Publié le 6 Janvier 2017

Aujourd'hui, 6 janvier, c'est l'Epiphanie ( et non pas le dimanche 8, comme disent les vendeurs de galettes des rois), et en Italie, beaucoup le savent, c'est la fête des enfants: La Befana.

Pour l'occasion, et en guise de voeux de Bonne Année 2017, quoi de mieux que cet album exceptionnel, au sens propre du terme, qui nous a été offert en 2016 par les éditions IL CASTORO : CIAO CIELO .

Pourquoi exceptionnel? A l'origine, c'est un album américain, des vers de Dianne WHITE et des images de Beth KROMMES. Il n'est pas dans mes habitudes de vous parler d'albums traduits. Mais ici, vous lisez sur la page de garde :"Traduction poétique de Bruno TOGNOLINI". Et ça change tout.

Bruno Tognolini? Mais oui, Rime di rabbia, en octobre 2011, ou encore les comptines de Mamma Lingua, en décembre de ce même 2011. Bruno Tognolini, le "poeta per bambini e per vecchi" qui a écrit encore tant d'autres textes poétiques dont vous trouverez mention sur son site. Que dit-il de Ciao Cielo? " Ce livre, bien que je n'aie fait que le traduire, figure sur mon site car je le sens tout autant mien que ceux que j'ai créés de toute pièce". Et c'est pour la même raison qu'il se trouve sur cette première Lecture Italienne de 2017.

Feuiiletons-le d'abord, cet album de 23 cm x 30, couverture rigide, beau papier épais qui rend justice aux illustrations de Beth KROMMES

 L'histoire est toute simple, c'est une journée dans une ferme, au bord de la mer, avec son potager, deux chiens jumeaux, un chat, une maman qui s'occupe tant de la lessive que des chevaux, une fillette, un bébé, une jument et son poulain, un élevage de cochons, un papa qui s'occupe tant des chevaux que des enfants, des canards, des canetons ... un quotidien simple et riche de détails.

 

Et voilà qu'arrive un orage, pluie, vent, tonnerre, déluge, boue. Mais ce n'est pas la fin du monde, la pluie s'éloigne petit à petit, on peut jouer dans  la boue et les flaques, puis le soleil revient, pour se coucher, et faire place à une nuit multicolore, féérique et paisible, où reprendre des forces pour le lendemain.

Histoire idéale pour une lecture de la bonne nuit.

Le regard de l'ilustratrice passe des détails aux vues aériennes, chaque double page est un monde à explorer, en suivant son trait si caractéristique.

 

Mais je vais emprunter, qu'il me pardonne, ses mots à Bruno Tognolini pour parler du charme de ce livre, que vous avez déjà saisi en regardant les illustrations ci-dessus. Il s'est confié à son éditeur, à l'occasion d'un atelier organisé en juin sur le thème " Traduire en vers à travers des images" :

"Une expérience de traduction enchanteresse. Non, pas traduction, car je ne suis pas traducteur, et même je me sens un peu embarrassé devant les vrais traducteurs. Mais il s'agissait de mettre en vers italiens un livre d'un charme sans pareil: une offre que je ne pouvais refuser sans offenser Madame la Beauté. C'était BLUE ON BLUE, vers de DIANNE WHITE et illustrations de BETH KROMMES, qui s'est vue attribuer la Caldecott Medal.

Bref, je l'ai fait. Et ce fut une promenade miraculeuse. Comment, me demandais-je, un livre arrive-t-il à dire dans des formes aussi légères et brèves et douces, juste ceci: un jour il a plu, et puis il n'a plus plu; et donner l'impression à celui qui feuillette, sous le charme, qu'on parle du monde entier, de l'ensemble du temps, de l'ensemble des gens? Comment fait-il? Et moi, qu'est-ce que je peux faire, face à cela? Je peux faire comme d'habitude. Je m'assieds et j'écris. Mais je dois écrire avec dévotion, avec respect, tel que c'est, avec ce chant et ce charme. Mais en italien. Ce livre mériterait aussi le récit de la migration d'un royaume à l'autre, de la langue anglaise à la langue italienne – et pour être plus précis: entre les trois, car les images ont souvent eu le rôle de la Terre du Milieu – avec des doutes, des désarrois, des diversions, des alternatives abandonnées, etc. D'après moi, ce livre le mérite. Il mérite que l'on présente au public le parent qui est caché derrière, les belles rimes anglaises d'où il naît".

Si vous êtes des curieux du passage d'une langue à l'autre, Tognolini vous offre les deux textes l'un en face de l'autre, sur son site de Alice.

Voilà, c'est un livre à lire à voix haute, tout en dégustant les images. Les vers - au maximum quatre par double page - disent le temps qui change, le déluge, et puis le calme progressif, jusqu'à la nuit. Tognolini a utilisé plusieurs fois, dans son entretien et dans l'album, le mot "incanto", charme, enchantement. Et c'est bien de cela qu'il s'agit.

Vous pourrez le feuilleter, bien qu'en petit format, sur le site de Il Castoro, ou encore lire (en italien...) une fort belle récension avec de belles grandes illustrations, sur le site de Lettura Candita (là aussi, merci à Bruno qui la signale).

Mais rien ne remplacera l'album en vrai, j'allais dire "en chair et en os". Qui, on peut le signaler, a été parmi les vainqueurs du Premio Gianni Rodari 2016 cet automne.

C'est l'album qui vous apaisera et vous redonnera des forces quand les nouvelles seront trop éprouvantes autour de vous.

 CIAO CIELO de Bruno TOGNOLINI

Vers originaux de DIANNE WHITE

Illustrations de BETH KROMMES 
Traduction  poétique de BRUNO TOGNOLINI

Edizioni IL CASTORO, mars 2016
Relié, couverture rigide, 48 pages illustrées, 13,50 Euro

A partir de 4 à 5 ans.

 

BONNE ANNEE 2017 A VOUS!

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Rédigé par lecturesitaliennes

Publié dans #A VOIX HAUTE

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Publié le 21 Décembre 2016

Pour Noël, je vous propose une lecture inhabituelle. Dans un album superbe et surprenant, des poésies.

Des poésies inspirées des Psaumes (Salmi) de la Bible, réécrits "per voci piccole, pour des voix petites". Le titre : Ascolta. Le point d'exclamation n'est pas écrit, mais c'est un impératif, "écoute!", sans aucun doute. - Sans aucun doute? Que fait donc le petit garçon assis tout seul, les pieds dans le vide, à l'étage de cette étrange maison de poupée en couverture ? Il écoute ou il interroge?

A simplement parcourir les poésies du recueil, on voit tout de suite qu'elles mettent en présence un "je", "io" et un "tu" , tour à tour interpellé, contesté, aimé, supplié, exhalté. Les titres, pour la plupart, reflètent  ce dialogue: "TU, NOI"; "FINO A QUANDO ? = jusques à quand? ";METTIMI IN SALVO = Mets-moi à l'abri; "ASCOLTAMI E DIMMI PERCHÈ = écoute-moi et dis-moi pourquoi.". Je partage ces mots de l'auteure qui dit que "il n'y a pas de "je" sans l'expérience d'un "tu" à qui s'adresser, d'un "tu" qui écoute".

