre de jeunesse"?  Il n'y a pas d'âge pour lire les poèmes.

          Ces poèmes ne sont pas en italien? Quoi de plus italien que Venise? Et pour une fois, ceux qui ne maîtrisent pas la langue de Goldoni ne seront pas pénalisés.

           N'a-t-on pas déjà beaucoup écrit sur Venise? C'est une réalité inépuisable, tant pour les textes que pour les images. L'auteure, Chantal ROBILLARD, aime et connaît la ville et l'a photographiée hors des sentiers battus.

           Elle aime aussi la poésie, et pour aiguillonner son inspiration, elle travaille en suivant les contraintes formelles de l'OULIPO (Ouvroir de Littérature Potentielle) . Une façon de ne pas tomber dans la banalité, de redonner de la vigueur aux images qui viennent spontanément à l'esprit. Une (un?) journaliste du quotidien  Dernières Nouvelles d'Alsace a parfaitement présenté ce riche petit recueil, aussi je lui laisse la parole, ICI.

             Jusqu'à ce que nous retrouvions tous et toutes notre liberté de voyager, vous avez largement le temps de préparer un itinéraire vénitien rien qu'à vous et aux petites et petits voyageurs qui vous accompagneront.  Les Dentelles vous y aideront.

 

 

 

 

Lire la suite

Rédigé par Lecturesitaliennes

Repost0

Publié le 28 Février 2021

          Le printemps a beau arriver à pas de loup, la pandémie, elle, semble bien installée, et le moral des grands et des petits s'en ressent fortement.  Lectures Italiennes a cherché dans ses albums quelque chose pour "tira(rv)isù", vous remonter le moral.

          Et voilà que, grâce à son format inhabituel (14 cm de large sur 28 de haut), a fait signe sur les rayons un livre insolite, drôle et que vous pourrez aussi chanter avec vos petits lecteurs:  c'est chez l'éditeur Coccolebooks  et c'est une histoire un peu folle, imaginée, écrite et chantée par la créatrice protéiforme Teresa PORCELLA ,  et illustrée dans le même esprit réjouissant par Ignazio FULGHESU.

 

 

          Une histoire de BANCA et de BANDA: le fourmilier Ernesto est banquier, les dix fourmis forment un (big) band, et leur immeuble est pile en face de la banque. Entre leurs activités respectives, juste deux misérables petites lettres de différence :  "BANCA CONTO TUTTO", et " BANDA CANTO TUTTO". Entre "je compte " et "je chante", une seule voyelle de différence. Et toute une conception de la vie autre. Les dix Formichieri banchieri (vous vous rappelez la prononciation "...kiéri" ?) n'apprécient pas du tout le vacarme (chiasso, fracasso...) de leurs musiciennes de voisines.

 

 

  

 

 

 

       

            D'où la décision d'envoyer Ernesto  en mission pour balayer" tout ça" ("ogni cosa") de sa langue  poisseuse ("appiccicosa"). En vers et en rimes!

 

 

 

 

 

Est-ce la fin de la Banda Canto Tutto?

          C'est sans compter avec le courage et la fantaisie des musiciennes et musiciens: chacune, chacun va sortir à tour de rôle, avec son instrument de musique.

          L'occasion de faire le tour du groupe: Enrica et sa clarinette (il clarinetto); Galeazzo et sa contrebasse    ( il contrabasso); Iole, la chanteuse (la cantante); Giambattista et sa flûte (il flàuto); Max et son sax (sic); Vera et son clavier (la tastiera); Riccardo et ses instruments à corde (... a corda); Rosalba Mabomba et sa trompette (la tromba); Gian Marìa, primo al mondo per la batterìa; et enfin Gavino (prénom typiquement sarde, comme le sont les deux auteurs...), il formichino piccolino, virtuoso di viola e violino.

          Chacun et chacune, sans crainte aucune, va flatter la vanité naturelle d'Ernesto, pour le détourner de son projet meurtrier, et changer chaque fois un détail de son look.  Chaque fois pas grand chose, selon les spécialités respectives. Et toujours sur une double page.

          Gian Maria, le batteur, par exemple, lui donnera de nouvelles lunettes: voyez plutôt:

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

          Dans chaque épisode-double page, la lectrice, le lecteur rencontreront, outre les musiciens protagonistes, des "passants" qui traversent l'image, venus de la double page initiale reproduite plus haut. Et aussi, détail important, les "voix off": des bras portant sur des pancartes leurs commentaires personnels - toujours en vers...-. Ils peuvent être un ou plus. Les banquiers à gauche, les fourmis à droite. On imagine bien les nouvelles créations-commentaires qui peuvent en découler.

          Après ces dix interventions, reconnaît-on encore Ernesto-il-formichiere -banchiere?

À vous de juger:

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

          Il vous reste, comme toujours, à découvrir les détails de cette histoire, sa fin et sa "morale", la robustesse de sa couverture et le soin de l'impression.

         Et puis il y a une "ciliegina sulla torta", une "cerise sur le gâteau": le livre contient un CD avec l'histoire non pas "lue", mais "dite", "jouée", par Teresa Porcella, et ce n'est pas triste du tout, avec l’accompagnement de bruitages et de musique. Et voilà que les éditions Còccole Books méritent bien leur nom, car elles nous chouchoutent et nous offrent l'enregistrement du CD, ici. Vous ne bouderez sans doute pas votre plaisir avec la grande "Marcetta di Roccanaso", une récapitulation de l'histoire sur un rythme de cha-cha-cha, chœur et orchestre. Faut-il regretter que, sur la double page finale de l'album, il n'y ait que les refrains et les deux  dernières strophes de la chanson? N'est-ce pas un excellent exercice de langue que de mettre par écrit les paroles écoutées?

