MAMMA FARFALLA de Daniela VALENTE

Publié le 18 Décembre 2012

 

       Les Lectures Italiennes reprennent, et  en antidote à la grisaille de cette fin d'automne-début d'hiver, je vous propose un petit livre à la fois léger et grave qui nous vient du sud. Si je vous dis :" Câlins et crottes de nez", vous me répondrez avec un bel ensemble: "Còccole e Càccole"

-           "BRAVO !" ("brava, bravi, brave", selon qui vous êtes et si vous lisez      seul/e ou à plusieurs).

(Je renvoie les nouveaux au 13 juin 2012, "Essaie donc de l'expliquer à Nino", et aussi au 6 décembre 2011 I PASTORI  LI PASTRE de Frédéric MISTRAL.)

C'est toujours cette même maison d'édition indépendante,  féconde ( le lien à son site est dans le colonne de droite) basée en Calabre, sur la côte est, presque en face de la Sicile. Notre livre est baigné de ce monde méditerranéen.

Titre : "Mamma Farfalla", Maman Papillon; auteure: Daniela VALENTE; illustratrice: Marcella BRANCAFORTE. Nous sommes dans la même collection que l'histoire de Nino, de petits volumes de 14 cm sur 20, que l'on tient bien en main, papier de belle qualité, typographie soignée…           copertina2.

 

        - Oui, mais l'histoire?

J'y viens. La narratrice (on ne sait pas son nom) a huit ans, habite en Calabre, et nous parle, en douze brefs chapitres, de cet été de ses huit ans un peu particulier, car elle le passe, comme d'habitude, chez sa grand'mère ( chez ses grands-parents, mais la grand-mère a une place à part dans son cœur), de l'autre côté du détroit, en Sicile, en compagnie de ses cousins. Cet été-là, sa mère ne l'accompagne pas, elle est restée à la maison pour soigner une maladie énigmatique.


         "Maman Papillon", c'est l'image qui vient à la fillette, après une "leçon de choses" (dit-on toujours ainsi aujourd'hui?) sur la métamorphose de la chenille. Sa mère, qui doit prendre des médicaments qui font tomber ses beaux cheveux, qui est devenue souvent  triste et inquiète,  qui doit rester tout l'été à la maison pour se soigner, cette mère-chenille, elle en est sûre, se métamorphosera à un certain moment en papillon, "différente et plus belle"(vous avez remarqué qu'en italien,  "farfalla" est un nom féminin).

C'est là le côté grave de l'histoire, la maladie d'un proche, la maladie d'une mère passionnément aimée; mais grâce au reste de la famille, à la mère-papillon elle-même, à la grand-mère, au père, à un grand-père-parrain, aux cousins siciliens, l'angoisse n'écrasera pas l'enfant, elle sera là, certes, mais supportable, contrebalancée par une formidable énergie vitale qui peut se déployer dans une campagne sicilienne familière.


        Ce livre est aussi, on le sent, un hymne de l'auteure à sa propre enfance campagnarde et sicilienne. Les épisodes qu'elle raconte, les courses pieds nus sur les cailloux pointus comme sur l'herbe, les jeux dans le Vieux Figuier,  présence tutélaire, les "batailles" entre cousins à coup de pommes blettes, mais tout aussi bien l'expédition à la source pour en ramener l'eau fraîche, les jours de cuisson du pain, le jardin secret de la grand'mère où la fillette entre furtivement, les multiples odeurs  évoquées presque à chaque page : tous ces moments sont  dits en phrases simples mais d'une grande force, et sont trop "vrais" pour avoir été entièrement inventés.


        Il en va de même pour les personnages. Autour de la protagoniste évolue un monde qui réunit toutes les générations : les grands-parents – elle en a six! – et en particulier la "Nonna Angela", la grand'mère maternelle, son chignon blanc, sa poule pondeuse, son potager magique et son parfum d'amandes (est-ce sa laque ou les petits gâteaux qu'elle fait souvent?), qui sait si bien écouter ses petits-enfants et répondre aux inquiétudes de la narratrice. Le Nonno Nunzio, souriant et peu bavard,

menuisier, et ses paniers d'osier.Et puis le "Nonno padrino", le grand-père-parrain,  le citadin qui vient en vacances au village, père adoptif de la maman quand elle était enfant – cela se faisait pour aider une famille nombreuse pauvre et donner plus de chances d'ascension sociale à un enfant-; lui, c'est le grand-père fantasque.

 

 

Nonno e nipotina

 

 


       Les parents de la narratrice, père et mère, sont très présents même si la fillette les décrit moins que ses grands-parents. La dédicace du texte , "À ma mère, ma lune dans le ciel" laisse, là aussi, pressentir un lien fort entre narration et vécu de l'auteure.

 

    Danilo   Et aussi les autres enfants, les "filles-de-sa-classe", les cousins de Sicile, et surtout Danilo, le premier amoureux, qui apparaît au chapitre 5 ("Emotions"), juste après le chapitre de la révélation de la maladie ("Angoisses"). Un portrait ébauché, d'une grande finesse.

 

 

 


 

 

 

       Une autre qualité de ce petit-grand livre, c'est la pertinence et la beauté des illustrations. Elles sont distribuées toutes les deux à trois pages, image en pleine page,  parfois sur deux pages, et même, au milieu du livre, un vrai cadeau, une illustration panoramique sur quatre pages qui se  cache sous deux pages à déplier. Vous pourrez consulter le site de Marcella BRANCAFORTE .

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Sicilienne d'origine, comme Daniela VALENTE, elle donne des visages aux Ritratto.protagonistes, met l'accent, comme la narration, sur les yeux et les cheveux de la mère et de la fillette, sur un fond de collage multi-matériau  d'une belle couleur  qui me fait penser au chêne-liège, et évoque le côté "journal intime" de ce récit. Remarquable aussi la grande fresque qui met en scène l'expédition à la source, où je vois un rappel des dessins sur les vases grecs : ils font partie du patrimoine tant de la Calabre que de la Sicile.


        Il faudrait parler encore de la poésie du style de Daniela Valente, qui à la fois respecte profondément les mots et la pensée de cette fillette de huit ans, et réussit à créer une musique à laquelle sont sensibles tous les lecteurs, quel que soit leur âge; de l'usage discret mais fort qu'elle fait de quelques mots de dialecte sicilien; de la pertinence de la construction en ces douze chapitres au titre bref, qui aide le jeune lecteur mais balise aussi les moments-clé du récit, en un cycle de presque un an.


Une grande réussite, je le répète, à lire en direct, au-delà de ce que j'ai pu en dire.


MAMMA FARFALLA – texte de Daniela VALENTE – Illustrations de Marcella BRANCAFORTE – Edizioni Coccole e Caccole, collection "Storie copertina2.molto speciali" – 2012.  60 pages – 12,90 €

Rédigé par lecturesitaliennes

Publié dans #TEMPS PRESENT

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