 

 C'est Giusi QUARENGHI. Vous la connaissez désormais, quand elle écrit  des contes traditionnels , des poésies-berceuses, le récit de son enfance.  Dans Ascolta, elle reprend le dialogue qui, dans  les Psaumes de la Bible, est celui de David avec Dieu, David le petit berger courageux ou David le roi-musicien, parfois tyran, parfois généreux. Elle a été frappée par ces textes, elle le dit à la fin de l'album : "Des hymnes, des prières, des louanges, des plaintes, des supplications, des menaces, des accusations, des effusions, des déclarations et des demandes d'amour, en forme de poésie, en chant et en danse, souvent accompagnés d'instruments de musique : c'est ça, les Psaumes; depuis environ trois mille ans, depuis que l'on a commencé à les dire, en hébreu, la langue où ils sont nés, pour en arriver, en passant par le grec, le latin et l'arabe, à être dits dans toutes les langues du monde".

Elle est sensible au fait que tous les sentiments humains, toutes les émotions y sont présentes. Et elle les sent comme des mots dits par des "petits", des enfants, en direction des "grands", les adultes qui les entourent et dont, en grande partie, ils dépendent. Dans une interview, elle dit même que "si les contes sont un catalogue des destins humains, comme dit Italo Calvino, les Psaumes sont un catalogue de sentiments d'expérience, et ils offrent "les mots pour dire" ces sentiments, dans leur profondeur".

 

 

 

Et c'est exactement le sentiment que provoque la lecture de ces poèmes. Giusi Quarenghi  a choisi 40 psaumes parmi les 150 de la Bible. Elle les écrit dans sa langue limpide, vigoureuse, qui est celle de ses poèmes pour adultes également ("Nota di passaggio", par exemple, petit recueil publié en 2001 chez l'éditeur Book). Chaque mot ulilisé est compréhensible par un enfant, une "voce piccola". Ce qui fascine et appelle la lecture à voix haute, c'est, une fois encore, comme dans ses contes, le rythme, la musique de ces vers qui ne sont que très peu coupés par une ponctuation. Comme si le seule ponctuation qui vaille est celle du souffle humain qui les prononce.

Je ne vous donnerai cette fois qu'un seul exemple, car l'apparente simplicité du texte est le fruit d'un travail long, parfois douloureux, si l'on en croit le témoignage de Giusi Quarenghi, et toute traduction risque de détruire un équilibre, une musique.

"ASCOLTAMI E DIMMI PERCHÈ                     "Ecoute-moi et dis-moi pourquoi

dal Salmo 55                                                    d'après le psaume 55

Dimmi perchè                                               Dis-moi pourquoi

tutti mi vogliono male                                    tout le monde me veut du mal

perchè tutti sono contro di me                      pourquoi ils sont tous contre moi

 

Sono spaventato, tremo                               Je suis terrorisé, je tremble

ho paura, da morire                                     j'ai peur, à en mourir

 

Dammi le ali della colomba                          Donne-moi les ailes de la colombe

voglio volare via "                                          je veux m'envoler loin d'ici "

 

...................      

Dans le texte traditionnel des Psaumes sont présents, outre les humains, les animaux, les arbres, l'orage, le vent, le foisonnement de la vie. Et c'est dans cette dimension que se place l'extraordinaire illustration de la toute jeune Anaïs TONELLI, dont c'est le premier album.

Elle a travaillé comme une miniaturiste, en s'inspirant précisément, au cours d'une recherche très fouillée, des pages de manuscrits enluminés, des Bestiaires, des "Très riches heures" et autres documents iconographiques du XIIième au XVième siècle essentiellement, et pas seulement européens. Si sa façon de travailler vous intrigue ou vous intéresse, allez jeter un coup d'oeil, même sans savoir l'italien, sur son témoignage (aussi passionnant que celui de Giusi Quarenghi) que les éditions Topipittori mettent à notre disposition sur leur blog. On comprend mieux, après, l'impression que donnent ces illustrations, à la fois d'étrangeté surréaliste, avec, pourtant, un ancrage qu'on ne sait pas définir tant qu'on n'a pas vu ses sources, mais qui fait partie de notre culture.

Vous avez vu la maison d'ouverture, inquiétante: vous découvrirez la dernière, encore plus surréaliste, mais pleine d'espace, de vie animale et humaine, et où lisent et rêvent, découvrent ou jardinent cinq humains, grands et petits.

 

Vous avez sous les yeux, sur les pages ici reproduites, les créatures extravagantes créées par Anaïs Tonelli, animaux anthropomorphes, végétaux-animaux, ces étonnants petits chevaliers à tête de cafetière - toutes les cafetières, de la Moka à la napolitaine -, ces enfants à tête de tasse chevauchant des colibris, dessins qui parlent certainement plus encore à l'imagination enfantine qu'à celle des adultes, exprimant les sentiments qui circulent dans le texte depuis trois mille ans, et dans notre inconscient aussi.

Mais il y a aussi cette page très sobre, autour du psaume 126 sur le thème du retour, entourée de deux figues, une grenade ouverte, deux olives sur leur branche, deux épis de blé,  quatre dates, et une superbe grappe de raisin, le tout très naturaliste. Sauf que...on aperçoit tout à coup une petite tête d'enfant, toute ronde, entre deux grains de raisin.

Parfois l'illustration est très sobre, comme pour ne pas troubler la dynamique du poème.

Et comment ne pas citer, sur la page de garde, l'étonnant "enfant-zodiaque", lui aussi ré-interprétation d'une page des "Très riches heures du duc de Berry". L'enfant à la "voix petite" est ainsi inscrit dans le cycle de la vie de l'univers.

Ascolta n'est pas un livre facile. Les caractères d'imprimerie des poèmes sont petits. C'est un livre à partager avec les enfants, à faire lire à voix haute, à commenter ensemble, mais aussi où laisser agir le mystère des images. Celà peut être aussi, pour des adultes curieux du texte biblique, une occasion de retour aux sources, et de comparaison des modes d'expression.

L'éditeur indique "à partir de sept ans". J'avoue que je n'ai pas d'expérience de partage de ce livre avec des enfants, mais je me fie à celle de Giusi Quarenghi, qui est grande, et à celle de nombreuses libraires italiennes témoignant de la lecture possible de ce livre en dehors d'un contexte religieux.

Remercions encore une fois les TOPIPITTORI, les "souris qui peignent", pour les images mises à notre disposition.

ASCOLTA, Salmi per voci piccole,  de Giusi QUARENGHI et Anaïs TONELLI -

Topipittori 2016

Collection Parola Magica  -  22cm x 26,50     -   60 pages          20 €

 

 

                   

 

BUON NATALE A VOI

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Rédigé par lecturesitaliennes

Publié dans #POESIE

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Publié le 16 Décembre 2016

" Un kilo de plumes, un kilo de plomb".... C'est un livre que l'on repère tout de suite au milieu d'une vitrine. Pas qu'il soit spécialement grand - 14 cm x 20 cm - Format pratique. C'est plutôt le dynamisme de l'illustration qui attire le regard, cette jeune fille qui marche, les yeux vers le ciel, ses cheveux noirs ébouriffés par le vent qui soulève son écharpe rose, serrant contre elle son journal intime - diario - vert contre sa veste noire, les quelques touches de rose sur son visage. Dans le ciel deux avions. Les regarde-t-elle,  tout en allant de l'avant?

Puis c'est cette inscription, dans le ciel, comme écrite à la main. En un éclair se rejoue cet épisode que plusieurs d'entre vous auront expérimenté: vous êtes enfant, un grand vous interpelle: - "Eh! Qu'est-ce qui est plus léger, un kilo de plumes ou un kilo de plomb ?" Votre réponse fuse : - "... de plumes, bien sûr!" - "Mais non, ...(noms d'oiseaux)...je t'ai bien eu/e, un kilo etc.." .Vous êtes à la fois très vexé/e, étonné/e de la logique qui vous avait échappé, et admiratif/ive devant ce nouveau concept. Et vous cherchez à votre tour un ou une victime à épater et à instruire.