         En tout cas, si les 3 à 6 ans auxquels est destinée cette histoire en re-voudront "encore", de plus grands (6 à 9 ans?) qui auront laissé traîner leurs oreilles se joindront probablement à vos chants.  Sans préjuger des adultes...

 

Il Formichiere Ernesto

textes de Teresa PORCELLA, illustrations de Ignazio FULGHESU,

paru en avril 2018, éditions Coccole Books

ISBN 9788898346905
 48 pages,  13 euros.

MERCI À L'ÉDITRICE POUR LES IMAGES ICI REPRODUITES

 

Lire la suite

Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #À LIRE ET À CHANTER

Repost0

Publié le 29 Janvier 2021

          Ce pourrait être le début d'une collection..." - Tu sais, j'ai un nouvel Atlas, c'est la Befana qui me l'a apporté!" - "Ah oui? De quelle couleur?" -" Bleu océan..." - "Ils pourraient un faire un jaune bouton d'or aussi!" - "Pourquoi pas un vert émeraude...?" (rires)                           

     Vous n’avez pas oublié l'Atlas présenté ici il y a un an? Soit dit en passant, il s'est vu attribuer, ce 23 octobre 2020, Le PREMIO RODARI PER GLI ALBI ILLUSTRATI au cours du FESTIVAL GIANNI RODARI   qui se tient chaque année à Omegna, sa ville natale

Pour cette nouvelle année, les éditions GIRALÀNGOLO (nom qui signifie "tourne le coin", ne l'oubliez pas) nous en offrent un second, frère pas tout à fait jumeau du premier: toujours une réalisation de l'équipe ROVEDA-PACI.     

 

Il s'agit, cette fois, de l'ATLAS DES LIEUX IMAGINéS - VILLES, ÎLES, et PAYS des GRANDES HISTOIRES.

          Que sont ces "grandes histoires"? Ce sont seize romans pour la jeunesse devenus des classiques, qui ont été choisis par Anselmo ROVEDA comme témoins de la naissance de la littérature de jeunesse à proprement parler, sur un arc de presque cent ans, de 1844 à 1943. Seize titres qui ont marqué, dès leur parution, des générations de lectrices et lecteurs. Aussi bien Les aventures de Tom Sawyer que Les Quatre Filles du docteur March, Les Trois Mousquetaires que Le Petit Prince, David Copperfield que Le Vent dans les Saules, Les Garçons de la rue Paul que Le Magicien d'Oz, pour ne donner que quelques exemples.

          L'ouvrage est placé sous l'égide, classiques obligent, d'Italo Calvino et je ne résiste pas au plaisir de vous donner cette citation, car elle est très pertinente pour cet Atlas : " On appelle classiques les livres qui constituent une richesse pour qui les a lus et aimés; mais qui constituent une richesse tout aussi grande pour qui se réserve la chance de les lire pour la première fois dans les meilleures conditions pour les déguster ("gustare", c'est "apprécier", mais avec une note de gourmandise...)". Il s'agit donc soit de faire retrouver le plaisir de la première lecture, plus ou moins lointaine, soit de  susciter l'envie de cette première lecture.

           À travers les lieux de ces histoires. Vous avez bien remarqué que ce sont des luoghi immaginati, des lieux imaginés, participe passé d'un verbe d'action. Ils sont doublement, et même triplement imaginés: d'abord par l'auteur, qui à son tour les fait imaginer à sa lectrice et son lecteur - quel que soit leur âge...-, mais aussi à l'illustrateur, qui, également, par l'image imaginée (pardon!) et réalisée, va remettre en route l'imagination des mêmes lecteurs.

 

           En faisant ce choix de seize romans, Anselmo Roveda s'est attelé à une tâche redoutable, d'une certaine façon: on lui reprochera toujours celui qu'il n'aura pas inclus. Il vous répondra que, pour les autres, on peut toujours imaginer, à l'avenir.... Dans l'immédiat, il a composé avec l'importance historique et poétique du titre choisi, et, aussi, bien sûr, ses préférences personnelles. Chacun de nous, adultes, peut compter combien de ces seize ouvrages il a lu, ou pas.

             Deuxième gageure, une fois le titre choisi, quel extrait en citer, autour de quel lieu? Un passage dont la qualité de la langue soit représentative de l'ensemble de l'ouvrage, et sensible même sur cet "échantillon", et le lieu particulièrement stimulant.

             Vous avez sans doute reconnu, dans l'illustration ci-dessus, la découverte de l'Atlantide par le scientifique prisonnier du Capitaine Nemo, dans Vingt mille lieux sous les mers.

 

         

 

 

Moins immédiatement reconnaissable, dans l'autre dimension de l'espace, au milieu d'une pluie d'astéroïdes traversée par des vols d'oiseaux sauvages et... un avion, le petit blond à l'écharpe qui balaie sa minuscule planète B 612 avant de la quitter évoque très vite Le Petit Prince.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

À la paisible géométrie du comté de Scanie que découvre Nils Holgersson emporté sur le dos du jars Marten ...

 

 

 

 

 

   

 

... s'oppose l'inquiétante tranquillité de la rade de l'Île au Trésor, avec sa végétation "qui affichait une sorte de splendeur délétère".

 

 

 

 

          Le choix de la destination de ce voyage littéraire pourra répondre à deux stratégies:

-  commencer par examiner le planisphère qui ouvre le volume, et choisir les lieux, référés de façon claire ("New England, chez les March", ou encore "Paris, la ville des mousquetaires") ou un peu plus énigmatique    (" St Petersburg le long du Mississippi"  ou bien " Bois sauvage, sur les rives de la Tamise"). Si "l'astéroïde B 612" est bien présent, "en orbite quelque part", le Nautilus est absent du planisphère. Ce sera la surprise, en adoptant la deuxième stratégie:

- ouvrir l'album et se laisser happer par les illustrations, "Tra realtà e fantasia" "entre réalité et imagination",  ( est-il besoin de traduire?  ), comme l'indique un sous-titre, après le sommaire, puis l'introduction éclairante de Anselmo Roveda, avant de plonger dans les extraits. Le principe de la succession de ces textes n'est pas clair, mais doit-il l'être? On semble avoir privilégié la variété et l'imprévu à chaque tourne-page. De l'espace vaste et verdoyant des bords du Mississippi à la menaçante forêt dans la neige où sont perdus, silhouettes minuscules, Monsieur Rat et Monsieur Taupe. Pour passer ensuite directement, en gros plan, au thé surréaliste d'Alice à la table du Chapelier et du Lièvre de Mars.

            L'illustrateur, Marco Paci, quand on l'interroge sur la différence de travail entre l'Atlas salgarien et celui-ci, souligne que la grande variété des textes lui a permis d'utiliser une grande variété de techniques:  autant les traditionnelles gouaches et aquarelles, que les dessins à l'encre de Chine coloriés  numériquement ( l'épisode du Pays des Jouets de Pinocchio); mais aussi, pour le texte tiré de Jardin Secret de F.Hodgson Burnett, des feutres de couleur à pointe fine, créant une atmosphère très onirique; ou un mélange de toutes ces techniques.

           Dans une présentation de l'album qui a eu lieu ( virtuellement)  le 10 décembre 2020 à partir de la librairie abruzzaise AlÌ Babook, (en liaison avec cinq autres librairies de jeunesse disséminées dans toute l'Italie), vous pouvez écouter l'auteur et l'illustrateur parler de leur travail. Tout en réalisant une illustration que vous identifierez sans peine, Marco Paci souligne combien il est à la fois stimulant et frustrant : il n'a droit qu'à une image par livre, il faut qu'il y mette toute sa quintessence, et il a à peine terminé qu'il faut passer à un autre, complètement différent. C'est cette tension qui donne une telle vitalité à l'Atlante dei luoghi immaginati.

             J'ajouterai juste, avant de vous laisser découvrir tout ce dont il n'est pas question dans ces lignes, que les éditions Giralangolo ont fait un beau cadeau à leurs lectrices et lecteurs, en incluant trois illustrations panoramiques dans le volume: l'une est le paysage sous-marin ci-dessus, qui se révèle quand on déplie une apparition du Nautilus à la surface de l'Océan.  Les deux autres sont respectivement la tanière de Monsieur Blaireau, du Vent dans les saules, et l'intérieur de la maison du Docteur March. Elles ont en commun la neige, tombée dans les bois "sauvages", et en train de tomber sur les grands arbres qui entourent la petite maison March. Quand on déplie la page (de droite) , on se retrouve dans deux endroits admirablement réchauffés par un grand feu généreux. Voyez- plutôt:

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

           C'est presque "le tour du monde en 66 pages".  Et de la lecture en réserve (dans toutes les bonnes médiathèques qui, d'une façon ou d'une autre, continuent à prêter) pour ce confinement pas encore achevé. "De 7 à 107 ans", dit, cette fois, la notice.

P.S. Vous aurez deviné que, à part les trois images panoramiques, les autres illustrations sont la double page réservée à chaque roman, le texte venant se loger dans la partie vide de la page de gauche.

Atlante dei luoghi immaginati. Città, isole e paesi delle grandi storie         

de Anselmo Roveda, illustré par  Marco Paci                                                    

Editeur:EDT     Collection: Giralangolo                                                       

Sortie Italie: 19 novembre 2020
Format:  30 x 20,50 cm     66 pages   Relié
 ISBN: 9788859273271           19,50 €

MERCI

à GIRALANGOLO

pour les IMAGES

ici reproduites.

Lire la suite

Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #CLASSIQUES

Repost0

Publié le 5 Janvier 2021

   

Vous reconnaissez sans doute La BEFANA de Antonietta MANCA, déjà présentée sur ces pages.

En gros, vous savez que le 6 janvier, fête de l’Épiphanie, est en Italie jour férié qui clôt les fêtes de fin d'année, et fête de la BEFANA. Pour approfondir un peu, ce peut être ici en français   et là en italien.

          Comme petit intermède dans nos lectures, et comme cadeau de la Befana, justement, je vous propose d'écouter un chant traditionnel de la province toscane de Lucca, chanté par un chœur d'hommes turinois, le Coro Alpette di Torino . C'est en fait un "chant de quête" , et on le comprend en suivant les paroles.

"Ascoltate, e ... cantate."          

  https://www.youtube.com/watch?v=C7m7tG1MeK8

    

  1. Arriva pian pianino                                     Elle arrive tout doucettement

dai monti la Befana                                    de la montagne, la Befana

con la sua nenia strana                              avec sa drôle de mélopée

spazzategli il camino.                                 Balayez pour elle la cheminée.

 

Fatela riposare                                            Laissez-la se reposer

datele del buon vino,                                 donnez-lui du bon vin,

e vedrete che con pochino                        et vous verrez qu’avec pas grand ’chose

la potrete contentar.                                 Vous pourrez la satisfaire.