Et puis (mais ces trois moments que je suis obligée de séparer pour les dire sont en réalité presque simultanés), la curiosité vous fait vous rapprocher, et vous lisez les noms, qui ne sont pas en grands caractères. Les noms de trois Grandes Dames de la littérature - de jeunesse, mais pas seulement - italienne  contemporaine: Donatella ZILIOTTO, Grazia NIDASIO et Bianca PITZORNO !  Impossible de résister!

 

Donatella Ziliotto donne dans ce livre la parole à une jeune Fiamma, qui vit à Trieste, et est en quarta elementare, en CM1, c'est dit dans le titre du premier chapitre. Elle a donc neuf ans, et aurait tellement aimé s'appeler Tonina (Toinon, Toinette), plutôt que ce prénom littéraire que sa mère, un peu snob, lui a donné. Elle a neuf ans, à Trieste, en 1940.

La date, c'est la quatrième de couvertture qui la révèle, mais peu importe: Fiamma vit la guerre, les bombardements, l'incipit du roman nous place d'emblée dans ce contexte: "La lumière s'éteint et se rallume trois fois: pré-alerte". Sans nous laisser le temps d'avoir peur, la fillette saute sur l'occasion, elle prie sa maîtresse de la laisser rentrer chez elle, à deux pas de l'école, sinon sa maman, qui "n'est pas d'ici" et "ne se contrôle pas comme les mamans d'ici" deviendra "folle de peur". Parole de fille, qui se précipite dehors, suivie de sa meilleure amie, sans attendre une vraie autorisation de la maîtresse, pour.... faire du patin à roulettes sur la Grand Place de Trieste, vidée par l'alerte aérienne. Un extraordinaire espace de liberté pour les deux fillettes. " Nous sommes dehors. Temps idéal pour les bombardements: l'air que le vent a rendu tout clair, la mer et le ciel qui illuminent la ville de blanc. Temps idéal pour patiner".Et ce jour-là, pas de bombes.

Si je me suis arrêtée sur ce tout premier épisode, c'est que tout y est déjà: le caractère de Fiamma, sa famille, la ville de Trieste et la guerre.

 

Fiamma se caractérise par sa grande vivacité, son esprit d'observation, sa faculté de saisir l'évènement au bond, son indépendance, et son intelligence instinctive. Plus un grand amour pour les animaux: son chat, son chien, ses lapins clandestins.

 

 

 

 

 

 

La lectrice, le lecteur, jeune ou moins jeune, qui a lu la dédicace avant de commencer " A mes amis d'alors: les amis d'aujourd'hui. A mon chat Puffy, et à mon chien Bibi, victimes de la guerre (...)" en voyant que, si le chat de Fiamma s'appelle Menelao, son chien s'appelle aussi Bibi, comme celui de l'auteure, commence à comprendre que ce récit est autobiographique.

En se renseignant un peu, en lisant quelques articles sur la sortie du livre, il/elle apprend qu'en effet, Donatella Ziliotto raconte dans "Un chilo di piume, un chilo di piombo" ses années de guerre, en se basant sur les journaux intimes qu'elle a tenus régulièrement de 1940 à 1945, justement. "Huit volumes qui", a-t-elle dit, "m'ont aidée à  me rappeller de toutes les plumes qu'il peut y avoir pour un enfant même en pleines années de plomb"

UN CHILO DI PIUME, UN CHILO DI PIOMBO de Donatella ZILIOTTO

 L'image que nous donne Fiamma de sa famille (aidée en cela par la plume de l'auteure) est un vrai régal.

Sa mère, très snob, elle la regarde d'un oeil critique, et découvre pourtant, en écoutant ses conversations avec une amie d'enfance, qu'elle a été une fillette comme elle, aussi difficile que ce soit à imaginer.

Son élégante demi-soeur, à qui elle voudrait tant ressembler, et dont elle pressent pourtant l'admiration vouée au régime fasciste, que ne partage en rien son père, est l'objet de paragraphes assassins et très drôles.

Son père bien-aimé est un personnage très intéressant. C'est lui l'inspiratieur du non-conformisme de la fillette - avec son enseignante d'italien de 6°, Rita Cajola - son vrai nom - l'autre grande figure du livre. L'une des plus belles pages de ce récit raconte le jour où son père, excédé par la fréquence des alertes  aériennes, l'emmène au cimetière plutôt qu'au refuge souterrain - " Alors nous sommes allés  nous promener au cimetière, comme ça, si on mourait , on était déjà sur place" - Il lui parle de poésie et de style "classique" et "baroque" des tombes, dans un autre grand moment de liberté. Ce qui fait le prix de cette page, c'est la façon "décousue" qu'a Fiamma ( et Donatella Ziliotto) de se laisser porter par les associations d'idées qui donnent une grande épaiseur à son évocation.

UN CHILO DI PIUME, UN CHILO DI PIOMBO de Donatella ZILIOTTO

 Pour synthétiser le rapport souvent houleux qu'a Fiamma avec sa famille, il y a l'épisode où elle "squatte" la salle de bain (" On verra bien quand ils devront courir aux wc publics") pour faire accepter son chien Bibi ( "qui aboie après le portrait de Mussolini"). Après de longues négociations "les termes de l'accord ont été signés sur du papier hygiénique passé sous la porte. Puis je me suis rendue, je suis sortie des toilettes."

UN CHILO DI PIUME, UN CHILO DI PIOMBO de Donatella ZILIOTTO

La guerre est constamment présente, avec les bombardements, la faim - la sienne et celle des autres quand son chat entre dans le restaurant voisin et n'en sort jamais plus; le marché noir; les persécutions des juifs - une invraissemblable fräulein Gerta, viennoise, qui devrait lui enseigner l'allemand,  dont on (les lecteurs) comprend qu'elle se cache chez eux.

Et la mort, celle de son chien Bibi, bien que ce soit à la campagne, dans la famille de la bonne slovène, Dani : première période de vie plus facile, d'où la guerre est momentanément absente, mais pas pour longtemps

Celle du grand-père de la famille qui l'héberge, quand elle est envoyée se requinquer en montagne, loin de la ville, tué "pour rien" par des soldats allemands en débâcle. Ce seront pour Fiamma des semaines de total changement, la fin de son enfance, les portes de son adolescence.

UN CHILO DI PIUME, UN CHILO DI PIOMBO de Donatella ZILIOTTO

Il faudrait encore que je vous parle de la présence de Trieste, ville géographiquement, et historiquement, et culturellement très particulière, et très efficacement présente, mais je ne peux trop solliciter votre patience.

Pour ce qui est de Grazia NIDASIO, la grande illustratrice, ses images parlent d'elles-mêmes. De deux choses l'une: soit vous la connaissiez déjà, et vous êtes, comme moi, ravi/es de la retrouver avec tout son humour et son efficacité. Soit vous ne la connaissez pas encore, et vous trouverez ici le lien sur un site, en français (pour une fois, pas de frustration), qui en fait un portrait très efficace et assez complet.

La préface de Bianca PITZORNO donne une dimension personnelle en évoquant les conditions de la rédaction de "Un chilo di piume, un chilo di piombo".  Elle aussi est une très grande dame, à la tête d'une oeuvre considérable et variée, mais ce sera l'objet d'autres Lectures Italiennes.