 

  1. Nacque da padre zoppo                            Elle est née d’un père boiteux

e certo non è bella,                                    et elle n’est certes pas belle,

e perchè ella  è zitella,                               et elle est célibataire,

ma buona in verità.                                   mais elle est gentille en vérité.

 

Aprite il borsellino,                                    Ouvrez votre escarcelle,

oppure la credenza,                                  ou bien votre buffet,

che noi certo avrem pazienza                 car nous aurons bien sûr la patience

di aspettare qui un pochin.                      d’attendre ici un petit peu.

 

  1. Grazie miei cari amici,                              Merci mes chers amis,

ringrazia la Befana,                                    la Befana vous remercie,

che la sua nenia strana                            que sa drôle de mélopée

 vi possa far felici.                                      puisse vous rendre heureux.

 

Adesso riprendiamo                                 Maintenant nous allons reprendre

la nostra camminata,                               notre chemin,

e finita la serenata,                                   la sérénade est finie,

quest’altr’anno tornerem.                       l’an prochain nous reviendrons.

 

Merci à l'amie Chantal R. qui m'a remise sur le chemin de la Befana.

  E BUONA FESTA!

 

Lire la suite

Rédigé par Lecturesitaliennes

Repost0

Publié le 29 Décembre 2020

       

  

Comme annoncé précédemment, voici en complément de la présentation de Io ti domando la traduction d'un texte de Giusi QUARENGHI sur un numéro de septembre 2020 du blog de TOPIPITTORI.

 

 

"A QUI APPARTIENNENT LES MOTS ?

Nous inaugurons la reprise de notre blog, après la pause estivale, avec notre première nouveauté, en librairie depuis quelques jours, Io ti domando, illustré par Guido Scarabottolo. Giusi Quarenghi, son auteure, réfléchit pour nous aux raisons d’une relecture de la Bible, à partir de ses histoires et de leur contenu, qui offrent d’infinies possibilités de sens et de réflexion (car nous avons grand besoin de sens et de réflexion, comme tout le monde le constate). Ce texte sort dix ans exactement après sa publication chez Rizzoli, avec les illustrations de Michele Ferri.

"Sois patient avec tout ce qu'il y a d'irrésolu dans ton cœur.

Et tâche d'aimer les questions elles-mêmes".

(R.M. Rilke, Lettres à un jeune poète)

« …en fait, il suffit d’être lecteur » écrivent Amos Oz et Fania Salzberg dans Gli ebrei e le parole. Alle radici dell’identità ebraica (Feltrinelli, Milan 2012), - Les hébreux et les mots. Aux racines de l’identité hébraïque.

Et bien avant, Emmanuel Levinas avait dit que toute lecture met au monde un sens, et toute non-lecture le retient dans le silence. Et, dans son sillage, Paolo de Benedetti cultivait une passion profonde pour le soixante et onzième sens... les significations sont au nombre de soixante-dix, soixante-dix, nombre qui dit la totalité réalisée, et, à la fois, l’infinité des significations : ce qui ne rend ni impossible ni inopportun le soixante et onzième sens. L’interprétation, comme l’œuvre, est ouverte.

C’est grâce à eux que j’ai commencé à lire la Bible, à quarante ans passés (ce qui, à propos de nombres - ce n’est pas un hasard - est le temps de la traversée du désert…). Par ailleurs, pendant mes années de formation – solidement catholique, jusqu’à un certain point – la lecture de la Bible n’était en aucun cas prévue, ni favorisée, ni conseillée. Mon désert consistait donc en une suite de dunes d’ignorance, mêlée d’indifférence et de désintérêt, avec, çà et là, une suite de petites taupinières d’impression d’inadéquation : je n’avais pas la foi, je n’avais aucune pratique religieuse, je manquais, me semblait-il, des prérequis élémentaires, et je ne pouvais certainement pas imaginer que je disposais des instruments nécessaires à une lecture d’une telle envergure. J’étais juste quelqu’un qui lisait. Cela ne pouvait suffire.

« Prends, et lis », s’était entendu dire Augustin dans les Confessions : il l’avait écrit, et je l’avais lu.

« Prends, et lis », m’avait simplement dit, plus tard, Paolo De Benedetti.

« Prends, et lis » : c’était aussi écrit sur la présentation de Biblia, l’association laïque (qualificatif fondamental et possible !) d’études bibliques fondée par Paolo De Benedetti, avec Agnese Cini, dans les années 80 (et que je fréquente depuis vingt ans). Je pouvais donc prendre le Livre et le lire. J’ai commencé, et j’ai continué, à lire et à relire ; en avançant, à reculons, et en travers ; sans finir et sans le finir, car finir, dans le sens d’arriver à la fin, et donc le fermer, j’ai vite compris que, avec ce livre, ce n’était pas possible, et surtout, ça avait très peu d’intérêt.

En effet la Bible, comme tous les grands livres, est capable de ça : vous ne la quittez pas, et elle ne vous quitte pas.  Et en la lisant – comme d’autres livres qui sont ses collègues, certains de son âge, d’autres plus mais aussi moins jeunes appelés classiques – vous vous apercevez que ça fait accéder à plusieurs choses : à la tradition orale qui les précède et les accompagne, à  l’écriture, la forme livre, le temps et la pratique de la lecture et de l’interprétation, la fonction du lecteur,  l’écoute, le souvenir et la transmission, le commentaire qui est, certes, à la mesure du texte lui-même, mais en même temps, et parfois surtout, à la mesure de celui qui lit, et des temps, et du contexte culturel dans lequel le texte est lu.