 

Nous allons nous quitter sur cette image de la jeune Fiamma-Donatella, lectrice boulimique, devenue éditrice et écrivain pour le plus grand bonheur des jeunes, italiens et autres, car elle a beaucoup traduit et été traduite. Et ce n'est que justice que ce livre se soit vu attribuer, en mai 2016, le prix spécial du jury du prix Andersen.

 

Il reste à remercier particulièrement les éditions LAPIS qui ont pris l'excellente initiative de rééditer ce texte illustré paru en 1992, et qui m'ont aimablement permis de reproduire les images illustrant cet article.

 Un chilo di piume, un chilo di piombo n'est pas "un livre de jeunesse". C'est un superbe témoignage que des jeunes de 10/ 11 ans et de moins jeunes sans limite d'âge liront avec grand profit et un énorme plaisir.

Donatella ZILIOTTO (texte), Grazia NIDASIO (illustrations) Bianca PITZORNO (introduction)

Editions LAPIS 1992 - 2016;        120 pages       12, 50€     A partir de 10 ans.

 

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Rédigé par lecturesitaliennes

Publié dans #ENFANCES

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Publié le 12 Novembre 2016

- Et comme dessert (en français et en italien)? - Quoi de mieux qu'un bon conte traditionnel? Il y a justement un grand album à la couverture joyeuse, chez Franco Cosimo Panini : LA FIABA È SERVITA! Cibi incantati dall'Italia. C'est à dire: Le conte est servi! Merveilleux mets d'Italie.

Dix contes traditionnels qui ont en commun d'évoquer "le manger", sous dix aspects différents, et illustrés par dix illustratrices italiennes différentes.

Couverture de Giulia ORECCHIA

Couverture de Giulia ORECCHIA

C'est Luigi DAL CIN qui les a - comment faut-il dire? - écrites, réécrites, retranscrites? Luigi Dal Cin a une riche bibliographie à son actif, dont beaucoup d'albums de contes traditionnels du monde entier. Beaucoup chez Franco Cosimo Panini, mais pas seulement

Pour ce recueil-ci, les textes sont variés, tant par leur provenance régionale - qui n'est pas indiquée, mais on reconnaît certaines origines; - tant par leur longueur - de deux à cinq pages;  que par leur thème.

Il y a le grand méchant Barba Zucòn, un Tonton Têtu, une sorte d'ogre, qu'une mère et sa fillette arrivent à tromper dans une histoire de délicieux beignets, le frittelle. Il y a la strega, la sorcière pas très futée, qui voudrait bien faire son dîner, la cena,  de deux fillettes, mais elles sont sauvées par une femme qui fait frire... des "zèppole" - encore des beignets, méridionaux cette fois.

 

 

Illustration de Anna FORLATI

Illustration de Anna FORLATI

Il y a les ustensiles de cuisine: la padella màgica,  la poêle magique donnée par un nain de la montagne à une fillette courageuse et généreuse qui a partagé avec lui son bout de fromage; la poêle se remplit tous les soirs pour nourrir la famille nombreuse. Ou encore Pentolino, "Petit Faitout", quatrième fils d'un pauvre cordonnier, né, "on ne sait pas comment, au lieu d'être un bébé, c'était un petit faitout de cuivre avec son couvercle". Il est très entreprenant, va de cuisine en château, raisonne et réagit, met et ôte son couvercle, et réussit à se faire embrasser par la belle Ondachiara et alors.....

Il y a les plantes magiques:  I tre limoni, les trois citrons, variante de l'Amour des trois oranges, ses blondes princesses assoiffées et la vieille sorcière jalouse. Et puis Rosmarina, la Romarine bien connue grâce à Italo Clavino, la belle cachée dans un plant de romarin.

 

Illustration de Simona MULAZZANI

Illustration de Simona MULAZZANI

Il y a l'acqua della vita, l'eau de la vie que le jeune prince courageux va chercher chez le terrible magicien dans son palais de cristal, pour guérir son père. Il réussira grâce à ses trois soeurs et ses trois beaux-frères.

Qui dit "manger" dit "digérer". Cet aspect n'est pas négligé, dans un petit conte gentiment irrévérencieux, où un fiancé fait la leçon à sa fiancée un peu trop maniérée grâce à l'erba petonella... eh oui, fiez-vous aux trois premières lettres...

Il y a aussi la faim inépuisable du loup balourd et du renard malin, concurrents inégaux et cependant inséparables, depuis les fabliaux du Moyen-Age.

 

Illustration de Lucia SCUDERI

Illustration de Lucia SCUDERI

Et surtout, il y a l'histoire pétillante de Petizzo senza pizza, le jeune écolier qui ne va jamais à l'école sans sa pizza préparée par la mamma. (Aujourd'hui, ce sont les concierges des écoles qui préparent de (souvent) délicieuses pizzas - pardon, pizze - pour la récréation de onze heures). Et voilà que, dans une cascade d'impossibilités qui a sans doute un nom technique, du type de l'histoire de "la chèvre qui ne veut pas sortir du chou" de la chanson, Petizzo ne veut pas aller à  l'école sans sa pizza. Et toutes les aides demandées par la mamma restent vaines. Dans un feu d'artifice de rimes en -izza, -azza, -azze, et des sprizza e des spruzza, qui se déroulent puis se réenroulent,  "Petizzo senza pizza finalmente va a scuola". Ce type d'histoire, fréquent dans la tradition populaire,  ravit les plus petits qui peuvent entrer dans le récit grâce aux phrases qui se répètent en tiroirs et leur permet d'unir leur voix à celle du conteur.

Illustration de Giulia ORECCHIA

Illustration de Giulia ORECCHIA

Le style de Luigi Dal Cin, dans ce recueil, est délié, proche de l'oral, sans être simpliste, s'adaptant également au caractère de chaque conte. Il ne craint pas d'utiliser le passé simple aujourd'hui presque abandonné dans la langue parlée: ses formes accentuées donnent à l'action quelque chose de définitif qu'aucun autre temps ne rend - au hasard d'une page: "salì, arrivò, trasformò etc". Pour qui veut les lire à haute voix, c'est un régal (ne sommes-nous pas au dessert?).

D'autant que les illustrations sont grandes et bien "lisibles". Comme vous l'avez vu, les textes sont insérés dans les images, qui fonctionnent sur la double page. La variété des styles des dix illustratrices est donc cohérente, et La fiaba è servita constitue un excellent réservoir de lectures à haute voix.

LA FIABA È SERVITA de Luigi DAL CIN

Illustrations:A.Abbatiello, G.Atzeni, F.Chiesa, I.Faccioli,  A.Forlati, S.Mulazzani, G.Orecchia, V.Petrone, T.Romanin, L.Scuderi,

Editions Franco Cosimo Panini.  2015.

Collection: Immagini della fantasia

40 pages, relié, 24 cm x 30,5 cm - 14€

A partir de 5 ans

MERCI A L'EDITEUR POURLES REPRODUCTIONS DES IMAGES;

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Rédigé par lecturesitaliennes

Publié dans #A VOIX HAUTE

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Publié le 5 Novembre 2016

À TABLE ! A TÀVOLA ! - 2 - PLAT DU JOUR ou SECONDO

Donc notre jeune lecteur (fille ou garçon), mis en appétit, voudrait en savoir plus, de façon plus approfondie, sur la nourriture. C'est le moment de passer chez Editoriale Scienza, éditeur de vulgarisation scientifique, comme le suggère son nom. Ce sont des "Storie in frigor ìfero", des histoires dans le frigo. "tutte vere...e più avventurose delle fiabe", rien que des vraies... et plus aventureuses que les contes.

Un livre au format pratique de cahier de 16,5 cm sur 22 cm, à la couverture cartonnée et aux pages solides, beaucoup de texte et beaucoup de petits dessins joyeux et animés. Il est prévu pour les 7 ans et plus; les 11/12 ans  aussi apprécieront sans doute beaucoup.

Emanuela BUSSOLATI  et Federica BUGLIONI les ont écrites, Emanuela les a illustrées. Des histoires incroyables, "qui se cachent dans chaque chocolat du pâtissier, chaque ravioli ("raviolo") du restaurant, chaque pomme que nous croquons". "L'histoire de l'alimentation est constellée d'évènements étonnants, expériences scientifiques, naufrages, rencontres de peuples mystérieux, superstitions, découvertes géniales, supercheries et erreurs stupéfiantes, sans lesquels les plats que nous aimons ne seraient jamais arrivés sur notre table."

C'est un peu le même concept que Yum,  avec cependant un texte plus développé, et davantage d'informations. L'organisation du livre et la répartition des illustrations en rendent la lecture plus...appétissante.

À TABLE ! A TÀVOLA ! - 2 - PLAT DU JOUR ou SECONDO

 

Chaque histoire - il y en a vingt-six - se déroule sur trois pages.

Le petit dessin, ici une orange, que vous voyez un haut de la page de gauche se retrouvera à la même place sur la page suivante, histoire de rendre la lecture plus sûre pour les timides. On le retrouvera dans la table des matières qui est, elle aussi, une vraie incitation à la découverte: outre le petit dessin-signet, chaque titre est d'une couleur différente, et une phrase qui interpelle le ou la curieuse donne une idée du sujet, en créant un petit suspens. Dans notre exemple : "Tu vas partir pour un long voyage en mer à travers les océans? N'oublie pas ton orangeade!"

  Une petite scène en couleurs (aquarelle?) pour planter le décor. Des paragraphes clairs, caractérisés par un bref titre vertical, entrecoupés de petits dessins au trait, plus un peu de noir et un peu de rouge, qui illustrent avec humour les informations. Souvent, quelques lignes pour prolonger l'anecdote plus loin dans le temps.

À TABLE ! A TÀVOLA ! - 2 - PLAT DU JOUR ou SECONDO

 

Le bas de la page offre généralement, d'une autre couleur, une recette, ou une expérience gustative à tenter. Dans les pages du "Jus d'orange pour les pirates", qui racontent comment un médecin anglais  trouva, en 1747,  la parade au scorbut qui décimait les équipages depuis l'antiquité, grâce à la vitamine C contenue dans le jus d'oranges, la recette suggère de faire un superbe glaçage  rouge pour les gâteaux avec du jus d'orange sanguine.

Enfin la quatrième page de l'unité est jaune, et propose, en vrac, des compléments d'information tant historiques que contemporains.

L'humour des dessins est relayé par celui des récits, qui apparaît dès les titres.Et vice versa... Quelques exemples: "Il parroco e le patate, le curé et les pommes de terre"; "Che paura: una forchetta!, Ciel, une fourchette!"; "Cattivo come il cacao, mauvais comme le cacao"; "Il melo testardo, le pommier têtu" etc.

Storie in frigorifero est, somme toute, une  mini encyclopédie qui aide les enfants à aimer manger, à manger plus juste, à se rendre compte de la richesse possible des aliments. Vous avez peut-être remarqué la fourchette qui chapeaute la couverture avec la devise "ci provo gusto", "j'apprécie", mais en utilisant le mot "goût". C'est le titre de toute la collection mise sur pied par Emanuela BUSSOLATI  et sa complice Federica BUGLIONI, que vous pouvez voir à l'oeuvre ici .

 Je ne développerai pas, pour ne pas trop allonger.  Mais rappelons quand même, pour les plus "anciens/nes", que Emanuela Bussolati, c'est aussi ... Tararì Tararera...

Storie in frigorifero, de Emanuela Bussolati et Federica Buglioni, illustrations de E.Bussolati -  Editoriale Scienza, mai 2015.  112 pages.     ISBN: 9788873077305            9€,90

MERCI A L'EDITEUR POUR LES ILLUSTRATIONS DE CET ARTICLE.

POST SCRIPTUM: tant que vous y êtes, jetez un oeil sur le dessin de couverture du numéro d'octobre 2016 de la revue Andersen. (Colonne de droite de cette page).

C'est l'oeuvre de Paolo DOMENICONI. Faites de beaux rêves!

 

 

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Publié le 14 Octobre 2016

À TABLE ! A TÀVOLA ! - 1 - HORS D'OEUVRE ou ANTIPASTO

 Commençons par explorer YUM! qui impose son grand format (22,5 cm x33) -  On pense immédiatement à la commodité pour les lectures à voix haute -, la grande robustesse de sa couverture de carton, adoucie par des angles arrondis, où vous avez vu trôner ce grand portrait "à la manière de" Arcimboldo. Le sous-titre dit : "Il cibo in tutti i sensi" ou "la nourriture dans tous les sens", mais il faut chercher le sens de ce "dans tous les sens" en ouvrant le livre. L'armée de fourchettes qui garnit les pages de garde serait presque menaçante, mais n'oubions pas que YUM! est un équivalent (international?) de notre "MIAM"! Courage, donc!  

Encore deux pages, et voilà la table des matières qui nous le confirme: il s'agit bien des cinq sens, Vue, Odorat, Ouïe, Goût et Toucher selon lesquels va s'organiser ce voyage au pays de la nourriture.

 

Les doubles pages ( l'album compte 64 pages) sont presque toutes distribuées comme dans la reproduction ci-dessus: une image pleine page et le texte en face, illustré lui aussi. Plus ou moins long, toujours très lisible. La variété des motifs donne toute l'étendue des talents de Pia VALENTINIS ( laquelle n'est pas une inconnue, souvenez-vous ...c'était en janvier 2013...). Petites figurines style dix-neuvième siècle, accumulation de boîtes de conserve à la Andy Warhol - mais il s'agit de chocolat dont rêve un petit garçon -, allusions aux estampes du XVIII siècle, pastiche savoureux de la Cène de Léonard de Vincipour célébrer les différentes habitudes internationales à table...Chaque page est une découverte.

YUM est en effet un livre que l'on feuillette, qui pousse à chercher ensuite à approfondir. Divers témoignages affirment que "ça marche" très bien à partir de 7 ans. Et que cette variété de points de vue ouvre ... l'appétit d'en savoir plus.

 

 

Il faut bien reconnaître que l'auteur des  textes, Giancarlo ASCARI, s'en donne lui aussi à coeur joie. Cet article sur la circulation des produits et de ceux qui les produisent, dans le chapitre "Odorat", il l'a intitulé "L'aroma è mobile", où chacun entendra l'écho de l'air d'opéra célèbre "La donna è mobile". Ce n'est qu'un exemple.

Le mieux est encore de vous traduire la quatrième de couverture, qui est aussi la page introductive au texte: " La nourriture a plein de couleurs et de saveurs, elle embaume et elle fait du bruit, elle entre et sort de notre corps. La nourriture voyage beaucoup: elle arive d'ici et de là-bas, d'en haut et d'en bas.

Quand elle vient de loin, on dit qu'elle est exotique. Quand elle vient de près, elle est " locale".

Quand on aime la manger, on s'en lèche les doigts. Quand on n'aime pas, on la crache: toutes choses à éviter de faire en public.