Ces livres au long, très long cours, emmènent en eux, et derrière eux, leurs histoires, mais aussi l’histoire/les histoires de leurs histoires, de celles qui précèdent le texte originel à celles qui poussent à côté de lui, l’accompagnent ou le suivent en l’éclairant ou alors en l’obscurcissant ; à commencer par cette lecture particulière, ce passage qu’est la traduction, les traductions, c’est-à-dire ce que l’on peut/on arrive/ on veut/on croit pouvoir transporter d’une langue à une autre, pour d’autres, qui connaissent rarement cette première langue. Mais la connaissance de la langue d’origine n’est pas la garantie d’une traduction unique, d’une interprétation unique, bien au contraire !

Ces livres portent en eux et derrière eux les allées et venues des réponses aux questions : « Qui est le maître des mots et de la parole, et donc de ce qu’ils signifient ? À qui appartiennent les mots ? À celui qui les dit ? À celui qui les reçoit ? Et le sens, où se tient-il, entièrement et uniquement dans les mots, ou dans le lien qui unit texte et lecture ? Et pour qui sont les mots ? ». La Bible, dans ce domaine, ne plaisante pas, elle part de haut, de très haut même : on parle de Dieu, elle est même Parole de Dieu. Parole de Dieu, oui, mais sous forme humaine, oh combien ! Et on peut se perdre dans ce court-circuit entre fini/infini, temps/éternité.

Mais les mots tiennent le fil, les mots vous tiennent. Le texte les file et ils filent le texte. Au départ en hébreux, puis en grec, en latin, en langue italienne et dans les diverses langues au cours des siècles, et dans les variations des langues elles-mêmes, selon ou contre les doctrines des siècles, et selon ce que les temps étaient capables de comprendre, voulaient comprendre ou se gardaient de comprendre ou de laisser comprendre. Vous lisez et vous sentez que ce sont des mots qui vous regardent de loin, qui viennent de loin et vous attendent plus loin encore, et pourtant ils sont là : « Cette parole est très proche de toi, elle est dans ta bouche et dans ton cœur » peut-on lire dans De 30.

Pourquoi, alors, ne pas mettre les jeunes en contact avec cette lecture, sans aucune intention autre que la connaissance du texte ? Pourquoi ne pas se mettre à lire, avec eux, et puis parler, écouter et parler, écouter et discuter ? En accompagnant aussi, parfois, la lecture avec des commentaires déjà écrits, des interprétations déjà existantes, pour élargir la recherche de sens, la possibilité de continuer le commentaire et d’ajouter des interprétations.

Se placer face au texte sur le mode de l’interrogation signifie faire une lecture d’auteur, active ; interroger le livre et se faire interroger par le livre. On trouve une infinité de traces de cette attitude, de cette façon de faire, dans les commentaires talmudiques et dans la tradition midrashique, qui existe en s’appuyant sur une disposition à chercher et à exiger. Je cherche le sens, tous les sens possibles, j’exige presque de la part du texte et de moi-même d’arriver au sens, à un sens possible, pour le texte et pour moi. Un corps à corps, la lutte avec l’ange (« Aucun sentier ne trompe, aucun présage ne ment / Qui a lutté avec l’ange reste phosphorescent », c’est ce qu’écrit Maria Luisa Spaziani dans une poésie, pour parler de la poésie : nous sommes dans des territoires très similaires). Lutte où ce n’est pas le vainqueur qui compte, ce qui compte, ce qui est important, tout autant, c’est le corps à corps, l’absence de peur du rapprochement, jusqu’à se rencontrer, jusqu’à se contrer. Il y a quelque chose de magnifique dans tout cela, une chose à laquelle on ne peut renoncer. Je crois en effet que là est le sens le plus vrai, le plus savoureux de l’activité de lecteur. Il suffit de l’être pour le devenir, grâce à cette patience que Rilke conseille avec amour."

 

  Voilà de quoi occuper les derniers jours de cette année 2020, grande "confineuse", en souhaitant que  2021 nous rendra à toutes et à tous santé et liberté de mouvement, qui en conditionne beaucoup d'autres.

QUE 2021 SOIT UNE BONNE ANNÉE POUR VOUS!

 

Lire la suite

Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #CLASSIQUES

Repost0

Publié le 23 Décembre 2020

          C'est un livre...de poids: un kilo et deux cents grammes, en grand format 20 x 26 cm. Trois centimètres d'épaisseur pour trois cent vingt-huit pages. Juste la largeur de la main, quand on le prend au bout de son bras et qu'on l'emmène à sa table de lecture. Ou dans le grand fauteuil à oreilles, ou sur le tapis, ou sous le pommier...

Malgré son poids, il est, comme disent les italiens, "invitante" [i-nvita-nté]: Sa couverture cartonnée facile à ouvrir, son dos toilé d'un jaune bouton-d'or, comme les quatre pages de garde, incitent à le feuilleter.

 

      Et à retrouver, à l'intérieur, le même type de "petits dessins" que sur la couverture, au milieu de blocs de texte très lisibles, sur des pages de papier bien robuste.

   

       Quel est donc ce livre, publié en 2020 par nos Souris qui peignent, TOPIPITTORI ? Giusi QUARENGHI y présente/raconte/traduit quarante-neuf épisodes de la Bible hébraïque, l'Ancien Testament de la Bible chrétienne. De Adam et Eve à Jonas, à travers des personnages aux noms généralement connus - Abraham...