Certains mangent trop, d'autres trop peu.

Nous vous racontons ici deux ou trois choses sur la nourriture, dans tous les sens"

Voilà pour la mise en bouche. Vous n'aurez pas à attendre longtemps pour la suite du festin: Plat de résistance et Dessert, comme annoncé en ouverture.

 

À TABLE ! A TÀVOLA ! - 1 - HORS D'OEUVRE ou ANTIPASTO

YUM Il cibo in tutti i sensi, de Giancarlo ASCARI et Pia VALENTINIS - Editions Franco Cosimo PANINI. 2015.  61 pages; 16, 50 euros.

Merci à l'éditeur pour les reproductions qui illustrent cet article.

P.S. Pour ceux qui lisent l'italien, une superbe présentation de cet album  ici

 

 

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Publié le 26 Septembre 2016

Voilà, l'été est vraiment fini. L'été avec ses grandes joies et ses petits bonheurs. L'été avec ses tragédies proches et lointaines.

Le livre d'aujourd'hui donne envie de joindre le geste à la parole, de réaliser de ses mains, de se mettre à l'ouvrage. Le titre en est à la fois clair et énigmatique: Per filo e per segno, de Luisa MATTIA et Vittoria FACCHINI. Tout le monde comprend, surtout au vu de l'illustration de couverture, qu'il y est question de fil et de signe. Mais encore?

.........PER FILO E PER SEGNO.........

C'est justement la couverture qui m'avait attirée, il y a quelques années, avec ces bouts de fil que l'on a envie d'attraper, de ramasser, que l'on soit brodeur (si, si, il y en a, de grands) ou brodeuse, ou pas. Alors on ouvre le livre pour vérifier, et c'est bien ça: chaque illustration est faite de toute sorte de fils, de toute sorte de couleurs - cette magnifique tresse de fils multicolores qui vous assure de ne jamais "manquer", où que vous soyez dans le monde -. Et puis encore des canettes, des ciseaux, à cranter même, des petits bouts de tissu (un grand aussi), photographiés avec un relief très réaliste, accompagnant des dessins au trait - crayon, et feutre noir, me semble-t-il -, de personnages. Essentiels, expressifs en quelques traits, souvent en mouvement.

On peut se promener longtemps dans ces pages illustrées: l'image occupe toujours toute la page de droite, et le texte toujours celle de gauche. On peut se raconter, faire raconter par de petits lecteurs, toute sorte d'histoires. Mais vient toujours un moment où la curiosité l'emporte. Qui est cette petite fille qui semble mener l'action, avec son nez en trompette, sa queue de cheval énergique et ses petites ballerines noires - elle en enlève une pour se reposer -? Que fait-elle avec tous ces fils, ces tissus, et les autres enfants, et des oiseaux, et quelques adultes aussi? Il faut bien se mettre à lire l'histoire, à un certain moment.

"Per filo e per segno" signifie " dans tous ses détails, avec exactitude". Titre bien difficile à traduire, car il joue sur le sens propre et le sens figuré. Mais nous allons lire cette histoire "dans tous les détails" - ou presque...

.........PER FILO E PER SEGNO.........

La résumer l'assèche assez, aussi je vous livre la "fiche" de l'album sur le site de l'éditeur Donzelli. " Ecouter des histoires, quelle passion! Silva les aime tant qu'il n'y en a pas une qui ne s'accroche à son oreille, comme si c'était un fil; et en effet l'histoire de Silva est entièrement bâtie de fils. Ceux qui traînent chez la couturière, que Silva noue les uns aux autres pour en faire un filet où stocker toutes ces histoires qui restent accrochées là – si bien qu'elle peut elle aussi se mettre à les raconter. Mais un filet, ça ne suffit pas, les histoires sont trop nombreuses, alors Silva demande un bout de tissu blanc au chiffonnier et de l'encre au pêcheur de seiches, et toutes ses histoires, pour ne pas les perdre, elle les écrit. Mais ses histoires sont aussi trop nombreuses pour son tissu, qui est devenu trop lourd à emporter de ci de là pour le montrer aux autres enfants; alors Silva découpe chaque histoire comme une feuille – du fil elle en a déjà, alors elle prend une aiguille, elle coud ensemble toutes les histoires, et voilà un livre. Tout le monde veut se faire lire ce livre, mais un beau jour le Capitaine, dans son Palais, envoie un caporal armé de ciseaux pour le réduire en mille fils et mille morceaux, comme c'était au début… que va-t-il en être alors des histoires de Silva? Pas de panique, les enfants s'en occuperont, ils ne veulent bien sûr pas perdre le fil de ces histoires…"

Luisa Mattia nous donne donc une sorte de parabole de la naissance du livre. Nous sommes d'emblée dans ce lieu indéterminé , mais où il y a la mer - de belles métaphores marines pour caractériser la variété de la "pêche aux histoires" que réalise Silva avec son filet - ; et des artisans - couturière, chiffonnier, pêcheur - , une autorité qui censure, et puis des raconteurs d'histoires - paysans, bûcherons, enfants... Et puis cette petite fille passionnée, active et déterminée, qui ne se prénomme pas, banalement, Silvia ou Silvana, mais bien SILVA, diminutif peut-être, mais plus près de la "forêt" étymologique de ces prénoms. Silva est "una bambina con gli occhi scuri color della castagna e nel cuore il frullar d'ali delle farfalle", "une petite fille aux yeux sombres couleur de chataîgne et dans le coeur le froufrou des ailes de papillon".

.........PER FILO E PER SEGNO.........

Et cette histoire est...une histoire, justement, que l'auteure nous raconte avec le rythme que nous lui connaissons, du "C'era una volta..." initial au "C'era una volta" final. Avec ses unités scandées qui en font un magnifique texte à lire à haute voix. Et tous les codes du conte traditionnel : la tâche qui semble impossible, comme nouer bout à bout les milliers de bouts de fil ramassés chez la couturière. Mais Silva y réussit naturellement, mue par sa passion.

Ou encore la quête des instruments utiles auprès des artisans du village, avec qui se noue un dialogue affectueux. Elle les appelle " commarella" ou "vecchia commare", la couturière; et "caro compare" ou "vecchio" ou "zietto", le pêcheur. Ils l'appellent "figlia mia", "creaturella", figlia", "bambina" . Et lui donnent ce qu'elle demande.

Puis l'intervention destructrice du Capitaine-censeur ( " Lire, ça fait penser. Qu'en sera-t-il de tous ces enfants si nous la laissons faire?").

Et celle des "bambini del paese", les enfants du village qui vont l'aider à recoudre, à reconstituer l'indispensable livre.

.........PER FILO E PER SEGNO.........
.........PER FILO E PER SEGNO.........

En attendant qu'un éditeur français s'occupe de le faire traduire, dans une bibliothèque où l'un ou l'autre maîtrise tant soit peu l'italien, on pourra toujours raconter ce livre de Luisa MATTIA en s'appuyant sur les images de Vittoria FACCHINI. Et qui sait les ateliers qui en naîtront par la suite?

Sans oublier cependant que le texte original est BEAUCOUP plus beau.

L'éditeur romain DONZELLI - allez donc jeter un coup d'oeil, dans son très riche catalogue, sur la collection de contes illustrés, nous en reparlerons un de ces jours... - Donzelli donc a publié Per filo e per segno en 2012, et l'album n'a pas pris une ride, il était toujours présent à Bologne en 2016, au milieu des nouveautés, toujours feuilleté et emporté.