Jacob... Moïse...Debora... Judith - et d'autres beaucoup moins - Jotham...Schiphra et Pua... Gédéon... Naomi-. Chaque épisode précise le libre de la Bible où il apparaît, et les numéros des chapitres. Les citations du texte "original" (en appendice, l'auteure consacre sept pages aux différentes versions et traductions de la Bible, selon les religions et les époques, et elle indique à quelle version elle se réfère pour les citations) sont en italique, pour bien les distinguer du récit. Qui est fort précieux, car il n'est pas donné à tout lecteur ou lectrice de ne pas se noyer dans la richesse du texte originel. L'auteure en a commencé la lecture à quarante ans passés, grâce à des rencontres dont elle parle dans un écrit paru en septembre 2020 sur le site de l'éditeur, au moment de la parution de "IO TI DOMANDO" . Ce texte, intitulé Di chi sono le parole? (A qui appartiennent les mots) est très éclairant sur la naissance et le sens de cet ouvrage. Les italophones peuvent déjà le lire ICI. Vous pourrez en lire une traduction entre Noël et Nouvel An sur Lectures Italiennes.

       Dans le récit, on retrouve la Giusi Quarenghi conteuse: vivacité du rythme, précision des mots, même s'ils restent simples. Des pages faites pour une lecture à haute voix. Un exemple: la page sur "Babel et les diversités":  deux lignes suffisent pour faire ressortir l'orgueil et la détermination des "fils des fils des fils de Noé". Puis Dieu descend "du ciel avec ses anges pour jeter un coup d’œil de plus près" , et se fâche de ce

que les hommes n'ont pas respecté les accords d'après le déluge:" Est-ce que je n'avais pas dit aux hommes de repeupler toute la terre, de partout? Pourquoi se sont-ils tous arrêtés dans cet endroit, à faire tous la même chose? Ce n'est pas comme ça qu'ils feront naître un monde meilleur que le précédent, et il faut qu'ils le comprennent vite fait. Je vais confondre leurs langues. Je vais provoquer de l'incompréhension entre eux, afin qu'ils trouvent le temps de penser, de construire des accords, et pas ces fichues  tours!". L'endroit où la langue devint plein de langues fut appelé Babel, Babele, Babylone, ce que veut dire "confuse", "mélangée". Sans une langue pour se comprendre, travailler ensemble était compliqué. Et les hommes commencèrent à s'en aller sur les routes du monde et ils devinrent soixante-dix peuples avec soixante-dix langues, une variété infinie."

          Dans un premier temps, donc, rappeler les histoires de la Bible à des lecteurs qui, souvent, n'en ont qu'une connaissance sommaire, voire inexistante, et leur permettre, entre autres choses, de comprendre tant de tableaux et de fresques de l'art européen, au fil des siècles, et particulièrement en Italie.

        

            Le récit, cependant, n'est peut-être pas le moment le plus essentiel de la lecture. Un texte si ancien, passé par tant de temps, de langues, de traditions religieuses (je vous renvoie, une fois encore, au texte cité plus haut "Di chi sono le parole?"), n'a cessé et continue d'interroger celui ou celle qui s'y plonge. Et c'est là qu'il faut s'arrêter un peu sur le titre de ce livre: "Io ti domando", je te demande. D'habitude, vous murmurez, pour dire votre perplexité "Io mi domando, je me demande", ça se passe entre vous et vous. Dans cette lecture, on passe à deux: "io" et "ti". "Je" pose des questions. À qui? À celui ou celle qui l'accompagne dans sa lecture ? Au livre ? À Dieu ? L'important, dit Giusi Quarenghi, ce sont les questions, plus que les réponses. Et elle met en exergue de son livre une citation de R.M.Rilke, tirée des Lettres à un jeune poète:

"Sois patient avec tout ce qu'il y a d'irrésolu dans ton cœur. Et tâche d'aimer les questions elles-mêmes.".

Interroger le texte, et se laisser interroger par lui. Aussi, après chaque récit, voici, en nombre variable, imprimées en rouge, un certain nombre de questions. Jusqu'à vingt et une sur les deux premiers chapitres de la Genèse," Da Niente a Io-Tu", De Rien à Moi-Toi, racontés en une trentaine de lignes. Plus souvent, une dizaine. L'auteure donne des réponses, bien sûr, ou des commentaires à la question, ou pose d'autres questions, sans rien de figé. Il faut dire qu'elle a enrichi sa lecture du texte biblique: la liste des "lectures qui (l')ont accompagnée" rempli bien six pages. Des auteurs de toutes époques et toutes nationalités. Qui, à leur tour, vont provoquer des réflexions, susciter de nouvelles questions... sans que, pour autant, le texte de l'auteure ne soit pédant. C'est en effet d'abord à des jeunes qu'elle entend s'adresser.

"Pourquoi, alors, ne pas mettre les jeunes ("ragazzi") en contact avec cette lecture, en dehors de toute intention qui ne soit la connaissance du texte? Pourquoi ne pas se mettre à lire, avec eux, ensemble, puis parler, écouter et parler, écouter et discuter? Parfois en accompagnant également la lecture de commentaires déjà écrits, et d' interprétations déjà existantes, pour élargir la recherche de sens, la possibilité de continuer le commentaire et ajouter des interprétations" (Di chi sono le parole).

 

           Dans ce projet, la tâche de l'illustrateur était délicate. Guido CARABOTTOLO a réfléchi et hésité pendant un an et demi, dit-il, avant d'accepter, puis il a encore fallu démarrer, trouver le bon format, étroitement lié à la mise en page. Il a d'abord travaillé en noir et blanc, la couleur est venue ensuite. Son style si particulier, qui, parfois, fait penser aux peintures rupestres est particulièrement adapté à ces textes.  Ils permettent d'apprivoiser leur masse, d'anticiper certaines atmosphères, de se reposer entre deux réflexions. Mais aussi, ces images feront naître, peut-être, de nouvelles questions... Une grande réussite.