Alors, suivez sans hésitation le fil rouge de Silva! Et les suggestions de Vittoria Facchini qui nous livre, sur la page de garde d'entrée, cinq petits tas de fil noir éparpillés, qui deviennent, sur celle de fin.....eh bien, allez y voir, et jouez vous aussi à "on dirait que ce serait...".

Luisa Mattia, Vittoria Facchini : Per filo e per segno

Photographie et post-production Domenico Ceravolo

Fiabe e storie (album)

2012, 28 pages, relié,, 29x24.5 cm

ISBN: 9788860366962

€ 18,50

UN GRAND MERCI AUX EDITIONS DONZELLI POUR LES IMAGES QUI ILLUSTRENT CET ARTICLE

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Publié le 13 Juillet 2016

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016

Chose promise, chose due. Le 29 mai dernier, je vous donnais le nom de Simona MULAZZANI, qui recevait le prix de "meilleur illustrateur/trice 2016" grâce à son album Storia di Goccia.

Il est grand temps que vous ayez les noms des autres vainqueurs. Comme d'habitude, je renvoie ceux qui maîtrisent la langue italienne directement au site du Premio Andersen.

Une fois encore, le jury a aidé par ses distinctions tous ceux qui, professionnels ou amoureux, s'intéressent à la littérature de jeunesse, pour qu'ils s'y retrouvent dans la grande forêt des oeuvres publiées. Vous remarquerez que les destinataires de ces prix ne sont de loin pas qu'italiens.

Merci à Andersen pour les images qui illustrent ce post. Vous reconnaissez dans la bannière de cette 35ième session la "patte" de Gek Tessaro.

Vous ne trouverez ici "que" les prix pour les livres, mais il y a aussi ceux pour "le meilleur projet éditorial", "la meilleure création numérique", celui pour " les protagonistes de la culture pour l'enfance" ( avec, entre autres, cette récompense remarquable aux "bibliothécaires tenaces" qui résistent contre vents et marées aux diffficultés administratives de tous ordres ), et le prix "Gianna e Roberto Denti" à la librairie de jeunesse de l'année.

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016
  • Meilleur écrivain:

Patrizia RINALDI,

" pour le raffinement et l'intensité de son écriture, convaincante et précise. Pour la route qu'elle suit, où la prudence n'exclut ni la ferveur ni le travail, qui tisse l'écriture pour l'enfance et la production narrative pour adultes. Pour sa façon délicate et sensible d'aborder des thèmes en rien faciles, tout en nous offrant une ligne qui reste souriante et une représentation pleine de vie du monde des jeunes".

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016
  • Meilleur illustrateur/trice :

Simona MULAZZANI

Se reporter à l'article précédent.

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016
  • MEILLEUR LIVRE 0/6 ANS :

Sulla collina de Linda SARAH, illustrations de Benji DAVIES, éditions EDT - Giralangolo.

" Pour la simplicité d'un récit centré cependant sur les grands thèmes de la croissance d'un enfant: de l'amitié à l'importance du jeu, de la jalousie au partage. Pour une représentation de la nature délicate et lumineuse. Pour la beauté et la vivacité des dessins de Davies".

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016
  • Meilleur livre 6/9 ans:

Lotta combinaguai de Astrid LINDGREN, illustrations de Beatrice ALEMAGNA, éditions Mondadori.

"Pour une petite série de récits frais et amusants, qui nous offrent un portrait de l'enfance plein de vie.Pour le rythme parfait et persuasif de la narration. Pour les illustrations chaudes et joyeuses de Beatrice Alemagna qui réussit à rendre à la perfection le monde de l'auteure de Fifi Brindacier".

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016
  • Meilleur livre 9/12 ans :

Le avventure di Jacques Papier, de Michelle CUEVAS, éditions De Agostini

" Pour une histoire qui trace, avec rythme et vivacité, un parcours de formation insolite et convaincant. Pour la voix du protagoniste, capable de raconter, de façon ironique et fort bien argumentée, la dimension émotive profonde de son chemin vers l'autodétermination. Pour une narration fluide et divertissante, qui côtoie avec bonheur la frontière entre réalité et imagination".

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016
  • Meilleur livre pour les plus de 12 ans :

Melody de Sharon M.DRAPER, éditions Feltrinelli.

" Pour la capacité de briser la barrière qui sépare le lecteur de l'héroïne, enfermée dans un corps immobile , en en restituant, avec délicatesse et une précision mesurée, les sentiments et les émotions. Pour la volonté d'éviter tout pédagogisme, mais avec la ferme intention de raconter une histoire de victoires et de défaites, en un témoignage linéaire et apaisé".

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016
  • Meilleur livre pour les plus de 15 ans:

Reato di fuga, de Cristoph LEON, éditions Sinnos.

" Pour une histoire capable d'ébranler, d'indigner et de représenter, sur un ton aussi délicat que laconique, une situation émotivement limite. Pour l'écriture, de grande tenue, prenante, qui fait réfléchir, loin des solutions évidentes et des déviations angéliques, qui met au centre la réflexion sur l'esprit de responsabilité".

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016
  • Meilleur album illustré:

Il cavaliere Panciaterra de Gilles BACHELET, éditions Il Castoro.

"Pour le comique irrésistible d'une histoire inattendue et pleine de vivacité. Pour la beauté secrète et délibérée des images pleines d'échos et de citations qui en font un "livre pour tous". Pour la leçon implicite autour des thèmes de la stupidité et l'inutilité de la guerre."

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016
  • Meilleur livre jamais récompensé :

Una strana creatura nel mio armadio, de Mercer MAYER, éditions Kalandraka

" Pour le retour important et attendu d'un petit classique des albums illustrés. Pour les illustrations raffinées qui, par leur trait riche et évocateur, créent un rapport admirable avec le texte. Pour une histoire légère et finalement souriante, capable de charmer et d'inviter à la réflexion."

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016
  • Meilleur livre de vulgarisation :

Mini. Il mondo invisibile dei microbi, de Nicola DAVIES, illustrations de Emily Sutton,Editoriale Scienza.

" Pour l'approche très inhabituelle qui, une fois encore, caractérise le parcours de vulgarisation de cette auteure. Pour le bonheur plein de brio et de conviction des illustrations. Pour la variété des solutions graphiques qui caractérisent les pages, où elles s'entrelacent avec la partie écrite."

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016
  • Meilleur livre réalisé dans les règles de l'art :

Lei. Vivian Maier, de Cinzia GHIGLIANO, éditions Orecchio Acerbo.

" Pour la beauté intense et raffinée des illustrations. Pour leur capacité d'évocation qui fait parler le travail singulier de cette photographe méconnue. Pour l'originalité indiscutable d'une solution narrative qui nous restitue pleinement le talent d'une grande illustratrice et dessinatrice de BD."

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016
  • Meilleur livre en bande dessinée :

I diari di Cerise. 1. Lo zoo di pietra, de Joris CHAMBLAIN et Aurélie NEYRET, éditions Panini Comics.

" Pour la capacité d'utiliser de façon originale diverses formes narratives qui s'intègrent bien et contribuent à impliquer le lecteur dans un récit très soigné. Pour avoir créé un personnage à la fois désinvolte et profond, qui reflète de façon cohérente tous les aspects de la croissance et de l'adolescence. Pour l'honnêteté envers le lecteur dans la façon de décrire le quotidien, ce qui arrive dans la vie et les façons de l'affronter."

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016
  • Prix spécial du jury :

Un chilo di piume, un chilo di piombo, de Donatella ZILIOTTO, illustrations de Grazia NIDASIO, préface de Bianca PITZORNO, éditions Lapis.