             Vous ne lirez pas, je pense, IO TI DOMANDO comme un roman. Vous ne le partagerez peut-être pas d'emblée. Ou peut-être que si. C'est un livre qui vous accompagnera certainement longtemps. Grâce, aussi, aux trois pages d'introduction que l'auteure partage avec sa lectrice, son lecteur, et vers lesquelles on peut revenir souvent; avant de s'envoler, plus tard, vers l'une ou l'autre version du texte original.

 

IO TI DOMANDO    de Giusi QUAREGNGHI et Guido SCARBOTTOLO

Editions TOPIPITTORI, collection Grilli per la testa

Publié en 2020, 328 pages, 20 €

à partir de 7 ans

ISBN: 9788833700380

MERCI à TOPIPITTORI pour les illustrations ici reproduites.

 

 Bonnes lectures de Noël à chacune et chacun

 

 

 

 

 

 

 

 

Lire la suite

Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #CLASSIQUES, #A VOIX HAUTE

Repost0

Publié le 8 Décembre 2020

          Luisa MATTIA avait déjà emmené ses tout jeunes lecteurs (l'éditeur disait "à partir de 7 ans", mais les 4 / 5 ans devraient déjà apprécier le partage) sur un plateau de cinéma rêvé, dans COME IN UN FILM (voir deux posts plus bas, c'était le 20 septembre dernier).

          Cette fois, en association avec Janna CARIOLI, c'est sur un vrai tournage, historique, qu'elle accompagne  les 10-12 ans. Et nous avec. Non, elles ne réalisent pas un documentaire, mais créent un "polar" digne de ce nom à partir d'éléments réels. Un alerte "giallo", comme les italiens les appellent, dont l'intrigue n'ira pas jusqu'au "noir", bien que la collection où ce petit roman est publié s'intitule

             Nous sommes à Rome - oui, au moins l'une des deux auteures se définit comme "romana de Roma"-, à l'été 1952. La protagoniste, Flora Marinoni, seize ans, n’a qu'un rêve: devenir une star, Flora Del Mar... Et grâce à sa tante, la zia Dora, experte maquilleuse et coiffeuse ("trucco e parrucco") rien moins qu'à ... Cinecittà, elle vient d'obtenir, en ce mois de juin, un petit rôle de figurante dans un péplum. Il faut un début à tout! Une chute malencontreuse (qui entraîne une partie du décor en carton-pâte) la fait fuir, mais sa tante va rattraper la situation en acceptant de la prendre comme "assistante".

               Et c'est ainsi que Flora se retrouve sur un tournage très célèbre. Pendant lequel a lieu le vol d'un bijou. Sa tante est accusée, et emmenée sur le champ en garde à vue. Flora doit à tout prix prouver son innocence en démasquant le voleur (ou la voleuse). Elle a attiré l'attention de deux garçons de son âge, parmi les travailleurs précaires qui gravitent sur un plateau de cinéma:  le "titi romain" Vittorio, et le "beau gosse" , Louis. Lequel des deux l'aidera efficacement dans sa recherche? La tante sera-t-elle disculpée? Le bijour retrouvé? Telle est l'intrigue policière de Mistero sul set, littéralement: Mystère sur le tournage.

 

                  Je vois un peu d'impatience se manifester parmi vous: "-QUEL tournage? ". Réfléchissez (c'est peut-être déjà fait...): Cinecittà, Rome, été 1952, tournage très célèbre. Mais oui, vous y êtes, c'est bien de ROMAN HOLLIDAY, VACANZE ROMANE que nous parlons. On l'apprend à la page 16 du roman , mais la couverture nous mettait déjà sur la voie:

 

 

 

 

  une fille et un garçon sur un scooter ( une Vespa?), devant le Colisée...  ou ailleurs dans Rome...

 

            L'intrigue va nous faire suivre ce tournage "de l'intérieur", par les yeux d'une profane. Flora s’intéresse au cinéma, c'est sûr, voit des films, mais seulement dans les salles "di terza visione" ( les cinémas de quartier),

les seules que sa famille puisse se permettre;  elle regarde les couvertures de la toute nouvelle revue "Cinema Nuovo" et sans doute celles des hebdomadaires exposés chez le marchand de journaux... Et elle rêve, elle aussi, d'y voir apparaître sa photo, comme elle a vu celle de cette nouvelle actrice pas vraiment connue, mais "carina", mignonne, une certaine Audrey Hepburn, qui vient d'arriver à Rome où elle va jouer aux côtés du "bellissimo attore americano Gregory Peck".

            Ce sera l'occasion de se faire une idée concrète d'un tournage, en 1952,  à Cinecittà, mais aussi en "extérieur", dans des palais romains ou le long des rues d'une des capitales du tourisme international. Les jeunes d'aujourd'hui n'en ont qu'une idée très approximative.

          Et voici la cohorte des métiers nécessaires à la réalisation d'un film: bien sûr, le réalisateur et son        

assistant, mais aussi une foule d'autres - outre les acteurs et actrices, évidemment...- :" attrezzisti, direttori di scena, inservienti, tecnici del suono, operatori alla macchina da presa, servi di scena, trucco e parrucco…", sans parler du "responsable des figurants", du costumier ou de la costumière ( Lucrezia), et leurs aides (dont Louis), jusqu'à celui qui distribue les paniers-repas et les boissons (Vittorio), etc...etc... Qui se donne la peine de lire, à la fin d'un film, les génériques interminables?

          Voici la pagaille qui semble régner sur le plateau, jusqu'aux magiques "Ciak..." et "azione !". Et les reprises exténuantes de la même scène. Et la chaleur infernale qui sévit sous les projecteurs, augmentée encore par la température de cet été 52... Flora observe avec attention tout ce monde nouveau qu'elle ne soupçonnait pas dans son rêve d'actrice. Elle découvre que les scènes ne sont pas tournées dans l'ordre chronologique de l'histoire, par exemple ...

          Puis il y aura les scènes plus rares tournées dans trois des palais historiques - a Palazzo Brancaccio, e poi a Palazzo Barberini e a Palazzo Colonna - où, d'ailleurs, une Flora ou un Vittorio ne sont jamais entrés, la Journée du Patrimoine n'ayant pas encore été inventée... Ou bien celle en "extérieur nuit" (pour remédier à la canicule), sur le radeau-dancing sur le Tibre, presque sous le pont de Castel Sant'Angelo.

     

            Les quelques scènes du film évoquées dans le roman sont judicieusement choisies et nos trois jeunes héros y sont insérés avec beaucoup de naturel.

             L'enquête pour retrouver le ou la coupable permet de sortir du tournage, et d'entrer dans la vie quotidienne de la Rome des années 50. Flora et Vittorio habitent des quartiers populaires de la première périphérie, et leur enquête va les mener aussi dans des quartiers de baraquements pour ne pas dire de bidonvilles. On prend les transports en commun, le tram et son bruit de ferraille, ou les camionnettes privées qui apparaissent comme par enchantement en cas de grève, quand on n'a ni vélo ni scooter... On entrera chez des commerçants, acheter (pour les besoins de l’enquête...) trois cigarettes Aurora, plus chics que les Nazionali... Si l'on a faim, on pourra s'acheter un supplì al telefono (à cause des fils de fromage...) dans une rosticceria. Pour la soif et la gourmandise, c'est la "grattachecca", rivale romaine de la granita sicilienne...

             Mistero sul set tricote ces différents fils avec ceux de la personnalité des protagonistes, jamais simpliste, même pour les personnages secondaires. Là encore, l'histoire personnelle de chacun va conduire la lectrice ou le lecteur contemporains au contact de réalités qu'il ne connaît pas.

Dora, la tante, a vécu, à Rome,  les années de guerre, quand les habitants des quartiers populaires détruits par les bombardements de 1943  avaient été été relogés par les Américains, en 1944,  dans les vastes studios de Cinecittà provisoirement abandonnés. 

Vittorio distribue les paniers-repas pour gagner sa vie, mais sa vraie passion est la photo. Pour l'instant, il photographie clandestinement sur les tournages, grâce à son petit appareil discret, en espérant pouvoir vendre quelques clichés à des revues. Un vrai paparazzo en herbe, même si le terme ne sera inventé par Fellini que dans les années 70.  Lectrices et lecteurs vont découvrir, au fil de quelques pages émues, à l'heure des tirages photos à partir d'une clé USB, la magie du développement manuel dans la "camera oscura", où  Flora sera aussi admise - l'ampoule blanche et l'ampoule rouge, "le révélateur", les bassines où le papier était mis à tremper, l'image qui apparaissait petit à petit dans la lueur rouge, les tirages mis à sécher sur la ficelle, tenus par des pinces à linge...- souvenirs que certaines et certains d'entre vous ont peut-être aussi, en dehors de l'usage qu'en ont fait quelques cinéastes.  C'est cette passion de Vittorio, et l'acuité de son œil   de photographe,  qui vont permettre de trouver qui a volé le bijou. Mais c'est aussi grâce aux photos qu'il a prises de Flora qu'il comprendra le sentiment qui est né entre eux, et qu'il deviendra er fidanzato de Flora!

                Grégory Peck, sa cordialité et ses espadrilles, William Wyler et son cigare sont bien présents.  Évidemment, c'est la personnalité de Audrey Hepburn qui rayonne - bien que toujours discrète - dans l'intrigue. Comme elle parle l'italien, elle échange quelques mots avec Flora pendant que la zia Dora la coiffe ou la maquille: "Flora sgranò gli occhi. Ma come? Audrey Hepburn parlava la loro lingua ? – Sono stata in Italia con mio padre, quando ero bambina. A Roma, anche – spiegò".(Flora ouvrit de grands yeux. Quoi? Audrey Hepburn parlait leur langue? - Je suis venue en Italie avec mon père, quand j'étais petite. A' Rome aussi - précisa-t-elle).  La sympathie qui naît est très vraisemblable, et la lectrice (surtout elle...) attend, comme Flora, les moments où elles vont se rapprocher. Flora révise l'image qu'elle se faisait des stars, et gardera de cette aventure l’immanquable photo dédicacée, avec cette dédicace vraiment personnelle: «Take care of your dreams», "prends soin de tes rêves", message important pour une adolescente qui découvre un monde nouveau.

                 Bref, ce "petit" roman de 207 pages, quand même, est une réussite et séduira sans doute les jeunes qui le liront.  Il peut aussi donner bien des satisfaction à des adultes qui apprennent l'italien: la richesse de son style leur apportera beaucoup, même s'il leur faudra parfois s'armer d'un dictionnaire....

Vous pouvez lire une vingtaine des premières pages ici : cliquez sur "Leggi un estratto".

 

Janna CARIOLI et Luisa MATTIA:

MISTERO SUL SET   - Editeur PIEMME collection Il Battello a Vapore. Giallo e Nero

Format de poche

Publié le 20/10/2020             207 pages      11€,90

Isbn 9788856677560

 

                                                                                                      

Lire la suite

Rédigé par Lecturesitaliennes

Publié dans #ROMAN PSYCHOLOGIQUE

Repost0