" Pour l'importance du retour d'une oeuvre à bien des égards fondamentale dans l'histoire récente de notre littérature de jeunesse. Pour le soin passionné et attentif réservé à l'édition, qui rend au mieux les dessins magnifiques et mordants de Grazia Nidasio. Pour un regard inhabituel et vrai sur la guerre et sur comment on peut et on doit grandir et affronter le monde."

(Presque) tous les vainqueurs du Premio Andersen 2016

N'est-ce pas une belle palette? Il n'y a plus qu'à choisir.

Merci,Andersen !

Bonne lecture à vous!

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Publié le 29 Mai 2016

Parmi les vainqueurs du Premio Andersen 2016: Simona MULAZZANI
Parmi les vainqueurs du Premio Andersen 2016: Simona MULAZZANI

Ce samedi 28 mai 2016 s'est déroulée à Gênes la 35ième édition duPREMIO ANDERSEN, le prix italien du livre de jeunesse dont je vous ai parlé les années précédentes.

Vous en aurez un panorama complet un peu plus tard, mais aujourd'hui, honneur à Simona MULAZZANI et aux éditions IL CASTORO.

L'illustratrice a en effet reçu le prix Meilleur Illustrateur/trice 2016, avec la motivation suivante:

" Elle est depuis longtemps l'une des voix les plus remarquables et les plus représentatives de notre illustration.Pour l'originalité peu commune de son trait à la fois doux et élégant, clair et d'une grande puissance évocatrice. Pour sa rigueur professionnelle et le soin qu'elle réserve à chaque commande éditoriale, pour son attention constante à se glisser dans les plis du texte".

Et si je vous en parle, c'est que vous la connaissez: allez donc revoir L'Histoire de Goutte et de Flocon, ce janvier 2016.

Brava, Simona!

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Publié le 25 Mai 2016

Giusi QUARENGHI et les contes traditionnels. 2.

Ouvrons maintenant le second album, plus élégant, un peu rétro, avec sa solide reliure de toile crème, ses titres dorés, incrustés, à la façon des livres de prix de nos mères (ou de nos grands-pères). Son format 21 x 31 cm permet de bien montrer les images si on le lit à haute voix.

L'illustration elle aussi a un caractère rétro, témoin la couverture: deux chevaliers, bardés de fer, chevaux carapaçonnés et oriflammes au vent, au pied d'un château vertigineusement perché sur fond de soleil couchant et premier plan de hiboux.

Nous entrons dans "C'ERA UNA VOLTA, due volte chissà...". Est-ce bien nécessaire de traduire? - "Il était une fois, peut-être même bien deux..." L'intérieur est richement illustré, une illustration pleine page et une petite image pour chaque double page. Et de beaux grands caractères élégants et bien lisibles pour le texte. Attrayant, pour de jeunes lecteurs pas encore très débrouillés, entre 7 et 10 ans. Mais on peut commencer à les raconter aux 5-6 ans.

Giusi QUARENGHI et les contes traditionnels. 2.

Stano DUSIK et Maja DUSIKOVA se sont partagé les huit contes. Tous deux sont slovaques.

Lui a ce style un peu gothique, sombre, qui va très bien avec Barbablù (La Barbe Bleue), mais qui sait se faire plus souriant, voire humoristique, pour Il gatto con gli stivali (Le Chat Botté), Rosabianca e Rosarossa (Blanche-rose et Rose-Rouge) ou Pierino e il Lupo (Pierre et le Loup). En 1993, d'ailleurs,ces planches de Stano Dusik illustraient déjà une édition française de Barbe Bleue. Vous voyez ici le début du conte :"C'era una volta un nobiluomo molto ricco, molto brutto e con molta barba blu, molto blu. Tutti lo chiamavano Barbablù. Viveva in un elegantissimo palazzo, solo, molto solo. Vicino a lui abitava una nobildama con due figlie giovani e belle, molto belle." ("Il était une fois un noble seigneur très riche, très laid et très barbu, une barbe bleue, très bleue. On l'appelait La Barbe Bleue. Il vivait dans un palais très élégant, seul, très seul.Près de chez lui habitait une noble dame avec deux filles jeunes et belles, très belles")

Giusi QUARENGHI et les contes traditionnels. 2.

Maja Dusikova,elle, a choisi d'illustrer Le principesse ballerine (Le bal des douze princesses), Il pifferaio di Hamelin (Le joueur de flûte de Hamelin), La guardiana delle oche (La petite gardeuse d'oies) et La Sirenetta (la Petite sirène). Ce sont des aquarelles, plus légères, plus enjouées, toujours "traditionnelles".

Nous sommes donc pleinement dans un ouvrage "classique", comme le sont les contes qui le constituent. N'est-ce donc simplement qu'un livre de contes parmi tant d'autres?

Vous vous doutez bien que ma réponse sera : "non! ". Car vous avez peut-être été alerté/es, vous aussi, par le titre, et son appendice :" ...une fois, peut-être même bien deux..." . N'est-ce pas un peu irrévérencieux vis-à-vis de ces classiques si classiques? Et c'est là qu'on retrouve la patte de Giusi QUARENGHI, son talent de narratrice, son écriture liée à la lecture à haute voix.

D'abord, chaque conte est présenté au lecteur par cinq vers où elle donne, comme un clin d'oeil, son avis personnel.

Ecoutez, par exemple, Le Chat Botté:

" Questa è la mia fiaba preferita - Voici le conte que je préfère

mi rasserena quando sono inviperita - quand je suis furieuse il me tempère

mi piace perchè è allegra e impertinente - j'aime son allégresse et son impertinence

è il portafortuna di chi non ha niente - à qui n'a rien il porte chance

ogni volta mi mette le ali, - il me met des ailes aux pieds

è IL GATTO CON GLI STIVALI " - c'est bien lui, c'est Le Chat Botté "

Giusi QUARENGHI et les contes traditionnels. 2.

Ou encore La Petite Sirène:

Questa fiaba viene dal mare - Voici un conte venant de la mer

ma è così triste che mi fa arrabbiare - mais si triste que j'en suis colère

l'ha scritta un tipo strano - son auteur est un type pas marrant

che si chiamava Giovanni Cristiano - qui se prénommait Hans Christian

racconta la sorte maledetta - il conte la vie toute de peine

di un pesce ragazza - d'un poisson fille

LA SIRENETTA - La Petite Sirène

Traditionnellement, c'était plutôt une morale en rimes qui concluait le conte, voyez chez Perrault par exemple. Ici, c'est une façon d'établir un contact avec le jeune lecteur, ou d'ouvrir une possibilité de dialogue si c'est un adulte qui lit.

Les huit contes sélectionnés, nous les connaissons tous par coeur, depuis notre enfance, quelle que soit notre langue. Ils ont, ici, un rythme enlevé, dans une langue contemporaine, mais qui respecte les conventions du conte, avec ses unités qui se répètent, l'utilisation des temps du passé, y compris le fameux passé simple, le "passato remoto", ce passé lointain souvent oublié, sinon rejeté aujourd'hui. Vous avez eu un tout petit exemple avec le début de Barbablù.

Tous les huit contes sont à la hauteur. Mettez ce livre dans votre bibliothèque, vous y reviendrez inlassablement avec grand plaisir.

C'ERA UNA VOLTA, due volte chissà.......

fiabe classiche narrate da Giusi QUARENGHI.

iIllustrations de Stano DUSIK et Maja DUSIKOVA

Franco Cosimo Panini Editore, 2005 136 pages 22€,50

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